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$ 12.—ÉPREUVES ET CONSOLATIONS DE LA RELIGION.—MGR. BRIAND, Te ÉVÊQUE DE QUÉBEC.
La question religieuse ayant toujours été la plus sensible au cœur de nos ancêtres, à l’époque même des plus désespérantes calamités, nos lectrices nous suivront avec intérêt dans ce point de vue spécial où nous allons considérer un instant l’histoire de notre pays, qui devient par là même si intimement la nôtre.
Une fois la paix faite et le sort du Canada définitivement fixé, il fallait envisager la situation avec ce calme, cette résignation chrétienne qui prévient les égarements et les méprises. Mais que de circonstances où cette tranquillité d’âme devenait d’une difliculté extrême! Quelle périlleuse tentation, par exemple, pour ces familles nobles et influentes, ruinées sans ressource ct mises en dehors des affaires, (1) par le fait même de leur attachement à la sainte religion! Quel avenir de déchéance, sous les exigences humiliantes et les vexations d'hommes, trop souvent sans éducation et sans conscience, (2) Parlerons-nous de ce prestige
(1) Un catholique n’était admis à aucun emploi public sans avoir reconnu, par serment, la suprématie du souverain d'Angleterre en matières spirituelles. Ce serment du Test est demeuré obligatoire
jusqu'en 1774.
(2) Le Rapport du général Murray, adressé en 1765, au Gouvernement d'Angleterre, jette un jour tout particulier sur les difficultés de cette époque. ‘Le gouvernement civil établi, il fallut, dit-il, faire des magistrats et prendre des jurés d’entre quatre cent cinquante com: merçants, artisans et fermiers méprisables, (principalement par le défaut d'éducation.) Il ne serait pas raisonnable de supposer qu'ils ne furent pas enivrés du pouvoir, ainsi mis entre leurs mains contre leur attente, et qu'ils ne furent pas empressés de faire voir combien ils étaient habiles à l’exercer. Ils haïssaient la noblesse canadienne,
d’une riche alliance, jeté comme en appât aux jeunes personnes qui voudront oublier leurs devoirs les plus sacrés ? Qui peut dire les séductions (1) de toute espèce, pratiquées au grand jour aussi bien que dans l’ombre ? On sent que le cœur chrétien avait besoin de s’élever dans ses aspirations, ponr ne pas succomber à l’amorce des plaisirs et des honneurs. Ilélas ! quelques-uns oublièrent que de Dieu seul peut venir la force, le courage ; que Dieu seul peut amener l'esprit de l’homme à une abnégation aussi complète ; et de tristes
à cause de sa naissance, et parce qu’elle avait des titres à leur respect : ils abhorraient les paysans, parce qu’ils les voyaient soustraits à l'oppression dont ils avaient été menacés. La représentation des grands jurés de Québec, en 1764, (tous anglais et protestants,) met hors de doute la vérité de ces observations. Ils représentèrent les catholiques comme une nuisance, ou à peu près, à cause de leur religion. Le mauvais choix d’un nombre des officiers envoyés d’Angleterre augmenta les inquiétudes de la colonie; au lieu d’être des gens de mœurs et de talents, ils étaient tout le contraire. Le juge en chef, choisi pour faire goûter à 76,000 étrangers les lois et le gouvernement de la Grande-Bretagne, fut tiré d’une prison, et il ignorait le droit civil et la langue des habitants. Le procureur-général n’était pas mieux qualifié du côté de la langue du pays. Les places de secrétaire de la province, de greffier du conseil, de régistrateur, de prévôt-maréchal etc., furent données à des favoris, qui les louèrent au plus offrant, et ils regardèrent si peu à la capacité de leurs substituts, qu'aucun d'eux n’entendait la langue des habitants du pays. Comme il n’était pas attaché de saluire fixe à ces emplois, leur valeur dépendait des honoraires, qui furent mis, d’après mes instructions, sur le pied de ceux de la plus riche des anciennes colonies. Cette forte taxe, et la rapacité des gens de loi venus d’Angleterre, furent pour les Canadiens un pesant fardeau, mais ils le portèrent avec patience.” — Rapport du général Murray aux ministres de la Couronne.
(1) Voici la ligne de conduite qu'avait recommandée une Université d'Angleterre :—{ Ne parler jamais contre le papisme en public, mais le miner sourdement ; engager les personnes du sexe à épouser des protestants; ne point disputer avec les gens d'église; ne pas presser
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révélations nous sont faites à cet égard, dans une lettre en date de 1766. Nous croyons utile de reproduire ce document ; il fournira une leçon d’expérience, et prouvera une fois de plus quelle funeste influence peuvent exercer des vainqueurs sur un pays, quand ils s'imposent par la terreur, jointe au prestige des honneurs et des richesses. Loin d’avoir jamais la pensée de s'appuyer ou de se prévaloir de tels exemples, pour le trafic de leur salut éternel, nos lectrices diront sans doute avec nous, dans la tristesse de leur âme, ces pénétrantes paroles du Sauveur du monde: De quoi servira-t-il à l’homme d’avoir gagné le monde entier, s'il vient à perdre son âme? Et que donnera-t-il pour racheter son âme si une fois il l'a perdue ?
La Mère M. Antoinette Poulin de St. François, dépositaire de notre maison, écrivait à laRév. Mère St. Françoiïs- Xavier, dépositaire du Grand Couvent de Paris :
Ma Révérende et très-chère Mère,
‘ L'occasion de M. de Jonquière m'est trop favorable pour n’en pas profiter. C’est avec peine que nous le voyons partir, vu les dangers auxquels il s'expose dans une saison aussi avancée. Mais l'amour de sa patrie ainsi que les pressantes sollicitations de ses amis, l'ont emporté sur les considérations qui auraient pu le retenir dans notre pauvre pays, où les personnes de son mérite sont bien rares, L’espérance de son retour tempère un peu nos regrets sur
le serment d’allégeance; réduire l’évêque à l'indigence; fomenter la division entre lui et les prêtres; exclure les Européens de l’épiscopat, ainsi que les habitants du pays qui ont du mérite et qui peuvent maintenir les anciennes idées: rendre ridicules les cérémonies religieuses qui frappent le peuple; empêcher les catéchismes; faire grand cas de ceux qui ne feront aucune instruction au peuple, les entraîner au plaisir et les dégoûter d'entendre les confessions; louer les curés luxueux, leur table, leurs équipages, leurs divertissements, excuser
leur intempérance, les porter à violer le célibat, qui en impose aux simples ; tourner les prédicateurs en ridicule.”
la perte d’un tel compatriote. J'ai cependant bien de la peine à me flatter de son retour, persvadée qu’une fois rendu dans cette belle France, il oubliera facilement notre pauvre et désolé Canada. Cependant, ma chère Mère, si la Providence permettait qu’il revint dans deux ans, comme il nous l’a promis, je vous prie instamment de vouloir bien profiter de son occasion pour nous procurer une centaine d’aunes d’étamine à voiles pour l'été, que vous aurc: la bonté de faire mettre entre deux toiles ou coton légèrement piqués en forme de petites courtes-pointes. Il nous a promis qu'il s’en chargerait avec plaisir, les faisant passer à Londres comme couvertures de son lit de voyage. La nécessité où nous sommes nous
oblige à tenter cette petite ruse, que je serais bien charmée de voir réussir.
“ I] serait inutile pour nous de chercher des voiles chez MM. les Anglais, qui n’ont aucun talent et qui ont encore moins de goût pour coiffer les nonnes. Ils en ont malheureusement beaucoup pour faire arborer le chapeau de satin, qui est la coiffure de leurs dames, aux demoiselles françaises, qui s'agrégent tous les jours à leur nation par des mariages contractés selon les lois anglaises. Il yena jusqu'à trois qui ont abjuré publiquement à l’église la religion catholique. Nous avons même eu la douleur de voir un de ses ministres, prêtre régulier, en faire autant, il y a environ un mois. M. le Gouverneur s’opposa, par bonté pour son corps afligé, que son acte d’abjuration se fît à l’église où, neuf ans auparavant, il avait fait ses vœux solennels ; cette affligeante cérémonie se fit au conseil, assemblé pour cet effet.
“Je me flatte, ma chère Mère, que vous avez eu la bonté de faire honneur à ma lettre de change...
‘Je vous souhaite une parfaite santé et vous supplie de ne rien épargner pour éviter tout embarras dans la gestion de nos affaires. Nous approuverons tout ce qu'il vous plaira nous porter en compte, car nous sommes toutes pénétrées de la plus vive reconnaissance pour toutes les peines que vous vous donnez pour nos intérêts en France. Nous nous recommandons à vos saintes prières ; quelque chose de particulier je vous prie, ma chère Mère, pour celle qui en a le plus grand besoin, et qui a l'honneur d'être, ete.”
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