‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 95 · MEURT · texte numérisé non relu

MEURT

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livres à nos Mères, en reconnaissance de leurs bontés pour elle; mais après son décès, son frère fit tant de bruit que les Ursulines lui cédèrent 1000 livres pour racheter la paix.

$S.—LE MONASTÈRE TRIPLE SES DIMINSIONS EN 25 ANS — ÉGLISE ; MURS DE CLÔTURE,

Le Monastère ne resta pas étranger au mouvement qui se produisait de toute part dans le pays, pendant cette: longue paix que le Ciel donna à la Nouvelle-France. N'ayant plus à redouter les éventualités de la guerre, les Ursulines semblent s'animer d’une ardeur toute nouvelle ; dignes émules des Fondatrices, elles aussi, en triplant presque les dimensions du cloître, feront voir à la postérité ce que l’on peut accomplir, lorsqu'on s'appuie avec confiance sur le bras du Seigneur.

Cet élan vers l'avenir est d'autant plus digne de notre admiration, que le Monastère éprouvait alors une grande gûue pécuniaire ; en effet une diminution notable des reven 18 de France, date précisément de cette époque, où l'on eut de si grandes dépenses à faire. Une partie de ces revenus étant assurée sur l'Hotel de Ville de Paris, ces fonds avaient subi le sort de tous les autres dépôts d’argent du royaume, placés à intérêt dans la caisse publique. Qu'il nous suffise de dire que cet état ruineux des finances, affectait également le crédit national de France et les fonds des particuliers, et que nos Mères en firent une mémorable expérience en perdant la moitié de leur argent, “ intérêt et principal.”

Néanmoins, pleines de confiance en la bonne Providence; : elles se mettent à l'œuvre, La Mère Marie Le Maire us

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All f | 130 LES URSULINES DE QUÉBEC, | | | Anges, qui venait d'être élue supérieure, (1712), se dévoua | {Il à cette entreprise avec toute l'énergio de sa grande âme, La AN Pendant son premier triennut, elle fit prolonger de 75 pieds liste, « k | l'aile de la Ste-Famille, dans l'intérêt tout spécial du novi- bre 17 14 ! | ciat toujours de plus en plus florissant, vité de À AU Mais ce fut surtout après sa réélection en 1715, qu'eurent Dondl l'A lieu les améliorations les plus importantes, par la construc- pes fi | tion de l’aile des parloirs et de l’église actuelle. Les plans dotans FA | de construction de la Mère des Anges devaient réaliser un pé 14 | double carré, dont le premier eût compris les anciens bâti- «sel ra Et | ments avec la nouvelle église, bâtie sur l'emplacement mere. D'Un même de celle qui avait été incendiée ; le second carré se en: ji fût prolongé en ligne droite, sur la rue, (1) jusqu’à la me | | |] maison actuelle de l'externat. De semblables dimensions RM

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| vaux se commencèrent sur ces plans ; mais bientôt les Su- pay v' | périeurs les jugèrent trop vastes pour les ressources de la P sr | | maison ; on y voulait aussi une disposition de portes et de "1 l | fenêtres, plus en rapport avec un pays où les neiges et les bénédio (UM | glaces sont moins rares qu’en France. Il fallut donc dé- ah 4 | ote

faire et refaire “à grands frais,” tant à l’église qu'aux parloirs. La volonté ferme et généreuse de la Mère des Anges ne se laissa pas ébranler ; on rémédia aux plans, et les constructions se poursuivirent. Mais cette courageuse su-

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mière p treprise qui lui avait tant coûté, et à laquelle elle avait su cevoum intéresser tous ses parents et amis de France: les murs du PR chœur n'étaient qu’au rez-de-chaussée, quand Dieu lap-

pela à habiter avec lui dans les tabernacles éternels.

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La Mère Angélique Poisson de Saint-Jean-l'Evangéliste, qui remplaca la Mère des Anges au mois de décembre 1716, en qualité de supérieure, hérita de toute l’activité de sa devancière, Au printemps suivant, elle fit d’abord achever l'aile des Parloirs, bâtiment en pierre mesurant 106 pieds de longueur sur 32 de largeur, et à trois étages,

Toute l'ardeur de la Communauté se concentra ensuite sur l'église, pour laquelle on avait commencé à amasser des matériaux dès l’année 1711, Quand on songe que cet édifice ne put être en voie de construction qu'après 1715, malgré toutes les économies et les sacrifices, et qu’il ne fut propre à servir au culte divin qu’en 1723, on reste en admiration devant la persévérance de ces religieuses, que des diflicultés sans nombre ne semblent pas un instant avoir déconcertées. Mais laissons parler la voix si naïve et si persuasive des annales.

“ La providence du Seigneur a donné à nos travaux une bénédietion toute particulière, car malgré la perte que nous avons faite de la moitié de notre revenu, qui était sur l'Hôtel de Ville de Paris, nous avons pu faire face aux dépenses. Avant de reprendre les travaux, (commencés par la Mère des Anges), nous habillâmes un petit sauvage en l'honneur de l’Enfant-JTésus, et nous lui fimes poser la première pierre au nom de Saint-Joseph. Ensuite, chacune se dévoua de toutes ses forces à l'avancement de cette église commencée depuis si longtèmps. Nous allious nous-mêmes aider à servir les maçons, aux heures où ils allaient prendre leurs repas ; nous nous hâtions alors de charger les échafauds, La Mère Supérieure se mettait en tête de la troupe, et tontes les autres suivaient avec un courage admirable, Aussi, grâce à Dieu, tout allait comme une bénédiction.

Les maçons étaient-ils servis, chacune retournait à son ouvrage : les unes doraient, les autres travaillaient à l’aiguille ; celles-ci brodaient sur écorce ou s'occunaient de tapisserie; celles-là faisaient des fleurs artificielles : le tout pour grossir les profits communs et aider à payer les ouvriers. Et pendant tout ce temps, nous n'avons perdu aucun de nos exervices spirituels, la régularité des observances religieuses n'ayant jamais été interrompue. Une autre faveur bien grand: nous a été accordée, c’est qu'aucun de ceux qui travaillaient à nos bâtisses, n’a été blessé ou estropié, Enfin, après bien des peines et des fatignes, et beaucoup de dépense, notre nouvelle église et notre chœur ont été achevés et mis en état d'être bénits.”

En effet, chères lectrices, des cérémonies bien dignes de la majesté du culte Catholique, faisaient tressaillir les échos du Monastère, dans l'été de 1722, “ La première dit ie Récit, fut bénite le 7 juillet de cette année, par le R. P. de la Chasse, supérieur du col-

yierre de l'autel, lége de Québec et des missions des Jésuites en Canada. Elle fut posée par un de nos amis, M. de Saint-Crespin, conseiller au Conseil Souverain ; il fit un riche présent à notre église et un autre à l'architecte.

“ La veiile de l’Assomption, Mer de Saint-Valier voulut faire lui-même la bénédiction de cette nouvelle église, Sa Grandeur vint ici en procession à la tête de son clergé, chantant les litanies des Saints au son des cloches de la cathédrale ct des nôtres. Il y eut à cette fête un concours extraordinaire : toute la noblesse de la ville, les bourgeois et le peuple, étant accourus pour rendre grâces à Dieu avec nous ds bienfiits signalés dont nous étions l’objet.

# La bénédiction finie, la procession s’en retourna à la cathédrale dans le même ordre qu’elle était venue. Le len-

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demain, jour de l’Assomption, la procession vint encore comme elle a coutume de faire chaque année ce saint jour. Une troisième solennité se fit dans la nouvelle église le jour suivant, 16 août, jour auquel Mgr avait eu la bonté de transférer la fête de nos saintes Reliques, Sa Grandeur vint accompagné de tout son clergé; il officia pontificalement à la messe, et présida aussi lui-même à vêpres et au salut du Saint-Sacrement. A cette solennité, il y eut un concert de voix magnifique, avec acompagnement d'orgue et divers autres instruments de musique, touchés par les plus habiles maîtres qu’on eût alors à Québec. Le R. P. de la Chasse ravit son auditoire par un discours à l'éloge des saints Martyrs. Le tout ne finit qu’à cinq heures du soir; alors Mgr (1) et son clergé s’en retournèrent à la cathédrale en chantant le Te Deum.”

Après ce triduum solennel, il fallut reporter le Saint- Sacrement à la petite chapelle “ y ayant encore beaucoup à faire dans notre nouvelle église.” Ce fut le 19 mars 1723 que l’on commenca à y faire régulièrement le service divin “tel que prescrit par nos règles.”

Comme l'on dut repirer et prier à l'aise, dans ce beau et vaste chœur des religieuses et dans la chapelle extérieure, après avoir été pendant 35 ans, entassts pour ainsi dire, dans ce petit local de l’ancienne chambre de la Mère Supérieure et du Vieux Dépôt !

Cependant, le maître-autel était encore sans ornement, et ce ne fut qu’en 1732, qu’on osa regarder en face la dépense

(1) Le digne évêque avait alors 72 ans. Il vivait retiré à l'H6pital-Général, ayant loué au profit des pauvres son palais épiscopal. Ce palais occupait un site charmant surles remparts, près de la porte Prescott, au sentier de la Montagne. C'est sur ce terrain que se trouvaient les édifices incendiés du Puriement du Canada.

du rétable. Le sieur Le Vasseur, sculpteur, travailla pendant quatre années à ce rétable, “ payé à petites somimnes,” et s'arrangeant en tout à l'amiable, comme le fait voir le détail du livre des comptes

Ce fut en 1736 que se .aina enfin cette église, qui doit nous rappeler sans cesse tant de belles leçons de dévouement et de patience, Il y avait cinquante ans qu’on la désirait, et vingt-cinq ans qu’on en avait amassé les piemières pierres !

Cette construction excite à bon droit l'admiration des étrangers ; le maître-autel surtout dans le goût coïinthien, révèle un beau talent dans l'architecte, Elle mesure 88 pieds français de longueur sur 38 de larseur et 22 de hauteur quant aux murs. La chapelle intérieure ou chœur des religieuses et des élèves, attenant à l’église, donne 87 pieds sur 36. Les stalles où se tiennent les religieuses pour matines et autres offices réguliers, sont en bois de chêne: elles ont été cirées selon la coutume francaise, et de la main même des religieuses, jusqu’à ces dernières années, où l’on a a lopté le mode plus expéditif du vernis.

Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de supputer le coût d’un édifice dont le détail est répandu dans un si grand nonbre d'années, et sous les formes les plus diverses. Bon nombre de fournisseurs, en effet, se trouvent payés par la pension ou dot de leurs filles, élèves où religieuses au Monastère, On voit des personnages distingués de l'époque, s'acquitter en “ chaloupées de pierres,” ou en ‘“ charges de madriers et de planches,” qui viennent même de la part de M. le gouverneur de Montréal. Ce genre de transactions démontre une fois de plus la rareté de l'argent, et prouve aussi, comme le fait remarquer un historien de nos jours, que la noblesse en Canada était

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beaucoup plus nombreuse et généreuse que favorisée des biens de la fortune.

Le sieur Gratis, entrepreneur macon, reçut 5126 livres ; le mis au net du compte du sieur Belleville, entrepreneur charpentier et menuisier, n’a pu être retrouvé ; 1689 livres paraissent avoir été la part du sculpteur du rétable, le sieur Le Vasseur. Quant à M. La Joue, architecte, nous ne savons ce que peut lui avoir valu son beau dessin, emprunté en partie, dit-on, à la chapelle de Louis-le- Grand,

Bon nombre de travailleurs sont indiqués sur les livres de comptes, et nous n’avons pu nous empêcher de sourire en voyant l’ensemble qu'offraient ces noms : La Douceur, lu Bonté, L'Oyseau, La Musique, La Vallée, La Tulippe, Lu Jeunesse, &e. Si ces noms sont caractéristiques, les ouvriers de la modeste église sembleraient avoir été choisis, presque avec autant de soin que les matériaux du fameux temple de Salomon !

Les Ursulines se trouvant en état d’abriter spacieusement leur croissante famille, jetèrent les yeux au dehors pour répondre à des besoins, secondaires à la vérité, mais aussi très-urgents. En effet, aucune commodité quelconque pour la basse-cour, département alors si indispensable à la subsistance de la Communauté ; d'autre part, des murs en pieux et en perches pour déterminer l'enceinte de la clôture. On pourvut d’abord en partie à la première nécessité ; (1) en 1735, on commença les murs de clô-

(1) En 1733 et 34 fur construit le bâtiment en pierre de 50 pieds sut 22, qui sépurait le jardin du Monastère de la cour actuelle du Peusionnat, C'est en 1737 que fut bâtie la grange de 70 pieds

sur 24, dans la cour des domestiques. Ces bâtiments ont été dé-

moiis, et les matériaux employés dans la construction de celui qui se Voir aujourd’hui dans la cour extérieure,

Fr.

ture, “sous les auspices de la Sainte-Famille, dit le-Récit, et sans autre fonds que ceux de la Providence. Nous fimes mettre la première pierre par un pauvre qui représentait saint Joseph ; nous lui donnâûmes une pistole, et pareille somme à deux autres pauvres, en l'honneur de Jésus, Marie, Joseph.

‘# La bonne Providence ne nous a pas manqué,” ajoute naïvement l’annaliste, et de fait en 1737, on avait complété un ensemble de bâtiments qui étonne, quand on réfléchit aux minimes ressources de la Communauté. Cette époque fut si visiblement bénie de Dieu pour les Ursulines, qu'elles se trouvaient, en 1738, affranchies de toutes dettes, et en état de célébrer, dans toute la joie de leur âme et la vivacité de leur gratitude, la grande fête dont nous parlerons à la fin de ce chapitre.

$ 9.—couP-D'ŒIL AUTOUR DU MONASTÈRE ; TRAIT3 CARAC- TÉRISTIQUES DES MŒURS DE L'ÉPOQUE ; DONNÉS ET DONATEURS,.

Nos lectrices ayant vu prendre au Monastère les dimensions qui vont lui suffire pendant un siècle, auront sans doute du bonheur à considérer ce qu'était alors la ville de Champlain ; c’est le riche et facile pinceau du R. P. de Charlevoix, qui va nous en présenter l’intéressant tableau.

‘“ On ne compte guère à Québec, écrivait-il en 1720, que sept mille âmes ; mais on y trouve un petit monde choisi où il ne manque rien de ce qui peut former une société agréable, Un gouverneur général avec un étatmajor, de la noblesse, des officiers et des troupes ; un intendant avec un conseil supérienr et les juridictions subalternes ; un commissaire de marine, un grand prévôt,

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un grand voyer, et un grand maître des eaux et forêts, dont la juridiction est assurément la plus étendue de l'univers ; des marchands aisés ou qui vivent comme s'ils l'étaient ; un évêque et un séminaire nombreux ; des Récollets et des Jésuites ; trois communautés de filles, bien composées ; des cercles aussi brillants qu’il y en ait ailleurs chez la gouvernante et chez l’intendante : voilà, ce me semble, pour toutes sortes de personnes de quoi passer le temps fort agréablement,

“ Aussi fait-on, et chacun y contribue de son mieux. On joue, on fait des parties de promenades ; l'été en calèche où en canot, l'hiver en traîne sur la neige ou en patins sur la glace. On chasse beaucoup ; quantité de ventilshommes n’ont guère que cette ressource pour vivre à leur aise, Les nouvelles courantes se réduisent à bien peu de choses, parce que le pays n’en fournit presque point, et que celles de l’Europe arrivent tout à la fois, mais elles occupent une bonne partie de l’année ; on politique sur le passé, on conjecture sur l'avenir ; les sciences et les beaux-arts ont leur tour, et la conversation ne tombe point. Les Canadiens, c’est à dire les créoles du Canada, respirent en naissant .un air de liberté qui les rend fort agréables dans le commerce de la vie, et nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue. Ou ne remarque ici aucun accent.

“ On ne voit point en ce pays de personnes richer, et c'est bien dommage, car on y aime à se faire honneur de son bien, et personne presque ne s'amuse à thésauriser. On fait bonne chère si avec cela on peut avoir de quoi se bien mettre, sinon, on se retranche sur la table pour être bien vêtu. Aussi faut-il avouer que les ajusteinents font bien à nos créoles. Tout est ici de belle taille, et le plus

beau sang du monde dans les deux sexes : l'esprit enjoué, les manières douces et polies sont communes à tous ; et la rusticité, soit dans le langage, scit dans les facons, n’est pas même connue dans les campagnes les plus ‘écartées.”

Continuant plus loin son étude des créoles, en même emps que celle des ressources du Canada, le P. de Charlevoix ajoute : “Tout le monde à ici le nécessaire pour vivre : on y paye peu au Roi; l'habitant ne connaît point la taille ; il ya du pain à bon marché; la viande et le poisson n’y sont pas chers ; mais le vin, les étoffes et tout x ju faut faire venir de France y coûtent beaucoup. Jæ&: 5 + À plaindre sont les gentilshommes et les officiers qui mon: qe Jeurs appointements et qui sont chargis de familles, & : ’nuues n'apportent ordinairement pour dot à leu: mars 4 beaucoup d'esprit, d'amitié et d’agrcments, et liiva : ::nd sur les mariages, dans ce pays, la bénédiction qu’il répaudait sur ceux des patriarches.”

Ajoutons à ce tableau du R. P. de Charlevoix quelques traits fournis par nos annales, et qui nous semblent bien propres à faire ressortir la beauté morale de la socitté du temps. Nos lectrices sont peut-être à se demander quels nouveaux secrets peuvent recéler ces pages tant de fois évoquées. Ce sont des actes, des contrats, dignes à notre avis des jremiers siècles du Christianisme ; on cherche à entrer en communauté de biens spirituels avec les personnes vouées à la pratique des conseils évangéliques. Tantôt ce sont des legs pieux, tantôt la donation de sa personne et de ses services, toujours dans le but de s’assurer une participation plus ample aux prières et autres bonnes œuvres des âmes pieuses vivant à l'ombre du cloître. En voici quelques exemples.

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En 1721, c'était M. de l'Espinay offrant à notre Communauté une terre en bois debout, située sur la rivière Saint- Charles, vers Lorette, ayant deux arpents de front sur quarunte de profondeur, (1; ne demandant pour toute redevance que des prières à perpétuité pour lui et pour sa femme. “En acceptant ce don, dit le Récit, nous nous oblixâmes à lui fuire dire chaque année une messe, et à lui appliquer trois communions générales aux grandes

Plus loin, c’est M. Antoine Buteau, riche propriétaire de là paroisse de Saint-Joachim, qui arrive au Monastère peu après la profession religieuse de sa chère et unique fille (1722), “ déclarant par devant les notaires royaux, la Cornnnunauté héritière de tous ses biens, meubles et lumeubles : c’est-à-dire une terre et habitation sise en la dite côte de Beaupré, contenant deux arpents de front sur une lieue et demie de profondeur, avec bâtiments, meubles et bestiaux, Le tout à la charge que le dit donateur, participera de ce jour aux prières des dites successorisses les Dames Ursulines de Québec, qu’au jour de son décès, elles lui f:ront faire un service, et un autre au bout de l’an, le feront inhumer et dire cinquante messes pour le repos de sou âme. Et au cas que dame Louise Tremblay, épouse en secondes noces du dit donateur, lui survive, la Communauté sera tenue de donner tous les ans quinze minots de blé froment, un cochon gras pesant de cent cinquante à

(1) Cette terre de M. de l'Espinay nommée le Grôs-Pin, fut cultivée avec soin pendant plusieurs années. Ayant été dévastée au temps des guerres, elle fut vendue avec peu de profit ; mais le souvenir du donateur n'en est pas moins impérissable parmi nous, evil se transinet à la postérité par la messe annuelle, au mois de uls,

cent soixante livres, et trente livres en argent pour les

. . 0 Q ! 4 besoins de la dite Dame ; et ce jusqu’au jour de son décès, auquel jour cesseront toutes les fournitures.”

IL est aimable d2 voir le retour qui fut fait à cette respectable et généreuse famille, “ M. Antoine Buteau, dit le Récit, est mort ce printemps, (1736), quatorze ans après nous avoir fait donation de tout son bien au montant de 7000 livres, en considération de notre chère Sr Ste-Aymès, sa fille unique. Nous lui avons fait faire d’honorables obsèques dans l’église de sa paroisse, où il a eu sa sépulture ; nous lui avons fait dire cinquante messes, et de plus autant de services, offices des morts, communions et autres prières que pour une religieuse. La reconnaissance nous a aussi portées à nous charger de sa veuve âgée de 68 ans.”

Ainsi, Mme Buteau qui désirait ardemment se rapprocher de sa bien-aimée fille, fut reçue au Monastère en qualité de pensionnaire perpétuelle ; elle occupa selon toute probabilité, le parloir de la Ste-Famille, (chambre actuelle de M. le Chapelain), où se retira depuis pendant quelque temps Lady Carleton.

“ Après avoir passé huit années dans les exercices de la plus touchante piété, Mme veuve Buteau mourut dans une de nos infirmeries, où nous l’avions placée dès le commencement de sa maladie, Elle eut l’assistance assidue du médecin et tons les soins et remèdes possibles. M. de la Villangevin lui administra les derniers sacrements, qu’elle recut avec une grande présence d’esprit et une piété trèsédifiante. Nous l'avons fait enterrer dans notre église après un service solennel, et nous avons fait dire cent messes pour le repos de son âme.”

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Plus touchante encore est la pensée de ces donnés du Monastère, qui confondaient leur existence avec celle de la Communauté, Et que l’on maille pas croire que de tels actes se fissent à la légère, dans un premier mouvement de

générosité et de ferveur ; ces donnés avaient leur temps

de probation, une espèce de noviciat à faire, témoin ce passage des annales : “ En mars, (1709), la mère Cath. de l'Incarnation, supérieure, a assemblé les vocales, pour les avertir que l’année donnée au sieur Breloton et à sa femme pour s’éprouver, était écoulée, et qu’il fallait voir, de notre côté, s'ils allaient être reçus à titre de donnés. La conclusion a Cté affirmative.”

Ce sieur Breloton était un honnête homme de Charlebourg, qui s’engageait avec sa femme à travailler gratuitement pour la Communauté, ne demandant que le logement et l'entretien jusqu’à la mort, et une part dans les prières.

Un autre fait non moins digne de mention, est l’attachement de ces fidèles employés du Monastère qui, voyant la pauvreté des religieuses, deviennent souvent les bienfaiteurs de la Communauté, lui apportant leurs aumônes ou la constituant héritière de leur petite fortune. Ici, c’est Michel Blais qui amène triomphant à nos Mères “ un cheval de la valeur de 180 livres; là, c’est Pierre Mandin, qui leur fait par testament un don de 200 francs ; plus loin, c’est Nicolas Chauvet qui leur laisse à sa mort tout son bien au montant de 1000 livres. Dans le dernier cas, voyant que les parents du défunt avaient pris de l’ombrage de cette disposition du testament de leur fidèle domestique, les Ursulines n’acceptèrent que 346 livres. De plus, elles payèrent les frais de la maladie et des obsèques, firent chanter un service et dire trente basses messes, avec application pendant un an d’une communion et d’un cha-

pelet tous les mois, ainsi que de toutes les bonnes œuvres faites dans la Communauté ces jours-là,

Terminons par un trait qui semble réunir tous les autres, et qui doit compter pour beaucoup dans le tableau des mœurs du temps. Nous allons voir les grands et les petits, les laïques et les religieux, nous montrant que la probité et la vertu, à cette époque, Ctaient des titres à la considération tout autant que le rang et les richesses, Il s’agit d'un sieur Baudin, ancien contre-maître entré au service des Ursulines en 1721. ‘“ Etant fort attaché à notre Com-

munauté, disent les annales, il voulut s’y fixer pour le

reste de ses jours. Il nous proposa donc de le garder en santé et en maladie, jusqu'a ce qu'il plût à Dieu de disposer de sa vie ; de lui fournir en tout temps les choses nécessaires, faire raccommoder son linge et ses hardes ; de lui laisser tant qu’il vivra la chambre qu’il occupe, à moins qu'on ne veuille lui en donner une autre plus commode ; de ne pas exiger qu’il travaille comme ci-devant, la Communauté se contentant des soins de la surveillance, tant à l'égard des domestiques que sur les commissions du dehors. Le sieur Baudin stipulait enfin que l’on n’en prendrait pas d'autre pour le remplacer, tant qu’il serait en état de conduire les travaux domestiques. Il donnait à la Communauté 1500 livres, mais avec cette restriction, que dans le cas où il voulût aller ailleurs, les 1500 livres resteraient au Monastère ; que si, au contraire, nous venions à lui donner son congé, nous lui tiendrions compte du temps écoulé depuis le présent acte, sur le pied de 300 livres par an.

“ Ces propositions ont paru si raisonnables que nous les avons acceptées très-volontiers ; nous lui aurions même at-

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cordé tout autre chose qu’il eût demandé, en considération des services qu'il a rendus à la Communauté.”

Cette transaction se passait le 11 août 1744, et cinq ans plus tard, le nom du fidèle donné se retrouvait sur les Registres avec les détails suivants: “ Nous venons de faire une grande perte dans la personne d’un contre-maître, le sieur Baudin qui, depuis vingt ans, s'était dévoué au service du Monastère avec une constance et une fidélité admirable, C'était un homme d’une rare sagesse, d’une égale prudence, d’une douceur et d’une honnêteté qu'on ne trouve pas communément dans les personnes de sa condition. Il avait un attachement si vrai pour notre Communauté que, quoiqu’on ne lui eût donné que des gages trèsmodiques, il n’a jamais voulu s'engager ailleurs, où il aurait eu un salaire beaucoup plus considérable.

“ Le sieur Baudin était estimé de tout le monde, même des puissances de ce pays, le Gouverneur et l’Intendant, gui ont pris part à notre perte. Il était surtout remarquable par un grand fond de droiture, de bon sens et de vrobité, et si paisible qu’il était incapable de causer de la peine à qui que ce soit. Cette Communauté n’oubliera jamais les services qu'il lui a rendus si longtemps et avec tant d'affection; aussi, nous n'avons rien épargné pour lui marquer notre gratitude par les soins que nous lui avons donnés pendant su vie, et surtout dans sa dernière maladie, où tout à été employé pour prolonger sa vie et le soulager dans ses souffrances. Comme il avait refusé d'aller à l'Hôtel-Dieu où il était cependant très-estimé, nous avions engaué pour le: servir et le soigner, une femme expérimentée auprès des malades, et nous lui procurions toutes les douceurs possibles. Enfin il a eu toutes les assistances

désirables tant pour l’âme que pour le corps : prêtres et re-

ligieux, médecins et chirurgiens, allaient tour à tour le vi. siter et lui prodiguer leurs soins, et toug étaient charmés de ses bonnes dispositions. Il se trouva trois prêtres pour l'assister à sa mort, et ces messieurs publièrent hautement qu'il était sorti de ce monde avec toutes les marques de la prédestination, Nous lui fimes faire de magüifiques funérailles à la cathédrale, mais il fut enterré au cimetière commun où il avait choisi lui-même sa sépulture, Quel. ques jours après, nous lui avons fuit chanter un service solennel dans notre église,” Le Récit ajoute : “On con. tinua longtemps après à donner à ce fidèle serviteur des marques d'estime et de pieuse souvenance, par les prières, communions et autres bonnes œuvres qui furent offertes pour le repos de son âme.”

Il ne faut par terminer cet article sans mentionner le sieur de Beauchesne qui, moins riche que le sieur Baudin, use d’un petit stratagème pour se donner quelque droit à une part spéciale dans les prières de la Communauté. Pensant bien qu'un cercueil n’était pas chose à effrayer une religieuse, “il vient s'offrir à la Communauté pour faire les bières des religieusas qui mourraient de son vivant, à condition, dit le Récit, qu’on lui fasse chaque année une communion générale, ce à quoi nous avons consenti.” Nous ignorons combien de bières a faites le sieur de Beauchesne, mais nous admirons beaucoup l'esprit de foi et d’aimable simplicité qui présidait à de pareilles conventions.

Encore un petit trait: “ Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du passé avant qu’on les ait oubliées.” C’est Mlle Perthuis qui, le 21 novembre, “ «x traité la très-sainte Vierge à notre réfectoire, lui servant à diner et à souper, ce qu'elle a dessein de faire chaque année à

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pareil jour,” Ne croit-on pas voir ici une Isabelle de l'runce, et tant d'autres princesses, chitelaines ou pieuses dames du Moyen-Age, adresser à la sainte Famille ou à quelque saint favori en la personne des indigents, les mvilleurs plats de leur table, sanctifiant par là leurs jours de réjouissance ? La foi est bien vive quand elle s'empare ainsi des premières pensées, au milieu même des fètes extérieures, Au reste, ces pieuses pratiques ne sont qu'une conséquence de cette parole divine : “ Cc que vous avez fait an moindre des miens, c'est à moi-même que vous l'avez fuit.”

Mlle Perthuis avait done adress' ses hommages à la sainte Vierge comme à la premitre et principale Supérieure du Monastère : mais que fura-t-on de ce plat de choix, d‘posé au réfectoire à la place d'honneur, sous le regard bienveillant de Marie ? C'est un plat sacré en quelque sorte, et sa dernière destination ne sera pas moins sainte, ew selon le Récit: “La tout fut ensuite donné à une

uvre famille.”

Ce besoin qu'éprouve la foi de s'épancher et de se rendre sensibles les objets de sa dévotion, est parfaitement en hirmonie avec les mœurs de l'époque, et s'y montre par des pratiques dont plusieurs subsistent encore dans toute leur naïve simplicité, en plein dix-nenvième siècle, même en dehors du cloître, Témoin la pieuse coutume, dans nos cunpagnes, d'offrir les prémices des moissons pour les bonnes âmes ; de faire tout haut, en cominun, une prière, avant d'entreprendre un ouvrage périlleux : et autres semblables vestiges de la bigoterie des siècles du Moyen- Ag», dont le gran forfait est d’avoir donné la première plie à l'élément religieux, se tra luisant par des actions assurément peu nuisibles à l'humanité.

PRES Pa EAP

$10.--RÉGIME FÉODAL EN CANADA ;—SEIGNEURIE DE CROIX ET MESSE DR REQUIEM,

Le Régime Féodal! c'est encore rumener nos lectrices en pleiu Moyen-Ag, et rappeler à leur imagination sans doute les brillants tablsaux de chiteaux crénelés, de preux chevaliers et de gris troubadours, qui excitaient si fort leur enthousiasme lorsqu'elles triversiien, Gus leurs études ces siècles intéressants d: l'Histoire. La Nouvelle- France figure certainement, soas ce titre, d’une manière uu peu plus modeste que l’Ancienne, L2 Canida na pas vu ses seigneurs “se retirant dans larrière-saison, à l'intérieur de leurs châteaux crénelés, réunir dans une vaste salle pendant de longues soirtes d'hiver, les membres de leur famille et les vassaux fidèles, et Ià, assis dans leurs fauteuils taillés en ogive, donner audien’e aux tronbidours, qui chantaient pleins de verve et d’enthousiisme les exploits des chivaliers chrétiens.” Avonons c2pen lant que nos humbles manoirs n'en étaient ni moins gais ni moins heureux, Ces Saigneurs canadiens, protecteurs naturels de censitaires qu'ils avaient dû eux-mêmes se cho'sir, et aider à sCtablir sur leurs terres, devenaient en quelque sorte les patriarch2s des famiiles qui se groupuient d’abord autour de leur domuine, et qui divergraient avec le temps à une où deux lieuës de distane: dans le fief où la seigneurie, Aussi voyait-on très-souvent ces bonnes gens venir réclamer en tonte confiance pour parrain ou marraine d’un premier-né, Monsieur, Ma lame où Mulemoiselle, (titres qui, pris ainsi absolument, ne s’appli-

quaient qu'au seigneur, où à la seiyneuresse). Ceux-ci, de

leur côté, ne se refus dent pas à l'honneur, et grande était la joie dans lu famille, quand on rapportait du baptéme ce

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