‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 14 sur 70 · MM · texte numérisé non relu

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Au mois de février 1767, la Mère dépositaire des Ursulines de Paris, répondant à cette lettre, disait entre autres choses: “Je prends part aux tristes événements qui vous sont arrivés par rapport à la Religion. Pour notre Royaume et Paris en particulier, nous gémissons aussi beaucoup; on doute de tout. Nous avons bien besoin que Dieu nous regarde dans sa miséricorde.”

Cependant, la sève religieuse coulait encore abondante dans les veines du peuple canadien. Il nous tarde d'appeler l’attention sur l’héroïque vertu de tant de familles chrétiennes, que la désastreuse guerre de sept ans avait laissées dans la dernière détresse, et qui ne faillirent pas ; que de veuves désolées après ces luttes sanglantes, que d’infortunées mères privées de leur dernier appui par la perte deleurs fils aînés!—‘Que faire avec sept filles ? ” écrivait dans son angoisse une femme forte, d'une belle éducation, lamême qui, en 1775, ne craignait pas de lever l'épée pour protéger sa vertu. Elle aussi eut à déplorer des alliances contractées contre son gré. Mais combien résistèrent à toutes les instances, préférant la mendicité à l’aisance ! Nous savons, par des lettres qu’on nous a permis de lire, que plusieurs familles passèrent en France dans l'unique but d'y établir convenablement les jeunes filles, sans danger pour Ja foi. C'est là probablement pourquoi dans « l'Auguste,”’ naufragé en 1761, on trouve tant de noms de personnes da sexe, enfants de gentilshommes et de

bourgeois.

Non, l’ennemi de notre foi n’a jamais pu se glorifier d'avoir fait de larges brèches dans les rangs catholiques du pays. À côté de ces quelques défections, qui toutefois n’offrent aucune excuse ; à côté de ces lâches chrétiens, accoutumés à donner à la terre et au temps leur première soliicitude ; à côté des honteuses spéculations de ces âmes vénales ; disons-le encore, que de

sacrifices sublimes de gens, jusque-là dans l’abondance et la meilleure position sociale, s’isolant (1) sur leurs terres dévastées, et se confondant dans la vie rurale de leurs censitaires, devenus désormais leurs égaux. Combien d’autres, incapables de se livrer aux travaux des champs, s'expatrièrent dans les forêts de l'Ouest. Honneur à ces cœurs élevés et généreux qui, à ce prix même, ont su conserver la foi de leurs pères et la transmettre à leurs enfants! C’est le sacrifice qu’accomplissent depuis des siècles, les fils héroïques de la malheureuse Irlande, et dont nous voyons un exemple si navrant de nos jours, dans la douloureuse agonie de l'infortunée Pologne.

Mais à cette époque même de pénible mémoire qui nous occupe, nos Annales enrégistrent un événement qui fit tressaillir tous les cœurs et releva toutes les espérances. ‘“ Le 29 juin de cette année 1766, Mgr. J. Olivier Briand nous est arrivé après vingt et un mois de voyage. Toute la ville est dans une extrême joie de son heureux retour. Le Roi d'Angleterre a enfin accédé à la demande de ses nouveaux sujets, qui lui en auront une éternelle reconnaissance.”

Les Ursulines, si dépendantes de l’autorité épiscopale, à laquelle leur supérieur venait d’être promu, devaient avoir une part encore plus intime aux consolations qui inondaient le cœur du peuple.

Pour apprécier la joie et la reconnaissance du pays en cette circonstance, il faut entrer dans un plus ample détail des difficultés qui avaient précédé.

() C’est alors, comme on le sait, que des seigneurs eurent à habiter pendant des années le moulin seigneurial, échappé à la destruction ou reconstruit à la hâte ;—car par le serment du Test, pas de charge, par conséquent pas d’aisance pour le seigneur canadien-catholique,

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Par la capitulation du 8 septembre 1760, on avait garanti aux Canadiens le libre exercice de la religion catholique; mais la clause additionnelle “ autant que les lois d'Angleterre le permettront,” ne laissait pas d’être inquiétante. ‘Sans doute, dit M. l'abbé E, A. Taschereau, Recteur de l’Université-Laval, la liberté du culte caholique emportait le droit d’avoir un évêque pour gouverner et recruter le clergé ; sans cela, la liberté promise n’eûtét5 que le droit de mourir catholique avec la triste perspective de voir bientôt s’éteindre la foi en Canada: maïs l’épiscopat ne se trouvait pas spécialement garanti......”

Le traité de 1763, ayant fait évanouir tout espoir de se rattacher à la France, il n’y avait plus à balancer, 4 11 fallait un évêque au clergé que la mort moissonnait.” Les grands-vicaires étaient alors pour Trois- Rivières, M. J. F. Perrault; (1) pour Montréal, M. de Montgolfier, et pour Québec, M. J. OIL Briand. Ils avaient été nommés précédemment vicaires capitulaires. Le chapitre s’assembla (2) vers le milieu de septem-

(1) Voicice que les Annales nous d'sent de cet homme de Dieu, si digne de partager alors le fardeau du gouernement spirituel.

4 Le 27 février 1774, le diocèse de Québec a fait une grande perte par la mort de messire Jos. Frs. Perrault, chanoine de la cathédrale, G. V. du diocèse et supérieur des communautés religieuses. Il était

de 54 ans et en comptait 32 de prétrise. Ses belles qualités et son rare mérite l’ont fait regretter des grands et des petits; sa piété, sa douceur, son esprit pacifique le rendaient cher à tous. Ila conduit avec prudence et bonté l’église de la Basse-Ville, lui servant de père et de confesseur, étant toujours prêt jour et nuit à assister les sains et les malades. C'était le bras droit et le conseil de notre illustre Evêque. Toutes les maisons religieuses ont eu part à sa bienveillance et à ses libéralités. Une apoplexie et un mal de côté nous l'ont enlevé en huit jours.”

(2) Cette assemblée du chapitre se fit à l'Hôpital-Général de Québec, dans la chambre occupée par M. Briand, avec toute la solennité

bre, et le président, M. Briand, ayant proposé à la dignité épiscopale M. de Montgolfier, il fut unanimement élu, et chargé d'aller lui-même en Angleterre, négocier l’existence de l’épiscopat, gardant le secret toutefois sur l'élection qui venait de se faire. I] partit au commencement d'octobre. Que d’ardentes prières montèrent vers le ciel pour la réussite d’une députation aussi importante ! Sur la fin du mois arrivèrent les nouvelles les plus désolantes. ‘Que nous sommes tristes ! écrivait (1) M. Gravé à M. de Villars. Ilya deux jours que nous reçûmes l’aflligeant règlement de la cour qui nous refuse un évêque, comme une chose contraire aux lois de la Grande Bretagne....Cela ne nous empêchera pas de presser M. le député du peuple, (M. Charest), de partir......Il part en effet demain... Depuis le départ de M. de Montgolfier, il y a eu bien du trouble à Montréal. M. Gage, lors gouverneur et depuis quelques jours lieutenant-général du roi dans toute l'Amérique, a fait appeler MM. Peignée, G. V. Favart et Jolivet, pour leur dire qu’il voulait absolument que les mariages des catholiques et protestants se fissent dans l’église par le curé. Ils out répondu que M. Montgolfier apporterait sur cela des règlements de Rome, auxquels on se conformerait, mais qu'ils ne pouvaient maintenant consentir à ce qu'il demandait.

requise par l'Église. Les membres présents étaient: MM. Briand, Perrault, Resche, de Rigauville et St. Onge; les autres étaient malades ouen France. M. Etienne Montgolfier, supérieur du Séminaire de St. Sulpice, à Montréal, se trouvait alors à l’Hôpital-Général.

Les chanoines avaient résolu de choisir un évêque, le chapitre étant rentré dans le droit commun par la séparation d'avec la France, où les concordats attribuaient la nomination des bénéfices au roi.

Manuscrit de M. E. À. Taschereau, V. G.

(1) Lettre du 25 octobre, 1763.

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À quoi ils ont reçu cette réponse : Je connais maintenant vos sentiments. La porte du Canada est encore ouverte, (1) j'ai votre passe-port lout préparé. Je ne sais ce que tout cela deviendra...” Dans sa réponse à cette lettre, M. de Villars appuyait sur l’urgente nécessité d’avoir sept ou huit prêtres de France, vu qu'il y avait, à Québec et à Montréal, dix fois plus d'ouvrage qu’on pouvait n’en faire.

Cependant M. de la Corne (2) rejoignait en Angleterre M. de Montgolfier, et les négociations prirent enfin la tournure désirée. Au printemps suivant, ce dernier passait en France, où l’on s'attendait qu’il allait être sacré, quand il lui fut signifié que non-senlement la cour d'Angleterre ne l’agréait pas pour évêque, mais qu’elle exigeait même qu’il se dépouillât de son titre de grahd-vicaire.

La haute vertu de M. de Montgolfier lui rendit facile cet acte d’abnégation. Il revint en Canada, et après avoir rendu compte de sa mission, il se hâta de proposer à l'élection du chapitre M. Briand, comme le mieux qualifié pour l’importante fonction d’évêque de Québec. Le gouverneur paraissant favorable, il ne fallait pas laisser échapper ce moment de bon vouloir.

Elu le 11 septembre 1764, et fort de sa confiance en Dieu, M. Briand partit en novembre pour l’Europe, accompagné des vœux d’un peuple ‘qui, en vérité n'avait fait paraître en rien tant de seusibilité dans

(1) On sait que dans les premières années, le gouvernement avait favorisé de tout son pouvoir l’émigration des personnes influentes de Ja

colonie.

(2) M. de la Corne, doyen du chapitre de Québec, résidait à Paris depuis 14 ans.

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Malgré mainte restriction (2) de la part de l'Angleterre, restrictions où ne perçait que trop la volonté d’ Û tablir en Canada la suprématie du ‘oi, M. Briand st s'entendre avec Rome et sauvegarder les toits du St Siéwe, Les négociations durèrent douze mois Enfr le 21 janvier 1766, les Bulles furent enédtécé ee 16 mars suivant, M. Briand se faisait sacrer à Paie

Quelle allégresse à cette nouvelle! De toutes part en Canada, on semblait renaître à la vie: le ne A tuel, c'était l'ancre de salut à honeilé ou pe ‘attacher d'une manière désormais ae: à quand plus tard, Mgr. Briand pourra se féliciter de é ïr en Canada, sous le gouvernement ont ue pr PR plus heureuse et plus libre que dans ire très-chrétienne ”’ de nos pères, on commencera à entre-

Lie Ces paroles sont extraites de l'adresse des chanoines à la d'Angleterre, signée par eux ainsi oi pur ar 8 SE si que par M. Boiret, supérieur du Séminaire, et par M. Récher, curé de Québec adress 11 d'expressions de loyauté bien sincé RC ne HUUSD er yauté bien sincères, laisse voir une fermeté digne, à poursuivre l’objet de leur demande: M. Briand était porteur de adresse. f PARENTS

9 , 18291 ñ (2) on ne AGONTASARE Mgr. Briand qu'aux conditions suivantes : o. qu'il ne dépendrait d'aucune puissance étrangère, et n'aurait a : ; » ss Ÿ a aucun rapport ni avec Rome ni avec la France; 20. qu’une fois ses Bulles r 4 * (Ta : P . La ; eçues, puisque cela lui était absolument nécessaire, il serait censé ti TA S Ê & CET ER ., :

irer son autorité de sa place et de son siége. Le désir d'isa Rome l’Église du Canada, étai i “ Re Ron glise du Canada, était la raison pour laquelle l'Angleterre était absolument opposée à un Vicariat Apostolique. ‘ “ Manuscrit de M. E. À. Taschereau, V. G.

\ que avons longtemps hésité si nous ne donnerions pas tout : S : L [2 long l’intéressant travail de M. le G. V. Taschereau, sur u ee si . Tas 9 "une questio aussS ac k ; A itale pour le Canada, que celle de la succession à l’Episcopat ces détails étant généralement peu connus. co

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