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marquis de Denonville ; on se souvient de la guerre et des massacres de 1689, Sans entrer ici en de plus amples détails, nous dirons que le bon missionnaire, ayant été pris comme il exerçait le saint ministère à l'égard d’une personne mourante, fut à l'instant condamné à mort, Déjà les [roquois, furieux, se préparent à jouir du spectacle sanglant de son supplice, Le bû“her se dresse, les jeunes gens s'assemblent pour insulter à l’homme de Dieu, les enfants mêmes s'attroupent pour le tourmenter, Tout à coup, une femme octogénaire, forte et agile, s'avance au milieu des farouches guerriers : “ Rendez-moi mon neveu !” s'écrie-t-elle d’une voix ferme, La troupe fait silence, et la regarde sans trop d’étonnement, On sait qu'il y avait parmi ces sauvages des lois d'adoption, ou plutôt des coutumes, en vertu ‘desquelles un prisonnier où condamné quelconque pouvait être délivré, si une matrone de la tribu le réclamait, Ce fut en conséquence de ce privilége que cette bonne Iroquoise arracha le saint missionnaire des mains de ses bourreaux, Ce fut aussi sans doute aux privres de celui qu’elle avait délivré, qu’elle dut la grâce d'ouvrir enfin les yeux à la vérité et de se faire chrétienne,
S18.—MLLE DOROTHÉE JERYAN ET LES DERNIÈRES PROFESSES AVANT LE CENTIÈME ANNIVERSAIRE,
Il est temps de présenter à nos lectrices les nouveaux membres de la famille wrsuline qui se trouveront à la glorieuse fête, que déjà l’on prépare, et dont nous aurons bientôt le plaisir de rendre compte.
A la porte du cloître frappait, en 1720, une jeune personne qui aspiruit de toute son âme à la faveur d’être admise au nombre des filles de la bienheureuse Angèle, Si nos lectrices nous demandent son nom, nous leur répon-
drons qu’à Québec, on ne lui en donnait pas d'autre que celui de l« jeune OCaptive. Ce n'était pas, en effet, une jeune personne élevée à l'ombre du toit paternel, sous les yeux d’une mère chérie ; c’était l'enfant de la Providence, l'enfant de Celui qui nourrit les petits oiseaux. Après avoir veillé sur sa protégée dans la pro. fomdeur des forêts, le Seigneur l'amenait enfin dans sa maison pour le bénir et le louer le reste de ses jours.
Mlle Dorothée Jeryan, anglaise de nation, appartenait, paraît-il, à une famille établie dans les environs de la buie de Massachusets. Enlevée à peine âgée de quatre ans par un parti de sauvages Abénaquis, elle fut adoptée par une famille de cette tribu et traitée avec une extrême bonté. Nous ignorons complètement le, sort des parents de la jeune captive, cette dernière étant trop jeune pour se souvenir de ce qui arriva au moment où elle fut enlevée à Jeur tendresse ; mais nous savons que la famille sauvage qui l’avait adoptée, conçut pour Dorothée une affection si tendre que, pendant quatorze ans, elle refusa toutes les offres qu’on put imaginer et faire pour sa délivrance.
Un jour où cette peuplade se réjouissait de l’heureux retour de ses guerriers et du s"°cès ds leur expédition, le R. P. Sébastien Rasle avait aperçu au milieu d'eux la petite fille des blancs, les habits déchirés et les cheveux en désordre. Touché de son malheur, il dit à ces barbares : “ Vous avez péché en enlevant cette innocente enfant ; Dieu vous punira !—J’en réponds sur ma vie, répartit un vieux chef; elle est à moi, je la garderai de tout mal. Ma cabane est la sienne, car elle est ma fille ; jamais guerrier ne lèvera la main contre elle!” Le Père Rasle voyant cette détermination, jugea qu’il était inutile pour le moment d’insister davantage. Avant de quitter le village, il baptisa sous
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condition la petite Dorothée, ajoutant à son nom celui de Marie. De ce moment, le zélé. missionnaire ne cessa de veiller sur l'innocence de la petite captive ; il lui enseigna son catéchisme et ses prières, et quand il lui fallut s'éloigner de la mission, il la recommanda particulièrement au R. P. Aubery, qui le remplaçait au milieu des Abénaquis.
Contente de son sort, sans souvenir du passé ni souci de l'avenir, l’eufant recevait gatiment chaque jour sa part de l nourriture commune, puis allait gambader dans les bois, où partager les occupations des autres enfants du village. Les aliments sains qu’on lui donnait en abondance, et l'exercice qu'elle prenait constamment en plein air, développèrent rapidement ses forces ; sa santé devint robuste, Quelques mois de séjour au milieu de la forêt avaient suffñ pour lu1 faire oublier complètement sa langue maternelle, et lui faire parler l’Abénaquis avec autant de facilité que si elle eut été de la nation.
Ainsi se passèrent les premières années de sa captivité. Souvent elle entendait les sauvages parler entre eux des
filles vierges qui vivaient à Quebec, pour servir les ma-
lades à l’Hôtel-Dieu, et pour instruire les petites filles aux Ursuline. Cette dernière vocation surtout lui souriait ; son jeune cœur s’épanouissait à la pensée d’enseigner aux autres ce qu’elle-même apprenait avec tant d’avidité du saint missionnaire : “ Moi aussi, Marie-Dorothée, se disaitelle, je veux être vierge toute ma vie pour instruire les petites filles des Abénaquis.” Ce fut par l'entremise du KR. P, Joseph Aubery que le ciel lui procura les moyens de répondre à cet ardent désir qu’il lui inspirait.
Etant parvenu à la retirer, à l'âge de dix-huit ans,
d'entre les mains des sauvages, cet infatigable protecteur la placa dans une famille francaise, afin qu’elle s’y formât peu à peu aux habitudes de la vie civilisée. IT lui donnait lui-même des lecons de francais, d'écriture et d’arithmé. tique. Après deux ou trois ans passés ainsi, il l’amena à Québec où il lui continua ses soins. Les progrès de
l'élève étaient lents; l'étude du français en particulier lui offrait des difficultés presque insurmontables,
“ Enfin, dit notre Récit, le R. P. Aubery vint nous présenter son intéressante protégée ; mais nous fui fimes réponse que, vu son âge, (22 ans), et la difficulté qu’elle éprouvait à parler français, il ne nous était pas possible de la recevoir. Cette réponse ne rebuta pas le bon missionnaire ; il s’appliqua de nouveau à linstruire, allant tous les jours lui donner des lecons à l'Hôtel-Dieu où il avait placée pour quelque temps, puis 1l vint encore lui-même nous la présenter, La Communauté crut alors ne pas devoir résister plus longtemps à ses charitables instances, et la pieuse captive fut admise au niviciat.”
Mlle Dorothée Jeryam reçut à sa prise d’habit le nom de Saint-Joseph, en l'honneur de lange visible qui l'avait amenée à Dieu, et la suite de sa vie religieuse prouva bien que les instructions et les soins qu’elle avait recus du R. P,
Joseph z.ubery n'étaient pas tombés sur un sol ingrat,
Vers le temps de la profession de Mile Dorothée Jeryan, entraient an noviciat Mlle Félicité Poulin, de EF apré, baptisée dans l'église de Ste-Anne; Mlle Marie-Josephine d’Aïlleboust de Manteth, native de Montréal ;: Mfe Geneviève Perthuis, sœur de la précédente du nom, et nièce ou cousine de celle qui régaluit si aimablement la sainte Vierge à notre réfectoire ; et Mlle Reine Le Page, née à
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Rimouski et baptisée dans l’église paroissiale du cap Saint- Jénace.
En 1729, arrivait aux Ursulines Mlle Anne-Catherine Petit, une des trois héritières de la seigneurie de Portneuf dont il à été parlé, ainsi que Mlle Marie Angélique Mariaucheau d’Esolis, dont il y aura aussi de très-gracicuses choses à dire. Quelque temps après se présentait une troisième demoiselle Baudoin, fille du chirurgien de ce nom résidant à Québec.
Dans l'automne de 1735, arrivèrent presque en même temps Miles Louise Le Febvre et Marie-Jeanne Marchand, toutes deux de Québec. Ces deux demoiselles furent les dernières professes du premier siècle de notre Monastère,
Avant de dépeindre la radieuse fête du centième anniversaire, nous allons donner à nos lectrices quelque idée du joyeux carillon qui devait en porter au loin l'écho.