‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 50 sur 70 · MGR. BEIAND DANS SES BIENFAITS ET SA SAINIE MORT · texte numérisé non relu

MGR. BEIAND DANS SES BIENFAITS ET SA SAINIE MORT

S'il est en Canada peu de figures historiques qui aient resplendi avec autant d'éclat sur leur époque que Mgr. Briand, il est aussi peu de bienfaiteurs dont notre Monastère ait ressenti l’influenee d’une manière plus efficace et plus salutaire. Presque à chaque page de nos Annales se rencontre ce nom vénéré et chéri. Nousavons déjà vu le digne prélat réparant en grande partie, et à ses propres frais, les désastres du siège de 1759. Après le siége des Bostonnais, même sollicitude. Arrive-t-il quelque accident inopiné, on en est presque aussitôt consolé par la charité du saint pasteur. En

1776, par exemple, il envoyait 240 liv. ànos Mères en dédommagement de la perte des animaux qui venaient d'être enlevés de leur enclos; en 1781, il déboursait 1140 liv., pour réparer une partie du dortoir St. Augustin, en ruine depuis le grand siége; en 1785, les Ursulines étaient rassurées sur les dégâts causés dans leur seigneurie de Portneuf, par un don de 615 livres.

Il n’y a pas moins de cinq de nos religieuses quiont été dotées en tout ou en partie par ce père etsupérieur de notre maison, et avec la clause expresse que ‘si la novice ne persévère pas, Mgr. entend que cette somme nous demeure, sans que nous ayons à en rendre compte à personne.”

Dans des détails même moins importants comme en 1789, lorsque pour célébrer la fête du 150e anniversaire de notre établissement en ce pays, on avait entrepris de réparer les ornements de l’église, Mgr. voulut contribuer à la bonne œuvre en envoyant de l'or filé et de la frange pour 134 livres.

Un petit trait dira jusqu'où allait la délicatesse de ses aimables prévenances. Sr. de Landriève de St. Antoine, qui entrait au noviciat en 1779, appartenait à une de ces familles nobles restées presque sans ressources après les guerres, et qui s'était déjà mise dans la gène pour payer à la jeune Dlle. une partie de sa dot. Mgr. le sait; non content de lui avoir donné avec sa bénédiction dès son entrée 120 liv., et d’avoir ensuite ajouté 1000 liv. à «e premier don, la veille de sa profession il envoie $24, avec la condition expresse que cette somme soit employée à célébrer dignement, à notre réfectoire, les noces mystiques de la nouvelle épouse du Seigneur.

Enfin, comme dit le Récit, “les termes manquent pour exprimer les bontés paternelles que nous éprouvons continuellement de ce cher et vénéré prélat. Il

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se trouve à toutes nos fêtes de concours, et nous dit la messe en bien d’autres occasions. A mainte reprises, il nous honore de sa visite, ct c'est toujours pour nous une nouvelle consolation de le voir.”

Nous avons déjà mentionné l’affaiblissement de la santé de Mzr. Briand À partir de 1783; sa démission en 1784; puis sa piété, sa ferveur, son zèle inaltérable pour le tronpeau qu'il éclairait encore de ses conseils et de ses exemples.

‘ La mort qui n’épargne personne, dit le Récit, nous a enlevé notre cher et saint prélat, Mgr. l'illustrissime et révérendissime J', OI. Briand, ancien évêque de Québec. Il était né le 23 janvier 1715, avait été ordonné le 14 mars 1739 ; il devint chanoine de Québec le 31 août 1741, vicaire-général le 13 septembre 1759, et fut consacré évêque le 16 mars 1766. C'est au séminaire de cette ville qu’il est décédé, le 25 juin 1794, et il a été inhumé le 27 en l'église cathédrale, avec tous les honneurs qui lui étaient si justement dus. M. Plessis, curé de Québec, a fait son oraison funèbre où, s’attendrissant lui-même il fit pleurer son auditoire.

‘“ Nous fîimes un service solennel pour le repos de son âme, n’épargnant rien pour rendre à ce digne Prélat le juste tribut de notre reconnaissance, Cette communauté devra toujours le regarder comme un de ses plus insignes bienfaiteurs, tant pour le spirituel que pour le temporel.

4 M. Sarault, curé de la paroisse de St. Charles, fit aussi chanter un service solennel dans les trois communautés pour le vénéré défunt.”

Nous ne pouvons nous défendr” de citer au moins quelques lignes de cette touchante oraison funèbre dont il est parlé plus haut, pièce si pleine de vérité dans ses détails et si belle dans son ensemble. Après s'être étendu sur la jeunesse et les 25 premières années de l’apostolat de Mgr. Briand en ce pays, l’orateur, qui avait été son inséparable confident dans les douze dernières années de sa vie, s’écrie avec émotion :

“ Le voilà done élevé sur le chandélier de l'Eglise de Québec, et donné en spectacle, mais en spectacle édifiant et imposant, au plus vaste diocèse du monde, Représentez-le-vous, messieurs, sur

les bords du fleuve qui arrose ce pays, comme Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain, prêchant la pénitence au peuple de la campagne, distribuant les dons du St. Esprit, donnant de sa propre main la communion à ceux qu’il confirmait, jeûnant tous les jours et annonçant le royaume de Dieu et la rémission des péchés,

Avec quelle vigilance il veillait sur les monastères! Qui montra plus d'attention à favoriser les vœux monastiques et plus d'amour pour le culte de Dieu ?...plus de goût pour la décoration des autels, plus de tendresse pour les membres souffrants de J. C.? Temples qu'il a ornés, chapelles qu'il a construites, monastères qu'il a réparés, vierges qu'il a dotées, clercs qu’il a formés, pauvres qu’il a nourris, familles qu’il a soutenues, parlez ici en sa faveur...”

Mgr. Jean Olivier Briand, natif de la paroisse de Plérin, diocèse de St. Brieuc, en Bretagne, était fils unique, né de parents plus recommandables par leurs vertus que distingués par la naissance et la fortune. Après un brillant cours d’études, il s'était offert à Dieu avec une générosité parfaite ; il eut bientôt occasion de connaître les vues du ciel sur lui. Mgr. de Pontbriand, appelé à remplir le siége vacant de Québec, cherchait quelques jeunes prêtres qui voulussent se dévouer avec lui à cet apostolab lointain. Etant à Vannes, il rencontre M. Briand, et découvre bientôt en lui un de ces ouvriers infatigables qu'ils cherchait. Le jeune prêtre ne recula pas devant le sacrifice. L'idée de s’expatrier n’arrêta aucunement cette âme ardente, mais la tendresse de sa mère le fit craindre; aussi prit-il la résolution de se mettre en chemin sans en donner avis à sa famille. La nouvelle cependant circula bientôt et le village de Plérin retentit de gémissements, .4es parents désolés, eux aussi, se mettent en route, pour retenir c2 fils unique, seul espoir de leur vicillesse. Chemin faisant, ils rencontrent un bon vieux père Franciscain qui, le bâton à la main, faisait sa quête aux environs de Plérin. Interrogés par lui, ils lui déclarent le sujet de leur désolation.‘ Amis, ditle bon Père en leur montrant le ciel, ne faut-il pas donner à Dieu ce qui est à Dieu.” Ces paroles prononcées avec l'accent de l'inspiration, furent un trait de lumière pour ces pieux chrétiens. Admirant les desseins du ciel sur leur fils, ils reprennent le chemin de leur

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village ; le jeune et fervent missionnaire de son côté, déjà rendu au port de mer faisait voile pour le Canada.

Ce généreux début dit assez, il nous semble, de quelle trempe était cet homme, destiné par la Providence à devenir le fondateur de l'avenir religieux de notre pays, sous la domination anglaise.

$ D.—LES URSULINES DE PARIS: HOMMAGE DE GRATITUDE À D'INSIGNES BIENFAITRICES,

Notre cœur tressaille en prenant la plume sous ce titre qui éveille en nous tant d'émotions, à la fois consolantes et douloureuses. Les Ursulines de Paris ! c'est la communauté-mère qui, la première de l’ordre, s'éleva à la perfection monastique; c’est celle qui nous donna, à nous en particulier, tant de secours spirituels et temporels pour le solide établissement de notre Monastère ; c’est celle dont nous perpétuons les admirables constitutions et les saintes règles; celle dont nous possédons les précieux écrits, les registres même et autres documents de leurs archives, où tant de fois le nom des Ursulines de Québec s’est inscrit comme objet des bienfaits les plus signalés.

Dire que nous avons ici, en Canada, les archives des Ursulines de Paris, ces trésors auxquels tient une communauté comme chaque mortel tient au sang qui cireule dans ses veines, c’est dire qu’une tempête épouvautable a sévi sur cette grande et belle institution, dont les monuments ont été dispersés sans retour.

Les Ursulines de Paris ne furent pas comme celles de Valenciennes, (1) de Carpentras, de Bolène, du

(1) Le martyre de onze Ursulines de Valenciennes est un des plus beaux traits de l'Histoire de l'Ordre. Ce fut dans les jours qui précédérent et dans ceux qui suivirent la glorieuse fête de St. Ursule, que ces 11 martyres modernes eurent l'honneur de représenter les 11,000 vierges d'autrefois. ‘C’est du fond de mon cachot de la prison de Valenciennes que je vous écris, disait l’ure d’elles s'adressant

Pont $t. Esprit, de Perne, de Sisteron, obligées de monter à l’échafaud et de verser leur sang pour la foi; mais que ne leur fut-il donné d'acheter à ce prix la

aux Ursulines de Mons, ‘après sept semaines d'arrestation dans différentes prisons de la ville.... pour le crime que nous commîmes en nous réfugiant chez vous.... faute qui va nous mettre en possession de la gloire du martyre. Ne nous plaignez pas, mais dites-vous en vous-mêmes: Ah! mes sœurs, qu'avez-vous donc fuit pour mériter cette faveur? Jele dis avec vous, chères amies, les maux que nous avons souflerts depuis notre départ de chez vous, peuvent-ils entrer en comparaison avec les délices ineffables que le divin Epoux prépare à ses épouses privilégiées. . . Comme Ste, Ursule et ses compagnes, nous allons sous peu de jours donner notre vie pour son amour et le soutien de notre foi. Les consolations que nous éprouvons à la vue de cette faveur sont inexprimables ; ce qui nous prouve la force de la grâce ; sans elle nous succomberions sous le poids de nos peines, Cinq de nous ont déjà subi la guillotine....Elles ne marchèrent pas, mais elles volèrent au supplice. Une d’entre elles, voulant être exécutée avant les autres, fut obligée de descendre de l’échafaud et d'y remonter....Elles marchèrent les mains liées derrière le dos. Nous attendons le même sort....Les prêtres sont exécutés, ce qui augmente notre martyre....” La plus âgée de ces généreuses vierges comptait 72 ans; la plus jeune 32. Elles se rendirent à pied au lieu du supplice, récitant dans un saint enthousiasme le 7° Deuwm et les Litanies de la sainte Vierge. La onzième étant demeurée seule dans la prison, crut qu'on l'avait oubliée et qu’elle ne méritait pas le martyre. ŒKlle se prosterne en pleurant, puis levant les mains au ciel, implore la grâce de partager l’heureux sort de ses sœurs. À peine achevait-elle sa prière qu’elle fut liée et conduite à son tour à la guillotine. Ce glorieux martyre eut lieu dans l’automne de 1794. Incarcérées pêle-mêle avec des gens de Ja plus dégradante espèce, ou réfugiées en secret chez des parents et des amis, les religieuses recevaient bien souvent la première annonce de la mort d’un parent, d’un ami, d’une sœur en religion, par la voix du crieur public qui hurlait jour et nuit le nom des condamnés. Les Ursulines donnèrent vingt-cinq martyres à l'Eglise de France; celles de Valenciennes onze, celles de Bolène huit, celles du Pont St, Esprit deux, celles de Perne deux, celles de Carpentras une, et aussi celles de Sisteron.

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perpétuité de leurs saints enseignements dans leur antique et vénérable Monastère ! Leur ferveur leur eût fait braver cent fois la mort, comme leurs sœurs qui, après avoir suivi la carrière d’Angèle, cueillirent los lauriers d'Ursule ; elles fussent restées captives, aussi triomphantes que les Ursulines d'Angers, déportées et retenues sept mois entiers dans les prisons iufectes de Lorient.

Le ciel leur demanda une plus grande abnégation, un plus cruel sacrifice, celui de passer par les longues tortures de l'angoisse la plus douloureuse, et de gagner la couronne sans éclat et sans bruit, sans même laisser après soi une génération qui perpétuât l’œuvre si glorieusement (1) élaborée.

(1) La maison des Ursulines de Paris était celle qui avait joui de la plus haute protection à son berceau. Fondée sous les regards amis de Henri-le-Grand, et patronisée par l’illustre dame Lhuillier de Ste. Beuve, elle reçut dès son origine, du Vicaire de J. C., les Bulles les plus encourageantes, pour la grande œuvre de l'instruction de la jeunesse. L'esprit de Ste. Angèle fut communiqué à la maison de Paris par la mère Françoise de Bermont, cette autre Angèle qui, à 12 ans auteur d’un poëme jugé digne de l'impression, recherchée et admirée, quitta soudain toutes les ambitions de la terre pour s'attacher à éclairer et diriger dans le bien les générations naissantes. Elle avait fondé à Lisle au Comtat-Venaissin, en 1596, la première. maison de l’ordre en France. Le nom seul de la fondatrice était une recommandation à la nouvelle maison de Paris, et l’on y vit aflluer tout d’abord les jeunes filles des meilleures familles ; au siècle suivant vinrent les Diles. de Bethune, de Trieste, de Castille, de Lorraine, d'Harcourt, Baby de Palerme, du Chatelet, de Chartres, Laurens de Frémont, de la Rivière, de Retz, de Montausier, de Montmorency, d'Artois etc., de Waldegrave, d’Arundel, de Barwick, Gordon, Birmingham, McCarthy, Lady Ann, la Princesse de Rubempré, Mlle. de la Ringrave, princesse allemande, etc., etc. Les classes externes furent toujours également remplies, Rien ne pourrait surpasser le zèle que Mme. de Ste. Beuve mit à perfectionner son œuvre. Les constitutions et règlements furent composés par les plus éminents religieux, et tous adaptés au plus

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