‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 95 · S11.—BARONNIE DE PORTNEUF ET ÉGLISE DES TROIS-SŒURS · texte numérisé non relu

S11.—BARONNIE DE PORTNEUF ET ÉGLISE DES TROIS-SŒURS

En face de la seignenrie de Ste-Croix, sur la rive nord du Saint-Laurent, se trouve la Baronnie de Portneuf, d’une lieue et demie de front sur trois de profondeur, Cette seiuneurie, acquise par la Communauté en 1744, nous appartenait encore tout récemment,

Concédée en 1647 par la compagnie des Cent- Associés à M. le Neuf de la Potherie, la seigneurie de Portneuf devint vingt-quatre ans plus tard la propriété de M. René Robineau de Bécancour, en faveur duquel elle fut Crigée en baronnie par Louis XIV, qui reconnaissait par là les services que cet ancien officier du Régiment de Turenne avait rendus à la couronne.

En 1743, Mlle Robineau, sœur du second baron, fit passer par mariage l: seigneurie à la famille de Croisilles, Onze ans après, elle était acquise par M Petit, trésorier du Roi et conseiller au Conseil Souverain, à la mort duquel Portneuf resta en héritage à ses trois filles.

Un de nos amis, M. Dumont, lieutenant de la marine Royale, ayant épousé une des trois sœurs Petit, songeait à régler le partage de la propriété entre sa femme et ses deux belles-sœurs, dont l’une était religieuse et l’autre pensionnaire dans notre maison.

Il y avait des charges à remplir, des terres à concéder, des revenus à percevoir, -des rentes à payer aux héritiers

tobineau, en un mot, des devoirs qui parurent très-onéreux à un officier au service de Sa Majesté, presque toujours absent de son manoir.

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Il se décida à la seigneurie, croyant qu'il lui serait plus

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de l'argent.

“ La Communauté ayant accepté, nous eûmes imméd'a. tement à avancer 1920 livres pour quint au Roi; de plus 1200 livres à Mme Dumont, et une rente viagère de 300 livres à Mme KRobinean de Croisilles, sur un capital de 6000 livres, remboursable après sa mort aux héritiers

de Croisilles.” Le tout nous semble bien grassemeut payt.

Quelques particularités maintenant sur notre ancienne seiuneurie de Portneuf, Une tradition populaire assiune encore aujourd'hui à l'église paroissinle du Cap-Santé (seigneurie de Portneuf), un nom qui rappelle celui des anciennes scigneuresses, les Dlles Petit; et l'église des Trois-Sœurs attestera longtemps que si les tires et les honneurs passent vite en ce monde, les plus petits sonvenirs religieux sont ineffacables dans l'esprit de notre peuple, Une simple église de campagne répare et em bellie par trois jeunes Dlles assure à leur nom en quelque sorte le privilége de limmortalité,

Cette église des Trois-Sœurs, bâtie à une lieue de distance de la chapelle primitive qui était auprès du vieux manoir, avait été bénite en 1718, par M, Ch3-F, Morin, curé de la paroïsse, qui en avait entrepris et dirigé luimême la construction,

De 1744 à 1801, les Ursulines de Québec firent valoir, par un agent, la seigneurie et le moulin de Portneunf, E 1759 et GO, tout y fut ravagé: les clôtures furent brisées, les granges pillées, les bestiaux enlevés, par la cavalerie française dont les liaves, abandonnés de la mère patrie etrepoussés par les forces britanniques, manquaient de tout et mouruient de faim. Les profits de lu seigneurie à cette

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époque furent donc à peu près nuls, à peine restait-il dix pauvres chapons dans toute l'étendue de la baronnie,

En 1789, la redevance annuelle de Portneuf était de 447 livres, trois cent trente-deux chapons vifs en plumes, soixante et treize journées et demie de corvée, et le 11e de tous poissons, le tout rendu au Monastère à la Saint-Martin.

A Portneuf comme ailleurs, cette époque de la Saint- Martin était de fait le dernier terme de la liquidation des comptes, qui souvent se trouvaient tous réglés dès la Toussaint. Alors le fermier ou habitant se retirait sur sa terre pour jouir du fruit de ses labeurs. Chacun utilisait

ses petites industries : on devenait au besoin charpentier pour faire anx bâtiments les réparations nécessaires, ou pour renouveler l'outillage et l’ameublement de la ferme : les femmes, de leur côté, filaient le lin et le chanvre, ou fabriquaient des toiles et des étoffes. On battait son grain, on sciait son bois, on s’occupait des mille détails de la basse-cour, prenant toujours sa bonne heure pour fumer

h pipe et faire la conversation. Mais c'était surtout pendant les longues soirées d’hiver, à partir de N.:D. des Avents jusqu’à la onzième heure du fameux Mardi Gras, qu'on en avait à cœur joie au village et jusque dans les concessions les plus reculées! Parties de cartes, danses, jeux divers, tout cela se donnait à tour de rôle. Il y avait donc joyeuses veillées, mais veillées en famille, bien entendu, et où les survenants n'étaient pas to jours admis: le plaisir n’en était que plus pur et plus vif (1). Cet état de choses subsiste encore dans les compagnes retirées, où la vapeur et les voies ferrées, en activant le commerce et apportant en toute saison mille adoucissements autrefois

(1) Voir livret sur les réunions de famille par Mgr Ignace Bourget, évèque de Montréal.

inconnus, n'ont pas introduit en même temps un changement de mœurs, souvent plus regrettable que les améliorations matérielles n’ont été avantageuses, O mœurs de nos aïeux, pourquoi tendez-vous à disparaître ? pourquoi faites-vous place à des usages souvent si nuisibles et au corps et à l'üne !

Pour revenir à la seigneurie de Portneuf, il y a déjà assez longtemps que l’on ne voit plus arriver à la porte du Monastère, à la Saint-Martin, la troupe des chapons vifs en plumes, pieds et poings liés mais gosier libre, et dont la prise de possession par nos Mères devait offrir un spec-

tacle assez curieux, - Les Ursulines se crouvèrent, tout aussi bien que M. Dumont, un peu trop loin de leur manoir, et en 1801, elles cédèrent pour cinquante ans, par bail emphytéotique, les deux seigneuries de Ste-Croix et de Portneuf. Ce bail passa de M. MeNider, négociant de Québec, à M. Coltman, puis à l’'Honorable Ed. Hal, moyennant une rente annuelle de 1800 livres, et 750 minots de bon blé “nonobstant quelque accident qui pût arriver.”

C'était au moins un profit clair et net et qui donnait peu de soucis. Le bail expiré, les Ursulines trouvèrent encore plus commode de se défaire tout à fait de l’une de ces propriétés : elles conservèrent la seigneurie primitive de Ste-Croix, (1) et vendirent en 1854, à M. Angus Mc- Donald, la baronnie de Portneuf, qui appartient aujourd’hui à une ancienne élève, Mile Clara Symes, fille de feu G.-B. Symes, Ecr.

(1) En 1810, le quart de la seigneurie de Ste-Croix, fut enlevé aux Ursulines par un arpenteur maladroit, qui traçait le Grand Chemin Craig, Cette injustice fut en partie réparée en 1e, grâce à la bienveillance de lord Aÿliner,

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S12.—TRANSLATION DES RESTES MORTÉLS DE NOS CIENNES MÈRES ;— TÉMOIGNAGES RENDUS A LA SAINTETÉ DE LA VÉN, MÈRE MARIE DE L'INCARNATION.

Sur la fin d'avril 1724, eut lieu au Monastère une cérémonie profondément émouvante. Il s'agissait de transférer du caveau de l’ancien chœur (1) à celui du chœur actuel, les dépouilles mortelles de nos chères anciennes Mères, surtout les corps de Mme de la Peltrie, de notre Véucrable Mère Marie «te l’Incarnation et de la Mère Saint- Joseph de la Troche. Après avoir été lavés avec une religieuse vénération et une affection toute filiale, les ossemeuts des trois fondatrices furent d'abord mis en des caisses séparées; les autres (2) furent réunis dans une eaisse commune, que l’on déposa dans le caveau neuf.

On se décida en dernier lieu à réunir les précieux restes des trois fondatrices, probablement pour avoir l'avantage de les mettre dans une caisse de plomb, probablement aussi, vu l’impossibilité de confondre ces ossements, la Vén Mère M. de l’Incarnation étant grande et fortement

(1) L'ancien chœur des religieuses se tronvait où est actuellemeut Je réfectoire du demi-pensionnat, y compris les corridors voisins, Le caveau dont il est ici question était au-dessous,

(2) Ces anciennes Mères étaient, par ordre de décès: les Révérendes Mères P, Boulogne de Saint-Dominique, A. Le Bugle de Ste-Claire, À. Le Boue de Notre-Dame, M. de Villiers de Saint- André, C. Richer de Sainte-Croix ; aussi les Sœurs Saint-Laurent, Ste-Marthe et Ste-Ursule, converses. |

D'après sa notice de décès, la Mère de Flécelles de Saint-Athaue, morte en 1695, fut inhumée au lieu qui servait de chœur, c'est à dire sous l'appartement contigu à l’aucien vieux dépot.

constituée, Mme de la Peltrie, au contraire, petite et délicate, On sait que les ossements de la Mère Saint-Joseph se distinguaient par leur blancheur (1). La caisse de plomb, destinée à renfermer ces inappréciables trésors, fut confectionnée avec les parties intactes du cercueil de Mine de lu Peltrie, ainsi que le démontrent les fragments d’inscription que l’on y voit encore,

Pour avoir une idée des sentiments de vénération et de piété filiale avec lesquels se fit cette translation, il suffit de savoir que la supérieure d'alors était la Mère M.-Madeleine Amiot de la Conception, une de ces élèves françaises qui avaient eu le bonheur de recevoir les dernières bénédictions de la Vén. Mère, à son lit de mort. L’assistante était la Mère Catherine Pinguet de lIncarnatiou, qui avait recueilli le nom de la sainte Mère au cinquième annivergsaire de sa précieuse mort, La plupart des autres religieuses, ou l'avaient connue, ou étaient les enfants de celles qu’elle avait formées à la vertu.

La note qui indique la réunion des ossements, dit que la caisse de plomb, renfermant les corps des trois fondatrices sus-nommées, fut placée au-dessous de la grille de communion comme au lieu le plus honorable de notre chœur. Elle ajoute : “ Et voici dans cette boîte ce que j'en ai réservé pour satisfaire à la dévotion des personnes qui en demandaient, et qui en voudront dans la suite.”

Cette année 1724, était précisément celle où le R. P. de Charlevoix S. J., publiait à Paris son abrégé de la vie de la Vénérable, qu’il dédie à la reine Élisabeth à Espagne, et dont la préface commence ainsi : “ Redevable comme j'ai lieu de le croire, aux mérites de la Fondatrice des

(L) Voir tome I, p. 243 (deuxième édition),

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Ursulines du Canada, de ce que je n'ai pas fini mes jours dans une terre étrangère à la fleur de mon Âge, il m'a semblé que je ne pouvais rien faire de moins pour honorer ma bienfaitrice que de la bien faire connaître au public. Ce n’est pas qu'elle lui ait été inconnue jusqu'ici : les éloges qu’en ont fait de très-grands hommes, et ses propres ouvrages, où l’on admire un goût exquis, une raison saine, un génie sublime, et cette onction divine qui distingue si bien les écrits des Saints, l'ont déjà placée au rang des plus illustres femmes...” L'auteur, après avoir suivi son héroïne à travers les différents états de vie, s’élevant de degré en degré jusqu'aux plus hauts sommets de la sainteté, conclut par ces paroles : “ Ainsi vécut, ainsi mourut l'illustre Marie de l’Incarnation. L'histoire nous présente peu de femmes qu’on puisse lui comparer; et je crois que personne de ceux qui se donneront la peine d'examiner attentivement ses actions et ses écrits, ne fera difticulté d'en convenir... On peut dire qu’au moment qu’elle cessa de vivre, la voix publique la canonisa dans tous les lieux où elle était connue...”

On sait que le R. P. de Charlevoix, homme très-érudit au jugement d’un grand nombre d'écrivains, avait parcouru le pays pendant plusieurs années dans le but spécial d'écrire son Histoire du Canada, qu'il publia en 1720.

C'était une cinquantaine d’années après la mort de lu Vénérable,

tien d'étonnant que l’on ait entretenu, à cette époque, un si grand espoir de voir introduire la cause de Canonisation de la Mère Marie de l’Incarnation. Les documents du temps prouvent que l’on y travailla réellement, tant en Canada qu'en France. Les embarras qui survinrent dans le gouvernement ecclésiastique du Canada, puis les

guerres ; d'autre part, l'éloignement, la difficulté des com. munications avec l'Europe, étaient des ob tacles sans cesse renaissants., Les choses en étaient là, quand la conquête du pays par l'Angleterre vint reléguer ce eher espoir dans un avenir dont personne ne pouvait sonder l'issue,

Nous dirons à l’année 1833, sous quelles circonstances se fit l'ouverture de la caisse de plomb, et comment fut alors recueillie l’eau du tombeau dite miraculeuse,

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