NT DU PAYS
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H:STOIRE DU MONASTÈRE. 323
circonstance que M. le Général témoigna à notre Rév. Mère Supérieure, qu'il serait très-flatté que Mlle. Prescott passât chaque jour une heure dans notre Monastère pour se perfectionner dans la langue française.”
La permission par écrit étant venne de l'évêché, le Gouverneur en fut informé, et de ce moment, il n’7 eut pas d'élève plus assidue an couvent que Mlle. Pres cott. La Mère Françoise Panet de St. Jacques fut chargée de ces leçons, qui continuèrent pendant toute une année. Dans la belle saison, cette heure se passait d'ordinaire au jardin. Ce fut dane une de ces promenades que l’aimable Dile., toujours attentive à ce qui pouvait faire plaisir aux religieuses, remarqua le mauvais état du mur de clôture, du côté de la rue Ste. Anne.—Je vois, madame, que votre jardin n'est pas en sûreté; ne vaudrait-il pas mieux réparer ce mur ?— Oui, Mlle., répartit la Mère St. Jacques, mais pour le moment la chose est impossible ; les pertes que nous avons faites, par suite des guerres qui ont désolé ce pays, et par suite aussi de la Révolution française, ne nous le permettent pas.” Là finit la conversation ; mais Mlle. Prescott ne fat pas plus tôt de retour au Château, que l’on vit arriver des ouvriers de la part du Gouverneur. Inutile de dire que les brèches du mur eurent bientôt disparu.
A partir du 1 janvier 1797 jusqu’à son départ, le Gouverneur entra régulièrement au Monastère pour sa visite de bonne année. Ces visites se faisaient toujours de la manière la plus aimable, en tenue de viile, sans aide-de-camp, n’ayant d'autre compagnie que les dames de sa famille. Un jour qu'il était ainsi venu seul avec sa fille aînée, après avoir reçu au pensionnat ‘ avec tout l'accueil possible,” le compliment de nos élèves, il voulut s'arrêter quelque temps à la salle de comrunauté. La conversation s’engagea avec la plus aimable simplicité sur le sujet inépuisable, surtout pour des personnes étrangères à notre religion, de notre genre de vie,
de nos occupations ete. ‘Je suis émerveillé, Mesdames, dit-il, de votre manière de vivre; mais cette solitude, ce silence, cette vie uniforme ct laborieuse, doivent enfin lasser, ce semble, des natures sensibles et délicates comme les vôtres.” Nos Mères répondirent agréablement qu’elles se portaient mieux:au Monastère, pour la plupart, en se levant à 4 heures du matin, en priant longuement et en travaillant bien fort, que lorsqu'elles vivaient au sein de leurs familles. Mlle. Prescott ajouta en riant qu’elle voyait toujours les religieuses si occupées, qu’elles n'avaient réellement pas le temps de s'ennuyer (1).—‘ Fort bien, fort bien, répliqua le Gouverneur; soyez heureuses, Mesdames, comme vous méritez de l'être, et que vos années soient de plus en plus prospères.”
Au mois d'août de l’année 1797, Mile. Prescott devint l'épouse du capitaine Baldwin, aide-de-camp du Gouverneur ‘‘ qui ressentit une grande joie de cette union,” dit le Récit d'où nous abrégeons ces détails. M. Baldwin était un officier recommandable par sa valeur et plusieurs autre belles qualités. Peu avant son mariage, Mile. Prescott ayant reçu de nos Mères quelques cadeaux de bon goût, les remerciait en ces termes :
‘“ Madame,—Je suis vivement pénétrée des marques d'estime que vous et Mesdames vos sœurs ne cessez de me donner. J’accepte ces jolis présents avec beaucoup de reconnaissance; croyez que j’y attacherai toujours un prix infini, et agréez, je vous en conjure, mes sincères remercîments.
“ Soyez bien persuadée, Madame, que je n’oublierai jamais les politesses dont vous me comblez ; et je me croirai très-heureuse de pouvoir vous témoigner toute l’estime que vous méritez, et à laquelle vos vertus vous donnent un si grand droit. J'ai l'honneur d'être etc. R. PRESCOTT.
“ Château St. Louis, 29 août 1797.”
Quelques jours plus tard, Mme. Baldwin visitait ses bonnes amies des Ursulines, et connaissant la gêne pécuniaire de la communauté, ‘ elle laissa £10 à notre Rév. Mère, pour reconnaître
(1) ‘Really, Papa, dit la jeune Dlle., these ladies are all so very busy from morning until night, that they have no vacani hour to feel lonely.”’
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quelques petits ouvrages en écorce dont nous lui avions fait présent.”
Dès son berceau, Mlle. Prescott avait vu toutes les joies de la terre lui sourire; déjà distinguée par sa position sociale, elle se faisait remarquer encore davantage par un esprit supérieur, des talents de premier ordre, et les charmes de son caractère. Mais par un de ces malheurs que la sagesse de Dieu prépare aux plus élevés comme aux derniers des hommes, il y eut bientôt à son occasion un deuilimmense. Mme. Baldwin mourut à Québec, le 27 juin 1798, et d’abondantes larmes coulèrent de bien des yeux à cette triste nouvelle. Le Gouverneur surtout demeura inconsolable ; il parlait encore, à la fin de l’année, avec l’accent de la plus amère douleur, de la perte qu’il avait faite et ce fut, ajoute le Récit, comme souvenir de l'affection que sa chère fille avait toujours eue pour nous que le 24 décembre, il fit présent à notre communauté de la somme de 960 livres. Lady Prescott ne laissait également passer aucune occasion d'exprimer aux Ursulines les sentiments d'affection qu’elle partageait à leur égard avec sa bien-aimée fille. Voici une de ses lettres.
‘ Madame,—J'’ai reçu avec la plus vive reconnaissance la corbeille que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et je vous suis infiniment obligée à vous-même, Madame, sinsi qu'à Mesdames les Religieuses, de toutes les preuves réitérées que vous m'avez données de votre sincère attachement,
“ Soyez persuadée, Madame, que je conserverai toujours avec le plus grand soin ces jolis souvenirs du Canada, et je vous prie toutes de croire, et vous particulièrement, Madame, à l'estime et à l'amitié avec lesquels je suis etc. S. PRESCOTT.”
‘ Château St. Louis, Québec, 4 janvier, 1799.”
Cette même année, Sir R. Prescott fut rappelé à Londres pour y rendre compte, disent les historiens, des difficultés qui s'étaient élevées au sujet des terres concédées sous son administration. “Il est regretté, dit le Récit, de tout ce qu’il y a de bons citoyens dans la province. C’est un homme qui ne connaissait d'autre règle que celle de la justice, ses égards et sa considération pour le clergé ont paru en bien des circonstances, et il n’a cessé de donner à notre communauté des marques d’une bienveillance toute spéciale.
Nous avons perdu en Mme. Baldwin une grande protectrice, et nous perdons actuellement un grand protecteur en M. son père. À sa visite d'adieu, qui a été des plus gracieuses, sa dame nous a délicatement fait don de 40 piastres d'Espagne (240 liv). Ils se sont embarqués le 14 août 1799, faisant voile pour Londres.” Cette appréciation ne s'accorde peut-être pas avec celle de certains historiens; mais tant de bons procédés envers une communauté religieuse cloîtrée (qui ne fut probablement pas la seule à éprouver sa bienveillance), parlent il nous semble en faveur du général Prescott. Nos Annales, en mentionnant les actions de grâces publiques rendues ici à l’occasion de la victoire des Anglais à Aboukir, disent ‘“ qu’en dépit des prétentions de l'Evêque Anglican, M. le Général consulta Mgr. de Québec, sur le jour à fixer pour la fête; ”” ce qui annonce certainement beaucoup de considération pour la population catholique du pays. Au reste, M. l'abbé Ferland, dans sa Biographie de Mgr. Plessis, paraît avoir pensé comme nos Mères, au sujet du gouverneur Prescott,
Peu après le départ de ce gouverneur arrivait, accompagné de sa dame, sous le titre de lieutenant gouverneur, Sir Robert Shore Milnes, pauvre valétudinaire dont nos Annales font l'éloge suivant : “ Il parle bien français, et il est, dit-on, très-aimable. Je veux le croire, c’est à l’usage que l’on connaît son monde...”
Il ne paraît pas que la connaissance ait été très-intime, ou l’expérience très-favorable, car le Récit, toujours si prêt à reconnaître les bienfaits des amis du pays, n’en dit pas un mot de plus.
$ 10.—MGR. HUBERT HÉRITE DU ZÈLE APOSTOLIQUE DE MGR. BRIAND, ET LE TRANSMET À MGR. PLESSIS.
A la démission de Mgr. Briand en 1784, Mgr. Hubert, nouveau coadjuteur, fut chargé des visites pastorales, l’âge avancé de Mgr. d’Esglis, évêque en chef, le rendant incapable de ces laborieuses fonctions. Lorsque Mgr. Hubert à son tour, usé de travaux et comblé de mérites, abandonnait la direction des affaires pour mourir presque aussitôt, en 1797, Mgr. Plessis, nommé coadjuteur de Mgr. Denaut, héritait d’une
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