S14.—MORT DE MGR DE SAINT-VALIER
Une perte non moins grave qu'affligeante rendit mémorable l’année 1727. Les jours du premier pasteur aussi étaient comptés, et le 26 décembre fut le dernier terme de l'existence terrestre de Mgr J.-B. de la Croix de Saint- Valier. Né en 1650, au château de Chevrières, ce digne prélat avait eu pour père Jean de la Croix, seigneur de Chevrières et comte de Saint-Valier, dont il avait reçu des
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exemples admirables de vertu. Se sentant appelé au service de Dieu, le futur évêque du Canada abandonna généreusement à son frère aîné (1) les titres et les possessions de la terre, heureux de ne se réserver que l'héritage du ciel. A peine entré dans l’état ecclésiastique, il fut fait chanoine de Saint-André, à Grenoble. Bientôt après, on lui offrit successivement plusieurs évêchés de France, mais il les refusa; et quand Louis XIV le nomma, à l’âge de 35 ans coadjuteur à l'évêché de Québec, il n’accepta cette dignité qu'à la prière de Mgr de Laval, dans la pensée ‘ qu’il pourrait remplir sans contrainte au milieu des sauvages les sublimes fonctions de l’épiscopat.”
Nous avons déjà fait connaître à nos lectrices les principaux événements de la vie de ce vénéré pasteur ; ajoutons que, retiré depuis plusieurs années à l’'Hôpital-Général dont il était fondateur, il vivait au milieu de ses pieuses Hospitalières et de ses chers pauvres, avec une simplicité digne des premiers siècles de l'Eglise ; l’ancien aumônier de Louis XIV, après avoir loué au profit des pauvres son palais épiscopal, s’estimait heureux de remplir les pénibles fonctions réservées au chapelain d’un hôpital.
De sa solitude chérie de N.-D. des Anges, le zélé pasteur étendait sa vigilance à tous les points de son vaste diocèse, donnant à chaque partie de son troupeau sa part Sa mort fut longtemps regardée comme une calamité publique. Voici le texte du Récit : “ La mort nous à enlevé Myr de Saint-Valier, second évêque du
(1) Ce frère ainé de Mgr de Saint-Valier était Henri-Bernard de ja Croix, mestre de camp d'un régiment d'infanterie, et gouverneur du château de Laval, Il n'eut qu'une sœur, Anne de la Croix, mariée à M. de Saint-André, président du parlement de Greuvble,
Canada, qui avait succédé à Mgr de Laval. Il est décédé le 26 décembre de cette année 1727, universellement reuretté de tout le diocèse, Aussi était-ce un prélat d’un mérite très-distingué, joignant à une illustre naissance plusieurs grandes qualités naturelles : un esprit vif et pénétrant, beaucoup de politesse, surtout un grand courage qui lui faisait dévorer tous les travaux et fatigues des missions, tant dans les plus crands froids de l'hiver que dans les chaleurs de l'été, pour administrer le sacrement de Confirmation dans les paroisses les plus éloignées. Les
Mgr de Saint-Valier est un homme si remarquable dans le pays que nous croyons devoir ajouter ici quelques notes dues à l'obligeance de M. Ferland ; ces notes font connaître à quelle fiuniile de saints le digne évèque appartenait.
Son aïeul, M. de lu Croix, seigneur de Chevrières, était conseiller au parlement en 1578, avocat-général en 1585, intendant des finances de Parmée du due de Mayenne en Dauphiné en 158, enfin intendaut des finances de Henri IV en 1595.
Devenn veuf, il embrassa l'état ceclésiastique, Ienri IV le nomma à l'évêché de Grenoble, et Marie de Médicis le choisit pour être son conseiller ordinaire. Il assista aux Etats-Généranx en qualité de conseiller d'Etat, et plus tard à l'assemblée des Notubles,
Il imourut à Paris en 1619, durant Passemblée du Clergé, et fut enseveii dans le tombean de ses pères dans l'église de Saint- Bernard à Romans (Drôme),
L'oncle de Mgr de Saint-Valier, Alphonse de la Croix, seigneur d'Omacieux, entra de bonne heure dans le saccrdoce. Apiès avoir recu la consécration épiscopale, il fut pendant quelques années coadjuteur de son père, et Jui succéda en 1619 sur le siéve de Grenoble ; ayant donné sa démission l'année suivante, il se ; tira à Suinut-Marcellin, il mourut en 1637.
La seconde branche de cette famille existe encore en France.
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vertus qui ont le plus éclaté dans ce digne prélat, et qui ont fait le caractère particulier de cette grande âme, sont l'humilité, la mortification et la charité pour les pauvres. Cette dernière lui a fait fonder les établissements de l'Hôpital-Général de cette ville et des Ursulines des Trois- Rivières, en faveur desquels il se dépouillait de tout, même de son nécessaire ; ces fondations seront un monument éternel de son amour pour les membres souffrants de J..C, et de son zèle pour l'instruction de la jeunesse.”
A la mort de Mgr de Saint-Valier, il s’éleva, surtout à Québec, de déplorables difficultés par des malentendus, ües conflits de juridiction ecclésiastique et civile, qui sont consignés pour la première fois dans la troisième édition (1) de l'Histoire de M. Garneau. Des papiers, rapportés de France par M. l'abbé Ferland, et en particulier une lettre de la Mère Ste-Hélène de l'Hôtel-Dieu de Québec, contenant une foule de faits intéressants sur le pays, de 1717 à 1758, ont mis depuis peu nos historiens en mesure de donner d’amples détails sur ce sujet.
Ces difficultés procédèrent de la diversité d’opinion sur le légitime représentant (2) de l'autorité ecclésiatique ; de là de pénibles différends, une souffrance générale, dont les communautés de la ville eurent à subir leur bonne part, comme le fait remarquer la Mère Ste-Hélène. L’impossibilité de communiquer promptement avec l’Europe, soit
1) Tome IT, page 117.
( (2) Mgr de Mornay nommé depuis quatorze ans coadjuteur de Mgr de Saiut-Valier, n’était jamais venu en Amérique, à raison de son âge et de ses infrmités, Il avait donné aux grands vicaires du diocèse et au doyen du Chapitre le pouvoir de le remplacer en Canada,étant Ini-mêème administrateur de l'archevéché de Cambrai devenu vagant pur la mort de l’illustre Fénélon.
pour le civil, soit pour l’ecclésiastique, tendait à prolonger ces débats regrettables, qui durèrent jusqu’à l’arrivée de Mgr Dosquet en 1729 (1). Tous les troubles s’apaisèrent aussitôt que parut le premier pasteur, chacun s’empressant de lui donner toutes les marques possibles de soumission et de respect. La meilleure preuve de la bonne foi des partis opposés, c’est que, de part et d'autre, on fut heureux d'effacer tout vestige de ces tristes contestations.
Selon leur coutume, nos Mères avaient enregistré, tous les événements de cette époque ; mais conformément au désir de Mgr Dosquet, elles retranchèrent ces pages de leurs annales.