S12—LA FILLE DU HÉROS
L'année même qui suivit l'entrée des Dlles Wheelwright, Gaillard et Pinguet-Vaucours, la porte du Monastère s’ouvrit pour un autre sujet distingué, d'autant plus précieux qu’il était déjà formé à la pratique des vertus monastiques, et aux fonctions d'Ursuline. En effet, la Mère Françoise Hertel de Saint-Exupère comptait déjà treize années de profession religieuse, quand elle demanda à se réunir à nos Mères. Comme on le voit, c'était une entrée qui ne laissait aucune inquiétude quant à la persévérance de la nouvelle venue.
Mais expliquons un peu la raison de ce changement de Communauté, qui surprend probablement plusieurs de nos aimables lectrices.
Au nom de Hertel, bien des anciens souvenirs se sont sans doute réveillés dans leurs cœurs, car elles le savent, François Hertel était cet homme généreux et dévoué qui avait eu le bonheur d’être associé aux travaux et aux souffrances des Martyrs du Canada. Ses brillants faits d'armes,
plus tard, lui avaient valu des titres de noblesse (1), tandis que ses compatriotes lui décernaient un titre infiniment plus glorieux à son cœur, celui de Héros.
La fille de François Hertel enrôlée au service du gneur, et déployant dans la carrière religieuse l’héroïsme dont son père avait fait preuve sur les champs de bataille, ne nous semble pas moins digne d’admiration, Mais le crédit dont jouissait sa famille ne fut pas toujours favorable à sa tranquillité, c'est ce qui rattache à son nom des traditions assez curieuses : nous les donnons telles qu’elles nous ont été transmises par nos anciennes Mères.
Mlle Francoise Hertel était née aux Trois-Rivières en 1680. Sa mère, Mme Marie-Joseph de Thauvenet, personne d’une grande piété, avait donné à l'éducation de sa fille une attention toute particulière, sans pourtant néf"\ger celle de ses fils qui étaient au nombre de neuf, cu voit qu'ils en reçurent de si heureuses impressions ,
(1) Dès 169%, la faille Hertel fut anoblie pour les services signulés qu'elle avait rendus à ln patrie. En 1716, de nouvelles lettres de noblesse disaient : ‘* Les services que le sieur Hertel, lieuteuant de nos troupes en Canada, à rendus an feu Roi, notre trèshonoré seigneur et bisayeul, duns les différents partis où il a été contre les Sauvages, nous ont porté à Jui donner des marques de notre satisfaction qui puissent passer à la postérité ; nous nous y sommes, déterminé d'autant plus volontiers, que la valeur du père est héréditaire dans les enfants, dont deux ont été tués au service, et les sept autres, qui servent actuellement dans nos troupes du Canada et de lIle-Royale, ont donné dans toutes les occasions des marques de leur bravoure et de leur bonne conduite : et comine le père et les enfants continuent à nous servir avec le même zèle et la même affection, nous avons bien voulu accorder au chef de cette famille nos lettres de noblesse. A ces caures etc... Louis .... Paris, avril 1716.
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bien qu'ils fussent un peu volages et grandement valeureux, ils se firent un principe invariable d'être aussi fidèles à leur Dieu qu'à leur Roi, au service duquel ils étaient tous enrôlés,
Quand il fut question de préparer sa fille à sa première communion, Mme de Hertel voulut partager avec nos Mères la responsabilité de ce devoir, et l’envoya au pensionnat. La jeune Françoise profita bien de la sollicitude de sa mère et de celle de ses maîtresses, car il paraît que parmi les petites communiantes de 1690, aucune ne fut plus sage ni plus fervente que la fille du Héros.
La première communion fit en effet époque daus cette jeune existence ; tout devint réglé daus la conduite de la pieuse élève, son travail, ses délassements, ses dévotions, et jamais dans la suite on ne put découvrir en elle ni lâcheté ni inconstance, quand il s'agissait des intérêts de son salut. Ses parents, charmés de ses progrès, l'avaient retirée auprès d'eux, et ils songèrent bientôt à lui ménager une alliance en rapport avec leur position. Françoise, qui souffrait de ces préoccupations, ne tarda pas à faire connaître à sa famille que son cœur avait senti l'attrait d’une grâce particulière, et qu’elle ne contracterait jamais d'autre alliance que celle de l’Epoux des vierges. On ne goûta pas du tout ce projet de retraite ; son père surtout s’en attrista beaucoup, car il commençait à fléchir sous le poids des années, et il avait toujours compté sur cette fille chérie pour la consolation de ses vieux jours. Cependant comme il l’aimait tendrement, il évitait de la contrister au sujet de sa vocation, et il ne luien parlait que rarement, Son frère de Rouville n'avait pas pour elle les mêmes égards, il l’importunait sans cesse, voulant à tout prix qu’elle épousât un de ses jeunes compagnons d'armes,
qu'on admirait grandement alors, et qui perdit depuis la vie dans l'expédition de Haverhill (1708). C'était chaque jour de nouveaux combats entre le frère et la sœur.— “Quelle folie à toi, Fanchette, de ne rêver à ton âge qu’à te renfermer dans un Couvent ! Crois-moi, laisse ta place aux Ursulines à quelque vieille fille dont le monde ne veut plus, et qui n’est bonne en vérité qu’à réciter ses prières. Est-ce qu’il fant se mcitre derrière des grilles pour servir Dieu ? Penses-cu donc que maman ne soit pas une bonne et véritable chrétienne?” ‘On comprend facilement quelles étaient les réponses de notre future religieuse à de semblables objections, et comme elle savait se retroncher, en souriant, derrière cette déclaration de saint Paul: “Ceux qui se marient font bien; ceux qui ne se marient pas font mieux.”
Témoin de ces innocents débats entre ses enfants, François de Hertel fut longtemps à réfléchir; il évitait de se prononcer sur cette importante question. Enfin, vaincu par la constance de sa fille, il consentit À son entrée aux Ursulines, non à Québec comme Mlle Françoise le désirait, mais aux Trois-Rivières,
Le 9 septembre de l’année 1700 fut le jour heureux où Mlle Françoise Hertel, connue en religion sous le nom de Saint-Exupère, s’engagea définitivement dans la milice de Ste-Ursule, et cela en présence de Mgr de Saint- Valier, de la Mère Marie Le Maire des Anges, supérieure, et de la Mère M.-Madeleine Amiot de la Conception, assistante de la nouvelle fondation. Grande fut la joie ce jour-là au couvent, et grande aussi la foule ces parents et amis qui félicitaient les religieuses, la plupart d’entre eux croyant déjà voir dans la jeune professe la future superieure dé la petite comnrunauté, Le peuple, ses cen-
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sitaires surtout, qui s'étaient fait en quelque scrte une idole du généreux guerrier, croyaient tout bonnement que de nécessité, tout ce qui se rattachait au nom du Héros levait siéger au premier rang, au dedans d’un monastère comme ailleurs. Ce préjugé, tout flatteur qu’il était pour a famille Hertel, devint, comme on va le voir, quelque chose de très-onéreux pour l’humble fille d’Angèle.
Plusieurs années s'étaient écoulées, on avait fait des lections à plusieurs reprises, et le scrutin n'avair pas ncore rapporté le nom de cette personne si chérie de Dieu et des hommes.........Les amis de Hertel s’en étonnaient + murmuraient tout bas contre les Ursulines de Québec qui, appelées alors à pourvoir de supérieures le nouveau fouvent, semblaient dans leurs élections oublier complèement la fille du Héros. Les choses en étaient là au ommencement de l’année 1713, où nos Mères firent à l'ordinaire leurs élections, dont le résultat, paraît-il, ne fut pas du tout agréable aux adulateurs de la famille Hertel. Outrés de dépit, ils se rendirent en foule à la orte du couvent des Trois-Rivières, pour se répandre en nvectives contre celles qui avaient si peu suivi leurs utentions. Enfin, les mécontenis allèrent si loin et firent ant de tapage, qu’il ne fut plus possible d’en dérober la onnaissance à celle qui en était la cause innocente. Con- . use de l'ambition de ses amis, et peinée de voir la Comnunauté ainsi troublée à son sujet, Sr Françoise de Tertel prit une résolution généreuse, digne des sentiments jue devait lui inspirer sa sainte vacation.
Appuyée de lantorité de Mgr de Saint-Valier, elle lemanda l’entrée de notre Monastère, où dès son enfance
C’est ainsi qu’elle s’éloi-
gua de lieux qui lui étaient pourtant bien chers, mais où
son désir de vivre ignorée et cachée en Dieu se trouvaitll
si combattu.
Les traditions du Monastère nous représentent la Mère Françoise de Saint-Exupère, comme une des plus ferk ventes et des plus laborieuses filles d Ursule qui, au siècle dernier, servirent de piliers à la régularité de ce clottrel de Québec. Nous la retrouverons encore en 1770, édifiant et réjouissant notre maison.
DEVANC
a premiè devançu S Augus Duguet d pagnie !” — La Mà Boutevill rieure des Ste-Agnès Saint Fre
rs, mais où se trouvait
ent la Mère!
es plus fer.
ui, au siècle le ce cloîtrek