‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 95 · DE STE · texte numérisé non relu

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fortuné filleul, avec force présents pour l'enfant, pour la mère et pour la fête ! Quelle reconnaissance envers le noble parrain ou la gracieuse marraine ! Et comment cuculer le nombre des filleuls et filleules qui, à l’époque des étrennes, assiégeaient avant le jour le mano r seigneuriul !. On dit même que le bon seigneur ne dédaignait pas la noce champêtre, ni la tourtière obligée, ni la succulente pyramide de crêpes, de beignets et de croquignoles de ces jours de fête.

Le système scigneurial, ainsi entendu et pratiqué, ne pouvait avoir au Canada les abus qui en ont amené labolition dans la vieiile Europe. Loin d'avoir été une source de maux et de vexations pour les censitaires, la tenure seigneuriale, au contraire, est considérée comme ayant grandement favorisé l'établissement du pays ; et il est généralement reconnu que, si les Canadiens peuvent se féliciter aujourd’hui d’être libres et assurés de leur nationalité, d'avoir une terre en jyroyre et de posséder des ressourees considérables de savoir, d’aisance et de nombre,

c’est en grande partie à la bienveillance et à la générosité

de leurs seigneurs, tant laïques que religieux, qu'ils en sont redevables, Toutefois en 1854, la volonté du peuple exprimée par le Parlement, a modifié l’ancien régime seioneurial, Ce changement était peut-être opportun, vu l'agrandissement du pays et les circonstances particulières de notre époque. Le Parlement accorda aux seigneurs une juste indemnité,

Mais entrons ici dans quelques aftails particuliers à notre Monastère, qui nous fassent apprécier encore davantage les bonnes choses du temps passé,

Les Ursulines de Québec avaient donc aussi été créées

seiyneuresses, rendant ct recevant “ foi et hommage, avec

haute, moyenne et basse justice.” Dès 1637, une étendre de terre d’une lieune de front, sur la rive sud du fleuve À trente-six milles au-dessus de Québec, et de dix lieues de profondeur, avait 6té destinée par la compagnie des Cent- Associés, pour une communauté de religieuses enscignantes, et nos Mères, comme on le sait, furent les jremières à emporter ce lot: La compagnie ne s'était réservé aucun droit de Quint (1) ni autre, les Religieuses Ursulines étant simplement tenues à offrir tous les ans des prières pour les bienfaiteurs, et à faire venir des colons de France pour peupler leur seigneurie. Cette dernière clause n'était pas la plus facile à remplir, car il fallait que les familles fussent en assez bon nombre, pour les isoler sans danger de la part des Iroquois sur ces terres nouvelles, Cet établissement ne put commencer qu’en 1647. On voit que le 12 septembre de cette année, le R. P. Jérôme Lilemant voulut bien aller prendre po:session de cette propriété au nom de li Communauté, posant de sa main les bornes pres-

(1) Droit de Quint, c'est-à-dire, droit du Roi de recevoir la cinquième partie du prix de vente d'une seigneurie. Les autres droits seigneuriaux étaient comme suit : 19 Lods et ventes : droit du seigneur de recevoir la douzième partie du prix de veute d'un innneuble dans sa seigneurie ; si le bien passait du pére aux enfants, il n'y avait rien à payer. C'est ainsi que dans plusieurs seigneuries, des biens ont été cent ans, deux cents ans, sans donner un sou de lods et ventes ; 2° Droit de retrait: le svisneur pouvait sous un délai déterminé, racheter un immeuble, en payant au vendeur la somme qu'un autre s'était engagé à donner: 3° Rente foncière ; dans le distrier de Québec, et de la part des Communautés religieuses dans tout le pays, cette rente n'excédait pas deux sols par arpent ; 4° Droit de banalité : Le censitaire était obligé de faire moudre au mouiin du seigneur tout grain récolté et consumé dans la seigneurie ; Je seigneur de son côté devait faire construire et entretenir un moulin couvenuble,

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cites par Ja loi, et honorant du nom de Ste-Croix cette sciuneurie monastique, Peu après, on y avait réuni une quarantaine de familles autour d'une petite chapelle, et M. de la Taille était nommé curé de la nouvelle paroise. De mono, il n'y en avait pas d'autre que le cloître des Ursulines sur le vieux rocher de Stadaconé, mais en revanche, le moulin banal fonctionna, au bon plaisir des censitaires, et du cours d’ean, qui suffisait plus où moins.

Nos registres nons indiquent parmi ces premiers censituires, six familles Hamel, quatre familles Biron, trois familles Boisvert, Gauthier, Lemay, Dauphin et Hou le, deux failles Grenier, Silvestre, Lambeit, Bergeron, Legendre &e,

Tout varaît avoir été à merveille sur la vaste seigneurie, cr vers 1700, dans un compte-rendu à l’intendant Champiguy de l'état de la Communauté à cette époque, on touve: Notre seigneurie de Ste-Croix, quand nous en sonnes payées, nous donne 141 livres.” Ce n’était pas à écraser les censitaires, comme on le voit,

En 1734, il s'agissait de bâtir une Celise sur la scigneudie; voici les termes de la délibération des Ursulines, ‘ Comme nous n'avons pu fournir le terrain nécesaire pour l bâtisse de l'église et du presbytère, dans notre seigneurie de Ste-Croix, nos anciennes Mères ne s'étant pas réservé de domaine, et n’y ayant plus de terres non concédées en lieu convenable, proche du Saint-Laurent, nous croyons qu'il est de notre devoir de réparer maintenant cette omission, Cest pourquoi, dans lintention de contribuer à la subsistince de M. le Curé, nous avons consenti à lui céder les doits que nous avons comme dames du lieu, sur une terre qu'il a achetée pour lui et ses successeurs, lui remettant les lods et ventes; de plus, 60 livres que doit la dite

terre en arrérages de rentes. Au surplus, nons consentons à laffranchir pour toujours des rentes qu’il devrait payer annuellement à notre Communauté, ne demandant à M. le Curé qu’une Messe de Requiem à perpétuité, dans loctave de la fête de sainte Ursule. pour les religieuses décidées et qui décèderont dans notre Monastère,”

“ Les temps étaient durs,” et en 1737, l'édifice sacré n’était pas encore achevé. Les Ursulines, qui venaient de finir leur église au prix de mille sacrifices, ne pouvaient aider leurs censitaires aussi efficacement qu’elle leussent désiré ; elle firent voir cependant que la générosité était le besoin le plus pressant de leurs cœurs : “ Nos kubitunts de Ste-Croix voulant nonobstant leur pauvreté faire un effort pour achever leur Celise, ils ont demandé qu’on leur donnât encore les revenus du moulin pour cette annte, La Communauté, charmée de leur zèle pour la maison du Suigneur, a consenti volontiers à leur accorder pour la troisième fois ce secours.”

Nous tenons à constater que, pendant deux cents ans, le droit de banalité n’a suscité ni poursuite de la part des dumes Seigneuresses, ni plaintes de la part des censitaires, Pourtant le bon vieux moulin manquait souvent d’eau ; alors aussi tout simplement il manquait de grain ; les censitaires allaient faire moudre ailleurs et la bonne harmouie n’en souffrait aucunement, En 1857, lorsque M. Lazare Lefebvre, agent des Ursulines pour la seigneurie de Ste-Croix, soumettait l’état des rentes foncières devant la coumission de la Tenure Seigneuriale, il ne trouva pas un seul censitaire qui prétendît avoir été lésé en quoi que ce fût. (1)

(1) C'est à Ste-Croix, qui se trouve la pointe du # Platon,” si souvent mentionnée dans les premiers temps de la colonie.

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