‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 35 sur 70 · IS, ÉVÊQUE LES · texte numérisé non relu

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demeurer évêque privé, plutôt que d'exposer son troupeau à voir manquer l’épiscopat en ce pays. En conséquence, il a fait son abdication le 24 novembre ile cette année 1784 Mgr. d'Esglis a pris possession de l'évêché et ax été reconnu sous le titre d'Evêque de Québec. Il a nommé aussitôt pour coadjuteur M. Jean Francois Hubert, prêtre canadien, pour lors Grand- Vicaire et missionnaire au Détroit, aussi distingué par ses vertus sacerdotales que versé dans la connaissance des affaires du diocèse.”

Disons ici en passant que l’appréciation a été confirmée par les faits, au sujet dunouvel évêque. Nos Mères au reste, avaient dû bien connaître M. J. Frs. Hubert, membre du Séminaire de Québec de 1765 à 1779. Pendant les neuf années qu'il géra le temporel de ce précieux établissement en qualité de procureur, sa grande aptitude aux affaires ressortit d’une mauière remarquable.

Le nouveau pasteur, à qui l’on avait fait parvenir en toute diligence la nouvelle de son élection, fut de retour à Québec au mois de novembre de l’année suivante. ‘“ Les Bulles toutefois n’arrivèrent de Rome, avec la permission du Roi, que le 831 mai 1786, jour où nous solennisions la fête de notre mère et fondatrice Ste. Angèle. Nous aurons bientôt trois évêques en Canada, ce que nous n'avons pas encore vu.

‘“ Le 19 novembre suivant, Mgr. le Coadjuteur fut sacré sous le titre d'Evêque d’Almyre, ainsi que portent ses Bulles. Mgr. l'Ancien oflicia en ce jour. La joie et le bonheur qu’il ressentait de cet événement lui a fait tirer des forces de sa faiblesse, pour donner en ce jour la consécration épiscopale au premier prêtre qu'il eût ordonné, après sa propre consécration en 1766, c'est-à-dire, vingt-ans auparavant,

‘ Dès le printemps suivant, le nouvel évêque commença, par ordre de Mgr. de Québec, les visites pastorales du diocèse.”

Les prévisions de Mgr. l'Ancien, (c'est ainsi qne le désignent maintenant les écrits du temps), ces prévisions disons-nous se vérifièrent ; Mgr. d'Esglis, le devança de six années, dans le séjour où Dieu récompense et le travail et la vertu. Quoique évêque de Québec, il n'en était pas moins resté au milieu de ses bons habitants de St. Pierre, ne voulant pas à ses derniers jours jouir des honneurs que toute sa vie il avait fuis, et se reposant sans doute sur les lumières et l’expérience de Mgr. l'Ancien pour conseiller et diriger son cicrgé. La pratique de l'humilité paraît avoir été le caractère dominant du vertueux évêque. À sa promotion À l'épiscopat en 1770, voyant ses neveux se réjouir de son élevation: ‘Ils veulent, disait-il, avoir le plaisir de dire Monseigneur mon oncle!” Le digne évéque était, lui, bien autrement préoccupé de la responsabilité de sa charge.

Voici l'éloge de l'humble évêque d'aprés le Récit du cloître: ‘Le 4 juin 1788, décéda au presbytère de la paroisse de St. Pierre, Ile d'Orléans, Mgr. Louis-Philippe Mariauchenu d’Esglis, évêque de Québec. Son corps fut inhumé le 6, dans l’église de la même paroisse, sous la lampe du sanctuaire, conformément au désir que Sa Grandeur avuit notifié longtemps avant son C4 .ès.

‘“ Le jour de ses obsèques, vingt :;.êtres célébrèrent la messe dans l'église de St. Pierre pour le repos de son âme. Tous les ecclésiastiques du Séminaire de Québec furent présents à la cérémonie funèbre, ct les assistants, qui étaient en grand nombre, furent des plus édifiés de la touchante solennité avec laquelle cette cérémonie fut faite.

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‘“ Entre les vertus vraiment sacerdotales qui ont brillé dans Mgr. d'Esglis, on doit distinguer son désintéressement apostolique, Aussitôt qu'il fut ordonné prêtre, il fut charué de la cure de St. Pierre. I! à desservi et gouverné cette paroïsse pendant 54 ans, sans jamais se plaindre de la médiocrité de son revenu, ayant même généreusement refusé la paroisse la plus lucrative du Canada. Son attrait le portait à soulager les pauvres, à consoler les 1nalades, et à entretenir la paix et les bonnes mœurs parmi ses paroïssiens. A sa mort, il pouvait se flatter d’avoir baptisé plus des trois quarts de sa paroisse; il n’y avait pas un seul ménage dans l’île qui n’eût reçu de lui la bénédiction nuptiale : aussi a-til voulu ressusciter au jugement dernier, au milieu de ce peuple avec lequel il avait si longtemps et si saintement vécu (1).”

“ Nous fimes un service solennel et une communion générale pour le repos de son âme. La Prose et le

(1) Il y a peut-être intérêt à consigner ici les noms qui figurent dans l’acte de sépulture.

‘ Etaient présents les Hon. Gasp. Jos. Chaussegros de Léry, J.B. Le Comte Dupré, membres du Cons. Législatif, ses neveux ; Messires Ant. Juchereau Duchesnay Ecr. Seigneur de Beauport, Charles- Etienne et Alex. André Victor Chaussegros de Léry, ses petitsneveux: Messires Aug. David Hubert, Curé de Québec, Sarrault, curé de St. Charles, Renault, curé de Beauport, Hubert, curé du Château-Richer, Bertheaume, curé de la Pointe-Lévi, Pinet, cé de St. Jean, Guichaud, curé de la Ste. Famille, Vézina, curé de St. enri, Hamel, secrétaire de mon dit Seigneur, Gaillard, curé de Ste. Anne, Prévot, curé de St. Nicolas, Des Forges, curé de Beaumont, Ducondu, prêtre du Séminaire, Gatien, Vicaire, M. Nicolas Gasp. Boisseau, Ecr. exécuteur testamentaire, MM. Taschereau Eecr., P. L. Ducheneaux Ecr. Notaire, Jacques Nicolas Perreault, négociant de Québec, tous les membres du Grand-Séminaire de Québec, les RR. PP. Giroux et Casot, Jésuites, le R. P. Félix Berey, provincial des Récollets, Gravé, prêtre, supérieur du Séminaire de Québec.’

Libera furent chantés en musique, à quatre parties, et le Peccantem aussi à deux parties, à l'élévation. Il y eut plusieurs basses messes.

‘ Aussitôt après le décès de Mgr. de Québec, le clergé dépècha un courrier à Mgr. d'Almyre, (alors occupé à faire la visite du diocèse), pour le prier de venir prendre possession du siège vacant. Il arriva bientôt et fut reconnu Evêque de Québec, à la grande joie de tous ses diocésains.

‘ Le 12 juillet 1789, M. Bailly, choisi pour coadjuteur, fut sacré par Mgr. de Québec, sous le titre d'Evéque de Capse. Le jour suivant, Sa Grandeur nous fit l'honneur de dire sa première messe à l’autel du $. C. de Jésus. Nous fimes retentir notre joie par le chant de plusieurs motets. A l'issue du saint sacrifice, le nouvel évêque entrant à la communauté, nous honora de la visite la plus gracieuse. Les pensionnaires se réunirent à nous pour lui offrir nos félicitations et lui exprimer notre reconnaissance.”

Ces nouvelles consécrations ne faisaient nullement oublier le vénéré Prélat, qui attirait les bénédictions du ciel sur son troupeau, en priant et souffrant pour lui. Il semblait même que sa conservation fût le gage de la perpétuité du siége épiscopal, qu’il avait assuré au pays au prix de tant de travaux, de luttes, et de sacrifices.

“ Au mois de février 1785, dit le Récit, l’état de Mgr. l'Ancien empirant toujours, les médecins jugèrent à propos de lui appliquer les mouches sur un bras. Ce remède faillit lui devenir fatal. Il se forma audessus des mouches, une tumeur qui fut bientôt considérable et engendra une très-mauvaise plaie. La gangrène 8’y étant mise, donna des craintes sérieuses pour sa vie. Tout le monde fut dans la consternation, parti-

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culièrement notre communauté, qui lui a des obligations infinies, tant pour le spirituel que pour le temporel. Nous redoublâämes nos prières ar Tout-Puissant pour obtenir sa conservation. Le Seigneur, propice à nos vœux, le retira de ce danger, et nous avons eu l’ineftable consolation de revoir ce cher et vénéré Prélat, Cependant, il n'y a pas d'apparence qu'il guérisse de sa première maladie.”

Le ciel, qui se plaît souvent à couronner d’une longue vie les plus infatigables ouvriers de sa vigne, a conserver encore pour de belles et joyeuses fêtes celui que l’on entoure de tant de respect et d'estime. Citons en attendant quelques unes de ces pages suaves où se révèle toute la tendresse de son cœur paternel.

En date du 4 décembre 1780, à la Mère Antoinette Poulin de St. François, Sup. : ‘“ Ne vous écartez point de vos règles, notre très-chère fille. Elles vous donnent le droit de faire seules les petites élections, ne vous en départez point. Si on ne les a pas suivies, quelles qu'aient été les vues de mes prédécesseurs, je certifie que je n'ai jamais assisté aux élections de ces secondes officières que contre mon gré, par pure complaisance, et par cet esprit qui m’attache aux Ursulines de façon à ne pouvoir leur rien refuser. Au fond je me blâmais; et la Providence m'a fourni l’occasion de penser qu'en effet j'avais poussé trop loin la condesceudance. Faites donc seules cette élection comine vous en avez le droit: celui que le Seigneur m'a donné suffit, et serait même pesant pour moi, si j'étais obligé de le mettre en pratique et de l'exercer. Votre conduite religieuse et édifiante, qui répand dans mon diocèse la bonne odeur de J. C., fait que je ne sens point le fardeau ; elle m'aide même à porter celui qui me vient des peuples.

‘Je suis, notre très-chère fille en N. $., tout à vous et à votre chère et respectable communauté, J. O1. Ev. de Québec.”

Québec, 16 décembre 1781.—* Ma Rév. Mère, — Ce que vous m'écrivez de la manière dont se sont passées vos élections, ne peut que me causer une véritable joie, qui certainement a été jusqu'à

la sensibilité : j'esp're que le Seigneur les aura approuvées, qu'il les bénira et qu’elles contribueront à sagloire. Je disais la Ste, Messe lorsque vous étiez occupées à cette importante action, c’està-dire depuis 8 heures demi-quart jusqu'aux trois quarts, et au moment du sacrifice j'ai eu un souvenir de votre communauté.

4 Il en est des secondes et troisièmes élections, je pense, comme de la première, Dieu y aura présidé puisque la paix y régnait, Je les approuve. Je ne doute point que toutes ne regardent leur office respectif comme leur étant par le Seigneur spécialement assigné, et qu’elles ne se convainquent que leur salut, leur mérite, au moins leur perfection, dépend de l'esprit intérieur avec lequel elles s’acquitteront des devoirs et des obligations que leur impose la place qu'elles occupent dans la maison de Dieu, dans laquelle, (et peut-être n’y pense-t-on pas assez), il n’y a point de ministère qui ne soit au-dessus de notre vraie et pure capacité, mérite et dignité ; et c'est ce que vous dites à votre profession, Æegi abjecta esse, dc.

“Je suis en Notre-Seigneur, bien tendrement à vous et à votre communauté entière. J. OI. Evêque de Québec.”

“P.S. Pour l'examen des comptes, qui a été omis depuis plusieurs années, j'ai nommé mon grand-vicaire votre confesseur. Vous prendrez son temps ; il m'en fera ensuite rapport. On m'en a parlé souvent, il est vrai; mais soit oubli, soit faute de temps lorsque j'y pensais, j'ai manqué le devoir. Je me suis souvent reproché cette omission, mais je me suis tranquillisé par la connaissance que j'ai de la sage, prudente, et exacte administration qu’on a toujours admirée dans votre communauté.”

‘A la très-révérende Mère St. Louis de Gonzague

Supérieure des Ursulines — Québec."

Quel ne fut pas le zèle constant du saint prélat pour les intérêts de la religion ! Aussi le cardinal Antonelli, secrétaire d'État, lui écrivait-il, en 1784, que le St. Siège ne pouvait assez reconnaître les services qu’il avait rendus à l'Eglise. Mgr. Briand, de fait, venait de

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triompher des menées (1) du bureau colonial de Londres pour la ruine de lu foi en ce pays.

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Le Traité de Versailles avait grandement contrarié l'Angleterre ; il contribua probablement à la rendre de plus en plus conciliante, et à hâter la solution des difficultés qui agitaient le pays depuis l'administration de Haldimand. Ce dernier, sur l’ordre des ministres, dut reconnaître la loi de l’ITabeas Corpus. L'ami du Canada qui avait apporté en 1774, les concessions si chèrement achetées, allait nous revenir porteur comme toujours de bonnes nouvelles. Quant à lady Carleton, son absence ne changea en rien ses procédés à l'égard des Ursulines. Les Annales disent:

‘ Au départ de M. Haldimand, au commencement de novembre 1784, nous apprîmes que M. Guy Carleton, ancien gouverneur de cette province, et que l’on appelle aujourd’hui milord Dorchester, était nommé pour le remplacer. Toute la colonie, les Canadiens surtout, se promettent des jours heureux sous son administration.”

Un peu plus loin: ‘“ Au mois de mai de cette année, 1786, est arrivé à la joie générale du clergé et du peuple le très-honorable Lord Dorchester, Gouverneur et Commandant en chef de cette colonie. Il fut salué par plusieurs décharges de canons, les troupes étant

(1) C'est à cette occasion que M. Adhémar, député par le pays auprès du ministère anglais, présenta un mémoire pour démontrer que les Canadiens pouvaient se choisir des prêtres sans qu’il en résultât rien de dangereux pour l'État. Les ennemis de notre foi voulaient alors mettre à la tête des affaires ecclésiastiques, soit le dominicain Taylor, soit le récollet Kilder, personnages presque entièrement perdus de caractère. Garneau, Hist. du Canada.

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