Annales des Ursulines, t. II
n$ LES URSULINES DE PARIS
seigneur Jean-François de Gondi en avait approuvé la nouvelle rédaction : Jésuites, Feuillants, docteurs en Sorbonne et conseillères, réunis et consultés, avaient suggéré de st heureuses correetions que bientôt, à travers tout le royaume, les filles de Sainte- Ursule les acceptèrent tour à tour, de Mouhns en Bourbonnais au Havre de Grâce, et de Bourges à Noyon.
L'élection de la Supérieure! était un des événements les plus graves de la vie du monastère un mois auparavant, on devait s'en taire soigneusement, et si quelque conspiration était découverte, les coupables étaient privées de leur voix. Les prières des quarante heures précédaient le vote: et le matin du jour dit, il v avait messe du Saint-Esprit, avec chant du Vent Creator, et communion générale. L'évèque et le Supérieur se tenaient généralement à la grande emille de l'église, assistés de deux religieuses. Puis, chacune des vocales déposait dans une boîte un billet semblable qui portait le nom d'une d’entre elles, ayant einq ans de profession et âgée d'au moins trente ans. Pour les malades, trois religieuses des plus vénérables s'en allaient chercher leur bulletin, l'enveloppaient d'un autre papier « eacheté de cire d'Espagne ». Et puis, c’est le rite accoutumé : le président et ses aides comptent les billets, 1ls les ouvrent, dietent les noms, et l'on proclame le résulat, mais sans chiffre; dans le secret, pour un instant, l'on est déçu ou bien surpris: et puis aussitôt,
1. Constitutions, t. ILE, eh. mx : de l'élection de la Supérieure,
avec tout son cœur, on chante le Te Deum, cependant qu’on brûle les petits billets.
Déjà, la nouvelle Supérieure réunit le Chapitre pour le choix de son Assistante, de la Zélatrice, de la Dépositaire; avec elles, elle désignera la maîtresse des pensionnaires, celle des novices, la portière, Et, seule, elle nommera boursière, lingère, maîtresses des classes. Dans quelques jours, peut-être, un lourd procès va accabler la maison; des troubles politiques inquiéteront la ville. Mais tout ce jour n’est qu’à la joie : et Les cloches annoncent dans le ciel cet heureux avènement.
Cependant, le temps avait passé dans l’hôtel de l’île Saint-Louis depuis le soir où M. du Mont écoutait les souvenirs de sa jeune femme. Il rêve encore, au chant du grillon du foyer, à la douceur tendre de vivre, quand des voix claires l’éveillent en souhaitant : « bonsoir, Papa ». Il retient un instant tout près du sien les jolis visages émus qui vont disparaître demain pour entrer à leur tour au grand couvent des Ursulines. On s’y pressait alors aux instructions que donnait sur la doctrine chrétienne la Mère Anne de Saint-Benoît de la Haye, tandis que la Mère de la Nativité (Judith le Proust de Beaulieu), maîtresse générale des classes, faisait grande réputation au monastère par le zèle et le soin qu’elle apportait à l'éducation des petites filles 1,
Un trousseau très simple avait été préparé pour