SG,—LA LAMPE QUI NE S'ÉTEINT PAS
C’est à vous, jeunes élèves, que nous nous adressons on. jourd'hui, à vous qui habitez actuellement le Vieux do. nastère, et dont l'âme s’épanche aux pieds de Marie avec une si naïve confiance, à la lueur de la lampe qui jour tt nuit brûle devant la statue de Notre-Dame de Granit. Pouvoir. Ecoutez la touchante histoire de cette Tam, placée là par une âme généreuse, 11 y a plus de cent enauante ans, comme un monument perpétuel d'amour et de reconnaissance envers la Reine du ciel.
Mlle Marie-Madeleine de Repentigny, dont nous avons annoucé lentrée au noviciat, était venue à notre Je sionnat encore enfant. Douée d’une intelligence ardente st précoce, elle suivit et termina à la satisfaction de tous sa cours d’études, puis retourna à Montréal au sein de sa fimille. La douceur de son caractère, sa droiture, Pexquis délicatesse de ses sentiments, l’entourèrent bientôt de ccisidération et d'amitié,
Tout se réunissait pour lui rendre délicieux le séjour de ka ville natale. Ce n'était pas seulement la beauté jhy1que des objets qui l’entouraient, “ ces agréables points 1e
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vue qui changent à chaque instant comme des décorations de théâtre,” cet air si doux, ce fleuve si beau dont les bords enchantent ; *‘ l'aspect si riant de la ville, ni l'agrément de ses environs dont tout le monde se ressent;” non, à
Montréal comme à Québec, se trouvait une société bien
capable d’attacher un jeune cœur.
Nous devons au R. P. de Charlevoix un vivant tableau de cette société canadienne dont le charme se reproduisait également aux Trois-Rivières et, avec plus ou moins d'éclat, dans les différentes parties du pays. Partout où se trouvait un Manoir, se rencontrait un petit cercle chois de cette ancienne aristocratie française, où figurait au premier rang le seigneur du lieu. Mais il faut le dire à l’époque de paix et de prospérité où nous sommes, une séduction de plus attendait la jeune fille à son entrée dans le monde. La classe militaire était là, jouissant de ses loisirs, et imaginant sans cesse de nouvelles fêtes. Déplorable fascination du plaisir qui, en attirant la jeunesse l'éloigne si indubitablement de Dieu !
Les jeunes personnes à leur sortie du couvent, se trouvaient donc en butte à de nombreux écueils. Trop souvent, ces cœurs faibles et inexpérimentés se laissaient surprendre, et ils hésitaient longtemps parfois, à répondre à l’appel de Dieu qui les invitait à une vie plus parfaite.
Telle était la position de Mile de Repentigny à son début dans la société. Un de ses cousins qui servait dans: la marine royale avait attiré son attention, et les parents qui estimaient paiticulièrement le jeune officier, avaient agréé ses avances; aussi, Marie- Madeleine atteudait-elle impatiemment le retour de son fiancé, ne rêvant que joie.
et bonheur. Hélas! au moment où elle y pensait le moins lui arrive une foudroyante nouvelle ; le jeune officier ne reviendrait plus..…..il était mort! ….. On s'imagine facilement de quelle tristesse mortelle ce cœur sensible fut accablé, et avec quelle véhémence de regrets elle s’isola d'abord dans sa douleur. Mais ni le deuil profond où elle se plongea, ni les sympathies, ni même le temps, ne rendirent le calme à son cœur, et au lieu de chercher en Dieu sa consolation, elle alla de nouveau demander le bonheur aux vides plaisirs du monde. La jeune mondaine voulait forcément recouvrer sa gaieté, et elle fréquenta plus assidûment que jamais les bals et ies promenades, Combien elle était loin de songer à la sainte vocation que le ciel lui réservait, usant ainsi sa santé et perdant les plus belles années de sa vie, cemme font malheureusement tant de jeunes personnes !
Cependant la religion avait un grand empire sur ces cœurs vraiment chrétiens, et les retraites qui se donnaient de temps en temps à Québec, aux Trois-Rivières et à Montréal, portaient souvent le dernier coup à ces volontés indécises flottant entre le monde et Dieu; Mlle Juchereau-Duchesnay et Mile de Repentigny en firent l’heureuse expérience. Cette dernière toutefois ne se rendit pas aussi facilement que la précédente à l'attrait de le grâce, le Seigneur fut obligé d'employer de nouveau la verge de sa miséricorde, pour réduire l'enfant rebelle, dont il voulait posséder seul les affections. Sa sœur, (1) beaucoup
(1) Mlle Marie-Joseph de Repentigny, connue en religion sous le nom de Marie de ia Visitation, quitta le monde en 1719. Elle fut une de ces dignes Hospitalières qui reçurent avec tant d’affection nos Mères exilées pendant le grand siège de 1759. Elle mourut en 1776.
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Voici comment le divin Maître poursuivit notre intéressante mais infidèle Marie-Madeleine. “ Dieu tout miséricordieux, dit le Récit, qui se sert de tout pour attirer à lui ses créatures, permit qu’une petite glande qui lui vint à la gorge, quoique peu de chose en apparence, lui donnât pourtant bien de l’inquiétude ; ne pouvant s'ajuster à l'ordinaire, elle fit de nécessité vertu et commença à s'éloigner un peu du monde.”
Sortant beaucoup moins, Mile de Repentigny réfléchissait beaucoup plus. Elle se déterimina à faire une sérieuse retraite. Vaincue enfin par la grâce, elle prit une résolution sans retour et écrivit aussitôt à nos Mères sollicitant son entrée au noviciat. Les Religieuses connaissant les belles qualités dont Dieu l'avait douée, se réjouirent de la voir enfin les consacrer à celui de qui elle les avait reçues.
“ Mais à peine arrivée à Québec, continue le Récit, elle y fut assaillie des plus violentes tentations de résistance à sa sainte vocation ; le démon, outré de sa fuite du monde et des piéges qu’il y tendait à son âme, la poursuivait avec acharnement, déroulant à ses yeux le tableau le plus sombre possible de l’avenir qu'elle allait se faire.” La lutte était pénible et difficile ; que fit alors l’enfant de Marie? se laissa-t-elle vaincre par satan ? Oh! non; forte de l'assistance de sa divine Mère, elle découvrit le piége et franchit d’un pas ferme le seuil de cette porte monastique qui allait à jamais la séparer du monde et de ses dangers. Le démon cependant ne se tint pas pour
126 LES URSULINESDE QUÉBEC.
Vén.
estin] fants pure.
battu ; au noviciat même, sans cesse il représentait À son
imagination sous l'aspect le plus séduisant les plaisirs
4 | qu'elle venait de quitter, et la pauvre postulante ne pou-
Ea | vait se mettre en prière que le tentateur ne renonvelât |
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ses assauts, Mlle de Repentigny, voyant que ses peines ne dimi- ” nuaïent pas, résolut de se jeter avec une confiance sans HI bornes entre les bras de sa divine Mère. S’étant rendue [ae seule un jour à la chapelle des Saints, elle se prosterne {
aussi soin d le lin,
Ce
| aux pieds de N.-D.-de-Grand-Pouvoir, et là elle conjure fn Marie avec une ferveur extraordinaire que, si c'était la vo-
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| | lonté de son Fils et la sienne qu’elle se fit religieuse, elle en € | nl la délivrât de si cruelles angoisses. Effet admirable d’une a urte)
HALL: confiance illimitée ! A l'instant, toutes les tentations s’éva- natal, ul nouissent, une joie céleste s'empare de son âme et la pé- accent
‘ nètre tellement de bonheur, qu’elle prend la résolution de 759, placer au lieu même où elle avait reçu une faveur aussi sol, un
signalée, un témoignage perpétuel de sa reconnaissance natidà fl envers sa divine Mère. Voilà comment fut allumée, en par L ‘1 1717, cette lampe à laquelle se rattache un si beau sou- Womitk | venir de joie et de lumière. Cette âme désormais ne vivra puis de | que pour Dieu seul, bénissant à chaque instant de sa vie cette di la sainte Vierge d’avoir brisé ses chaînes, et exaltant la Québec {| suavité du joug de N.-S.-Jésus-Christ,. “Ce fut dit le Orienta (Hot Récit, M. de Repentigny, fils, qui se chargea de payer la quis Le | | donation faite par sa sœur Madeleine, pour l'entretien Gouver Li | d'une lampe à la chapelle des Saints : il nous donna pour partie d
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{| cela trois cents livres.”
Disons ici un mot de cette famille de Repentigny qui
s’est associée à des faits si touchants. Arrivée de bonne
| heure duns le pays, avec ses enfants “beaux comme le jour.”
| cette famille avait pour chef un homme admirable dont la
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Vén, Mère M. de l'Incarnation parle en 1645, et qu’elle estime digne des plus grands éloges ; et ces “beaux enfants”” avaient pour mère Mme Marie Favery, l'âme la plus pure qu'elle eût connue parmi les dames du monde, cellelà même que M. l’intendant Talon a loute pour son industrie, et que Salomon dans toute sa gloire eût sans doute aussi louée ét admirée, s'il l'eût vue toujotirs occupée du soin de sa maison, faisant elle même ses Ctoffes et “ filant le lin,” comme la femme forte de l'Jcriture.
Ce M. de Repentigny, qui acquitta si généreusement la promesse de sa Sœur, était petit-fils du premier du nom en Canada, et père du chevalier de Repentigny qui s’entoura de tant de gloire dans la défense de son pays natal, pendant les guerres de la conquête. Ne pouvant accepter les faits accomplis par le général Wolfe en 1759, il préféra, comme tant d’autres généreux enfans du sol, un exil perpétuel au déplaisir de vivre sous une domination étrangère. Promu au grade de brisadier des armées par Louis XV, il en reçut aussi le titre de marquis. Nommé gouverneur du Sénégal sur les côtes d'Afrique, puis de Mahé dans les Indes Orientales, il mourut dans cette dernière ville en 1776. On lisait dans la Gazette de Québec en l’année 1777, la notice suivante: “ Indes Orientales.— Décès du marquis de Rerentigny. Le marquis Le Gardeur de Repentigny, brigadier des armées et Gouverneur de Mahé, mourut l'année dernière dans cette pattie de l'Inde qu'il avait, par sa valeur et sa bonne conduite, conservée à la France malgré les entreprises d’un prince du pays. Cet officier avait servi dans le Canada avec toute la réputation qu'un vrai inilitaire doit acquérir,”