‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 28 sur 95 · LE MARQUIS DE VAUDREUIL · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE VAUDREUIL

Depuis les jours de Champlain, aucun gouverneur n'avait été en fonction douze années consécutives, Le marquis de Vaudreuil, par une heureuse exception, put longtemps jouir de la félicité du peuple et recueillir ses bénédietions à sa dernière heure, ‘“ Cette année 1725, dit le Récit, tout le pays a été plongé dans le deuil par la mort de notre excellent gouverneur, le marquis de Vaudreuil, décédé au château Saint-Louis ce 10 octobre, à l'âge de 84 ans. Il a été pleuré avec justice, car sous sa vigilante administration, le Canada a joui d’une prospérité jusqu'alors inconnue. Pendant 22 ans, le cultivateur, le commercant et le militaire n’ont eu également qu'à bénir son non.”

Le marquis de Vaudreuil (1) était entré de bonne heure

(1) Philippe de Rigand de Vaudreuil, appartenait à une famille originaire du Lunguedoe, dont le chef était scigneur de Vaudreuil, lu Bécède et Ariuc (Dép. de l'Aude). Leur noblesse datait de loin, de 1249 et au dela. Le frère de Philippe de Rigaud tnt Je Louis de Rigaud, chevalier, seigneur et baron de Vaud | Faget. 11 épousa en 1629 Marie de Chateau-Verdu elle était héritière de sa fumille, sa seigneurie d’Au

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au service, Après le siége de Valenciennes, où il s'était distingué, il fut promu au grade de commandant ctenvoyé au Canadu à la tête de 800 hommes, On le vit voler au secours de Montréal lors du massacre de Lachine, accourir avec le même empressement à la défense de Québec assiégé par Phipps, suivre avec intrépidité Frontenac dans ses expéditions contre les Iroquois. C'est en retour de ses services sur terre et sur mer qu'il reçut, en 1702, la seigueurie qui porte son nom dans le district actuel de Montiéal, Il était alors depuis trois ans gouverneur de Ville-Marie,

Dès l'année 1690, époque de son mariage avec Mlle Louise - Elisabeth de Joybert-Marson (1), le peuple se plaisait à voir en lui le futur gouverneur du Canada, Aussi à la mort du chevalier ds Caillières, en 1703, les Canadiens le demandèrent-ils avec instances au Roi, La cour de Versailles affecta de n’avoit pas pour agréable cette nomination, mais ce n’était qu’à raison de l'alliance du Marquis avec une Canadienne. Le gouvernement francais craignait les alliances de ses premiers fonctionnaires avec les familles des colonies où il les envoyait commander, et ce principe est encore celui du bureau des affaires étrangères de Downing Street,

partagée entre les Rigaud et les Montesquiou, De leur douze

enfants, trois nous intéressent particulièrement : Philippe, depuis

gouverneur du Canada ; Murie-Georgette, qui se fit religiense

Clarisse au couvent des Ormenux à Castres ; et Anne de Rigaud

de Vaudreuil, qui épousa Le 13 oct. 1647, noble homme Pierre

d'Adhémar de Lantagnac, seigneur d'Escaves. Elle est uïieule gieuses de Lantagnac.

e-Jacques de Joybert, seigneur de Soulanges-Marson, it, selon M, l'abbé Ferland, d'un échauson de Charles VI le France.

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Après s'être un peu laissée prier, la cour de Versailles accéda aux vœux des Canadiens. Le marquis de Vaudreuil avait une longue expérience des affaires du pays, et une sagesse qui lui aplanissait mille difficultés; d’un autre côté, sa vaillance personnelle le faisait également respecter des Français et des Sauvages, On a vu avec quelle activité et quelle énergie il s’occupa de la défense du pays, antérieurement au traité d’Utrecht.

La marquise sa femme ayant été nommée en 1709 sousgouvernante des enfants de France, il consentit à cette séparation, prévoyant peu que les honneurs qui seraient par là assurés à ses enfants deviendraient vour eux la source des plus amers chagrins.

En 1714, le marquis de Vaudreuil fit un voyage de deux ans en France. Louis XIV l’aimait, aussi la mort du Grand Roi fit-elle une profonde impression sur son esprit,

De retour à Québec, il s’aspliqua plus sérieusement que jamais à procurer le bien public. En maintenant les 1roquois dans la neutralité, il assurait les progrès de l’agriculture. Les fortifications de Québec furent reprises sur les plans de M. de Léry. Ses efforts pour amener une émigra. tion plus considérable allaient en recevoir quelque encouragement, quand le naufrage du Chameau, qui portait 250 passagers, répandit le deuil dans la colonie. “ Le 28 août 1725, disent les annales, le (hameau, navire du Roi qui venait en ce pays, périt près de l’île Royale, sans qu’on ait pu savoir la cause d’un si fâcheux accident, personne ne s'étant pu sauver de ce naufrage, que l’on n’a appris que par les débris du bâtiment et par les cadavres trouvés a rivage, où la mer les avait jetés, et dont plusieurs ont tté reconnus. Ce naufiage a été considérable pour le Canada,

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le navire étant chargé de provisions et d'argent pour les troupes ainsi que pour les particuliers. Mais le plus grand malheur a été la perte de grand nombre de personnes de mérite, tant ofliiciers qu'autres passagers, appartenant aux premières familles du pays. Il y avait à bord un inteudant (M. de Chazel) qui venait remplacer M. Bégon.” Quelques semaines après ce sinistre, la mort du marquis de Vaudreuil mit le comble à l’aflliction publique. S'il avait aimé le Cenada, il avait été payé de retour, et c’est à bon droit qu’on l'a surnommé : le Bien-Aimé du peuple. Le marquis de Vaudreuil se montra constamment le sincère ami de notre maison. Quant à Mme de Vaudreuil, nos lectrices aimeront sans doute à connaître quelle impression fit à la cour cette ancienne élève du Monastère, D'abord à son passage en France, en 1709, le vaisseau sur lequel elle se trouvait tomba aux mains des Anglais. Le capitaine, frappé de la dignité de sa personne, la traita avec le plus grand respect et la fit conduire près du Havre-de- Grâce. A la cour, son mérite personnel et sa conduite irréprochable Jui conciliérent lestime et l’amitié de tous. Saint-Simon, dont le témoignage ne saurait être suspect en fait d'éloges, dit que madame de Vaudreuil ctait bien supérieure à sa place. Nous ajouterons volontiers, avec l'historienne de l'Hôtel-Dieu, qu’ “il est glotieux à la Nouvelle-France, qu’une dame née à lAcadie, et nourrie en Canada, se soit fait admirer dans le centre même de la politesse, jusqu’à être choisie pour élever des princes.” Dans ses dernières années le marquis de Vaudreuil, épuisé par l’âge et les travaux, sentait parfois défaillir son énervie et sa fermeté, Madame de Vaudreuil, de retour au pays, soutenait son mari dans ses doutes et ses lassitudes ; elle était, dit M. l'abbé Ferland, £hoinme de la famille, ?1

Nos annales disent que Mme la marquise de Vaudreuil passa en France l’automne même de la mort du Gouverneur. Elle n’était âgée que de 52 ans.

Le marquis de Vaudreuil avait été habilement secondé dans son administration par les intendants de Beauharnais, Raudot et Bégon. Nous trouvons dans les annales À l’année 1705: “ Notre Communauté vient de perdre un précieux ami en la personne de M. de Beauharnais, intendant en ce pays depuis trois ans, et qui nous a obligées de toutes manières. Il a été rappelé pour son rare mérite, le Roi l'ayant nommé intendant général de la Marine. Il s'est embarqué sur la fin d’octobre, au regret de tout le pays. Il était aimé de tout le monde, grands et petits. Il était grand ami des gens de bien, surtout des ecclésiastiques et des RR. PP. de la Compagnie.”

M. le chevalier Bégon était beau-frére de l’intendant de Beauharnais par sa femme, Mile Jeanne-Elisabeth de Beauharnais. Ses rapports avec notre Communauté furent aussi des plus bienveillants. Ses trois filles comptent parmi les élèves du Monastère, une d'elles même y décéda et fut, par un privilége spécial, inhumée dans le caveau des religieuses,

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