CHAPITRE VI
Le oiel s'ouvre encore à de ferventes ouvrières de la vigne du Seigneur,
Suavité du joug du Seigneur, ou la Dépositaire pendant les guerres de la conquête—La fille d'Albion dans ses travaux et sa ferveur —Notre héritière de St. Joachim terminant sa pieuse et utile carrière—Les deux filles d’un loyal Canadien—St, Joseph protége la première novice après la conquête—Une incomparable Dépositaire sa sœur aînée, et une vénérée tante—Belle récompense de la dévotion envers les âmes du purgatoire—Beauté, honneurs, plaisirs, tout passe : rien de solide que d'aimer Dieu et le servir —Encore trois vertueuses parentes—Comment l’on accommode Marthe et Marie au Momastère—U ne famille fertile en vocations saintes—La piété des mères bénie dans leurs enfants—Trois autres filles d'Angèle admises à la récompense—Liste des religieuses composant la communauté, au commencement de l’année 1800.
Suabité du foug du Seigneur, ou la Dépositaire pendant les guerres De la conquetc,
ON joug est doux et mon fardeau ” est léger.” Teles sont les paroles qui viennent naturellement à la mémoire, quand, en parcourant la longue galerie de celles qui nous ont précédées dans cette bienheureuse enceinte, nous rencontrons de ces figures vénérables dont un demisiècle et plus de dévouement n’a pu altérer la sérénité, qui semblent, au contraire, avoir rajeuni de douceur et d’amabilité au contact de la grâce.
Nous n'avons pas manqué jusqu'à présent de ces types de fidélité et de fer: ur, et grâce à Dieu, il en reste encore à présenter aux lectrices de «cite Histoire.
A l’époque où nous interrompions les Notices Biographiques de nos religieuses, c’est-à-dire en 1775, nous nous trouvions en rrésence de trois de ces âmes d'élite qui, “ portant dans leurs mains les gerbes de leur moisson,” attendaient, la joie au cœur et le sourire sur les lèvres, le moment où il leur serait donné de passer de la solitude aimée du cloître à l'éclat des parvis célestes :—éclat sans séduction et sans danger, d'autant plus propre à réjouir l’âme de ces épouses du Christ, qu'elles ont suivi de plus près le Dieu de la crèche et de la croix.
La première de ces trois à ceindre la couronne fut la Mère Geneviève de la Grange de St. Louis, dont nous anmoncions l’entrée en date de l’année 1708. Son éloge est en termes bien marqués dans le Récit, qui n’a pas oublié que cette vénérable Mère, chargée du temporel aux jours des plus grandes difficultés, ne voulut pas abandonner le Monastère lors du grand siége de 1759, restant pour guider et encourager les sept autres qui avaient voulu partager son dévouement et ses anxiétés.
‘“ Dès son bas âge, cette chère Mère avait eu le bonheur de recevoir de messieurs ses parents l’éducation la plus chrétienne. Un peu plus grande, elle fut mise à nos classes, où elle passa quatre années dans les plus beaux sentiments, bien déterminée à ne plus sortir de la maison de Dieu. Elle eût aussitôt exécuté ce saint désir si sa famille, qui la trouvait trop jeune, n’y eût mis opposition. Elle retourna auprès de ses parents; mais elle se montra tellement inébranlable dans sa résolution qu’on dut enfin céder à ses instances.
‘ Elle n’était encore âgée que de quinze ans lorsqu'elle fit son premier essai de la vie religieuse; cependant, secondée par un excellent tempérament, elle prit dès lors une sainte habitude de régularité qu’elle maintint avec honneur devant Dieu et devant les hommes jusque dans un âge très-avancé; à 80 ans et plus, elle assistait au chœur et remplissait les charges de zélatrice, de maîtresse des cérémonies et de secrétaire, avec une exactitude, un #èle et une ferveur qui étaient d’une édification continuelle.
‘ Un heureux naturel rendait cette chère Mère des plus aimables en société. Active et laborieuse, portée de plus à obliger et à faire plaisir, rien ne la flattait davantage que de xendre
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‘ Employée d’abord comme maîtresse particulière des pensionnaires, elle sut se faire aimer des enfants et fit preuve d’un grand talent pour instruire. A 72 ans, elle voulait encore donner des leçons aux élèves externes, avançant admirablement les enfants en même temps qu'elle s'en faisait chérir.”
La correspondance de la Mère St. Louis nous a fourni bien des détails sur les difficultés du pays, son talent reconnu pour les affaires temporelles l'ayant fait élire dépositaire dès l’année 1735. En 1756, après avoir exercé la charge de supérieure, elle était pour la quatrième fois mise au dépôt. ‘“ Les années sont à présent si dures, écrivait-elle en France, que l’on est bien charmée de ne point rester six ans de suite dans un embarras d’affaires aussi épineuses. J'espère que nos religieuses me laisseront jouir au bout de mes trois ans d’un peu de repos. Il ÿy a longues années que je suis occupée aux travaux extérieurs ; le spirituel m'est nécessaire pour me préparer à la mort...”
La communauté, qui la voyait vaquer à tout sans perdre son recueillement ou se ralentir dans la ferveur, paraît s'être plus empressée de profiter de ses lumières que de favoriser les saints désirs de quiétude de notre aimable Mère. Pendant 40 ans de suite, elle fut dans les principales charges. ‘Dans les grandes peines et inquiétudes qu’elle éprouvait, dit le Récit, aux temps de guerre et de famine, rien ne nous rassurait et consolait comme son abandon à la Providence, et sa confiance sans bornes en Celui qui ‘nourrit les oiseaux du ciel.” Toute son ambition se portait alors à s’attirer un redoublement de grâces du ciel par une plus fervente exactitude à nos saintes observances et à plusieurs petites dévotions qu'elle s'était prescrites dans ce but, à l'égard des S. C. de Jésus et de Marie, de la bonne Providence, et aussi par sa tendre dévotion envers le très-saint Sacrement, faisant son bonheur de s'unir intimement à son Epoux par la Ste. Communion.”
Ce ne fut qu'aux mémorables élections qui se firent en décembre 1775, au bruit des bombes et des canons, que la Mère Genev. de la Grange de St. Louis obtint enfin de goûter les douceurs de la vie privée, Quelques mois plus tard, le 23 juillet 1776, Dieu lui
donnait à savourer les délices d’une paix bien autrement ineffable en l'appelant à jouir de la bienheureuse éternité. Elle était dans la 83e année de son âge et la 68e de sa vie religieuse. ‘“ Dans les deux derniers mois de sa belle et longue vie, elle s'était affaiblie sensiblement ; enfin huit jours avant sa mort, elle tomba dans une espèce d’agonie sans pouvoir donner aucun signe qu’elle nous reconnût ou entendît. Cet état nous affligea extrêmement, mais Dieu le permit ainsi sans doute pour nous offrir une occasion de sacrifice, et embellir la couronne de cette vénérable Mère, dont la mémoire nous sera toujours très-chère.”?
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La jeune fille qui, en 1712, faisait les délices du château St. Louis par son esprit et ses grâces, faisait encore, en 1780, l’édification du Monastère, par l’éminente vertu qu’elle avait ajoutée à ces dons primitifs.
Bien des fois dans cet intervalle de près de trois-quarts de siècle, le nom de cette bien-aimée Mère s'est présenté à nous, toujours entouré de nouveaux attraits, C’étaient d’abord les circonstances touchantes de sa sortie de son pays et de son entrée dans notre maison; puis la visite et les bienfaits de ses parents, (1) sa promotion à la charge de Supérieure en 1760, et l’intéressante fête que l'on faisait en son honneur en 1764.
Dès sa jeunesse, la Mère Esther de l'Enfant Jésus s'était beaucoup appliquée à la broderie et avait travaillé avec ardeur pour les autels. S’apercevant, au temps de la conquête, que les nouveaux maîtres du pays attachaient un grand prix aux ouvrages sur écorce de bouleau, elle encouragea cette espèce de broderie et s’y livra elle-même avec un zèle incroyable. ‘ Me trouvant en
(1) Outre les riches présents de la famille Wheelright, les Annales enregistrent à plusieurs reprises des dons considérables de Mlle, L’'Estage, résidant à Montréal, ajoutant que cette ‘ Dlle, ne se lasse pas de donner des marques d* sa charité et de son amitié pour sa cousine la Mère de l'Enfant Jé..’ Pour la mémoire de la chose nous dirons qu'en 1769, il était question d’un constitut de 1000 liv., placé sur la seigneurie de St. Pierre des Becquets par la même Dlle, en faveur des Ursulines, avec l’assentiment de M, et de Mme, L'Evrard.
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