LA DERNIÈRE DEMEURE ;—TOMBEAU DES VÉNÉRÉS FCNDATRICES
Dépositaires des cendres de nos Mères aussi bien que de leurs traditions et de leurs œuvres, une circonstance particulière nous invite à ne pas clore le siècle sans jeter un coup-d’æil sur l'endroit sacré où elles reposent, où elles habitent encore en quelque sorte dans notre intimité.
C'est en 1724, que les corps inhumés dans l’ancien chœur avant l'incendie de 1686, furent transférés au chœur actuel, les ossements soigneusement recueillis et lavés ayant été réunis dans une bière commune. De nouveau en l’année 1799, il fut question de relever les dépouilles du caveau du chœur; ce qui s’exécuta avec le même soin religieux qu’en 1724, “disant un office à neuf leçons et chantant un service solennel pour le repos de l’âme de nos chères anciennes Mères. Tous ces ossements furent réunis aux premiers, etmis en deux grandes caisses dont l’une fut déposée au-dessous de l’autel de l'Enfant Jésus, et l’autre à l'endroit au-dessus
duquel se trouve ia petite statue de St. Joseph, à l’extrémité est du chœur
Un troisième lieu avait servi de sépulture perdant 35 ans (de 1689 à 1724) : le caveau du vieux dépot et de la chambre actuelle de notre Rév. Mère Supérieure, qui tinrent alors lieu de chapelle et de chœur. Les corps avaient été trop récemment inhumés pour qu'on
‘ouchât lors de la translation en 1724. Plus tard vinrent les guerres et les difficultés de tout genre, et quand luirent des jours plus sereins, la tradition ne disait plus que ce lieu eût jamais servi de cimetière ; la découverte s’en fit accidentellement en 1832, en déblayant des terres sous la chambre de la Mère Supérieure. Ces restes chers qu’avaient accompagnés tant de prières, de larmes et de sacrifices, dans cette pauvre chapelle temporaire, furent religieusement recueillis et confondus avec les anciens.
Mais si toutes ces cendresétaient vénérables et chères, il en était de plus précieuses encore, celles des saintes Fondatrices; nos lectrices aussi bien que nous, sans doute, s'en enquièrent avec une religieuse et louable curiosité.
Ce fut dès la translation des corps, en 1724, que les ossements de notre sainte Mère Marie de l’Incarnation, de Mme. de la Peltrie et de la Mère St. Joseph, furent réunis dans un même cercueil, le cercueil de plomb de Mme. de la Peltrie. En 1799, ce cercueil précieux fut placé au-dessous de la grille de communion, comme à l'endroit le plus sacré de notre chœur et le plus près (1) du tabernacle. Mais ce n’était pas assez pour répondre à la vénération entretenue pour ces premières bienfaitrices. In 1834, “le 30 avril, 161e anniversaire
(1) La chapelle Ste. Philomène n’existant pas alors, la grille de communion se trouvait à la porte qui y introduit.
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de la mort de la Vén. ère M. de l’Incarnation,”” M. Ls. Jos. Desjardins, notre supérieur, et M. le G. V. Ths. Maguire, notre aumônier, se transportèrent revétus de surplis dans notre chœur intérieur, pour procéder en présence des religieuses à l'ouverture de la caisse de plomb et vérifier son contenu. Après le chant du Te Deum, pendant lequel bien des émotions se pressèrent dans les cœurs, on procéda à l'examen ; de suite on épancha l’eau dont la caisse était. remplie, (1) la recueillant dans des flacons avec ui : r ligieuse avidité. C’est cette belle eau claire dite ‘ «au 'nte,”’ ou “eau de la tombe de notre Vén. Mère de l’Incarnation,” moyennant laquelle plusieurs guér‘sons miraculeuses
(1) Le canal pour l'écoulement des 1x n’étant pas alors praiiqué, le caveau en était rempli. Cette eau avait pénétré dans la caisse au moyen de quelques petits trous formés dans la soudure. Il y a quelques années une brave femme dont la fille avait été guérie d’un grand mal d’yeux, à la suite d’une neuvaine à la Vén. Mère pendant laquelle on lui faisait chaque jour avec cette eau une onction sur les yeux, nous rendait compte de cêtte faveur.—tf J'ai encore un peu de cette eau, ajouta-t-elle. On m'en a demandé, mais je n’en donnerais pas pour beaucoup. J’ai huit enfants, et je ne suis qu’une pauvre ouvrière ; si un de mes enfants venait à tomber malade, que ferai-je? Le débtce coûte cher, j'aurais bien besoin de mon eau pour le guérir.” Croyant qu'elle attribuait à cette eau quelque propriété médicinale, nous voulümes lui dire que ce n'était qu’une eau ordinaire, qu’elle n’avait de vertu que par les prières de la sainte Mère que l’on invoquait.—‘ Ah ! ne dites pas cela, ma Mère, reprit-elle vivement sans nous donner le temps d’achever ; non, non, ce n’est pas une eau ordinaire, car elle se corromprait, elle diminuerait. Bien loin de là, il me ps ble qu’elle augmente. C’est une eau extraordinaire | Seat une eau sainte |’ Nous laissâmes volontiers cette femme dans sa consolante persuasion : sa foi et sa confiance en notre sainte Mère Marie de l’In-
carnation méritaient bien ce prodige. Bien des fois, surtout dans les
douze anné i vi ’écoui
ées qui viennent de s’écouier, nous avons entendu rapporter avec enthousiasme les guérisons opérées jusque dans le Haut-Canada par cette eau précieuse.
ont été opérées. Un fait remarquable, c'est que cette eau, dont nons conservons une fiole en relique, n’a jamais subi d'altération, elle est aussi limpide aujourd’hui qu’elle l'était il y a 34 ans,
La caisse donc ayant été ouverte, on constata la présence des ossements de la Mère M. de l’Incarnation, de Mme. de la Peltrie et de la Mère St. Joseph. Les oseements blanchâtres de cette dernière se distinguaient des ossements brunis des deux autres; ceux de la Mère de l'Iucarnation aussi se pouvaient facilement déméler, car elle était d'une haute taille ; Mme. de la Peltrie au contraire était petite et délicate.
Après avoir, comme en 1724, ‘‘ réservé de ces ossements pour satisfaire à la dévotion des personnes qui en demandaient,” la caisse de plomb fut refermée et mise dans une ‘double caisse de bois en menuiserie, dont la plus petite avec des portants forts, pour faciliter le transport de ce précieux trésor en cas d'incendie.”
Une autre relique fut déposée dans la même caisse de bois, celle du cœur de Mme. de la Peltrie. Nos lectrices se rappellent qu'il avait été légué en témoignage d'affection et de gratitude aux BR. PP. Jésuites, lors du décès de la pieuse Fondatrice, et enterré sous les marches du maître autel de leur église, suivant les termes du testament. ‘ Ayant été informées disent les Annales, que l’on démolissait l’église des PP. Jésuites, dont le gouvernement s'était emparé ainsi que de tous leurs biens, nous envoyâmes chercher le cœur de Mme. notre très-honorée Fondatrice. Il fut facile au commissionnaire de trouver cette caisse. Nous l’ayant apportée, le procès-verbal en fut dressé commesuit : “Je soussigné, chapelain des Rév. Mères Ursulines de Québec, certifie que le 14 de mai 1807, j'ai assisté à l’ouverture d’une boîte de plomb, laquelle suivant les
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Annales du Monastère, devait contenir le cœur de Mme, de la Peltrie, et qu'on n’y a trouvé que de la terre mêlée de chaux, où son cœur avait été mis et consumé. La dite ouverture fut faite en présence de M. le G. V. soussigné, de la Rév. Mère Lse. Taschereau de St. F. Xavier, Sup., de la Mère M. Josephte La Fontaine dite Thérèse de Jésus, Assist., de la Mère Marguerite Marchand de $te. Ursule, dépositaire, et plusieurs autres religieuses.—Lahaille, V. G., J. D. Daulé, ptre. chapelain.”
Cette caïsse d'environ un demi-pied cube, fut alors déposée dans le tombeau des Fondatrices. Lorsqu'elle fut exhumée en 1834, on lisait encore sur le plomb en lettres bien tracées. “Cœur de Madame Magdeleine de la Peltrié, insigne bienfaitrice de cette maison, morte le 18 novembre 1671.”
Tous les cœurs s’opposant à ce que des objets si chers et si précieux fussent enfouis sous terre, on eut l’heureuse pensée de les placer à l'endroit où on les voit encore; dans notre chœur, à gauche de la grande grille, sous la petite statue de St. Joseph, bien-aimé patron qui avait opéré en faveur des trois fondatrices des œuvres si merveilleuses. C’est à ce tombeau que jeunes et anciennes vont si souvent s’agenouiller pour s’inspirer d’abnégation, de dévouement, d'esprit de sacrifice ; c'est là aussi que la jeune élève aime à déposer ses plus chères requêtes ; les mourantes y envoient leur dernière supplique, espérant rencontrer bientôt au ciel ces fondatrices bien-aimées, surtout cette sainte Mère de l’Incarnation dont les vertus les ont embaumées et fortifiées. Avec quel bonheur encore n’allons-nous pas transmettre au tombeau de la Thérèse du Nouveau Monde, les pétitions de ceux qui ne sauraient venir s’y agenouiller, ou cés billets d'outre-mer qu'une foi vive
et confiante lui adresse. Ah! puissent ces restes sacrés être toujours au milieu de nous comme un talisman de fidélité et de ferveur, comme ils l'ont été pendant deux siècles pour celles qui nous ont précédées !
tes sacrés isman de ant deux