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capitaine McDonell fut si flatté de ces bons procédés des Ursulines envers ceux de sa compagnie, qu'il saisissait toutes les occasions possibles de les obliger et de leur faire plaisir ; de concert avec le capitaine Barbutt, il était attentif à prévenir les besoins de la communauté, leur procurant à propos les provisions, bois de chauffuge et autres nécessités.
C'est dans l’aîle de la Ste. Famille, au rez-de-chaussée, que le général Murray assembla dans les premiers temps son conseil militaire (1) et privé. Sur la vieille table ronde que l’on voit encore dans la ‘ salle de quarante pieds,” fut signée, d’après nos traditions, la sentence de mort d'une malheureuse femme qui avait assassiné son mari.
$ 4.—LES URSULINES OBTIENNENT LA GRACE D'UN SOLDAT.—DEUX RELIGIEUSES MEURENT AU SERVICE DES BLESSÉS.
Les bornes de clôture furent toujours scrupuleusement gardées par les nouveaux habitués du cloître. Il arriva cependant un jour une infraction, qui fit grand émoi au Monastère 6t causa plus d'une inquiétude au délinquant.
Les religieuses ayant cédé aux officiers de Sa Majesté Britannique les deux étages inférieurs, se tenaient tout le jour au troisième, à l'exception des heures destinées à la prière, où elles se réuuissaient à la chapelle.
Une sœur descendant un jour pour sonner l’angelus, crut apercevoir, en ouvrant la porte de l’avant-chœur, la figure d’un soldat. Surprise et effrayée, elle jette un
(1) Outre ce conseil militaire, espèce de cour d'appel, le général Murray avait établi juges les capitaines de milice de chaque côte, dans le district de Québec, pour régler les différends qui pourraient survenir entre les habitants du pays.
criet s’enfuit précipitamment. Lasentinelle, accourue au bruit, saisit en eftet le malheureux jeune homme, qui s'était furtivement et imprudemment glissé dans ces parages défendus. Ileut beau protester qu'il ne voulait que voir passer les nonnes, on le traîne au corps de garde, et de là devant les chefs. Le général Murray, indigné de cette infraction à la discipline et de ce manque d'égards pour la communauté, assemble Ja cour martiale et condamne sans miséricorde le pauvre malheureux.
Cette nouvelle excita une grande compassion au Monastère, et les religieuses furent unanimes à appuyer la requête de la Rév. Mère Supérieure en faveur du coupable. La Mère Migeon de la Nativité écrivit donc, de sa main tremblante et vénérable, (1) la lettre la plus persuasive et la plus touchante, invoquant, disait-elle, la clémence si bien connue du ‘“ vainqueur de nos Français.”’
Le général Murray était à table avec ses principaux officiers, lorsque cette lettre lui fut remise. Extrêmement satisfait de ce procédé des religieuses, il lut à haute voix ladépêche.— ‘“ Qu’en pensez-vous, messieurs ? ajouta-t-il ; peut-on se refuser à une demande faite avec autant de grâce ? Cette lettre mériterait d’être écrite en caractères d’or. Du moins qu’elle ait son plein effet dans la grâce qu’elle sollicite.”
(1) La Mère de la Nativité avait alors 75 ans. Aux élections du 15 décembre 1759, elle aurait dû être changée d'office, la règle ne permettant pas de faire de suite plus de deux triennats. Cependant, 4 M. Briand, V. G. permit à la communauté de la continuer comme
supérieure, mais pour un an seulement, vu, ajoute le Récit, qu’elle .
était connue et goûtée de messieurs les Anglais.” C'est l'unique exception de ce genre que présentent nos annales.
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Inutile d'ajouter les sentiments du pauvre soldat à la nouvelle de son pardon, et s’il remercia de grand cœur ses libératrices.
Ce pénible hiver de 1759 et 60, touchait à sa fin. Il était temps, car grand nombre de religieuses commençaient à succomber entièrement aux privations et à la fatigue ; plusieurs avaient contracté de cruzlles maladies et infirmités. Il y eut même deux de nos sœurs converses qui, comptant trop sur leurs forces et prenant sur elles le plus dur du travail, tombèrent pour ne plus se relever. Ce furent les généreuses sœurs Angélique Toupin de Ste. Marthe, et M. Jeanne Bédard de St. Hyacinthe, (1) dont le dévouement sans bornes fait le plus bel éloge. La première mourut le 28 mars, âgée de 37 ans, et la seconde, le 24 avril suivant, à l’âge de 48. Toutes deux, remarquables pour la solidité de
leur piété, méritèrent à cette heure suprême, dit le Récit, des consolations dignes du Dieu peur l'amour duquel elles s'étaient sacrifices.
Les nouveaux maîtres ne cachaïent pas l'estime que leur faisait concevoir une vertu aussi éprouvée dans leurs charitables hôtesses, comme le fait voir la lettre
(1) Sr. Angélique Toupin de Ste. Marthe était fille de sieur René Toupin, cultivateur de Beauport, et de dame Geneviève Langlois.
Sr. St. Hyacinthe, native de Charlebourg, était fille de sieur Thomas Bédard et de dame Jeanne Françoise Hupé. Elle avait été préposée au service des malades anglais qui se trouvaient dans le département des classes.
Il est dit de Sr. Ste. Marthe que ‘‘relevant à peine d’une grande maladie, elle supplia qu'on lui permît de reprendre le soin d’une salle qui était infectée de peste. Elle ne put résister au mal et succomba dès les premières atteintes.”?
Le Récit indique que plusieurs anglais sont morts dans notre maison.
suivante. Elle est du R. P. de Launay, notre procureur à Paris.
“Je vois par vos lettres, madame, en quelle triste situation vous vous trouvez par les malheurs de la guerre. Nous ne pouvons que ‘plaindre votre sort. Cependant, notre Ste. Religion nous fournit des motifs bien capables de nous consoler au milieu de toutes ces calamités. Je voudrais pouvoir vous procurer les secours dont vous manquez, mais je ne sais pas encore si la voie de l'Angleterre est bien sûre. Je vais la tenter pour nos missionnaires, et si elle me réussit, je ferai aussi quelques tentatives en votre considération, On m'a assuré que les vainqueurs usaient très-humainement de leur victoire, et qu'ils avaient conçu de l'estime et de la considération pour vos vertus, et de la reconnaissance pour les services que vous leur rendez. Dieu en soit loué à jamais!
€ Vos fonds augmentent ici pendant que vous ne tirez rien sur moi. Je ne vous en fais pas le détail, puisque vous connaissez votre revenu ordinaire, que j'ai perçu et dont je vous tiendrai compte à la paix, On en parle, priez le Seigneur qu’elle soit bientôt conclue. Nous en avons tous besoin, mais nos péchés s’y opposent, et nous ne sommes pas encore assez châtiés.......,?
Ce dernier mot, vrai surtout à l'égard de la coupable administration de Louis XV, allait aussi se vérifier en Canada par de nouvelles épreuves.
$ 5.—LE 28 AvRIL 1760.—MORT DE MGR. DE PONTBRIAND.
Aux fatigues et à la gène de ce mémorable hiver, il faut joindre l’anxiété qui serrait cruellement tous les cœurs. On savait très-bien que l’armée vaincue n’avait pas posé les armes, et que le brave de Lévis rassemblait à Montréal tout ce qu’il pouvait de combattants et de ressources, pour faire au printemps un effort suprème, afin de regagner le terrain perdu dans l’automne. Et quel allait être le résultat de cette dernière
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À peine le fleuve fut-il un peu dégagé des glaces, que le nouveau général se mit en mouvement avec ses troupes; environ 7,000 hommes, tant soldats réguliers que miliciens et sauvages. ‘Le 28 avril, dit l’Annaliste, nos Français parurent sur les hauteurs de nos terres des Plaines, afin de reprendre la ville.” Le général Murray avait plus de 8,000 hommes danse Québec. (1) Il en fit sortir 6 à 7,000, pour aller à l'attaque des Français. Les deux armées étaient à-peu-près en nombre égal. Vers midi, les Anglais étaient enfoncés, après trois heures d’un combat acharné : (2) l’armée anglaise était affaiblie de 800 hommes, tués ou blessés, presque tous percés de coups de baïonnettes ; (3) les Français en avaient perdu 700. ‘ Hélas! dit le Récit,
(1) Dès le 24 avril, toute la population, hommes, femmes et enfants, avaient dû sortir de la ville. Le spectacle de ces pauvres gens, obligés de laisser leurs demeures, pour chercher un gîte et leur subsistance dans un pays saccagé de toutes parts, étaït déchirant sans doute. Cependant, quand on l’envisage sous ses différents points de vue, cette mesure ne paraît pas aussi cruelle, Elle n’avait pas seulement pour but d'empêcher les trahisons que les Anglais pouvaient raisonnablement craindre; mais on était aussi à bout de vivres, et que fussent devenus ces malheureux, dans les éventualités d’un siége tant soit peu prolongé? Ils avaient, ce semble, plus de chances de leur vie hors des murs, que dans une ville bloquée et sans provisions.
(2) Dans ce revers, le général Murray a été jugé presque de la même manière que le marquis de Montcalm. Quoiqu'il eût pour lui l’avantage de la position sur les hauteurs de Ste. Foye, on le blâme d’avoir risqué ses troupes contre la vaillante armée du général de Lévis.
(3) Les Français n’avaient que trois pièces de canon à opposer à vingt-deux, Au reste, les deux armées se battirent à-peu-près avec une égale valeur. On signale surtout l'incident du moulin Dumont,
où les grenadiers fr ais se rencontrèrent avec les montagnards écos-
nous n’avions point encore apaisé la colère de Dieu, justement irrité contre nous... Bien des blessés de part et d'autre ;—bien du monde de tué... C'est à ce coup que notre Monastère ne fut plus qu’un hôpital ; à peine nous restait-il de quoi nous loger.”
Les blessés anglais furent en effet placés dans notre maison ainsi qu’à l’'Hôtel-Dieu ; les Français, se trouvant hors des murs, transportèrent les leurs à l'Hôpital- Général. Le spectacle du champ de bataille, après le combat, était horrible ; la neïge, qui couvrait encore ci et là la terre, ainsi que les mares d’eau, étaient rouges de sang.
Cette victoire où flottait pour la dernière fois avec gloire, en Canada, le drapeau des lis, n'avait pas donné aux Français l’entrée de la capitale ; ils se préparèrent à en faire le siége. Le 11 mai, le feu s’ouvrit sur Québec, et une destruction totale semblait devoir être le résultat inévitable de cette lutte à mort. % Nos Français, au désespoir de nous perdre, tiraient sur nous
cais: ce fut à qui se rendrait maître du moulin; les grenadiers, la baïonnette à la main, entrant et forçant les montagnards à se sauver par les fenêtres, et les montagnards entrant à leur tour et expulsant les français. Tel était L'archarnement des deux côtés «, 1e le moulin Dumont fut pris et repris au moins cinq fois: les officiers voyant que leur détachement de soldats était, de chaque côté, résolu de périr plu-
tôt que de céder, rappelèrent le peu d’hommes qui avaient échappé au carnage.
En 1855, les citoyens de Québec ont érigé, sur le chemin de Ste. Foye, un monument aux Braves de 1760; plus tard, ce monument a été couronné de la statue de la Victoire, présent du Prince Napoléon. C’est à la cérémonie de l'inauguration que Sir E. P. Taché et l’honnorable P. J. O. Chauveau, prononcèrent de magnifiques discours en présence d’une foule immense; on y remarquait les officiers de la corvette ‘La Capricieuse,” premier vaisseau de guerre français qui eût paru dans la rade de Québec depuis la conquête.
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comme des diables,” nous disait, il y a quelque trente ans, la Mère Dubé de St. Ignace, témoin oculaire de ces tristes événements.
Le siége durait depuis cinq jours, quand des voiles parurent à l'horizon, Quels moments d'attente pour les deux partis !.. Bientôt les Anglais poussèrent des cris d’allégresse prolongés dans les airs... Les Français, plus convaincus que jamais de l'abandon de la France et de leurisolement, n’eurent d'autre alternative que de lever le siége et de retraiter sur Montréal ; ce qui s’exécuta dans la nuit du 15 au 16 mai.
Cette dernière campagne avait donné de l'honneur sans doute; mais du reste, aucun résultat salutaire : au contraire, elle avait épuisé davantage le pauvre peuple et fait saigner bien des cœurs. Le deuil de la colonie allait pourtant s’assombrir encore par la perte de son premier pasteur. Mgr. de Pontbriand, dont la voix s'était élevée si solennelle dans son mandement, pour encourager son peuple à lutter jusqu’à la fin, ne put survivre à cet échec, et à la perspective de la .uine totale de la religion en ces contrées. Le 8 juin, le R‘cit enrégistrait ainsi sa mort:
“ Après avoir pleuré les maux de la patrie, ‘il nous fallut déplorer la mort de notre illustre prélat, Mgr. de Pontbriand, qui avait suivi l’armée à Montréal, au mois de septembre 1759. Dieu a retiré ce digne et saint prélat de ce monde, pour le récompenser des immenses travaux qu’il a soutenus dans le gouvernement de son diocèse, cherchant par tous les moyens à maintenir la religion en ce pays, aidant et soulageant tout le monde, sacrifiant sa santé auprès des malades, donnant tout son bien pour les pauvres et les indigents. Ce saint évêque est mort dans la dernière pauvreté,
étant rempli de joie de ressembler ainsi à N.$. mourant. Son service a été fait dans notre église, et aussi mugnifiquement qu'il eût pu se faire à la cathédrale que son zèle avait élevée à la gloire de Dieu. Notre- Seigneur lui a épargné la douleur de voir tout le pays aux mains deuos ennemis, et la religion catholique en danger de se perdre entièrement. Jene doute point qu’une excellente plume ne mette au jour la vie et Les vertus de ce digne et saint pontife.”?
Mgr. de Pontbriand était né l’année même de la mort de Mgr. de Laval, (1708), dont il devait suivre de si près les exemples apostoliques.
‘“ Après ces événements tragiques, dit le Récit, on passa l'été, souffrant et gémissant, dans la crainte que tout le Canada ne fût pris.” Ajoutons ici quelques extraits d’une lettre de notre dépositaire, à Paris, en date du 8 août 1769 ; elle nous donnera une idée de la misère du peuple, par le tableau de celle de notre communauté.
“ Mon Révérend Père, —Cette lettre vous sera remise par une dame de nos amis nommée Mme. Williams, qui vous dira la situation de notre pays, et de notre communauté en particulier. Quelques attentions, que MM. nos officiers anglais aient eues pour nous, quand on a tout perdu, il ne se peut faire qu’on ne manque de beaucoup de choses nécessaires À la vie, et à l’habit que nous portons ..... Si vous pouvez me faire le plaisir de nous écrire par l'Angleterre, mettez à l'adresse de M. le capitaine Barbutt, (1) du régiment d'Amherst. Ce monsieur est Trésorier du Roi et
(1) Ii est juste que nous joignions au nom de ce brave officier le souvenir de gratitude que nous devons à sa mémoire. Capitaine dans les troupes du général Wolfe, M. James Barbutt fut depuis l’intime confident du général Murray, qui se reposait de tout sur lui en ce qui regardait le service des blessés. Comme nos documents n’offrent aucune trace de son nom à partir de l’anné 1761, où il prenait de nos Mères une lettre de change et passait en Angleterre, il est à croire
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