‹ Les Ursulines de Paris sous l'Ancien RégimeChapitre 57 sur 87 · Archives nationales, H · texte numérisé non relu

Archives nationales, H

>. Annales des Ursulines, t. II et III.

Annales du premier Monastère de la Congrégation de Paris, à « l’entrée et sortie extraordinaire de Mme Miron » en l’année 1653 : 1l faudrait citer tout le récit. C’était au mois de Juin, en la fête du Saint- Sacrement : Mlle Renouard d’Orsy, une orpheline qui avait été élevée au monastère du faubourg Saint- Jacques, se présente à la grille; avec de grandes suppheations, elle demande qu’on l’accueille aussitôt dans le couvent, disant que sa famille la veut marier de vive force et au profit de ses tuteurs : la Mère Supérieure, émue par ses prières et par sa lettre, reçue quelques heures auparavant, où la demoiselle lui contait son malheur, lui ouvre sur-le-champ la porte et à sa cousine, MIE Miron, fille de feu le maître des comptes, âgée d’une douzaine d’années. Or, l'après-midi, paraît le heutenant civil : 1l interroge en particulier Mlle d’Orsy sur le sujet de sa fuite; puis, (il déclare à la Supérieure qu’elle avait épousé « secrètement la nuit précédente M. Miron, lors « Conseiller et depuis président au Parlement de «€ Paris, défendant en outre de la faire sortir n1 de la « rendre à qui que ce fût sans un ordre exprès de « la cour ou de lui. La Supérieure et les religieuses « apprenant la nouvelle et qu’au lieu d’une jeune « fille elles avaient reçu une nouvelle mariée furent « dans un étonnement et dans une confusion qui ne « se peut exprimer, attendu même que cela s'était « répandu dans la ville ». Et, pendant quinze jours, les carrosses se pressèrent à la porte des Ursulines

les deux familles venaient rendre visite à la jeune

femme, les unes l’accablant de reproches, les autres l’encourageant; et elle, de rappeler avec obstination comment M. Miron avait reçu une promesse verbale pour ce mariage. Pour les hommes, les tuteurs seuls furent admis; et comme ils semblaient disposés à maintenir leur pupille dans la retraite qu’elle avait choisie, M. Miron décida d’agir vite : 1l craignait les lenteurs de la justice, répugnait à la violence et n’espérait point en la faveur. Il eut recours à sa belle-sœur qu’un zèle affectueux attachait à tous ses intérêts : «1l faut prendre courage, dit-elle, et puisque « l'amour tout ingénieux qu’il est demeure court pour « vous en cette conjoncture, voyons si l’adresse me « manquera... ». Puisque sa fille était entrée aux Ursulines avee Me d’Orsy et qu’elle les voyait souvent toutes deux, elle s’avisa de les faire changer de costume et d’emmener ainsi sa nièce sous l’apparence de sa fille; on convint du jour : le hasard les seconda tant, qu’il y eut alors une grande assemblée de religieuses au chœur et qu’elles eurent tout loisir pour leur déguisement : « si bien que la jeune mariée était avec une bavette et un tablier, et la demoiselle avec le déshabillé à hongreline de la dame; toutes deux étaient de même grandeur, de même taille, et en deuil chacune de leur père ». On les appelle au parloir : elles accourent; la jeune demoiselle Miron est autorisée à sortir deux heures pour se rendre chez son tailleur avec sa mère, la maîtresse générale a grand soin d’écarter l’autre de la porte qu’elle ouvre enfin à la dame, « laquelle ne fit qu’un saut

avec la veuve jusqu’au carrosse et s’en alla tout droit se rendre auprès de M. Miron, son mari ». L’alarme fut chaude quand on découvrit la ruse; mais tout fut bientôt pardonné : ces jeunes personnes avaient prié avec tant d’innocence et de dévotion pour le succès de leur projet qu’elles furent exaucées. Cependant, ce fut une leçon de vigilance pour les religieuses et « la maîtresse générale ne laissa pas de faire bonne pénitence de n’avoir pas été assez considérée dans cette action ».

En 1661, le lheutenant-civil revint au faubourg Saint-Jacques pour donner aux Ursulines un témoignage de la confiance du roi! : c’était le temps où l’on dispersait les deux maisons de Port-Royal; et donc le 4 mai, M. Daubray remit cette lettre à la Mère Supérieure :

« Chère et bien-aimée. Nous avons donné nos « ordres pour faire sortir des couvents de Port-Royal « tant de notre bonne ville de Paris que de la cam- « pagne toutes les pensionnaires qui y sont, pour : « être envoyées à leurs parents; mais, parce que quel- « ques-unes d’icelles se trouvent de provinces éloi- « gnées, l’on ne peut avoir de sitôt des nouvelles de « leurs parents pour savoir à qui les remettre et que « cependant nous ne voulons qu’elles demeurent dans « aucuns des dits couvents de Port-Royal, nous avons « résolu de les faire aller dans celui des Ursulines « du faubourg Saint-Jacques de notre dite ville de

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