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grand ami de notre maison; sa bonté envers nous est très-grande et jamais nous n’oublierons ses bienfaits...
# La paix est bien à désirer, pour rétablir notre pauvre pays, tout saccagé et presque brûlé. Si le temps me permet d'écrire à nos Mères de Paris, je m'en ferai un devoir; faites-moi la grâce d'y suppléer, en allant les voir et leur dire le besoin où nous sommes de prières et de secours. Pardonnez, s’il vous plaît, mon Rev. Père, la liberté que je prends de vous charger de mes commissions; avec une prisonnière de guerre depuis dix mois, on l’absout plus facilement, par la pitié qu’on a de sa misère et des tribulations qu’elle endure journellement.
“ Veuillez me marquer ce que nous avons dans la caisse, afin que je ne surpasse pas notre revenu: nous sommes dans l'usage de nous passer de bien des choses. S'il se trouve quelque personne charitable qui vous offre pour nous argent, ou toile ou étoffe, vous nous ferez la grâce de le recevoir pour nous le faire tenir; tout sera bon pour de pauvres prisonnières.”
$6.—CAPITULATION DE MONTRÉAL ;—DÉPART DE L'ARMÉE FRANÇAISE ;— LE MARQUIS DE VAUDREUIL.
Les événements se précipitaient à l’avantage de la Grande-Bretagne. Au mois de septembre 1766, trois forts détachements de l’armée anglaise, s'étant réunis de divers points, vinrent cerner la ville de Montréal ; la résistance devenait inutile. Le chevalier de Lévis céda enfin aux pressantes sollicitations de tous; il posa les armes et le marquis de Vaudreuil put traiter des articles de la Capitulation. En parcourant cette pièce officielle, on ne peut qu’admirer la grandeur d'âme de
qu'il ne revint plus en Canada. Lasse de le chercher, nous avions abandonné nos poursuites, quand son nom nous est tombé sous les yeux dans un vieux régistre militaire, en date de l’année 1779. À cette époque, le capitaine Barbutt était commissaire-général, à Pensacola, dans la Floride. Nous n’avons pu le suivre plus Join.
cette poignée de Français qui, après avoir “tout perdu hors l'honneur, ”’ s'élèvent noblement au-dessus du mulheur pour réclamer les droits de la colonie et soutenir l'honneur du drapeau national. Voici quelques extraits des articles proposés par M. de Vaudreuil.
‘1, Vingt-quatre heures après la signature de la présente capitulation, le général Angluis fera prendre possession par les troupes de Sa Majesté Britannique, des portes de la ville de Montréal, et la garnison Anglaise ne pourra y entrer qu'après l'évacuation des troupes Françaises.
“2, Les troupes et les milices qui sont en garnison dans la ville de Montréal, en sortiront avec tous les honneurs de la guerre, six pièces de canons et un mortier etc., etc.
‘82, Les Communautés des Religieuses seront conservées dans leurs constitutions et leurs priviléges..…....s. Elles seront exemptes du logement des gens de guerre, et il sera fait défense d'entrer chez elles etc.”
Nos lectrices savent que si la plupart des cinquante articles de la capitulation furent accordés, il y en eut aussi de rejetés, celui entr’autres qui demandait les honneurs de la guerre, si bien mérités par ces héroïques vaincus. Le chevalier de Lévis, indigné, voulut alors reprendre les armes ; mais le marquis de Vaudreuil s'y opposa, considérant qu'il serait cruel d'attirer de nouveaux malheurs sur un peuple épuisé, qui n’avait déjà que trop inutilement souffert.
La capitulation de Montréal garantissait aux Canadiens le libre exercice de la religion catholique, et aux communautés de filles, leurs constitutions et priviléges. Les négociations terminées, on commença aussitôt les préparatifs du départ pour la France.
Quelle douleur amère pour les uns et les autres! On ne pouvait assez redire ces adieux commandés par une
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séparation aussi violente et sans retour. Le marquis de Vaudreuil et sa famille, le chevalier de Lévis (1) et ses officiers au nombre de 35, Bigot l'intendant et ses employés, des soldats au nombre de 2,000, et 500 matelots de la Marine Royale, quittèrent pour toujours ce pays, théâtre de leurs glorieux combats et de leur honorable défaite. Plusieurs (2) familles canadiennes,
(1) François Gaston de Levis était de la famille de Lévis-Ventadonr, dont l’illustre maison avait donné un vice-roi à la Nouvelle-France,
au commencement de sa colonisation. Né le 20 août 1719, à A jac en
Narbonne, ‘‘il entra au service, dit M. Dussieux, en 1735, fut Brigadier en 1756, Maréchal-de-Camp en 1758. Il fit la campagne et la retraite de la Bohême, fut présent à la bataille de Dettingen, fit la campagne du Rhin, les campagnes de l'Italie, de Provence et du comté de Nice, et enfin les campagnes du Canada de 1756 à 1760."
À Chouagan et à Carillon, M. de Lévis commandait l’aile droite de l'armée, et eut une grande part à ces glorieuses victoires.
Il est à remarquer que tant que le marquis de Montcalm put avoir recours aux conseils et à la prudence du colonel de Lévis, il ne perdit point de bataille ; en 1759, sur les plaines d'Abraham, Lévis était à 12 lieues du champ de bataille.
On connaît les efforts surhumains de ce vaillant soldat, pour retarder du moins la chûte de la puissance française en Amérique. A la capitulation de Montréal, le général Amherst voulut exiger qu’on lui remît les drapeaux français ; le chevalier de Lévis, indigné, les brûla ! De retour en Europe, il servit sous le prince de Condé, et fut présent à la bataille de Johannisberg en 1762. En récompense de ses services, il fut fait gouverneur de l’Artois. Il était Maréchal de France en 1783, Duc et Pair l’année suivante. Tous ces honneurs n’empéchèrent pas la mort de le frapper, trois ans après, dans la 68e année de son âge. Sa Relation de l’état du Canada après la lère bataille des Plaines, montre tout ce qu'il y avait de dévouement dans ce cœur généreux ; que n’a-t-il êté chrétien plus exemplaire, dans ce pays où il a si admirablement combattu !
Son fils, le duc de Lévis, fut un des plus ardents défenseurs de la royauté, dans la grande Révolution française.
(2) Nous sommes loin de partager l’idée que la plupart des familles influentes du Canada émigrèrent à la conquête. Bon nombre même
so joignirent à eux pour faire voile vers la France, aimant mieux s'éloigner de la patrie que de passer avec elle sous une domination étrangère.
En voyant le pays aux mains des Anglais et en disant adieu à tant de parents et d'amis, les Canadiens se demandaient ce qu'allait penser la France, à cette nouvelle qui devait l’intéresser vivement ; de quel œil elle allait regarder les faibles restes de ces héroïques troupes, vivants témoignages des immenses pertes qu'elle venait de fuire......
Hélas! ce n’était plus le temps où la noble et chevaleresque Fille ainée de l'Eglise disposait ses bataillons, pour les envoyer au secours des chrétiens opprimés de la Palestine. Impuissante à se soutenir elle-même, elle lâchait prise aux Indes, en Afrique et en Amérique, perdant jusqu'à l'esprit chrétien qui avait fait sa force et sa gloire. Le froid scepticisme de Voltaire va tâcher de couvrir d’une parole de sarcasme la honte de ses défrites en Amérique, et la France, dépouillée de toute colonie importante, ratifiera bientôt, à la face du
monde, sa décadence et son humiliation.
Nos lectrices ne nous sauraient pas gré de laisser partir le dernier gouverneur de la Nouvelle-France, (le seul qui fût d’origine canadienne), sans le suivre un peu par delà les mers, surtout dans un voyage commencé sous d'aussi tristes auspices.
Le marquis de Vaudreuil est de ceux dont le matin de la vie fut plus brillant que le soir. Fils du premier gouverneur de ce uom, Pierre François de Vaudreuil
de celles qui partirent d'abord, revinrent au pays dans les années suivantes, comme le prouvent nos correspondances. Au reste, nous croyons pouvoir promettre à nos lectrices de plus longs détails sur ce sujet dans un article spécial.
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était né à Québec en 1698, et avait hérité du titre de marquis en 1748, par la mort de son frère aîné. Son épouse était Mlle. Fleury de la Gorgendière, veuve du procureur-général M. le Verrier.
Pendant son séjour à la cour, sa mère, (Mile. L, F, Joybert-Soulanges) avait acquis du crédit auprès du ministre de la marine, aussi obtint-elle pour ses enfants, comme pour ses amis, des honneurs, des places, des pensions. Dès l'âge de 7 ans, son cadet eut un appointement dans la marine ; à 8 ans, il fut enseigne ; lieutenant à 11, capitaine à 20, major à 26, lieutenant de vaisseau et chevalier à 31; il fut fait gouverneur de Trois-Rivières en 1732, de Louisbourg en 1743, capitaine des vaisseaux du Roi en 1746, gouverneur et lieutenant-général de la colonie en 1755. Mais ces grades et ces honneurs lui coûtèrent bien cher, puisqu'il les paya de la consolation de ses dernières années et de sa vie même.
A peine eut-il mis le pied sur le rivage de France qu’il fut arrêté et jeté à la Bastille. Il n’y avait eu cependant ni lächeté ni mauvaise foi dans la conduite du dernier gouverneur français; malheureusement, le génie du mal avait jeté la discorde dans ses conseils. Les fourberies de Bigot et ses employés ne furent pas vues du marquis dans leur véritable jour, et que de maux s’en suivirent! On comprend aussi les plaintes de Montcalm, qui réclamait en vain les choses indispensables à ses expéditions; il était naturel qu'il fût peu satisfait du gouverneur qui, malgré ses sacrifices personnels, ne pouvait lui procurer l'impossible. De là la désunion entre le chef civil et le commandant militaire. Dans l’acte de capitulation, on ne peut qu'admirer la sagesse du marquis de Vaudreuil, sa prévoyance et son amour pour la patrie : aussi, ses ennemis furent-ils
impuissqnts à le faire condamner. Voici la lettre que lui adressait le duc de Choiseul, en date du 8 mai 1764,
# Le Roi s'étant fuit, Monsieur, rendre un compte particulier de l'affaire du Canada, pour l'instruction de laquelle vous avez été détenu à la Bastille, Sa Majesté a reconnu avec plaisir que la conduite que vous avez tenue dans l'administration qui vous a été confiée, a été exempte de tout reproche, et sur ce que j'ai fait connaître à Sa Majesté que votre désintéressement et votre probité vous avait mis dans le cas d'avoir besoin de secours, elle a bien voulu vous accorder comme marque de la satisfaction qu'elle a de vos services, une pension de six mille livres sur les fonds de la colonie, indépendamment de la même somme qui est attachée à la Grande Croix de l’ordre de St, Louis, dont Sa Majesté a bien voulu vous décorer. Je joins ici le brevet qui vous a été expédié pour la pension dont vous jouirez, sur les fonds de la colonie, et qui vous scra payée d'année en année, à compter du ler janvier dernier, C'est avec plaisir que j'ai concouru à vous procurer cette
récompense de la part de Sa Majesté.
Cet acte de justice ne rendit pas le bonheur à l'il. lustre captif; son cœur était brisé, son esprit abattu, son courage anéanti. Il mourut peu après à St. Germain en Laye. (1)
(1) Le chevalier François Pierre de Rigaud, son frère, ancien lieutenant gouverneur de Québec, et gouverneur de Montréal et de Trois- Rivières, passa en France avec le marquis, accompagné de sa femme, Mme. Mare Lse. Fleury de la Gorgendière d'Eschambault. Ils allérent se fixer à Tours, où ils moururent quelques années après. La famille de Vaudreuil a donné à la France des soldats vaillants et des marins distingués. L'un d’eux a été gouverneur de St. Domingue; un autre, le baron Phil. Antoine, colonel d'infanterie et chevalier de St. Louis : né à Québec en 1693, il fut tué à la bataille de Prague en 1742. Deux autres se dévouèrent à la famille royale pendant la révolution française, ainsi que nous l’apprend le vicomte Walsh, dans ses ‘ Journées mémorables de la Révolution française.” Le marquis de Vaudreuil, marin distingué, occupait à Versailles le logement de son cousin, grand fauconnier, le comte de Vaudreuil,