NOUVELLES ENTRAVES À L'ÉDUCATION
Quoique les registres soient très-inexactement tenus dans la dernière partie du 18e siècle, le nombre des élèves pensionnaires diminua alors sensiblement, comme la correspondance l'indique. La misère en effet pesait toujours plus lurde sur le peuple canadien. Le gouvernement, qui ne perdait pas de vue son idée première d’enlever aux catholiques leurs principes religieux, invoquait sans cesse de nouveaux moyens pour y réussir. Un des plus funestes, s’il eût réussi, fut le projet d'Université de 1789, projet si habilement voilé que plusieurs catholiques influents y furent trompés. Quelles n’eussent pas été aussi les suites de ces “ écoles communes,” surtout à une époque où l’apathie religieuse, émanant des causes que nous avons déjà expliquées, tendait à gangrener une partie de la population canadienne ! De cette persistance des vainqueurs à s’assimiler de langage et
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de principes religieux les vaincus, et de la détermination de ces derniers à se priver d'instruction plutôt que de s’exposer à perdre la foi, on tire facilement la conclusion que les classes professionnelles et industrielles allaient toujours s’appauvrissant. Cependant il est plus que curieux d'entendre Monsieur Ogden accuser le gouvernement français, surtout le clergé de la colonie, d'avoir travaillé à entretenir l'ignorance. M. Ogden aurait pu savoir que, de 1773 à 1789, époque où il composa son Mémoire sur l'Education, 12 à 27 jeunes gens complétaient chaque année leur cours d’études au Séminaire de Québec, qui se soute. nait par son esprit de sacrifice et de dévouement ; il aurait pu savoir aussi qu'un bien plus grand nombre d’autres sortaient tous les ans assez bien instruits de ce précieux établissement. Tout cela était peu, si l’on veut, pour un pays où la population s'accroissait rapidement ; mais enfin il n'était pas honorable de jeter da blâme sur le gouvernement français, qui avait gratiñié de dons annuels et considérables toutes les institutions du pays ; c'était encore moins l’occasion de faire des insinuations fausses contre le cicrgé, (1) qui de tout temps a été le promoteur et le soutien de l’éducation. Il semble qu'il eût été plus équitable d’aviser le jeune Prince Guillaume-Henri, pour qui M. Ogden écrivait ses renseignements, de rendre justice à la masse de la population en allouant des fonds, comme l’avait fait le gouvernement français, pour le soutien des institutions déjà existantes et pour la création de nouvelles dans les paroisses qui en étaient dépourvues.
Dans une correspondance de 1787, nous lisons que ‘“ l'argent était d’une rareté extrême dans le pays, que Messieurs les négociants anglais l’emportaient en Europe à leur retour.” Ajoutons que les bouleversements de la Révolution française augmentèrent encore beaucoup cette gêne pécuniaire. Quant à notre communauté, elle y perdit son revenu le plus considérable, et les ressour-
(1) A la demande de Canadiens influents émigrés à la conquête, 3,000 livres de pension viagère avaient été accordées à Mgr. Briand sur les revenus du clergé de France. Cette pension subsista jusqu’à la Révolution française, et servit à bien des bonnes œuvres non-seulement à l'égard de notre maison, mais de plusieurs autres institutions.
ces qui avaient procuré le bienfait de l'éducation à tant de jeunes filles. Plus tard nous constaterons, en ce qui regarde particulièrement notre Monastère, l’heureux mouvement qui, vers 1827, vint favoriser la cause sainte de l’éducation et répandre l’ardeur parmi le peuple.
Si l'on sabait torjouvs assaisonner D'entrain et de œafeté les fetes du Pensionnat.
Nous demandons la permission de revenir un instant sur le temps passé. D’anciennes liasses retrouvées récemment, grâce à la démolition des vieux galetas de l’aile des Parloirs (1865), nous ont initiée aux fêtes des dernières années de la domination française, et nous aimons à en faire part à nos lectrices. Ces fêtes, à notre avis, n'étaient guère moins aimables qu’au temps des Dlles. LeBer et de Vaudreuil, dont M. le Dr. La Rue, professeur à l'Université-Laval, nous a fait un tableau si charmant dans ses Chansons Populaires du Canada.” Ils’agit pour le moment d’une distribution solennelle de prix. C’est M. l’'Intendant, M. le général Duquesne de Mennerille, et Mgr. de Pontbriand qui y président.
Quel frais et charmant spectable, après le sérieux de la séance, que de voir sortir en chantant d’un riant bocage et nymphes et bergères, venant tout à leur aise, sous ce personnage emprunté, débiter force beaux compliments et aimables souhaits aux hôtes distingués qui les honoraient d’une man.ère si encourageante,
Les goûts mythologiques et bucoliques sont aujourd’hui un peu passés de mode, on n’invoque guère plus les pipeaux et les chalumeaux, ni même les Muses, pour fêter et complimenter son auditoire; cependant, pour montrer à nos lectrices que ces petites scènes n'étaient pas dépourvues de charmes en leur genre, nous mettrons sous leurs yeux une ou deux de ces petites pièces.
Voici celle de la distribution des prix le 23 août 1752.
Après un chœur plein de verve et d’enthousiasme à l'honneur de M. l’fntendant, une bergère, se détachant du groupe et s’avançant vers M. le Gouverneur, chante seule (Maestoso) :
Changeons ici d'accords ; Dieu! quelle ardeur m’entraîne !
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Prend terre sur ces bords !
Autrefois, notre France
A ses nobles aïeux
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Il vient par sa présence
L'affermir en ces lieux. |
Et toutes les bergères d'éclater en un chœur capable de faire vibrer tous les échos des Laurentites, si l’on en juge par l’entrain du chorus :
Que de son grand nom Le beau vallon Retentisse !
Joignons nos pipeaux
Aux chants nouveaux Des oiseaux.
Que tous les coteaux
Tous les hameaux Aplaudissent !
Forçons les échos
À se mêler aux chants des chalumeaux !
Nos vœux ne sont pas vains; Chers Bergers, finissons ; Bergers, sous un tel maître Que le dieu de la lyre
Nous allons voir paraître A de plus forts, inspire
Les jours les plus sereins. De plus nobles chansons.
Nos campagnes fertiles Par ma bouche il s'exprime : Dans le sein de la paix, Dans cet auguste sang
Nos familles tranquilles, Tout est trop magnanime,
Nos ennemis dociles : Tout, trop grand, trop sublime, Tels seront ses bienfaits. Pour notre faible chant.
Objets de ses bontés,
Dans notre insuffisance, Exaltons en silence
Ses nobles qualités.
Calliope réclame
Ce mortel merveilleux ; Pour peindre sa grande âme, I) faut des traits de flamme ; C'est à quelqu'un des dieux.
Et la troupe inspirée, après avoir fait de nouveau vibrer et retentir les échos du grand nom qu’elle renonçait enfin à chanter dignement, venait sur un ton plus doux, plus filial, sur un ton de vraies et gracieuses bergères, couronner le tout par un compliment
à Mer. de Pontbriand, digne et infatigable Pasteur, auquel sans doute il devait être doux
ET URL OP d'entendre,
De tant de cœurs réunis,
Qu'un amour tendre
Etait pour jamais acquis,
Au Prélat dont l’ardeur,
Dont le dévouement, le zèle,
Etaient le parfait modèle
De tout vrai Pasteur.
Nous ferons maintenant voir à nos lectrices comment l’on accueillait le digne Prélat, au retour de ces courses à travers les rapides et les forêts, dont il est parlé au second tôme. Nous regrettions alors, avec la mère De Muy de Ste. Hélène, de n’avoir pas quelque échantillon des transports qui saluèrent le saint évêque. Après un poême quasi héroïque sur les travaux admirables du nouvel apôtre, dont le ciel.
enssscosssssssss..... dirigeait tous les pas, Le rendant immortel même avant le trépas ;
une élève, faisant allusion à la fête de St. Henri, qui coïncidait avec la circonstance, ajoutait :
Un autre, pour vos destinées Ferait les souhaits les plus doux.
Mais je ne crains pas de le dire, (Et qui pourrait me contredire ?) Que le ciel donne des années, Vous trouverez le reste en vous.
Puis tous les instruments préludèrent aux couplets suivants, aussi spirituels qu'ingénus, il nous semble.
1 2 Digne objet de la joie publique, Pendant le temps de ton voyage Prélat écoute nos accents; Tout paraissait dans la douleur ; Tu connaîtras nos sentiments, Flore nous cachait ses couleurs, La jeunesse est très-véridique ; Les zéphirs fuyaient nos bocages. Prète donc l'oreille à nos chants Rossignol seul avec ardeur Par eux ici le cœur s'explique : Nous répétait en son langage : Pour chanter son zèle divin, Pour chanter son zèle divin
Il faut un esprit plus qu'humain! Il faut un esprit plus qu'humain !
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nent l’on acà travers les tôme. Nous ne, de n’avoir rent le saint ravaux admi-
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plets suivants,
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nos bocages.
rdeur langage :
divin qu'humain !
Moi-même, à douter trop facile, Jelui demandai mille fois :
Sur quoi veux-tu que je te crois?
Un peuple acquis à l'Evangile, Voilà disait-il ses exploits, Et tu peux demeurer tranquille !
Pour chanter son zèle divin, Il faut un esprit plus qu'humain !
p Digne objet de la joie publique, Prélat, par ces faibles accents, Tu conçois tous nos sentiments.
Ne sois donc pas surpris d'apprendre Les doux transports de ton troupeau.
Heureux Prélat ! de ton flambeau La lumière tu viens d'étendre !
Jusque dans l'ombre du tombeau Ne te lasse donc point d'entendre:
Pour chanter son zèle divin, Il faut un esprit plus qu'humain !
Pour compléter ce tendre hommage, J'ose prévenir ton patron.
Henri, dont tu portes le nom,
Sans peur d’être moins véridique, Trouveen toi la plus vive image J'ajoute encor que par mes chants Des vertus et des heureux dons Chaque cœur que tu vois s’explique ; Dont son grand cœur fut l'assemblage.
Pour chanter son zèle divin, Il faut un esprit plus qu'humain!
Pour chanter son cœur et le tien, IL faut un esprit plus qu'humain!
Nous serions curieuses de savoir à qui et par qui fut répétée
la petite pièce suivante.
Je voulais en six vers vous faire un compliment Que je ne réglais pas, Seigneur, sur votre gloire, Mais seulement sur ma mémoire, Petite mémoire d'enfant.
Quand Apollon m'a dit qu’il fallait un poème Pour chanter vos rares talents ; Qu'il fallait d’ailleurs que lui-même Réglât de si nobles accents; Confuse je me tus, laissant là tous mes chants... Mais pour me consoler dans ma douleur extrême, Ah! du moins, permettez, Seigneur, que je vous aime!
Voici maintenant un éloquent plaidoyer, qui peut servir de modèle à nos petites en semblable circonstance.
Demanderai-je ici, (qu’il me le soit permis), Seulement un congé sans compter l'ordinaire ? J'en suis persuadée, pour délasser l'esprit Ce serait salutaire.
D'un aimable badinage
Doit-on blâmer l’enjoûment ;
Il est des temps où le sage
Peut badiner sagement.
Une inocente folie
Chasse la mélancolie.
Que deviendrait la jeunesse,
Si l’apathique ‘Sagesse
Ne se déridait le front,
Et ne rendait l'esprit plus prompt ?
Dans l'été de 1753, Mgr. de Pontbriand, pendant six mois, s'était confondu parmi les ouvriers qui relevaient de ses ruines le couvent des Ursulines de Trois-Rivières, conduisant l'ouvrage, payant de ses deniers, et travaillant lui-même depuis 3 heures du matin jusqu’à 7 h. du soir. Nos religieuses ne pouvaient rester insonsibles à des bienfaits qui les touchaient de si près dans leurs chères sœurs. Les quatre couplets suivants n'étaient pas moins entraînants par la mélodie que par la composition :
1 3 Les plus grands dieux, si nous cro- Vous travaillez au bonheur d’une ville [yons la fable, Dont l’ornement n’est que trop Changeaient souvent de métier et de Cabattu ; [nom; Pour vous, rien n'est difficile ; Par un contraste admirable Et par vous, l'on voit accru Apollon devint maçon. Le sûr asile Chose incroyable ! De la vertu.
Ce nous dit-on. Ainsi donc, grand Prélat, Mais pour vous, Monseigneur, En vous montrant à tous utile, Vous devenez maçon aimable Vous nous dictez l'esprit de notre Sans dégrader en rien votre grandeur. Cétat.
2 Ç 4 Sur Apollon vous avez l'avantage Oui, Mgr., votre pieux ouvrage, Soit en maçon, soit en homme d’es- En ce pays, vous gagne tous les cœurs; D’'Athènes, l'aréopage [prit. Daignez recevoir l'hommage Par l’âge est enfin détruit. Que nous rendons à vos labeurs, Mais bien plus sage Quels avantages !
Qui lui survit. Disent nos sœurs.
Vous vivez, Monseigneur, À Québec comme ailleurs Et l'esprit conduit votre ouvrage ; Vous méritez tous les suffrages ; Il est parfait ainsi que votre cœur. Je le redis : vous avez tous les cœurs !
En 1766, on célébrait avec enthousiasme l’arrivée si longtemps attendue et désirée de Mgr. Briand. Les Muses ne restèrent pas en arrière en une circonstance aussi favorable. Nous avons retrouvé les couplets suivants avec la note: ‘ Air de Vaudeville, ” soigneusement écrits en peinture, et ornés avec un goût qui ap-
proche presque du moderne, n’en déplaise à nos habiles dessinat: ces,
Après avoir invoqué, non plus les échos terrestres, mais bien les chœurs des anges et du paradis, à éclater en actions de grâces envers le Seigneur, une voix reprenait avec ardeur:
’ 1 2 ant six MOIS, Qu'à jamais Grand Prélat, le ses ruines La colonie L'on solennise ' int l’ouvrage, Remercie Dans l'Eglise 3 heures du ue: Sie ses HOnai ! - Eee S w’est aimable ette fête ester : 5 dar à Le Roi des Cieux Par sa splendeur rès dans x Favorable Met le faîte ent pas moins À nos tendres vœux ; A notre bonheur ; Sa puissance Le fidèle Est immense ; Plein de zèle
heur d’une ville Sa clémence Se rappelle est que trop Nous donne un Pasteur Cet événement
[abattu ; EL Kgs Selon son cœur, Si consolant ! est difficile ; Dont l'empire Tout aspire, voit accru Ne respire | Tout conspire, sil Que douceur. Pour Briand !
rtu. A part l'inspiration, cette petite pièce nous semble avoir un nd Prélat, mérite tout particulier pour la longueur des couplets, la brièveté
à tous utile,
; du vers et le mélange industrieux des rimes, l'esprit de notre
les suffrages ; tous les cœurs !
ous avons re- Vaudeville, ” goût qui ap-