‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 9 sur 70 · RAPPORT DU GÉNÉRAL MURRAY AVEC LES URSULINES · texte numérisé non relu

RAPPORT DU GÉNÉRAL MURRAY AVEC LES URSULINES

Quelle que soit l'opinion entretenue généralement au sujet de l'administration du général Murray, en Canada, nus ne pouvons que nous louer des procédés dont il usa envers notre communauté. Peut-être que si l’on tenait compte des circonstances difficiles où il se trouvait, pour maintenir une conquête si peu agréée des nouveaux sujets de Sa Majesté Britannique ; des craintes raisonnables, et des préjugés réciproques que devaient s'inspirer les deux races appelées à venir en contact; des embarras suscités par les exigences de la métropole; peut-être saurait-on gré au Général du tempérament qu'il apporta dans le gouvernement si épineux de la Province.

Quant à nos religieuses, le général Murray n’émana

qu’une seule fois un ordre qui pût les inquiéter et leur faire de la peine. Imbu sans doute du préjugé populaire qui attribue aux anciennes maisons religieuses, des coffres-forts toujours bien garnis ; dans l’été de 1760, après le départ des blessés du Monastère, il autorisa le Commissaire du Roi à signifier aux religieuses, qu'il ne leur serait plus délivré de vivres que moyennant de l'argent comptant.

Grande fut la consternation au Monastère à cette nouvelle. Comment subsister sans cela, dans ce malheureux pays, ‘ perdu à tant d'égards depuis quelques années, d’abord par l'inconduite de certain nombre de ses fonctionnaires, puis par les guerres, les naufrages, les intempéries des saisons, la famine et les impôts qui avaient achevé sa ruine ! ”

La Mère Migevn de la Nativité, se sentant forte de ea confiance dans les bonnes intentions du ;suverneur, et persuadée qu'il ignorait le véritable état des choses, lui adressa la lettre suivante :

‘“ À Son Excellence le général Murray, “ Gouverneur de la Colonie.

‘“ Milord,—Les Religieuses Ursulines de Québec, dans l’état de dénûment où elles se trouvent, supplient Votre Excellence de vouloir bien avoir égard aux représentations suivantes.

‘“ Votre Excellence a eu la bonté de nous faire donner depuis plusieurs mois des rations, sans lesquelles nous aurions été hors d'état de subsister, et nous a fait espérer de plus que Sa Majesté Britannique voudrait bien n’en pas exiger le paiement.

‘ Depuis quelque temps, M. le Commissaire Weir nous a écrit que désormais, il ne nous serait plus délivré de vivres qu’en payant. Nous sommes absolument hors d'état de payer pour le moment présent ; notre Communauté ne jouissant d'aucun fonds depuis deux ans, nos seigneuries ayant été à portée même du camp Français, nos bestiaux ont été enlevés, nos termes voisines

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ensemencées, entièrement ruinées par les différents combats qui y ont été livrés, et notre Monastère tout-à-fait endommagé par les bombes et les canons.

“ Nous supplions done Votre Excellence de vouloir bien avoir égard à ces besoins, et de nous continuer les rations ordinaires, jusqu'à ce que nous ayons trouvé le moyen de vivre de nos propres fonds.”

Le général Murray connaissait trop bien la personne qui s’adressait à lui, pour ne pas donner à ses paroles toute l'attention qu’elles méritaient. Il répondit donc aux Ursulines de la manière la plus rassurante, pendant qu'il signifiait ainsi ses ordres au commissaire :

‘“ Monsieur,—Il vous est ordonné de fournir de temps en temps aux deux Communautés de l'Hôtel-Dieu et des Ursulines, autant de rations qu’il y a de personnes dans leurs Communautés, gardant toujours un compte fidèle du même ; et deux jours de la semaine, vous leur devrez fournir du bœuf frais. James Murray.

‘ À M. le Commissaire Weir, au Collége des Jésuites.”

# Depuis le mois de juillet, écrivait en octobre notre dépositaire, M. notre Général nous a continué les rations, nous faisant donner toutes les semaines de la farine, lard et bœuf pour cinquante personnes, en y comprenant nos domestiques. Depuis ce temps, nous sommes sorties de peine et d'inquiétude.”

Nos Mères vécurent encore près d’une année à la solde du Roi, Mais sur la fin de mai 1761, il leur survint un nouvel embarras. Le Commissaire adressait à la communauté, pour vivres fournis depuis le 4 octobre 1759, jusqu’au 25 mai 1761, un compte de 81352 $$

Il n’était pas nécessaire aux Ursulines de réfléchir longtemps pour reconnaître leur impuissance à répondre à un pareil compte. La Mère Wheelwright de l’Enfant-Jésus, alors supérieure, crut que le meilleure parti à prendre était de s'adresser encore directement à la bienveillance du Gouverneur. .

“ Monsieur, —La triste situation où nous nous sommes trouvées depuis deux ans, m'engage, en qualité de Supérieure de cette

maison, à représenter à Votre Excellence, au nom de toutes celles qui la composent, l'impossibilité où nous sommes de satisfaire maintenant à la dette que nous avons contractée envers Sa Majesté Britannique. Comme sûreté pour le paiement de ces 1352 piastres, nous remettons à la disposition de Sa Majesté, quelques terres (1) que nous avions coutume d’ensemencer, et qui sont maintenant en très-mauvais état.

“ Nous espérons cependant, Monsieur, que sur la représentation que vous voudrez bien faire pour nous en cette occasion, Sa Majesté ne pourra refuser de nous remettre cette somme entièrement ou en partie. (C’est dans cette confiance que nous avons dans les bontés dont vous nous avez donné jusqu'ici les marques les plus sensibles, que nous vous assurons de notre parfaite recon-

naissance, et du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.”

Le général Murray, qui était loin d’être libre des mesures à prendre en pareil cas, écrivit en Angleterre.

Il est facile de se figurer l'inquiétude de la Communauté pendant cet intervalle : ‘“ Nous tâcherons de nous passer de tout, écrivait à Paris la Mère de l'Enfant-Jésus, car pendant quelques années, il nous faudra absolument amasser ce que nous avons de bien en France, pour payer le Roi d'Angleterre, à qui nous devons 1352 piastres.”

Enfin sur la fin de l’année 1762, le général Murray rassurait la communauté par les lignes suivantes :

Madame, —J'’ai l'honneur de vous envoyer la traduction d’une lettre que je viens de recevoir au sujet des rations fournies à votre communauté, qui vous mettra au fait de l’état de cette affaire. Mais je crois pouvoir vous assurer que le remboursement n’en sera point exigé, que vous ne soyez bien en état d'y satisfaire...

(1) Si l’on nous demandait aujourd’hui ce qu’est devenu l’ancien parc, nous pourrions répondre qu’il a amplement dédommagé le gouvernement des deux années de rations fournies aux Ursulines après la conquête, vu surtout que les soins donnés aux blessés devaient compter pour quelque chose dans l’acquit de cette dette,

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Je pense trop bien de votre communauté pour croire qu'elle puisse jamais donner aucun sujet de mécontentement,

‘“ Je suis avec une grande considération, Madame, etc. JA. MURRAY.”

Une correspondance plus intime, dont il nous reste quelques fragments, fait encore mieux voir la bienveillance du Général pour notye communauté, qui lui doit à juste titre une reconnaissance durable. Voici une lettre en date du 2 janvier 1764.

‘“ Madame,—Je ne puis que vous remercier de la manière

obligeante dont vous vous exprimez à mon égard, dans ce renouvel-

lement d'année, que je vous souhaite des plus heureux. Les arrangements de la cour ne me sont point encore parvenus, mais je suis persuadé qu'ils seront tels que vous pouvez les désirer, Je vous prie d’assurer vos dames, et d'être assurée vous-même, que je saisirai avec plaisir toutes les occasions de vous témoigner l’estime

avec laquelle “# J'ai l'honneur d’être, Madame, etc.

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