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Pas une lettre de l'époque qui, en déplorant les suites de la guerre, ne demande la paix. ‘ Dans ces mauvaises années, disait en 1781, l’aimable Mère St. Louis de Gonzague, il faut mettre tout dehors ; je ne sais s’il en est ainsi par chez vous, ma chère Mère ? Sans aimer l'argent, il en faut avoir, et quand on n’en a pas, où en prendre? Voilà comme vous le voyez une dépositaire fort à son aise ! Si nous n’étions point en temps de guerre, j'engagerais les bonnes âmes à reprendre leurs libéralités en notre faveur. Ce qui est triste, c'est qu’on ne sait point quand ce temps de trouble finira. Que la divine Providence veuille enfin nous favoriser de la paix; il serait grand temps d'en goûter les douceurs. Mettez-vous je vous prie de la partie, ma chère Mère, pour forcer le Dieu des armées à nous accorder ce bien que nous désirons depuis si longtemps. Suppliez aussi ce Dieu bon de répandre ses miséricordes sur ce pays, et de le rendre plus fertile qu'il ne l’a été depuis trois ans. IL semble que le Ciel veuille nous faire faire une double pénitence ; il nous a refusé ses douces rosées dans les temps propres à l’accroissement des plantes, ce qui rend les fourrages hors de prix, le mal étant universel ; et aujourd’hui, (29 Oct.) l'abondance des pluies retarde les labours ; et voilà la saison qui avance et le froid qui nous arrive à grands pas. Tout cela tourmente ma pauvre tête."
Dès 1777, on avait ressenti cette cherté excessive de toutes choses. De plus, l'oppression qui avait précédé, la suspension des études dans les séminaires, la pauvreté du peuple, avaient extrêmement réduit les classes professionnelles, et la France, dans sa gêne financière, devenait de plus en plus exigeante dans ses transactions. Mais laissons parler la correspondance intime dont nous sommes abondamment pourvue,
‘ Pour vous dire quelque chose de notre pauvre pays, écrivait en octobre 1777, notre Mère Supérieure, l'hiver a été des plus doux ; le printemps assez bien, mais sec, ce qui a empêché le blé de lever avec la même abondance. L'été s'est bien comporté, et quoi-
que nous ayons eu de la pluie l’espace d'un mois, et même de la grêle, les récoltes ont été belles. L'automne est charmant ; cependant, nous éprouvons de temps à autres des froids qui nous annoncent qu'en peu il nous faudra faire du feu avec le bois qui nous coûte, cette année, 18 liv. la corde ; jugez par là du reste pour vivre: 60 piastres la barrique de vin, 20 sols la livre de beurre ete., ete. Dieu veuille mettre fin à ce qui occasionne bien des calamités, Pour moi, ma chère Mère, il y a des moments où ma nature en frémit, Demandez, suppliez, et engagez vos amis à répandre leur cœur devant le Seigneur pour nous obtenir cette paix que nous désirons avec tant d’ardeur, après laquelle on soupire nuit et jour. Nous ne voulons malgré tout cela que la volonté de Dieu. Mais les orages et les brouillards sont difficiles à passer, on craint toujours qu'ils ne viennent à crever et que la foudre n'enveloppe un monde sous ses ruines.”
Dans l'été de 1778: ‘“ Nous avons passé l'hiver assez tranquilles. Vers le printemps, nos voisins ont paru du côté d’en haut, mais ils s'en sont retournés. Le froid a été fort grand cet hiver, et maintenant les chaleurs sont excessives. Les inquiétudes ne nous abandonnent point, n'ayant aucune connaissance des arrangements faits avec les Américains, sinon qu'il s’établissent au fort Carillon, à la Galette etc., et peuvent ainsi faire route par d’autres endroits. Dieu veuille faire terminer toutes ces affaires à sa plus grande gloire et à notre salut ! ”
“Je voudrais vous savoir en paix, répondait la Mère dépositaire des Ursulines de Paris; mais l'avantage des insurgés me fait craindre que vous n’en jouissiez pas sitôt..."
En octobre 1779, notre dépositaire: “ Je vous suis bien obligée, ma chère Mère, de la part que votre bon cœur vous fait prendre à notre position. Je vous avoue qu’il est triste d’être toujours dans l'inquiétude, toujours dans l'attente de quelque événement fâcheux. La vie est au plus cher, et pour surcroît, la récolte a entièrement manqué cette année dans tout le pays, par des chaleurs et une sécheresse qui ont brûlé tous les blés avant leur maturité. Cela nous dérange beaucoup comme tous les autres. Cependant, ma chère Mère, je dois judicieusement vous rassurer sur notre compte; la Providence nous a jusqu’à présent protégées d'une
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manière trop singulière, pour penser qu'elle nous refuse à l'avenir ce que nous attendons avec confiance de son secours, Elle nous a procuré deyuis le mois de janvier, quatre demoiselles bien nées, bien élevées, qui sont très-contentes au noviciat, et qui nous apportent la dot entière chacune, ce qui est rare depuis bien des années, Plusieurs autres jeunes filles se présentent oncore, mais il faudra leur faire grâce sur le temporel. Vous voyez par ià, chère Mère, que le Seigreur se conserve au milieu de la corruption du siècle, des âmes fidèles qui cherchent dans le port l'assurance de leur salut.”
“ Pour vous parler de nos affaires d'ici, disait à la même époque la Mère St. Louis de Gonzague, elle me donnent bien des sollicitudes. Le défaut de pluie s’est fait sentir pendant plus de six semaines, et ce mal s’est étendu à tout notre pauvre pays... Après avoir vu en herbe une apparence de blé magnifique, tout a manqué, ct je suis à la veille de payer le peu que je pourrai trouver une pistole, ou pour le moins 9 livres. La farine est comme vous le pouvez penser sur le même ton.”
Cette continuité d'inquiétude et de souffrance faisait pousser bien des soupirs vers des temps plus heureux. “ Depuis 1775, où les Bostonnais vinrent assiéger Québec, dit le Récit, la guerre a toujours continué, et nous voilà à l’année 1782, sans savoir quand et comment elle finira. Si la continuité de ce fléau nous procurait le bonheur de revenir à la France, nous aurions bientôt oublié toutes nos misères passées. Mais, qu'il est à craindre que notre Roi Louis ne s'intéresse plus au Canada! Alors ce sera sans espoir....Nous aurons, il est vrai, la consolation de penser que nous ne sommes que pour peu de temps en ce monde, et que les croix et les souffrances nous assurent une éternité de bonheur....”
Enfin fut conclu, le 3 septembre 1783, le traité de Versailles qui consacrait l'Indépendance américaine, ‘La paix est done faite, écrivait au mois d'août suivant la Mère St. François ; vous en bénissez Dieu, ma chère Mère, et nous le devons tous faire. Cependant, nous avons perdu tout espoir de retourner à l’ancienne patrie. On ne saurait s'imaginer la consternation générale que cetto nouvelle a répandue dans notre pauvre pays.”
Cet espoir de retourner à la France s'était réveillé au fond des cœurs canadiens, à l'intervention de la France dans les affaires d'Amérique. D'un autre côté, les procédés de l'Angleterre, qui en était à son troisième changement de forme gouvernementale depuis la conquête, et dont la législation laissait encore tant à désirer en ce pays ; ces procédés, disons-nons, et le régime tyrannique de Haldimand, n'étaient pas de nature à faire chérir beaucoup la nouvelle domination. La situation, même au point de vue religieux n’était pas rassurante, le Roi se réservant toujours d'exercer les droits de chef spirituel quand bon lui semblerait, Ce n'était pas encore le temps où le peuple canadien pût reconnaître dans ce changement le dessein providentiel de Dieu. Quant au clergé, une fois sûr de la perpétuité de l’épiscopat, il s’estima plus libre que sous l’ancien gouvernement, soumis qu’il était alors à la tyrannie religieuse des divers chefs de la colonie, et des gens de robe imbus de Jansénisme, ainsi qu'aux exigences (1) de ia cour de France. Le clergé était aussi plus en mesure que le peuple, par ses rapports avec la France, de calculer les résultats que devait infailliblement amener la malheureuse philosophie dont le Canada commençait à ressentir le contre-coup, comme on le verra dans l’article suivant,
$6.—PERTE DE PRÊTRES; LES PRINCIPES RÉVOLUTIONNAIRES RÉAGISSENT SUR LE PAYS.
En 1780, les Annales consignaient comme suit la mort de “ M. de Verchères de Rigaudville, chanoine et V. G. de Mgr. Cette perte a sensiblement consterné et afligé le clergé. Les communautés ont partagé la peine, particulièrement l'Hôpital-Général, où il demeurait depuis la prise du pays en 1759. Ilen avait fait une paroisse pour les habitants de la Petite-Rivière et des environs. Il y baptisait, faisait les catéchismes, et tout ce que peut faire un curé zélé pour le bien et l'instruction de son peuple.
(1) Cette onéreuse dépendance pesa surtout dans les dernières années, où la plupart des employés étaient choisis à l’instigation d’une femme, l’'opprobre de son siècle, et dont nous ne voulons pas que le nom souille ces pages monastiques. Le Canada ne la connaît que trop.
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Il a été de plus l’âme de cette communauté par son intérêt à leur procurer des assistances, qui leur étaient bien nécessaires ; car la décadence de leur temporel les avait réduites à la dure nécessité de vendre leur seigneurie de St. Valliér, qui était le plus beau de leur revenu. Mais cet autre Joseph s’est mis à la tête de toutes leurs affaires, se faisant procureur, économe et pourvoyeur. Dieu a répandu une telle bénédiction sur ses entreprises, qu’il a eu la consolation de voir cette communauté au-dessus de leurs affaires avant sa mort, Illeur a donné par son testament la seigneurie de Berthier.
“ Ce digne prêtre est décédé le 24 décembre 1780. Peu auparavant, on avait perdu deux jeunes prêtres remplis de mérite, MM. Créqui (1) et Bédard. Que d'actions de grâces à rendre au Seigneur que le Roi nous ait accordé un évêque! La Religion, qui s'éteint considérablement, serait bien autrement tombée faute de prêtres. Mgr. en a ordonné un bon nombre, mais les décès (2) l'ont toujours emporté.”
Le manque de prêtres est le grand cri de détresse, à partir de
1780. ‘“ Mgr. est souvent obligé de nous servir de chapelain, écrivait à cette dernière date la Mère St. Louis de Gonzague ; voyez combien nos ministres sont occupés, et cela par suite du petit
nombre.’
(1) M. Jean Antoine Aide Créqui avait été ordonné en 1773. M. Paul Ambroise Bédard comptait 13 années de prêtrise.
Le diocèse avait aussi perdu, dans les années précédentes, un autre prêtre de grand mérite, dont les Annales parlent comme suit :
“Le 20 octobre de cette année 1777, est décédé à l’Hôpital- Général, après y avoir été longtemps malade, M. Pressart, directeur du Séminaire de Québec, et V. G. du diocèse. Il était tombé de paralysie au Séminaire pendant le siége des Bostonnais ; depuis, il n’a fait que languir, sans qu'aucun remède pût apporter de soulagement à ses maux. Nous avons perdu un sincère ami en ce vertueux prêtre, qui avait une science très-étendue et le caractère d’esprit le plus pacifique. Il a rendu de grands services au public.”
(2) De 1759 à 1800, il est mort ou retourné en France 210 prêtres. M. le G. V. Taschereau dit que dès l’année 1765, le clergé canadien était réduit de près de moitié.
Le départ d’un seul de ces ouvriers de la vigne du Seigneur est une calamité sur laquelle on revient sans cesse. Citons quelques extraits.
La Mère St. Louis de Gonzague écrivait à Paris, dans l’automne de 1781 : ‘Le R. P. de Glapion est supérieur de six religieux, dont deux sont avec lui, les autres en mission. Ils ont appris la mort d’un Père Paie, qui était au Détroit ou aux Illinois....Que je voudrais qu’il nous fût possible de rappeler dans nos cantons ce cher et respectable M. de Villars! Les pasteurs aujourd’hui sont rares et le troupeau a grandement besoin de ministres. La mort nous en a enlevé quatre depuis l’année dernière.”
En 1782: “Je ne puis laisser passer l’occasion favorable que m'offre la divine Providence en la personne de M. du Devant (1)...
Ce monsieur nous honore de son estime et est, je puis dire, ami sincère de rotre communauté. Il retourne en Europe pour sa santé. Je vous avoue que nous avons de la peine à le voir partir étant plein de zèle pour la gloire de Dieu et bon prédicateur. Faites-lui procès, ma chère Mère, de ce qu’il abandonne la partie dans un temps où l’on a si grand besoin de prêtres. Pour moi, je ne lui pardonnerai que lorsqu'il viendra reprendre le travail.”
L'année suivante: ‘“ Vous avez dû recevoir la lettre que je vous ai écrite par M. du Devant, qui est aujourd’hui un gros chanoine à Bordeaux. Nous ne lui pardonnons pas d’avoir abandonné la partie dans la disette où nous sommes. ÆEt pour comble de chagrin, nous avons depuis huit mois, Mgr. malade d’une goutte, dit-on, remontée, Lorsque les accès reviennent, il en est saisi dans la poitrine et les bras, sans pouvoir agir, et éprouve une
(1) M. Arnaud Germain du Devant avait été ordonné en 1777. Son nom revient souvent dans la correspondance. ...f{Ce monsieur nous a obligées en tout ce qu’il a pu. Je ne lui écris point; n'ayant pas mis sur l'adresse qu’il nous à laissée, l'endroit où demeure son correspondant de Londres, la lettre serait perdue. Qu'il soit persuadé que devant Dieu il n’est point oublié. Rien de nouveau dans le pays depuis son départ.”
Vers 1791, on recourait à M. du Devant pour hâter la solution de certaines affaires de rentes, à Bordeaux.
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Répondant aux Ursulines de Paris, qui déploraient l'inaction où l’irréligion toujours croissante en France laissait les ministres de Dieu, surtout les Ex-Jésuites qui ne savaient où trouver leur subsistance, notre dépositaire poussait du fond de son âme ce gémissement douloureux : ‘ Hélas ! ma chère mère, nous souhaiterions bien qu'ils fussent en Canada, pour la gloire de Dieu, le salut des âmes et leurs propres intérêts ! 40 prêtres ne suffiraient pas, pour remplir les cures des campagnes vacantes, par suite de la mortalité qu’il y a eu sur les ministres du Seigneur depuis que nous avons changé de maîtres. On a remarqué, depuis ce temps, que pour trois prêtres ordonnés il en meurt quatre. C’est ce qui vérifie la prédiction d’une sainte femme, détenue au lit depuis longtemps d’une maladie fort extraordinaire, et sans parole. A l’arrivée de Mgr. Briand, elle rompit son silence, pour dire qu'il aurait beau faire des prêtres, le nombre n'en augmenterait point, parce qu'il en mourraîit plus qu'il n'en ordonneruit. Je ne lui ai jamais pu savoir gré de sa prophétie, ni même y donner gré ;.….cependant, voilà où en est notre pauvre Église, afligée audelà de toute expression, vu surtout l’état déplorable où se trouve notre bon et charitable Evêque qui, depuis deux ans, est attaqué d'une maladie extraordinaire que personne ne connaît, et qui menace de nous l'enlever d’une heure à l’autre...”
Que n'avons-nous dans notre pauvre pays vos bons Pères exilés, écrivait la même quelques jours plus tard. (1) Les prêtres sont en bien petit nombre pour le grand besoin de la colonie, qui s’augmente beaucoup, et où la Religion s'éteint avec une grande rapidité. Si le Seigneur n’a pitié de nous, le nombre des élus sera bien petit dans ce nouveau monde.”
Il y a quelque chose de si vrai, et en même temps de si poignant dans ces révélations intimes, que nous avons été portée à faire une étude particulière de l'état de la religion et des mœurs à
(1) Lettre de la Mère St. François, dépositaire, en date du 28 oct.
cette époque. Les recherches de M. notre Aumônier ont constaté que de fait, à partir de 1775 jusqu’à 1800, cent deux prêtres seulement furent ordonnés; 36 autres l'avaient été dans les 25 années précédentes. Ce nombre n'était nullement en rapport avec une population qui, à la fin du siñcle, atteignait 180,000 âmes. De à s'ensuivit, parmi la classe élevée, un état d’incrédulité alarmant, et chez le peuple une ignorance déplorable de ses devoirs religieux. ‘ J'ai eu fortement à lutter dans ma jeunesse,” disait l’Hon. D. B. Viger, né en 1774 et décédé ces années dernières; “car alors l'incrédulité et l’imni * :lité étaient partout et surtout au sommet de la société.” (1)
Nous laisserons parler à ce sujet un ancien curé des environs de Québec. Voici comme il répondait à différentes questions que lui avait adressées M. notre Aumônier.
‘6, Vers 1800, il y avait une grande incrédulité dans le pays et les mauvais livres de Voltaire etc., etc., étaient je pense, très-répandus. (Comment pouvait-on se procurer alors tant de livres français? L’irruption de l’incrédulité avait commencé avant 1800. Je présume que l'introduction des livres impies date surtout de 1783, l’année de la paix entre l'Angleterre, la France et les Etat-Unis. Après cette paix, plusieurs (2) Canadiens passèrent en France et firent amitié avec des gens de bon ton, alors tous impies. Ils revinrent ici emportant avec eux sans doute tous les livres alors à la mode. Puis entrant ici en société avec les Protestants libéraux, ils se faisaient gloire indubitablement d’être gens sans religion, et leur exemple et leurs discours tendirent éviäemment à corrompre tous ceux qui voulaient vivre dans la bonne société.
‘ Pour preuvre que le libéralisme dans les idées date de loin ici, c'est qu'à Québec, un jeune Canadien arrivé de France se hâta, vers 1787 ou 8, d'établir un théâtre, afin de jouer des comédies françaises. Ce théâtre fut fréquenté par ce que l’on appelait alors la bonne compagnie. Les livres, j'entends les bons livres,
(1) Voir Bibaud: Panthéon p. 297.
(2) On sait aussi que vers ce temps, quelques jeunes Canadiens furent envoyés en France pour y faire leur éducation. Hist, du Canada, Garneau.
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étant fort rares....M. le Grand-Vicaire Viau me disait que bon nombre de gens, peu dévots à l'origine, n'ayant point de livres pour retremper leur foi faible, s’'amusaient avec ce qui leur tombait sous la main, Quant à introduire des bons livres en Canada, il n’y avait pas de moyens, les deux ou trois négociants qui communiquaient avec la France étant probablement des impies; du moins, c’est l'explication que je prétends la plus raisonnable.
‘# Quand Mgr. Plessis prit la direction de la cure de Québec, il fit en sorte que le théâtre ne fût presque plus fréquenté, au moins, je le pense. J'ai eu connaissance qu’en 1824, un certain nombre de jeunes avocats et médecins se mirent en tête de rétablir l’ancien théâtre, abandonné depuis nombre d'années. Ils donnèrent vers les jours gras une représentation qui fit sensation, et annoncèrent d'avance qu'après Pâques, ils joucraient une comédie pour delasser les gens de la pénitence. Mais le dimanche de Quasimodo, Mgr. Plessis monta en chaire, et défendit à tout le monde d'aller au théâtre, et tel était son ascendant qu’on lui obéit...”
Cette appréciation se trouve pleinement corroborée par nos correspondances; nous aimons toujours à citer ces témoignages tirés de la vie intime portant avec eux un cachet de sincérité qui persuade, surtout quand ils émanent de personnes en place, continuellement 2n rapport avec la société, et dont la profession, l’âge et l'expérience ont mûri le jugement. Nous mettrons en regard la correspondance de France avec l& nôtre, en ce qui concerne le sujet qui nous occupe ; et nous verrons que l’impiété philosophique, qui préparait la Révolution française dès le temps de l'invasion américaine ct même auparavant, eut sa réaction en Canada, malgré la distance des lieux et l'opposition des gouvernements. Ilest vrai qu’elle n’éclata pas, dans notre pays, en cet abîme de maux et d’horreurs qui épouvantèrent les peuples de l’ancien continent; mais elle a laissé un venin qui n’a que trop longtemps gangrené la société, surtout la haute société,
La correspondante de Paris scra toujours la Mère Ste. Saturnine, qui occupa les premiers emplois de son Monastère : elle fut supérieure, dépositaire, maîtresse des novices, sans jamais cesser d'être en France procuratrice de notre maison, malgré tous les
embarras que lui suscitait cette charge.
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Ô 7.—AFFAIBLISSEMENT DES MŒ@URS, TANT EN CANADA QU'EN FRANCE ;— CORRESPONDANCE,
Nous avons vu que dès 1768, il fallait à Paris faire ‘ à petit bruit,” les solennités religieuses. En 1775, notre correspondante parisienne se plaignait encore plus hautement de l’irréligion ‘ qui se répandait de toutes parts, et du peu de goût de l’époque pour le service de Dieu, malheur que déplorent également tous les ordres religieux, tant hommes que filles. On ne trouve pas même de talents, ajoutait-elle, il faut, en recevant les jeunes filles, pour le noviciat, les former sur tout.”
‘“ Le plus dur pour nous, répétait-elle en 1779, c’est la disette de sujets ; il n’y a plus de vocations, il ne se présente personne un peu comme il faut, dans les bourgeois mêmes. Si Dieu ne vient pas à notre secours, je ne sais comment les communautés se
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soutiendront. Il est bien triste, ma chère Mère, pour de bonnes cipes. religieuses, de se voir ainsi anéantir petit à petit.…...Jetonsnous retiré dans les bras de la Providence; Dieu est bon, il n’abandonne pas ARS ses enfants.” d fatale Nous avons déjà dit qu'aucune lettre de France ne parvint à de ce nos Mères de 1780 à 1783. En date du 26 février 1784, la Mère pOur: Ste. Saturnine écrivait : Le ‘“ Le peu de foi et le matérialisme qui règne aujourd’hui, d'aut rofroidit la dévotion ou plutôt l’anéantit. L'Empereur (1) détruit et lui ‘es maisons religieuses dans ses Etats, tant hommes que filles. rente Il avait épargné les Ursulines, mais on croit qu’elles subiront le \eyni sort des autres. Ce prince a fait faire un catéchisme qui n’est la vk pas orthodoxe, et qu’il veut obliger de suivre et d'enseigner, ce à vrièr quoi nos sœurs ne consentiront jamais, il faut l’espérer. D ‘Je vous avoue, ma chère Mère, que l’on ne connaît plus rien, est d tant pour le dérèglement des esprits que pour les saisons. Nous déch venons d’avoir un hiver tel, que les personnes les plus âgées disent ou n’en avoir jamais essuyé de semblable, soit pour le froid, les neiges, peut quet
() Joseph II, qui succéda à l'empire d'Allemagne en 1780, à la e mort de sa mère, la célèbre Marie-Thérèse. Il supprima plus de 300 sont
communautés religieuses,
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