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Annales des Ursulines, t. II, année

les nouvelles pensionnaires et, à leur entrée, 1l fut remis à la boursière. Car la boursière avait un office des plus importants : on lui confiait l’argent, le linge et la vaisselle des élèves. Elle en inscrivait le détail sur un grand livre, s’informait si les parents désiraient que les menues fournitures de classe fussent procurées à leurs filles par le couvent ou s'ils y pourvoiraient : à huit ou dix ans, que de rubans perdus dans le jardin, de dés égarés dans la salle de travail, de lacets cassés, de soies gaspillées! Tout cela était noté sur un autre grand livre, avec les réparations des chaussures et l’entretien du linge. Mais les Règlements (1705) l’avertissent « qu’elle doit « donner les choses aux pensionnaires au même prix « qu’elle les achète, bien qu’elle les ait eues à meil- « leur marché qu’elles ne se vendent en ville, ne lui « étant permis de prendre dessus que le port, le « remboursement des pertes qui y pourraient sub- « venir, et ce qu’elle doit fournir au général des « pensionnaires comme camifs, papier pour les lettres «et pour l'orthographe » (ch. xr, 17). Elle accompaonait les élèves au parloir.

La lingère? aussi possédait un registre : elle y tenait le compte du linge de chacune avec l’indication des € marques » personnelles; elle le faisait, chaque semaine, blanchir avec celui des religieuses, l'ayant cousu tout ensemble «avec du gros fil »; puis, elle le raccommodait pour les plus jeunes; les aînées

1. Règlements, ch. x1 : règlement de la boursière, 2. Id., ch. x : règlement de la lingère.

faisaient elles-mêmes ce travail dans leur classe d'ouvrages manuels. Le mercredi et le samedi, elle s’en allait déposer le linge propre sur le lit des pensionnaires; et même, on prévoit qu’elle « fera savon- « ner leurs colets et mouchoirs de col, qu’elle accome « modera proprement toutes les semaines, les mouil- « lant et étendant sur des ais de sapin, ou les faisant « sécher sur la platine, ou bien se servant des fers « propres à cela; on usera d’autre manière suivant « l’usage du pays » (ch. x, n° 9).

Il passe devant nos yeux l’image de Sœur Marie du Saint-Esprit Girette : les Annales (t. IT, année 1638) nous rapportent qu’elle était « dite à T’humilité » et fille d’un laboureur normand : son emploi était à la couture. Sans doute, s’en allait-elle parfois ranger les coffres des dortoirs, rétablir le bon ordre; discrète et silencieuse, elle réparait aussi les matelas, les couvertures. .

Car les sœurs converses, qui n’étaient point obligées par un quatrième vœu, devaient cependant servir de leur mieux les pensionnaires et leur donner le bon exemple; elles faisaient à habitude les humbles travaux de cuisine et de ménage. Mais ils n'étaient point sans importance, puisque le chapitre vu des Constitutions représente « le soin que l’on doit avoir de la nourriture et du vêtement » des petites filles; « surtout l’on aura soin de leur « nourriture corporelle, leur donnant de bon pain et « de bonnes viandes, en quantité et aussi souvent

« qu’il est nécessaire, sans excès de trop ou de trop « peu, qui puisse intéresser leur santé ou donner « pecasion d’une juste plainte, se comportant en leur « endroit comme vraies et charitables mères et « s’accommodant à toute heure à leurs nécessités et € infirmités.…. ».

D'ailleurs la Maîtresse Générale des classes examinait de temps à autre les portions, tout comme elle visitait une fois l’an le linge de chacune pour y faire remplacer les morceaux usagés. On révérait, aux Ursulines, pour l'attention qu’elle avait donnée à ces détails, la mémoire de la Mère Barbe Bernard

de Saint-François, « fille d’une honnête femme marchande de vin », qui fut la première professe de l'Ordre : devenue lingère du couvent en même

temps que maîtresse générale, elle usait pour ellemême de misérables haïllons, s’infligeait de pénibles austérités, et elle mourut à trente-deux ans, en 1616, peu après le décès d’une pensionnaire qu’elle avait implorée de prier pour sa mort. Ses instructions sur la doctrine chrétienne enchantaiïent ses auditeurs; et sans cesse elle inventait une procession nouvélle avec des images de dévotion, quelque pieux exercice comme les offices de saint Charles Borromée que l’on venait de canoniser et qui, dès 1568, avait pris les Ursulines sous sa protection 1.

Tel était l’ordre qui régnait au grand couvent du faubourg Saint-Jacques et dont les Règlements mon-

1. Annales des Ursulines, t. 1, année 1616 : mort de la première professe et abrégé de sa vie.

trent assez l’esprit : « les religieuses Ursulines étant « principalement établies pour s’employer à l’ins- « truction et conduite des jeunes filles, et obligées « par leurs Constitutions de recevoir à ce sujet des « pensionnaires dans leurs monastères, 1l est néces- « saire pour qu’elles s’en puissent bien acquitter, et « pour éviter le désordre et la confusion que la mul- « titude des personnes et d’occupations a coutume « d'apporter, que toutes choses soient réglées en « sorte que chacune, sans préjudice à sa propre per- « fection, puisse procurer celle des filles qui lui sont « commises » (Livre I, ch. 1).

we»

Procès-verbal d'examen de Marie-Catherime de

Sarrazin de Chambonnet, fille de noble Lous de

Sarrazin, seigneur de Chambonnet, et de dame

Marianne de Valeseure (6 Juillet 1740)

« L'an 1740 et le eimquième jour de Juillet, nous, Étienne Jaufroy, prêtre hecencié en l'un et l'autre droit, archidiacre de la cathédrale de Mende et vicaire général de Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime évêque de Mende, nous nous sommes transporté à dix heure du matin au couvent des religieuses Ursulines dudit Mende, et nous avons fait appeler au parloir Sœur Marie-Catherine Saint-Denis de Chambonnet, novice portant le voile blane depuis trois ans et dem, pour l'examuner sur sa vocation à l’état religieux, laquelle dite sœur novice à comparu devant nous dans le parloir et a promis de nous dire la vérité et nous l'avons interrogée comme s'en suit : interrogée de son nom, surnom, àge et qualité, a répondu qu'elle s'appelait Mare-Catherime de Sarrazin de Chambonnet, qu'elle était née au Chambonnet, paroisse de Ponteils, diocèse d'Uzès, le 3 décembre 1321, quelle était fille de Louis de Sarrazin, seigneur de Chambonnet, et de dame Marianne de Valeseure. € Interrogée du motif qui la porte à se faire religieuse et depuis quel temps elle à ce désir, à ré-

pondu:que son motif était parce qu’elle avait connu qu'elle ferait mieux son salut dans la religion que dans le monde et que:son désir d’être religieuse datait depuis plusieurs: années.

€ Interrogée si-elle:avait bien examiné et consulté si sa vocation venait de Dieu, a répondu qu’elle avait fait sur cela ses plus sérieuses réflexions, qu’elle avait fait beaucoup de prières pour deman-

. der à: Dieu la grâce de connaître l’état de vie

auquel Il appelait, et enfin qu’elle avait consulté et pris l’avis de plusieurs directeurs.

« Interrogée:si ses parents ou autres personnes. ne l'avaient point pressée à être religieüse, a répondu que les sollicitations mi la crainte n’avaient aucune part à sa vocation.: [Interrogée si elle ne s’était

« pas déterminée à se: faire religieuse par dépit ou

quelque. autre motif sémblable, a répondu encore qu’elle ne voulait faire ses vœux de religion que parce qu’elle avait compris que son salut serait plus en sûreté dans un couvent que dans le monde. Corn

Interrogée si elle connaissait l’étendue de toutes les obligations de l’état religieux qu’elle était sur

Je point d’embrasser 1révocablement ‘et si elle

était sincèrement résolue de les garder, elle a

: répondu-qu’elle avait travaillé durant trois ans et -deny qu’élle était novice à s’en instruire parfaitementsét qu’elle les remplirait de son mieux avec le secours de la grâce de Dieu, | En

.-« Interrogée-si elle avait assez de santé pour faire

tous les exercices de l’état où elle allait s’engager et si elle ne se sentait aucune répugnance pour aucun, à répondu que Dieu lui donnait une santé bien établie, qu’à la vérité la nature corrompue ne s’accommodait guère des exercices humiliants, mais qu’elle se ferait violence pour surmonter les dégoûts qui pourraient survenir et qu’elle n'avait point pour le présent. De sorte qu’elle prenait la ferme résolution de ne jamais se dispenser des exercices de la Communauté sans une raison et permission légitimes.

« Lecture faite à elle des présents interrogats et réponses, elle a reconnu contenir vérité et y a persisté et signé avec nous. Déclarons de plus que le présent procès-verbal a été fait double pour être remis l’un aux archives de l’évêché, et l’autre à Mme la Supérieure pour être gardé dans les archives du couvent. »

(Archives départementales de Mende. Registre des actes de

vêture, noviciat et profession du Monastère de Sainte-Ursule, situé au faubourg de la ville de Mende).

Profession des Ursulines de Paris de 1614 à 1788:

« Sœur Cécile de Sainte-Croix, nommée au monde Cécile de Belloy, fille de Louys de Belloy, écuyer, sieur de Morangle en Picardie, et de damoiselle Anne de Duizon, sa femme, qui naquit au susdit heu de Morangle, le dix-huitième de novembre

lan mul cinq cent octante trois et fut baptisée à la paroisse du village en l’église Sainte-Magdelaine. A pris l’habit de cet ordre, âgée de vingt-neuf ans, l’onzième de novembre 1612, et deux ans après, le 21° du même mois a fait profession en l’église et chœur de ce monastère avec la permission de Monseigneur le Révérendissime Henry de Gondy, évêque de Paris, en présence de vénérable prêtre Jacques Gallemant, docteur en théologie, lun de nos Pères Supérieurs, ès mains de la Révérende Mère Marie de Villers Saint-Paul, dite de l’Incarnation, religieuse du Monastère de Saint- Étienne lès Soissons, lors Supérieuré de ce Monastère, en présence des Mères Françoise de Saint- André, assistante, Louise de Sainte-Anne, dépositaire, et Marie de Sainte-Croix, aussi religieuses du dit monastère de Saint-Étienne. L'acte de laquelle profession elle a signé de sa main en la forme qui suit

« Je, Sœur Cécile de Sainte-Croix... »

(Annales du Grand Couvent de Paris. Conservées au Monas-

tère des Ursulines de Québec.)

Procès-verbal de profession de Suzanne Dumas

(21 novembre 1737) :

« L’an 1937 et le 21° jour de mois du novembre, jour de la présentation de la Vierge, avant midi, dans l’église du Monastère Sainte-Ursule, faubourg

de la ville de Mende, je, Suzanne Dumas, fille légitime et naturelle de noble Jean-François Dumas, seigneur de culture, et de Dame Suzanne Daudénauts de la ville de Mende, âgée de vingtdeux ans, après avoir accompli deux ans de mon noviciat et probation, sous le nom de sœur de chœur de Saint-Gervais, fais ma solennelle profession de religion, voue et promets à Dieu Jjusqu’à la mort obéissance, pauvreté, chasteté et perpétuelle clôture selon la règle de saint Augustin et le bref de Notre Saint Père le Pape Paul cinquième, et les constitutions de ce monastère, entre les mains de M. l’abbé de Saint-Sauveur, prêtre, docteur et chanoine de l’église collégiale de la ville de Marvejols, vicaire général de Monseigneur l’évêque de Mende, après la messe célébrée à neuf heures du matin dans ladite église par M. de Saint-Sauveur et en présence de mes révérendes de Saint-Charles Chevalier, supérieure, de Saint- Alexis Maumont, assistante, de Saint-Laurent du Maze, zélatrice, de Sainte-Agnès, la dépositaire, de Sainte-Élisabeth d’Angles, conseillère, et de toutes les autres religieuses du monastère, étant soussignée avec M. de Saint-Sauveur et Mesdames officières du monastère, en présence de noble Charles de Rivières, seigneur de Corsac, et de noble Jean-Pierre de Lenoir, baillif de la ville de Mende, mes cousins, qui ont signé le présent acte, laquelle profession, nous, dame supérieure et oflicières, avons acceptée la présente écrite d’autre main à

€ nous afidée et par nous soussignée après l'avoir « lue. »

(Archives départementales de Mende. H. 350. Registre des actes

de vêture, noviciat et profession du monastère de Sainte-Ursule, situé au faubourg de la ville de Mende.)

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