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Des Ursulines de Québec, en date du 23 octobre 1785... “ Nous sommes comme vous, ma chère Mère, très-affligées des maux que cause l'Empereur à tous les Catholiques, et des pertes qu’il a fait faire à l'Eglise, en détruisant tant d'Ordres religieux.
“ Notre pauvre pays, quoique en liberté de professer notre sainte Religiou, nous fait pousser de profonds soupirs vers le ciel, pour le peu de cas que l’on y fait des bonnes mœurs et de la fidélité aux devoirs du christianisme. Les familles qui en faisaient l'ornement par leur piété, sont presque toutes ruinées. On ne connaît ni grands, ni petits, tous se portent au luxe, à la vanité, avec une ambition des plus grandes. Les jeunes filles qui nous sont confiées pour leur éducation, sont élevées dans ces faux principes. Dès qu'elles ont fait leur première communion, elles sont retirées de nos classes pour être produites dans les assemblées et aux comédies. Jugez de combien de malheurs sont suivies ces fatales satisfactions !. A ce détail, qui n’est qu’un faible crayon de ce qui se passe ici, je joins la demande de vos ardentes prières pour attirer sur nous et sur le peuple les miséricordes du Seigneur.”
Le mal de l'irréligion, le plus grand de tous, en engendrait bien d’autres. En rompant les liens qui rattachent l’homme à Dieu, et lui font reconnaître son adorable Providence, dans les différentes situations de la vie, il bouleversait la société. Egalité, fraternité ! criaient les pauvres gens qui ne vivaient plus que pour la vie présente ; —de là, négligence du travail dans la classe ouvrière ; gêne et misère pour tous.
Des Ursulines de Paris, février, 1786... Ilest vrai que l'on est délivrée d’un grand embarras, ma chère Mère, quand on est déchargée des affaires temporelles; car dans le siècle où nous sommes, on ne sait sur quoi £abler : même avec de l'argent, on ne peut pas avoir le nécessaire. Nous avons été à la veille de manquer de bois à la fin de cet automne, tous les chantiers étaient vides. Ily a eu des seigneurs et plusieurs particuliers qui se sont associés pour en faire venir à leurs frais, ce que l’on n'avait pas encore vu. On nous a obligées de porter nos louis à la mon-
naie, disant qu'ils étaient trop pesants, que l'état y perdait avec les étrangers. Toutes les denrées sont hors de prix.
‘ Mais, ma chère Mère, je vous avoue que le noviciat n'est pas une besogne bien consolante ; les vocations sont si différentes d'autrefois, qu’il faut étudier les moments et encourager les sujets plutôt que de :es arrêter. Il ne se présente que des personnes sans 17 ui de bas étage ; il est rare de voir des filles d'honnêtes bourge et encore plus de qualité, avoir de la vocation, particulièrement pour not": Ordre. On fait maintenant si peu de cas de la Religion, qu'il semble que l’on se dégrade en faisant profession publique de l’enseigner aux autres: nous sommes réduites, à leurs yeux, au simple rôle de maîtresses d'école.”
Dans une autre lettre à la mère St. Louis de Gonzague: “ Je suis surprise du peu de pensionnaires que vous avez. Il est vrai que la misère est bien grande partout. Nous nous en ressentons, non pas par la diminution des pensionnaires, car nous en sommes bien fournies, mais par la cherté universelle de tout et la disette du bois.
“ Je vous remercie des souhaits que vous faites à nos sœurs du noviciat, Ne m'oubliez pas dans vos ferventes prières; j'ai un grand besoin d’être aidée et secourue dans le pénible travail dont
je suis chargée. Vous savez, chère Mère, combien Dieu est nécessaire pour que son esprit nous dirige dans la conduite des âmes, principalement à l'égard des jeunes personnes, dans lesquelles on ne trouve pas aujourd’hui les ‘heureuses dispositions qui étaient comme naturelles il y a 40 et 50 ans.
“ Je vous supplie d’être favorable à la demande que vous fait notre Mère Supérieure, de partager vos aumônes en faveur de nos sœurs Ursulines de Naxie, (1) qui sont réduites à la dernière
(1) Comme dépositaires des manuscrits des Ursulines de Paris, nous devons insérer ici, au sujet de la maison de Naxie, quelques détails dont plusieurs n'étaient pas connus lors de la publication des Annales de l'Ordre en 1858.
L'origine de cette maison remonte à l’année 1670, à la guérison miraculeuse d’une dame de la maison de Sforze. (Cette dame ayant fait vœu de porter l’habit religieux de l’ordre de son intercesseur, St. F, Xavier, on lui indiqua l’habit des Ursulines, comme y corres-
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HISTOIRE DU MONASTLRE, 165 misère, Elles sont si ferventes et ont une si grande et bonne réputation, que les ambassadeurs du Roi du Danemark, et autres, qui suivent le rit schismatique, les assistent, Les missionnaires, qui sont des Lazaristes, disent que si elles étaient obligées d’abandonner, cela ferait un tort irréparable à la religion Catholique, étant les seules à l’enseigner dans l’Archipel.”
Des Ursulines de Paris, février 1787... Les besoins des Ursulines de Naxie sont toujours des plus pressants. M. notre ambassadeur leur fait du bien, mais il ne peut pas suff :; à tout. Si la cour étuit portée pour les religieuses, son crédit ei l’e: ime qu'il a pour elles nous feraient espérer des secours de :« côté-là ; mais les relâchements qui se sont introduits dans certains ordres religieux, dont plusieurs ont demandé à être sécularisés, où inspiré une indifférence et un mépris qui rendent les cœurs : «ensibles aux besoins de ceux qui sont dans la nécessité, quoiqu'us soient dans
pondant. En 1696, le R, P. Sauger, S. J. missionnaire au Levant, obtint de M. Thomas, conseiller au châtelet de Paris, une aumône de 3000 liv. pour couvrir les premières dépenses de la fondation du nouveau Monastère. Les Ursulines de la rue St. Jacques furent appelées à concourir à cette importante entreprise. En 1705, elles envoyaient à Naxie leurs constitutions et règlements avec la forme de leur habit, adoptant pour ‘fleurs filles et leurs sœurs, les futures religieuses de la nouvelle maison, prêtes à contribuer de leurs avis, de leurs soins et de tout en leur pouvoir, à ce qu’elles fussent dans le même esprit que si elles eussent été réunies dans la même maison.’ Ce ne fut qu’en 1726 qu’on donna le voile à trois jeunes Grecques, et sous la direction des Pères Jésuites, la maison grandit et prospéra. L'expulsion des Jésuites de l’Archipel commença leurs malheurs ; elles se virent bientôt dans la plus grande disette de secours, tant spirituels que temporels....
Fidèles à leur adoption primitive, les Ursulines de Paris écrivirent alors à l'Ordre entier en faveur de leurs sœurs, afin de leur former un petit fonds qu’elles faisaient valoir en France. La révolution vint renverser encore une fois les espérances des Ursulines de Naxie. La maison cependant continua d'exister, et elle a repris une nouvelle vie en 1856, par le renfort envoyé par les Ursulines de Montigny. Ces généreuses filles d'Angèle, qui ne reculèrent pas devant les difficultés d’un changement aussi complet de langue et de mœurs, ont vu leur dévouement couronné des plus abondantes bénédictions.
leur devoir et fort contents dans leur état, Nous avons bien des raisons de gémir et de prier, ma chère Mère, car l'irréligion et les crimes sont à leur comble. Les vivres sont hors de prix. Ceux qui avaient vécu honnêtement avec un revenu de 2,400 livres, ne le peuvent plus présentement avec 5,000 livres. Tous les bons chrétiens disent que le monde est renversé. Remercions Dieu d’en être séparées !
‘“ Nous allons avoir une assemblée générale des Etats du Royaume, Dieu veuille y présider! Tout le monde tremble, tant pour le spirituel que pour le temporel. Il y a plus de cent ans qu’il n’y a eu d’assemblée semblable.
“ Je vous plains, ma chère Mère, il est bien dur de gérer le temporel quand on ne peut pas faire face à tout. Il faut espérer que la paix et votre nouveau Gouverneur, vous procureront plus d’aisance et le moyen de faire valoir vos biens”.
Des Ursulines de Québec, 19 oct. 1787 .....“ Vous aurez pour cette année, ma chère Mère, 2,472 livres à distribuer en intentions de messes, Si nous avions eu 7 à 8 mille livres et plus, à peine cela aurait-il suffi pour les demandants, Le luxe, la vanité sont à haut point, et la licence dans les mœurs est extrême ; cependant, vous voyez que notre triste pays conserve encore des bonnes âmes, qui montrent de la piété à faire offrir des sacrifices pour les défunts qui les intéressent.
‘ Nous sommes affligées de ce que vous nous dites au sujet de l'irréligion ; qu'il est triste surtout qu’elle se soit introduite jusque dans les ordres religieux ! Il est aisé de juger de l'impression que ces scandales ont dû faire; ils peuvent en effet avoir beaucoup altéré les sentiments de charité et de compassion pour les communautés qui se trouvent dons la nécessité, telles que sont nos chères religieuses de Naxie. Notre Rév. Mère Supérieure répondra assurément à la demande que vous nous faites à leur sujet, selon notre situation ; mais nous sommes loin d'être en mesure de les aider, comme nos cœurs, à l’envi, le voudraient pouvoir faire...
‘# Je me flatte que l'assemblée générale des Etats aura tourné à bien, au moins pour le spirituel. Il serait pourtant fâcheux que le temporel en eût souffert, tant pour d’autres que pour nous.”
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Des Ursulines de Paris, 10 fév. 1788......4 Il me paraît, trèschère Mère, que malgré votre éloignement, vous vous ressentez des mêmes fléaux que nous éprouvons. Il faut ajouter aux nôtres une malheureuse philosophie qui anéantit toute Religion et refroidit les cœurs pour tout culte, Bien loin d’être dans l’abondance de messes, il y a de nos prêtres hubitués dans des paroisses, qui sont obligés d'en chercher, Pour notre vénérable P,. de Launay, il est trop âgé et hors d'état de dire la messe. Pour surcroît de peine, bien loin de nous être favorable, l'assemblée des Etats n’a servi qu’à faire connaître le vide des finances, et à faire éclore des projets qui font trembler tous ceux qui sont encore attachés à notre sainte Religion. Dieu nous châtie, nous avons perdu Mme. Louise, fille de Louis XV, qui était Carmélite et que nous regardions comme notre ange tutélaire. Elle est morte à la fin de décembre, en sainte comme elle avait vécu.
“ Notre Mère Supérieure me charge de vous assurer de sa reconnaissance du louis que vous voulez bien me laisser donner annuellement pour nos sœurs les Ursulines de Naxie, et d'accepter les vœux qu'elle et nous toutes, nous offrons à Notre-Seigneur pour la prospérité et l’affermissement de votre sainte maison.”
‘— Nous avons donc perdu notre ange tutélaire dans la personne de Mme. Louise ! répondait de Québec dans l'automne suivant, la Mère Taschereau de St. F. Xavier. C’est une perte sur terre, mais nous avons lieu d'espérer, par la sainteté de sa vie et de sa mort, qu’elle nous servira d’avocate dans le ciel, et qu’elle demandera à Notre-Seigneur le soutien de la Religion, pour lequel nous gémissons ainsi que vous devant Dieu. (C’est ici comme chez vous, la Religion dégénère peu à peu. Il y a cependant encore ici, par la grâce de Dieu, bien des bonnes âmes, comme vous le voyez par les 2,462 livres que je vous envoie en intentions de messes.”
Enfin arriva la mémorable année 1789...‘ Le Roi fait ce qu’il peut, écrivaient en février les Ursulines, pour mettre ordre à ses finances. C’est à nous à fléchir Notre-Seigneur, et à faire des efforts pour qu’il seconde la bonne volonté de notre Monarque et qu’il bénisse les travaux de ses ministres...
“ Vous trouverez ci-joint, ma chère Mère, l'état de votre recette et de votre dépense; il n'est pas fameux, Vous serez surprise du peu d'argent qui vous reste, et je crains encore qu'on ne m'unnonce des réparations. Il y a eu tant de désastres par le débordement des eaux, que je regarücrai comme un trait de la Providence, si vous avez échappé...
‘,,.Je souhaite que Dieu vous épargne la disette que vous appréhendez. Quant à nous, nous avons eu dans le courant de l'été, un orage des plus terribles, qui a ruiné des villages. Les dégâts ont été si considérables que l’on a fait une quête publique : le Roi, les princes, les corps des marchands, des artisans, les communautés, tous ont contribué, Il y a eu des grélons qui pesaient plus de 12 livres, De plus, nous avons eu un hiver dont le froid a surpassé tous les plus forts que l’on ait eus, et il a duré plus de deux mois. La misère a été si considérable, qu'après avoir occasionné la mort à plusieurs personnes, tant dans les maisons que sur les rues, tous nos princes, particulièrement MM. les ducs d'Orléans, de Penthièvre, de Montmorency Laval, nos curés, et bien d’autres ont surpassé tout ce que l’on a vu jusqu'à présent en fait d’aumônes.
‘“ Le bras de Dieu est tellement appesanti sur nous, qu'il vient d'arriver des désastres considérables dans l’Ornoisalêt et Blois, occasionnés par le débordement de la Loire, Il y a des villages entiers complètement ruinés ; le détail en fait trembler, Un de nos locataires, qui était dans son château, n’a pu être sauvé qu’au moyen d'une corde ; quoiqu'il se fût réfugié dans un grenier, l’eau le gagnait. Jugez, chère Mère, quelle sera la misère de cet été, car toutes les récoltes sont perdues dans un grand nombre de provinces. . Dieu nous châtie ; c’est À nous à fléchir sa colère...”