‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 99 · S11.—LA FILLE DU ‘{ HÉROS · texte numérisé non relu

S11.—LA FILLE DU ‘{ HÉROS

L'année même qui suivit l’entrée des Diles. Wheelwright, Gaillard et Pinguet-Vaucours, la porte du Monastère s’ouvrit pour un autre sujet distingué, et d'autant plus précieux qu'il était déjà tout formé à la pratique des vertus monastiques, et aux fonctions d'Ursuline. En effet, la Mère Françoïse Hertel de St. Exupère comptait déjà treize années de profession religieuse, quand elle demanda à se réunir à nos Mères : comme on le voit, c'était une entrée qui ne laissait aucune inquiétude quant à la persévérance de la nouvelle venue.

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Mais expliquons un peu la raison de ce changement de Communauté, qui surprend probablement plusieurs de nos aimables lectrices.

Au nom de Hertel, bien des anciens souvenirs se sont sans doute réveillés dans leurs cœurs, car elles le savent, Frs. IHertel était cet homme généreux et dévoué qui avait eu le bonheur d’être associé aux travaux et aux souflrances des Martyrs du Canada, et dont les brillants faits d’armes plus tard, lui avaient valu des titres de noblesse, (1) tandis que ses compatriotes lui décernaient un titre infiniment plus glorieux à son cœur, celui de Héros.

La fille de François Hertel enrolée au service du Seigneur, et déployant dans la carrière religieuse cet héroïsme dont son père avait fait preuve sur les champs de bataille, ne nous semble pas un sujet moins digne d’admiration. Mais le crédit dont jouissait sa famille ne fut pas toujours favorable à sa tranquillité, c’est ce qui rattache à son nom des traditions assez curieuses : nous les donnons telles qu’elles nous ont été transmises par nos anciennes “{ères.

(1) Dès 1692, la famille Hertel fut anoblie pour les services signalés qu'elle avait rendus à la patrie. En 1716, de nouvelles lettres de noblesse disait : ‘{ Les services que le sieur Hertel, licutenant de nos troupes en Canada, a rendus au feu Roi, notre trèshonoré Seigneur et bisayeul, dans les différents partis où il a été contre les Sauvages, nous ont porté à lui donner des marques de notre satisfaction qui puissent passer à la postérité : nous nous y sommes déterminé d'autant plus volontiers, que la valeur du père est héréditaire dans les enfants, dont deux ont été tués au service, et les sept autres, qui servent actuellement dans nos troupes du Canada et de l'Ile Royale, ont donné dans toutes les occasions des marques de leur bravoure et de leur bonne conduite : et comme le père et les enfants continuent à nous servir avec le même zèle et la même affection, nous avons bien voulu accorder au chef de cette famille nos

lettres de noblesse. A ces causes etc. ..... LOUIS, 66. Paris, avril

Mile. Françoise ITertel était née à Trois-Rivières en 1680. Sa mère, Mme. Marie Joseph de Thavenet, personne d’une grande piété, avait donné à l’education de sa fille une attention toute particulière, sans pourtant négliger celle de ses fils qui étaient au nombre de neuf, car on voit qu'ils en reçurent de si heureuses impressions que, bien qu'ils fussent un peu volages et grandement valeureux, ïls se firent un principe invariable d’être aussi fidèles À leur Dieu qu’à leur Roi, au service duquel ils étaient tous enrûlés.

Quand il fut question de préparer sa fille à sa première communion, Mme. de Hertel voulut partager avec nos Mères la responsabilité de ce devoir, et l’envoya au pensionnat. La jeune Françoise profita bien de la sollicitude de sa mère et de celle de ses maîtresses, car il paraît que parmi “ les petites communiantes de 1690,” aucune ne fut plus sage ni plus fervente que la fille du Héros.

La première communion fit en effet époque dans cette jeune existence ; tout devint réglé dans la conduite de la pieuse élève, son travail, ses délassements, ses dévotions, et jamais dans la suite on ne put dé-

couvrir en elle ni lâcheté ni inconstance, quand il s’a-

gissait des intérêts de son salut. Ses parents, charmés de ses progrès, l'avaient retirée auprés d’eux, et ils

songèrent bientôt à lui ménager une alliance en rapport

avec leur position. Françoise, qui souffrait de ces préoccupations, ne tarda pas à faire connaître à sa famille que son cœur avait senti l’attrait d’une grâce particulière, et qu’elle ne contracterait jamais d’autre alliance que celle de l’Epoux des vierges. On ne goûta pas du tout ce projet de retraite; son père surtout s’en attrista. beaucoup, car il commemçait à fléchir sous le poids des années, et il avait toujours

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