M. DE VILLARS ET SES DERNIERS BIENFAITS
Il nous en coûte de voir disparaître de nos pages un nom qui, si souvent, est venu fuire tressaillir les fibres les plus intimes de notre cœur. Réunissons enccre, autour de co nom vénéré, de ces témoignages qui le rendent aussi ineffaçable dans le souvenir de la postérité du cloître, qu’il le fut à la mémoire et à la reconuaiseance de nos anciennes Mères.
Que de charme dans cette correspondance et ces bons offices dont nous avons déjà parlé au ITt. de cette Histoire ! Que n’avons-nous aussi, comme pour les Ursulines de Paris, les lettres que lui adressaient nos religieuses! L’illusion serait complète ; nous entendrions ces filles, ei pleines de respect dans leur intimité, converser cordialement avec le meilleur et le plus dévoué des pères. Les petits messages qui se font par l'intermédiaire des Ursulines de Paris, donnent une idée du charme de cette correspondance de trentecinq ans, dont malheureusement nous n'avons qu’une moitié, —correspondance à la foie gaie, intéressante, affectuense, et toute imprégnée d’estime et de consisidération.
En 1768, c'est la Mère St. Etienne, qui se tient un peu piquée des reproches du bon Père. ‘J'ai reçu une lettre de M. de Villars,” dit-elle, écrivant à Paris; ‘il se plaint de ce que je ne m'explique pas assez sur les affaires: il me paraît que les battus payent l'amende à son tribunal. Ce cher Père ne me
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répond rien sur les demandes que je lui ai faites l'année dernière au sujet du pourpier du Canada, et aussi de plusieurs autres choses. (C’est moi, il me semble, qui serais en droit de re plaindre. Mais les pères ont toujours raison, il faut que les filies se soumettent en tout....Je me dédommagcrai en me donnant l'honneur et la satisfaction de lui écrire longuement par la prochaine occasion.”
M. de Villars esttantôt un ‘ précieux ami, un saint prêtre ;”” tantôt ‘ un cher protecteur, un vénérabie père, un insigne bienfaiteur ;”” la reconnaissance semble vouloir trouver de :;ouveaux termes à mcsure qu’il accumu!e les bienfaits. Au mois de février 1775, il répondait à la Mère St. Louis de Gonzague, qui lui avait exprimé son regret de la perte de plusieurs membres de la communauté.
# Vos lettres, ma Rév. Mère, m'ont fort consolé, en voyant le bon usage que vous faites, ainsi que toutes vos vertueuses filles, des croix de la vie présente. La mort de vos chères mères et sœurs a exigé de vous des sacrifices que le ciel récompensera, et en vertu de mr. qualité d’ancien père des Ursulines, je n’ai pas mancué de prier pour les chères défuntes.
‘“ La Mère Ste. Saturnine vous avait écrit au mois de mars dernier, pour vous faire part du bon état de vos affaires ; il est fâcheux que sa lettre ne vous soit pas parvenue ; vous y auriez vu avec plaisir qu’elle a pour vous plus de 4000 livres en cuisse, J'espère que M. de St. Aubin achèvera de faire honneur à ses \ lets ; ce dont je suis certain, c'est que M. le Curé de St. Aubin étant de vos amis, vos bâtiments seront entretenus en bon état, par ses soins et son zèle.
“ M. de l’Isle-Dieu se porte bien pour un homme de 88 ans; il est fort sensible à votre souvenir ainsi que M. de Callet, toujours retiré à la campagne. J'ai beaucoup regretté M. Boiret et d’autres dignes ministres, que le Seigneur a voulu couronner, après les avoir sanctifiés par sa grâce et sa miséricorde. Qu'il daigne vous conserver longtemps vos dignes et vénérables Prélats.
‘“ Le 22 septembre dernier, nous perdimes N. S. P.le Pape
Clément XIV, Il n'a pas encore de successeur élu, quoique le conclave soit assemblé depuis près de cinq mois. Le Roi (Louis XIV) a donné toute sa confiance à M. de Maurepas, ancien ministre de la merine; ii a rétabli les anciens parlements, et donne de grands exemples de modération, de justice, de religion, et d'amour du bien public...
‘“ Je vous remercie de la sainte communion qu'on daigne faire pour moi tous les ans, le jour de ma fête. J'’offre mon respect au R. P. du Jaunay, S. J, le père commun et l’ange visible de votre maison. Je m'assure qu'il est très-consolé de ses peines, par la ferveur qu'il voit régner parmi vous, Que la grâce ct la miséricorde du Seigneur soient de plus en plus sur la mère et sur les enfants ! J'ai l'honneur de vous offrir à toutes en général, et à chacune en particulier, mon respect et l'assurance de l’inviolable attachement en Notre-Seigneur, avec lequel je suis, ma Rév, Mère etc. de Villars Ptre.”
Dans presque toutes les lettres échangées entre les Ursulines de Québec et leurs amis de France, le nom de M. de Villars revient sous la plume ; on s'inquiète si l’on n’en reçoit pas de nouvelles au terme accoutumé. ‘“ Nous n'avons reçu cette année, écrivait en novembre 1776, notre Dépositaire, aucune nouvelle de ce cher M. de Villars, sinon ce que vous nous dites ne lavoir pas vu dans votre rigoureux mois de janvier; ce qui prouve au moins qu'il existe encore. Sans ce mot nous serions bien inquiets, personne n'ayant eu de lettres de lui. La mémoire de ce saint prêtre est et sera toujours en grande réputation dans ce pays, et surtout dans notre communauté, qui a eu le bonheur et l'avantage de l'avoir pour père sept à huit ans. Un souvenir particulier pour nous dans son memento, et les assurances de notre profond respect. Il n’est point oublié dans nos prières...”
Parfois c'est un mot de sa main sur une adresse qui réjouit et rassure, ou bien les MM. du Séminaire de Québec en ont reçu quelque missive et se hâtent d'en faire part à la communauté.
Quand la mort sévit sur les ministres du sanctuaire, la pensée se porte tout d’abord vers cet infatigable ouvrier: ‘“ Mille assurances du plus profond respect à ce cher M. de Villars; qu'il
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soit persuadé que ses filles des pays lointains pensent souvent à lui. Ah! s'il leur était possible de le ramener dans leurs cantons.”
L'offre d'aider nos Mères de Paris dans nos affaires de France, lui coûta plus d’une démarche pénible et d'une inquiétude. Dans toutes les difficultés, la Mère Ste. Saturnine le consulte ; le vénérable prêtre ne se lasse jamais; il écrit au fermier, va à la forme, et ne se donne de repos que lorsqu'il a assuré notre revenu. On ne craint jamais de réclamer ses services. ‘“ Rappelez souvent au cher et respectable M. de Villars ses anciennes filles du Canada... Si vous ne connaissez point Mlle, de Vincelot de Ste, Hélène, veuillez remettre à ce bon père la lettre ci-jointe ; il connaît la Dlle. et se fera un plaisir de la lui fuire parvenir. Nous ne savons où elle demeure actuellement.”
Ce bon père se faisait vieux, mais son activité et sa bonté de cœur ne diminuaient pas; apprenait-il quelque bonne nouvelle sur le pays ou le Monastère, il en faisait aussitôt part à nos Mères de Paris afin qu'elles pussent s'en réjouir avec lui ; il guettait toutes les occasions de nous fuire parvenir des nouvelles et les en prévenait.
En 1775: “J'ai appris par M. l'abbé de Villars, que Messieurs les Anglais conservaient les Catholiques dans tous leurs priviléges, tant pour la Religion que pour le commerce, possession des charges, et accroissement de leurs biens. Je prends beaucoup de part à cette bonne nouvelle.” Une autre fois: “Je viens de voir M. de Villars, qui m'a pressée de vous écrire, ayant une bonne occasion : c’est une parente de M. l’abbé de la Corne...”
Voici une de ses dernières lettres; elle est à l’adresse de la KR, Mère St. Louis de Gonz. Sup. et en date du 30 janvier 1785.
“ Vous et vos chères filles, ma Rév. Mère, vous me donnez bien de la consolation, en accueillant aussi favorablement mes lettres ; mais vous n'obligez certainement pas un ingrat, car je conserve toujours le même attachement sincère et respectueux pour mes anciennes filles.
“Je vois avec édification votre empressement à vous décharger de la supériorité de votre maison, c’est une marque certaine que vous avez senti le poids d’une telle charge, quoiqu'elle ne soit pas si dangereuse chez vous que dans bien d’autres saisons où la
règle est moins fidèlement observée. J'ai la consolation de la voir bien gardée dans les maisons dont la Providence m'a chargé ici, comme supérieur et comme directeur, Mais mes premières filles seront toujours plus spécialement chères à mon âme, et j'espère qu'elles ne m'oublicront pas entièrement dans leurs ferventes prières, auxquelles, vivant et mourant, je me recommande bien sincèrement,
‘“ Le souvenir de vos chères sœurs décédées est bien vivant dans mon esprit, ct j'espère que la chère Sr. St. Ambroise est bien vivante devant le Seigneur et bienheureuse auprès de lui,
‘ Je vous remercie bien des nouvelles que vous m'avez données, Je connaissuis M. Godefroy de Tonnancour et M. d'Eschambault, père, et M, de St. Luc de Lacorne. Il semble qu'ils nous disent à cette heure : ‘“ Aujourd'hui à nous ; demain à vous l”” Demandez au Seigneur pour moi, la grâce de me mieux préparer à l'avenir que je n'ai fuit jusqu'à présent, à ce moment redoutable. d'où dépend notre éternité. Je vous avoue, d'après l'expérience que j'en ai fait, que la multitude des affaires temporelles en éloigne unpeu. Je dis cela pour moi bien entendu, et je le dis aussi tout bas, à celle qui doit bientôt occuper votre place, et que le Seigneur à daigné choisir lui-même pour vous gouverner à son tour comme une véritable mère,
‘“ La bonne Mère Ste. Saturnine eut dernièrement une vive clarté, au sujet de votre ferme d'Haranvilliers, qu'on disait devoir être demandée au Roi, par Mgr. l'Evêque de Séez, comme ne devant pas appartenir à des religieuses qui sont passées sous la domination de l'Angleterre. Pour tranquilliser cette chère Mère, je fis immédiatement quelques démarches, et sa terreur panique fut bientôt dissipée par les éclaircissements que j'obtivs.
‘Je m'unis de tout cœur aux œuvres de piété et de charité qui se pratiquent dans votre saint asile, et j'ai l'honneur d'être avec autant de respect que de confiance etc., de Villars Ptre.”
A Paris, le 30 janvier 1785.”
La Mère Ste. Saturnine, écrivant peu après, disait : ‘J'ai eu de grandes craintes au sujet de votre ferme. Dans mes perplexités, je recourus aussitôt à M. l'abbé de Villars, qui me rassura promptement, Ce vénérable monsieur prit la peine d'aller
lui-nl répo conn que M cepei et pl telle prêt sous pens plus saint sage «1 mala ses SC à M.
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lui-même trouver lo secrétaire du prélat en question. Ce dernier répondit que nous pouvions être tranquilles, qu'il n'avait eu aucune connaissance des procédés de son grand-vicaire, et qu'il voulait que l’on ne vous inquiétât en rien..."
M. l'abbé de Villars, délicat et maladif de tempérament, était cependant rendu à la 69e année d'une vie extrêmement laborieuse, et pleine de mérites. ‘“ Aujourd'hui à nous, et demain à vous ! ” telle était la pensée qui occupait constamment l'esprit du saint prêtre, et qui, surtout depuis quelques années, se reproduisait sous différentes formes dans presque tous ses écrits. Cette pensée salutaire ne le quittait pas au milieu des occupations les plus distrayantes, lui aidant sans doute à consommer en lui cette sainteté qui frappait et édifiait tout le monde. Au printemps de 1789, la Mère Ste. Saturnine nous adressuit avec larmes le message suivant :
“Nous avons perdu M. l'abbé de Villars! J'ai appris sa maladie en lui faisant tenir votre lettre ; il n’a pas pu la lire, tant ses souffrances étaient grandes, c'est pourquoi je l'ai fait remettre à M. le Supérieur des Missions Etrangères. Il m'a dit que M. l'abbé Ody remplacerait désormais à votre égard notre cher défunt, pour ce qui concerne les affaires. J'ai appris que M. de Villars a péri par un accès de goutte qui avait trompé le médecin, qui le traitait pour une autre maladie. Mais Dieu l'a permis pour récompenser ce digne ministre, car c'était un saint ; il n’y a pas lieu de douter qu'il ne soit déjà en possession du bonheur éternel.”
‘# Nous avons été des plus affligées de la mort de ce cher et vénéré M. de Villars, répondait la Mère Ste. Claire, alors supérieure, C'était un ami sincère de notre maison; il nous a rendu des services que nous n'oublierons jamais....Pour moi, en mon particulier, j'aurai toujours présent à l'esprit que c'est lui qui m'a reçue professe......"?
Que d’autres avaient de semblables motifs de gratitude, au milieu de tant de secours spirituels et temporels qu'il avait prodigués à cette maison |
M. de Villars mourut à Paris, au Séminaire des Missions Etrangères, où il avait utilisé ses talents et son activité depuis son
départ du Canada. Il avait été supérieur du Séminaire de Québec de 1750 à 1755.
$ 14.—L1E NovictAT, DE 1775 À 1789.
Avant d'arriver à l’heureux anniversaire de 1789, nous ferons connaître à nos lectrices les dix nouvelles Ursulines qui firent profession, de 1775 au 1 août 1789.
Dix, c'était une bien légère augmentation, quand on considère le personnel de la Communauté à cette époque. ‘“ Actuellement, écrivait en 1777 la Mère St. Louis de Gonzague, nous avons 50 pensiornaires, grand nombre d’externes, et peu de monde pour satisfaire à un aussi grand travail. Nous sommes de communauté 20; de noviciat, 8 professes et 2 voiles blancs : voilà tout pour les religieuses de chœur. Il y a 10 sœurs converses. Considérez que sur ce nombre il s’en trouve de fort âgées.”
En effet, neuf religieuses de chœur moururent dans les années que nous embrassons, de sorte qu’en 1789, la maison ne comptait encore que 26 professes de chœur.
Les deux novices voiles blancs, en 1777, étaient :
Mlle. M. Elisabeth DeLage, entrée au noviciat le 29 oct. 1776, âgée de 26 ans, et connue en religion sous le nom de St. Jean- Baptiste. Elle était fille de M. François DeLage, de Chorlebourg, et de Mme. Elisabeth Lessard.
‘4 La communauté, dit le Régistre, a reçu cette chère sœur sans exiger de dot, en reconnaissance de la protection de Dieu sur notre Monastère pendant le siége des Rostonnais. Elle aura ce qu’elle pourra de ses droits.” Plus iard: ‘“ Mgr., toujours attentif à nos nécessités, lui a donné 336 livres. Ses parents lui donneront aussi quelque chose.”
Le 18 novembre 1776, Mile. Marie Borne, âgée de 16 ans, fille de M. Charles Borne, marchand de Québec, et de Mme. Marie LaChambre. Elle porta en Religion le nom de St. Charles, qu’elle céda de bonne grâce à sa jeune sœur, lors de l’enirée de cette dernière en Religion, comme nous le verrons plus tard.
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(1) ment garde- Scienc son tt botani de la ] appelé botani toire homm autrui tère.
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rd.
L'année 1779, fut une des plus fécondes, sous le rapport des vocations pour notre Monastère,
Au mois de janvier, prenait l’habit sous le nom de Ste. Catherine, Mile. Charlotte de Varennes, âgée de 17 ans, fille de Jean Hippolyte de Varennes, Ecr., Seigneur de Varennes et Lieutenant d'Infanterie, et de Mme. Charlotte Sarrasin. (1)
Mgr. Briand venait encore en aide à cette ancienne et noble famille, que les malheurs des temps avaient en partie ruinée, et paya presque en entier la dot de la jeune demoiselle. (On trouve dans un écrit du temps: ‘C’est un sujet très-accompli, d’un caractère rare et d’une vocation à toute épreuve. Nous en souhaiterions plusieurs de sa trempe.” Au reste, elle est la première de ces ‘ quatre Dlles. bien nées, bien levées,” dont parlait une correspondance déjà citée. Voici ses trois compagnes.
Mile. Marie Gilles de Landriève, entrée au noviciat le 16 mars 1779, à l’âge de 17 ans, et dont Mgr. Briand défraya en partie la dot. Elle était fille de M. Pierre de Landriève, Commissaire du
(1) Cette Dlle. alliée à la famille de Varennes était très-probable. ment de la famille du Docteur Sarrasin, médecin du Roi à Québec, garde-du-sceau du Roi, et membre correspondant de l’Académie des Sciences, M. l’abbé O. Brunet, Professeur à l'Université"Laval, dans son { Voyage d'André Michaud,” dit que M. Sarrasin est le premier botaniste canadien qui ait rendu son nom célèbre, par la découverte de la plante qu’il envoya en 1730 en Europe, et qui d’après lui s’est appelée Sarracénie pourpre, (la sarracenia purpurca de nos jeunes botanistes). M. Sarrasin a écrit plusieurs articles qui traitent d’Histoire Naturelle. Le R. P. de Charlevoix le regardait comme un homme d’un mérite universel. Au reste, ce n’est pas seulement par autrui ou dans sa postérité, que M. Sarrasin a été connu au Monastère. Au livre des Assemblées Capitulaires, nous lisons, en date du 9 sept. 1734: “Notre Rév. Mère Supérieure a fait assembler le chapitre pour nous représenter que M. Sarrasin, qui vient de mourir, ayant rendu de grands services à notre communauté pendant sa vie, il était de la justice et de la reconnaissance de lui en témoigner notre gratitude par quelques prières pour le repos de son âme. Le chapitre a conclu qu’on lui ferait faire un service des plus solennels.”? M. Sarrasin avait épousé à Québec Mlle, Anne Hazeur. Il mourut âgé de 75 ans.
Roi à Montréal, et de Mme. Catherine Dagneau de Quindre, et porta en Religion le nom de St. Antoine.
Mlle. M. Madeleine Berthe, fille de M. Antoine Berthe, chirurgien, et de Mme. Marie de Coste, dit Lettancour, née à Montréal au mois d'octobre 1759, et entrée le 29 septembre 1779. Elle prit Ste, Anne pour patronne spéciale à sa vêture.
Le 10 octobre suivant, Mile. M. A. Archange Panet, figée de 20 ans, fille de l’Hon. Juge Jean Claude Panet, (1) et de Mme. Louise Barolet. C'était trois jours seulement après les brillantes noces de son frère, M. le Juge Jean Antoine Panet, que Mile. Marie- Anne franchissait le seuil du cloître pour se fiancer à l’Epoux des vierges. Sa démarche ne fut pas sans effet : le 28 octobre de l'année suivante, deux de ses sœurs la rejoignaient au noviciat, Milles. Geneviève et Françoise, la première âgée de 25 ans,
(1) Cette famille fut domiciliée en ce pays plusieurs années avant la conquête. Grâce aux recherches d’une intelligente amie d’enfance, (Mme. M. Louise Panet, veuve du Seigneur La Rue de la Pointe-aux- Trembles), il est facile de tracer, à travers les vicissitudes des temps, la lignée canadienne des Panet, qui a pour chef en Canada M. J. Claude Panet, Notaire Royal à Québec en 1747, époque où il épousa Mile. Louise Barolet. Parmi la nombreuse famille issue de cette alliance bénie du ciel, nous nommerons: Mur. Bernard-Claude Panet, coadjuteur de Mgr. Plessis et son successeur sur le siêge de Québec, prélat dont la haute sainteté était révérée de toute part ; Messire Jacques Panet, curé de l’Islet, homme d'une piété éminente ; l'Hon. Jean Antoine Panet, juge, aïeul de l’amie obligeante dont nous venons de parler. Il avait épousé Dlle. Lse. Philippe Badelard. Parmi les six filles, outre nos deux religieuses, nous indiquerons Louise, Mme. Besançon ; Geneviève, Mme. Le Bourdais, et Mile. Rose que nous avons aussi connue dans sa pieuse et belie vieillesse, L'hon. Juge Antoine Panet a continué la descendance, et l’a unie, par sa fille Marie-Louise, à celle de l’'Hon. Juge Jean-Thomas Taschereau.
M. J. Claude Panet était fils de J. Nicolas Panet Ecr., caissier de la marine, à Paris.
Les sœurs Panet étaient petites-nièces du célèbre contre-amiral Jacques Bedout, néen Canada, qui montra tant de bravoure sur mer pendant la révolution française; par là même, les familles Panet de cette ville sont alliées à ce marin distingué,
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l’autre de 16. Toutes deux reçurent le voile le 25 janvier 1781, sous les noms de Marie de Jésus et de St. Jacques. Sr. Marie de Jésus, après une année d’épreuve, reconnut que Dieu ne l'appelait pas à la vie religieuse et retourna dans sa famille. La jeune sœur Françoise de St. Jacques, loin de se laisser déconcerter par la sortie de cette aînée, marcha gaîment en avant sur les traces de sa sœur Marie-Anne de St. Bernard, et toutes
deux firent profession en leur temps. La Mère St. Jacques est
cette pieuse, aimable et intéressante septuagénaire que nous avons vue si souvent au milieu des groupes les plus enjoués du pensionnat, retrouvant à 72 ans tous les charmes de sa gaieté, dans ces histoires du temps passé qui nous firent tant de fois pômer de rire, enseignant les poses et cadences gracieuses du menuet ou de la gavotte, et dont les enfants du Monastère célébrèrent le 50e anniversaire de profession avec une si touchante s0lennité.
En 1781,la Mère St. Louis de Gonzague écrivait : ‘ Notre noviciat est bien monté pour le temps présent; c'est dommage que les santés ne soient pas fortes.”
À partir de cette époque, le mal dont on se plaint en France a son contre-coup en Canada ; le luxe, le goût pour la comédie et les spectacles, et par suite, le défaut de piété, vont toujours croissant : aussi, les vocations pour le cloître deviennent-elles de plus en plus rares. Il est remarquable que de 1783 au mois d'août 1789, trois seulement firent profession :
Mlle. Angélique Miller, en religion, de St. Thomas, entrée au noviciat le 12 octobre 1783, âgée de 15 ans. Cette fervente Ursuline, d’origine allemande, reparaîtra plus tard dans les notices.
Mlle. M. Louise Rouleau, entrée le 26 juillet 1784; eile prit le nom de St. Michel,
Le 8 décembre de la même année, Mile. M. Elisabeth Giroux, âgée de 16 ans, qui porta le nom de Marie des Anges.
La Mère St. Louis de Gonzague, mise maîtresse des novices en 1788, écrivait : ‘“ La famille n’est pas grande; elle consiste en trois professes de chœur et deux professes converses, Les sujets sont rares aujourd'hui; l'amour de la liberté et le luxe de la parure font toute la félicité des jeunes filles.”
Mais revenons un peu surles deux dernières novices. La Mère Françoise des Anges, était fille de M. Louis Giroux, ancien voilier du Roi, et de Mme. Marguerite Normand. La plupart de nos religieuses se souviennent encore de cette fleuriste et doreuse par excellence, ‘“ Il n'y a que la Mère des Anges qui puisse me faire cela hobilement,” disait Mgr. Plessis, envoyant quelque pièce d’une exécution difficile. Il ne paraît pas que les Bostonnais eussent complètement ruiné M. Giroux; car malgré la perte de ses mille paires de bottes, il paya largement la dot, les pensions et le trousseau de sa fille.
Quant à la Mère M. Lse. Rouleau de St. Michel, fille de M. Jos. Rouleau, de la paroisse de St. Pierre, Riv. du Sud, et de Mme. M. Lse. Aubé, il y a plus de 34 ans qu'elle est passée de la cellule au ciel; cependant aucune de celles qui l'ont connue n’a pu oublier son affabilité, sa douceur, sa patience héroïque dans les souffrances. Si quelqu’une des jeunes en parle à nos anciennes :— “Oh! la bonne, l'excellente infirmière ! disent-elles ; sous ses soins, il fallait absolumennt guérir ou être sans ressource.”
Mme. veuve Aubé, tante de la Mère St. Michel, avait payé sa dot et son trousseau, selon nos registres.”