‹ Les Ursulines de Paris sous l'Ancien RégimeChapitre 6 sur 87 · LES PREMIÈRES URSULINES · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES URSULINES

à des vœux et vivant en communauté; il prit soin de revoir lui-même le règlement de l’Institut, et dès 1572 il créait les unions diocésaines sous l’autorité de l’évêque. Ce furent les «€ constitutions de la Bien-

heureuse Angèle Merici, à l’usage des Ursulines de Milan ».

IT

« Qui n’a pas vu Avignon du temps des Papes n’a rien vu. Pour la gaieté, la vie, l'animation, le train des fêtes, jamais une ville pareille. C’étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du Pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêéteurs; puis, du haut en bas des maisons quise pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal, comme des abeilles autour de leur ruche, c'était encore le tic-tac des métiers à dentelles, le va-etvient des navettes tissant l’or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d'harmonie qu'on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu’on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont. »

(Alphonse Dauper : Lettres de mon moulin.)

« Que les temps sont changés! » Dans le comtat Venaissin, à la fin du xv® siècle, le vénérable César de Bus a fondé les Frères de la Doctrine chrétienne (1592), si grand est alors le souci d’instruire le peuple et de lutter, surtout dans le midi, contre la propagande active et tenace de la religion réformée !. Il fait nombre de voyages pour répandre sa mission : partout, il est vivement ému par l'ignorance des femmes et des filles du peuple; il cherche pour elles des institutrices : sa sœur, Cassandre de Bus, et

1. G Facnrez, La femme et la société française au xviie siècle, p. 31.

trois de ses amies, se consacrent de grand cœur à cette tâche et s'efforcent à faire des pépinières de petites catholiques !.

Puis, 1l s’en fut habiter en Avignon; et, comme à Milan, « l’on y danse, l’on y danse ». Mais là, le zèle du bon abbé a-été prévenu : voici qu’on vient le prier d’être le directeur d’une pieuse association où l’on s'applique à instruire les enfants. Françoise de Bermont, fille du trésorier du roi en la généralité de Provence, en est l’animatrice : jeune, spirituelle, poète, naguère encore « traînant tous les cœurs après soi », elle s’était retirée d’un monde frivole qui la lassait, et avec vingt de ses compagnes, elle évangélisait bien des Mireilles et des Vincenettes. César de Bus reconnut en tout cela l’œuvre de la Providence : en 1506, il réunit à l’Isle-sur-Sorgues les « Sœurs de la Doctrine chrétienne »*.

Or, il avait pour cousin le P. de Romillon qui prit part à l'établissement de lOratoire en France comme 1l rendait un jour visite à la fille du baron de Vaucluse, celle-ci lui montra un petit ouvrage qui l'avait fort édifiée : le Règlement donné aux Ursulines de Milan. On le communiqua aussitôt au vénérable César de Bus qui y trouva la loi véritable de sa petite société. Françoise de Bermont approuva dans l’enthousiasme les Constitutions qu'avait sanctionnées Grégoire XIIT. Dès lors, les Ursulines étaient françaises.

Page 1