DE L’INSTRUCTION DE LA JEUNESSE
C’est un matin de printemps, frais et clair; sur la montagne Sainte-Geneviève et tout alentour, les cloches se saluent, des Feuillantines à la Visitation, du Carmel aux Bénédictines, de Port-Royal au Valde-Grâce. Aux Ursulines, dans les grands dortoirs où les pensionnaires sont encore endormies, des ombres passent, des feux s’allument. Il est six heures ?.
Chez les toutes petites, des sœurs aident au lever, guident les mains malhabiles à lacer les vêtements, chaussent les petits pieds?; puis, bien attentivement, devant l’oratoire, on dit les prières. Bientôt, autour de la fontaine d’étain, l’on se presse gaiement et l’on admire, en silence, les essuie-mains raides et tout neufs. Mais voici le moment pénible de la coif-
1. Règlements des religieuses Ursulines de la Congrégation de Paris, livre I : de ce qui concerne l'instruction des petites filles, première partie : des pensionnaires.
2. Id., ch. xrr : de l’ordre que les pensionnaires doivent garder : de leurs exercices.
3. Id., ch. xx : règlement de celles qui peignent et qui habillent les pensionnaires.
fure : sans hâte, une sœur peigne en arrière les cheveux blonds ou bruns, les frotte; on ajuste la coiffe de taflfetas, on prend mouchoirs et gants, et l’on est prête à se présenter à Mère Sainte-Anne, la maîtresse de la classe !, qui conduit ses élèves à la messe de sept heures. Déjà, les grandes et les moyennes sont réunies. Avec une attention recueillie, on entend l'office. Puis, l’on gagne la salle du déjeuner : la maîtresse générale prend place au fond, à une table où elle reste seule ?, tandis que les enfants, selon leur classe, vont s’asseoir autour de l’une des quatre grandes tables. L’une d’elles, désignée pour la semaine, a disposé tasses et cuillères, et aussi les serviettes qu’elle rassemblera après les grâces ?.
C’est maintenant la premuère récréation du Jour; elle dure une demi-heure. Pendant ce temps, les sœurs s’activent à mettre l’ordre dans les chambres : la plupart des lits d’ailleurs sont faits, les vêtements rangés dans les coffres; mais, chez les petites, c’est jour de grand nettoyage : voici qu’on retire les tours de lits, les couvertures; et le soleil semble encourager les humbles femmes vêtues de serge gros- Sierre
Huit heures un quart : les pensionnaires, le visage animé et souriant, se groupent : les unes retournent dans la salle pour la classe d’écriture, d’autres entou-
. Règlements, ch. 111 : règlement des maîtresses des classes.
. Id., ch. 11 : règlement de la maîtresse générale des pensionnaires. . Id., ch. xv : règlement pour les pensionnaires.
. Id., ch. x11 : de celles qui ont charge des chambres des pensionnaires.
rent les maîtresses de lecture et de jet; les moyennes paraissent bien impatientes de commencer leurs ouvrages de couture : c’est que ces petites filles qui ne portent point d’uniforme sévère, mais de simples costumes, sont instruites avec un grand bon sens : elles aident volontiers aux travaux de la lingerle en raccommodant leurs habits; mais on doit ce matin apprendre la broderie et l’on a hâte de manier les fils d’or et d’argent qu’hier soir on reçut de la boursière. La maison tout entière est une ruche d’abeilles; là-bas, à la porterie, un important fournisseur, le savetier, emporte quantité des souliers dont 1l a le soin 1. s
À dix heures, on s’agite pour remettre les classes nettes. On s’en va à l’oratoire voisin réciter les litanies de la Vierge. Puis, toutes se retrouvent pour le dîner : au pupitre qui domine à peine les tables, une pensionnaire fait deux fois, d’une voix claire, la lecture du jour; pendant que les sœurs s’empressent à servir, une Mère veille à ranimer un appétit trop lent, à augmenter une portion plus faible, à redresser un maintien qui fléchit. Et une seconde récréation commence, après les grâces, et lorsque toutes ont lavé leur bouche et leurs mains : le jeu des volants a bien des faveurs. Sur un appel, deux joueuses abandonnent leurs compagnes et suivent avec empressement Jusqu'au parloir la maîtresse générale : à travers le rideau de la lourde grille, on reconnaît Bonne-Maman; bien vite, on ouvre le tour