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LES EXILÉS DU SANCTUAIRE FRANÇAIS

Au milieu même des horreurs de la Révolution, la Fille aînée de l'Eglise devait continuer à être apôtre et bienfaitrice du Canada. La Providence nous sépara de la France lorsque son gouvernement n’était propre qu’à détruire l’œuvre des fondateurs du pays ; mais trente ans plus tard, à la prière de nos martyrs sans doute, clle nous envoie une précieuse légion de confesseurs de la foi, secours inappréciable que réclamaient à grands cris nos séminaires épuisés et nos missions abandonnées.

Les exilés affluèrent d’abord en grand nombre en Angleterre, où le clergé français fut l’objet d’une bienveillance toute spéciale de la part d’un gouvernement protestant. L’évêque de St. Pol de Léon, ‘“ dispensateur des dons de la générosité anglaise,” et le célèbre Ed. Burke, le brillant orateur de la chambre des Com-

munes, les favorisèrent de tout leur crédit. Ils obtinrent que

ville en cendres. Un jeune enfant nègre, jouant avec de petits canons, mit le feu à un bâtiment rempli de foin. Le feu se communiquant aux maisons voisines, causa un si furieux embrasement qu’il fut impossible de l’éteindre, et cela près de notre enclos. Notre grange et nos autres bâtiments furent en grand danger. L’incendie redoublant d'activité, prit à l’église des RR. PP. Récollets, brûla en moins d’un quart d'heure ce vaste bâtiment, avec plusieurs autres maisons. Le château St. Louis fut à deux doigts de sa ruine ainsi que la Basse- Ville. Le vent porta des livres demi-brûlés jusqu’au delà de la Pointe de Lévi. Nous n'avons échappé à ce flédu que par une protection particulière de Dieu, de la Ste. Vierge et de St. Joseph."’

Le couvent des Récollets avec leur église et le jardin, couvraient tout le terrain qu’occupent maintenant le Palais de justice et l’église Anglicane avec leurs dépendances. Le couvent primitif de N. D. des Anges, acquis par Mgr. de St. Vallier, a eu un sort plus heureux, entre les mains des généreuses Mères de l’Hopital-Général,

MM. Desjardins (l'aîné), Gazelle et Raimbault, guidés par M. St. Luc de la Corne, vinssent visiter le Canada, pour aviser au moyen de vivre en exerçant le saint ministère, sans être à charge à la nation qui leur avait donné l’hospitalité. C’est ainsi qu’un grand nombre de ces exilés du sanctuaire français quittèrent la terre hospitalière d’Albion pour se diriger vers la rive canadienne.

‘ Dans le cours de cette année 1794, disent les Annales, et aussi dans les précédentes, il est arrivé en ce pays plusieurs prêtres (1) français émigrés, tous personnages de très-grand mérite. Ces dignes ouvriers travaillent avec zèle à la vigne du Seigneur. Ils ne sont échappés que par miracle au massacre qui s’est fait du clergé, à Paris et dans tout le royaume. Des centaines, tant évêques que prêtres, ont généreusement fini leur carrière sous le glaive des bourreaux. Tous ont préféré mourir martyrs que de vivre coupables, en adoptant une constitution et faisant un serment qui tendaient à la destruction, ou plutôt à l'extinction totale de la foi.”

En étudiant un peu l’action de ces prêtres exilés, tant dans

notre pays que dans l'immense République voisine, rien ne nous a paru plus admirable que ce résultat amené par la Providence.

(1) Comme nos Annales nous amèneront à plusieurs reprises à parler des prêtres français, nous donnerons dès à présent la liste que nous en a laissée M. l’abbé Desjardins, les groupant selon la date de leur arrivée en ce pays. Cette liste fut faite sur le passe-port du secrétaire d’état de Sa Majesté. 1791: MM. J.:B. Alain et Frs. Le Jamtel.—- 1793: MM. Phil. J. Ls. Desjardins, Jean Ant. Raïimbault, Pierre Gazelle, Frs. Ciquart ; M. C. Le Saulnier, Sém. de Montréal.—1794 : MM. Le. Jos. Desjardins et J. Castanet et Denis Daulé, Frs. G. Le Courtois, Philibert Nantetz, J. H. Aug. Roux, M. Malard, A. Molin. J. B. Thavenet, Frs. Humbert, Claude Rivière, Ant. Satin, M. Sauvage, M. Robin, Guil. M. Desgarets (les dix derniers, agrégés au Séminaire de Montréal).—1795 : MM. J. Jos. Malavergne, J. de la Vaivre, M. Courtin, Jean Raïimbault.—1796 : MM. J. B. Chicoisneau, Chs. V. Fournier, M. Javuen, M. Roque, M. Houdet (tous cinq, agrégés au Sém. de Montréal), Urbain Orfroy, P.J. Lamothe, M. St. Marc, Ant. Villade, M. Joyer.—1798 : MM. J. E. Sigogne, Ant. Champion.— 1799: M. Ant. Pichard.—1807: M. Jacques L. de Calonne.—M, P. B. Borniol,

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L'impiété était loin de prévoir que ses proscriptions en France serviraient à étendre ailleurs le royaume de Dieu.

Reçus à bras ouverts par nos dignes évêques et leur clergé, les prêtres français furent aussitôt associés à leurs travaux dans le saint ministère. Quelques uns devinrent aumôniers de. communautés religieuses, bon nombre furent chargés des paroisses limitrophes de Nicolet, St. Grégoire, Bécancour, Gentilly, ete., ete. y formant ce qu'ils aimaient à appeler la Petite France, tandis que d'autres allèrent semer le “ grain de la parole” jusque dans les lointaines missions du Golfe St. Laurent.

‘“ La révolution si désastreuse pour la France, a été une semence de grâces pour l'Amérique,” disait en 1824, la Mère M. Lse. McLaughlin de St. Henri, écrivant à Paris ; “ partout où les prêtres français ont passé, ils ont été la bonne odeur de notre divin Maître.”

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