‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 16 sur 70 · GR. BRIAND · texte numérisé non relu

GR. BRIAND

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HISTOIRE DU MONASIÈRE. 63

toutes les fêtes (1) de l’ordre; il fit à deux reprises la visite épiscopale, parcourant toutes les dépendances du Monastère, s’enquérant des besoins de la communauté, et devinant ceux que par délicatesse on ne lui dévoilait pas.

C'est surtout en entrant dans le détail des réparations faites alors à notre maïson, que nous avons lieu d’admirer la sollicitude du saint évêque ; il voulut défrayer lui-même, en tout ou en partie, ces dépenses auxquelles la communauté était impuissante À satisfaire. Ainsi, le rétablissement de la maison des externes, inhabitable depuis le siége ; les réparations aux murs de cloture, aux bâtiments de la basse-cour, en 1767 et 68; le renouvellement du plancher et des marches du sanctnaire, (2) en 1772, tout cela ne fut effectué que moyennaut les encouragements et les largesses du digne Prélat. Lui-même pourvut au rétablissement du confessionnal et à la construction de la chambre des portières, ce qui lui coûta 1380 liv. Si ces dépenses étaient grandes pour Mgr. Briand, les résultats pour nous en étaient inappréciables.

Aussi délicat que généreux dans ses offrandes, le bienfait se montrait souvent, aux cœurs attendris, avant le bienfaiteur. C'est ainsi que visitant un jour la Com-

(1) A la St. Joseph en 1768, “Mgr. voulut lui-même nous chanter la grand’'messe, embellissant cette grande fête de l’ordination d’un prêtre dans notre église, (M. Pierre Gibault). Nous obtinmes la permission de chanter la messe en plain-chant.”?

(2) Les Annales disent à cette occasion: ‘Le 26 avril, Mer. a permis de transporter le S. S. dans notre chœur, et la sainte messe s’y est dite jusqu'au 7 mai. Mgr. a bien voulu ajouter à cette précieuse consolation celle de venir offrir au milieu de nous le $, Sacrifice le 5 du même mois de mai, jour de la conversion de notre B. Père St. Augustin.”

munauté après la guerre des Bostonnais, et ayant remarqué que l’aîle St. Augustin était considérablement endommagée, surtout la partie sud, où se trouvait une belle classe autrefois occupée par les Diles. pensionnaires, il fit observer aux religieuses qu’une réparation était absolument nécessaire.—‘* Il est vrai, Mgr. répondirent celles-ci, mais les fonds manquent.—Eh bien ! chères filles, repartit le Prélat, la Providence y pourvoira.’’ Le lendemain, des ouvriers se présentaient de la part de Mgr. avec ordre de réparer les dommages, ce qui coûta 1140 liv.

Quoique le langage des actes soit le plus sûr, on aimera aussi à voir avec quelle cordialité, quelle bienveillance le généreux évêque correspondait, dès le commencement, avec les membres de son troupeau cloîtré. En décembre 1766, confirmant les élections, Mer. Briand répondait comme suit, à la Mère Davanne de St. Louis de Gonzague.

“ J'ai reçu, notre très-chère fille, la liste que vous m'avez envoyée des officières de votre maison et je l’approuve de tout mon cœur, Marquez-leur, je vous prie, combien je suis sensiblement touché de la vertu dont vous me parlez et qu’elles ont fait paraître, par l'esprit religieux avec lequel elles ont accepté les différents emplois auxquels l’obéissance les à appliquées. En vérité, ma chère fille, si je ne vaux rien, j’ai au moins cela de bon, que j'aime et j'estime les personnes qui valent quelque chose, et que je regarde comme d’un grand prix une religieuse qui est ce qu’elle doit être. Je n’en connais point d’autre chez vous ; priezles de m'aider à aimer Notre-Seigneur et à le faire aimer. Je vous assure que les âmes consacrées à Dieu sont toujours au premier rang, parmi celles que je suis obligé de lui présenter au saint autel.

“ Je suis bien charmé de la bonne volonté de la Mère Assistante, (1) Je vous exhorte à être bien unies l’une et l’autre, la

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loire de Dieu ctle bien de votre maison en seront mieux procurés, J'ai la consolation de voir que vous êtes deux bons esprits ; c’est Dieu qui vous les a donnés. Vos cœurs aussi sont également bons; mais il n’est pas des cœurs comme des esprits, ceux-ci ne changtnt pas pour l'ordinaire ; ceux-là, au contraire, peuvent se perfectionner. Je prie le Seigneur qu'il vous remplisse toutes de plus en plus de son amour, et soyez persuadées qu'il n’est personne au monde qui ait plus d’estime et plus d'affection pour vous en Notre-Seigneur que votre évêque.”

En date du 25 février 1768, où se terminait la première visite épiscopale de Mgr. Briand, les Annales disent : ‘“ Mgr. notre illustre prélat nous a fait la grâce de commencer la visite de notre communauté. Sa Grandeur a eu la bonté de nous dire la sainte

esse pendant les six jours qu'a duré cette visite, après quoi il passait au parloir pour parler aux religieuses, ce qu'il a fait avec une charité parfaite et pleine satisfaction de notre part. L’exhortation par laquelle il a terminé cette visite a été si gracieuse et

si pleine de douceur, qu’elle a rempli nos cœurs d'amour de Dieu et d’un nouveau zèle pour sa gloire. Ce digne Pasteur nous a assuré que malgré les dérangements et désordres de la guerre, il avait remarqué dans notre maison beaucoup de piété et une régularité aussi grande que par le passé. Il nous a souhaité mille bénédictions, pour conserver jusqu’à la fin des siècles l'esprit que nous avons reçu de nos premières Mères. Dieu nous en fasse la grâce | ”

Après avoir terminé ici ces pieux exercices, l’infatigable prélat allait en faire autant dans toutes les communautés de son vaste diocèse, répandant partout, avec le pain de la parole de Dieu, tous les secours temporels dont il pouvait disposer.

Par la lettre de Mgr. Briand à notre communauté, à l'issue de sa visite épiscopale, au printemps de 1772, il nous a paru que si ses procédés avaient pour premier mobile la noblesse et la générosité de son cœur, ils lui étaient aussi suggérés par une estime réelle pour la communauté que la Providence divine l'avait appelé à diriger dans la voie des parfaits. Voici cette lettre :

‘“ La confiance que vous nous avez marquée, nos très-chères filles, dans cette visite, exige également de nous un retour de confiance. Vous attendez avec empressement, (j'ai tout lieu de le penser de votre vertu), que je vous fasse part de mes observations sur l’état de votre maison quent au spirituel. Je dois vous dire que j'ai été consolé, édifié et charmé : si l'on m’a découvert quelque chose à améliorer, je n’en ai été que plus persuadé de la délicatesse de vos consciences, de votre zèle pour le bon ordre et le maintien de la régularité, et de votre ardeur pour la perfection chrétienne et religieuse. Je n’en ai été que plus convaincu que vous n'avez point perdu l’ancien esprit de la maison, qui a toujours été la bonne odeur de Jésus-C:rist dans cette colonie, ci que vous continnez d’être une communauté digne de la vénération, de l'estime et de ioute l'affection d’un évêque. C’est le propre des bonnes âmes de s’alarmer aux moindres apparences du mal : les plus légers changements, les plus petites omissions, les moindres innovations les font trembler, et elles ont raison, car ce sont les petits désordres qui ont été la source de la décadence des ordres religieux. Notre-Seigneur nous dit dans l'Evangile que celui qui est infidèle dans les petites choses, le sera bientôt dans les grandes. Ainsi, nos très-chères filles, si le malheur des temps a fait quelques brèches, elles seront bientôt réparées. Le mal, si l'on peut appeler mal un moindre bien, n’est sûrement ni grand, ni général ; il ne nous à point paru de nature à mériter des ordonnances consignées dans vos régistres.

‘“ L'excellence de votre institut vous est connue ; Celui-là sera grand, dit Notre-Seigneur, qui gardera et enseignera la loi de Dieu. Vous ne sauriez donc vous y appliquer avec trop de zèle et suivre avec trop de scrupule les réglements qui vous ont été donnés sur cet emploi...

“ Croyez, nos très-chères filles, à l'estime que je fais de votre institut, par lequel vous partagez le fardeau que le Seigneur m'a imposé.”

Tel était ce prélat au cœur si sensible ct si bon, et qui disait de lui-même sur la fin de sa laboricuse et utile carrière : “ De ma vie, je n’ai craint horume ; je

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