LES PREMIÈRES URSULINES, EN ITALIE ET EN PROVENCE
L'histoire des Ursulines commence à la facon d’un conte de fées, ou d’une pastorale : 1l était une fois une bergère qui gardait ses blancs troupeaux, dans la bruyère. « Or se chante ». Car c’est aussi dans un paysage de rêve, à Desenzano, sur les bords du lac de Garde, que s’étend le petit domaine de la famille d’Angèle Merici. Pour elle, attentive et recueillie, elle s’en va priant, et menant son troupeau tout le long du lac bleu 1.
Le xv® siècle s’achève : la république de Venise est puissante et riche; ses palais à mine fière s’élèvent auprès de la mer; ses états sont fertiles et riants. Elle applaudit aux premiers triomphes d’une école de peintres aux palettes harmonieuses : le concert champêtre de Giorgione éveille sa gloire, le Titien la déploie, elle se repose avec le Corrège au sommeil
1. L. Bouruors, Sainte Angèle Merici, ch. 1, page 21. L. Posrez, Histoire de Sainte Angèle Mérici et de tout l'Ordre des Ursulines.
d’Antiope, tandis que s’avancent le Tintoret et Véronèse. Cependant, à Venise, comme dans toutes les principautés italiennes, la vie facile endort les courages; au foyer, les vertus domestiques s’éteignent ; l'ambition, l’amour du faste conduisent les chefs des grandes cités; le-sentiment religieux étiolé se réduit à des cérémonies d’un apparat somptueux ; les monastères ne se dérobent point aux faveurs du monde et le cloître se ferme à peine.
Sont-ce des anges qui descendent vers la bergère agenouillée? Et quelle nouvelle apportent-ils à la terre? Angèle en extase contemple avec ravissement la vision sainte et croit entendre une voix : « Sache que tu dois fonder dans Brescia une compagnie de vierges semblables à celles-ci. »
Longtemps encore, elle conservera dans son cœur la prophétie dont elle prépare avec ferveur l’accomplissement. Et voiei qu’on l’attire à Brescia. Avec son âme d’apôtre, elle observe la vie commode de ceux qui l’entourent; mais vite distinguée par sa bienveillance et par sa bonté, elle retient et attache : « sa grâce est la plus forte ». Bientôt, elle groupe des jeunes filles des meilleures familles; elle les exhorte et les instruit; ce sont les premiers essais de l’éducation chrétienne. Les pauvres sont visités, réconfortés; on réunit de petits enfants à qui l’on apprend