BÉATIFICATION DE STE. ANGÈLE
Plus de deux siècles et quart s'étaient écoulés depuis que Ste. Angèle (1) brillait au ciel de cet éclat particulier promis à ceux qui auront enseigné leurs frères ; sa Compagnie s'était étendue avec une rapidité “tonnante dans toutes les contrées de l’Europe jusqu’à l’Archipel ; l'Amérique même s'était ouverte à plusieurs maisons de son ordre, ct cependant, l’illustre Fondatrice je jouissait pas encore du titre de Bienheureuse. La voix du peuple, il est vrai, l'avait dès sa mort canonisée ; on lui rendait même en certains endroits un culte public, tandis que le grand archevêque de Milan, St. Charles Borromée, déclarait ouvertement, à Brescia, qu'Angèle méritait d’être portée par le siége apostolique sur le catalogue des Vierges saintes. Mais il fallait quelque chose de plus, il fallait la grande parole par excellence, la parole authentique de ce siége apostolique.
Ce fut justement à l’époque où l’on entretenait tant de craintes au sujet de la Religion en ce pays, que Dieu ménagea à nos Mères cette intime consolation.
Une enquête avait d’abord été faite à Brescia sur le bruit de la sainteté, des vertus et des miracles d’Angèle Mérici, et sur les honneurs que déjà on lui rendait. Une seconde enquête fut ensuite faite par l’autorité de l'Officialité de Rome, et le 13 août 1763, $. $S. Clément XIII, nommait une commission chargée de rapporter
(1) Ste. Angèle avait terminé son laborieux pélerinage Je 27 février
cette affaire. Enfin le 30 avril, (jour si cher à cette maison et où nous espérons fêter un jour notre Fondatrice particulière,) le 30 avril 1768, à la demande réitérée de l’épiscopat et de tout l’ordre de Ste. Ursule, le même Saint Père proclama Bienheureuse, celle qui, toute sa vie, n'avait cherché que l'oubli et le mépris du monde. C'est ainsi que Dieu accomplit souvent, dès ici-bas, cette promesse consolante : ‘“ Celui qui s’humilie sera
exalté.
Cette nouvelle de bon augure répandit une joie bien pure et bien vive, et la fête de la Bienheureuse, fixée au dernier jour de mai, fut grande et solennelle dans toutes les maisons d'Ursulines. Deux communautés cependant, la plus illustre et la plus lointaine, furent contraintes de comprimer en partie les élans de leur joie. Les Ursulines de Paris, dans la capitale même du royaume Très- Chrétien, ressentaient déjà les effets de la philosophie révolutionnaire ; à une époque qui tendait à tout matérialiser, elle ne purent qu’à ‘ petit bruit,” entrer en communication avec le monde surnaturel; les Ursulines de Québec, au contraire, se trouvaient sous un gouvernement étranger à la foi, mais leur liberté était réellement plus grande; (1) l'extrême
(1) Notre Mère Ste. Etienne écrivait à Paris en 1767: (‘Les gazettes de France nous aflligent beaucoup au sujet de la Religion ; quoique nous soyons despatriées par le malheur des temps, nos cœurs sont toujours bons Français, c’est ce qui nous rend doublement sensibles à la décadence de cette chère patrie. Je dirais qu'il faut autant être en Canada, où nous jouissons de la plus grande tranquillité. Nous ne sommes inquiétées en rien par rapport à la Religion, sous un gouverneur qui charme tout le monde par sa douceur et sa modération, et avec un évêque qui fait le bonheur et la consolation de son troupeau. Si l’argent était moins rare et tout moins cher, nous serions très-b'en. . . .”
Notre Mère St. Louis de Gonzague répondait aux Ursulines de
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