I. — Sa famille, sa politique
En ce temps-là, c'était encore grande pitié au royaume de France : après la mort du Jeune roi François II, Catherine de Médicis avait essayé vainement d’apaiser, au colloque de Poissy, catholiques et calvinistes en querelle; vainement aussi elle avait accordé un édit de tolérance. Les troubles religieux devenaient sanglants; l'Angleterre et l'Espagne osaient des uns et des autres servir les intérêts; l’autorité royale elle-même ébranlée, hésitante, était vivement combattue par l’influence ambitieuse des Guises.
Henri [IT cependant aimait le monde et ses fêtes; la Satyre Ménippée le montre « roi débonnaire, si facile, si familier »; jeune et brillant, 1l animait la cour et portait en tous lieux la Joie et les plaisirs. . Il les menait ainsi en la maison du président de
1. Chroniques de l'Ordre des Ursulines, première partie. A. Duvaz, La vie admirable de sœur Marie de l’Incarnation.
Boullencourt : « Jean Lhuillier, seigneur de Boullencourt, de Chantenay et d’Angeville, président en la chambre des comptes de Paris », avait épousé Anne Hennequin; resté veuf avec cinq enfants, il se remaria avec dame Renée Nicolaï, veuve elle-même de Messire de Dreux-Hennequin. Ils étaient tous deux, rapportent les Chroniques des Ursulines (première partie : la vie de vertueuse demoiselle Madeleine Lhuillier, dame de Sainte-Beuve), « issus des plus nobles et anciennes maisons de la même ville, étant aussi alliés à plusieurs illustres familles de ce royaume, et ayant depuis une longue suite d’années fourni grand nombre d'officiers pour les premières charges des cours souveraines ». De cette nouvelle union naquirent trois filles : la dernière, Madeleine, venue au monde en cette année inquiète de 1562, était l’ornement de l’aimable foyer. Les Chroniques nous font avec complaisance le portrait de l’enfant gracieuse et douce, spirituelle et discrète, qu’elles devaient plus tard honorer comme leur fondatrice. Elle prit volontiers part aux réceptions et aux bals; on n’y fut point indifférent à sa beauté, et dès 1581 elle s’alhait à « Messire Claude Le Roux, sieur de Sainte-Beuve, conseiller du roi en sa cour de Parlement, issu de la noble maison des Le Roux de Rouen »!.
Leur hôtel fut bientôt fréquenté par les plus nobles compagnies : Claude Le Roux était fort riche, le confort de sa demeure déjà célèbre; l’on y faisait