‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 41 sur 95 · CHAPITRE V. d de · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. d de

U Le Coin du Feu du Monastère. d'auta et plus La Mère Le Ber de l’Annonciation—La Mère du Breuil de Saint-Joseph pénètr dernière professe de la maison de Bourges—La Mére Marie Le Maire

des Anges, dernière professe du Grand-Couvent de Paris— La Mère neur, Godefroy du Saint-Sacrement—Petite postulante qui vit de longues Tout années La Mère J. Juchereau des Séraphins— Une Elégante prise d'as- } saut par la grâce—f Elle a fourni une longue carrière en peu de jours !” chées a —Zèle infatigable et saints désirs d'une petite-fille du Grand-Père tiques ;

À Boucher.— Le petit Oiseau de Gentilly—Une haute naissance qui en- sur la &

: A gage à une plus profonde humilité—Fruit durable d'une Retraite — Le interro DRE Ciel s'ouvre pour quatre nouvelles vierges—La Mère M.-A. Anceau de :

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JE UE conde Mère de l’Incarnation achève au ciel la fête centenaire — Pas de paradis | joie parfaite en ce monde,ou mort de la Mère d’Ailleboust de la Croix.

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Dirons-nous maintenant que le Monastère aussi a son coin du feu, avec ses mille nuances d’édification, d'encouragement et de saintes joies? Oui, sans doute ; et que de charmes dans ces récits qui reportent au delà de deux siècles, et dont le répertoire est légué par les patriarches de la famille monastique ! Ce coin du feu du Monastère est d'autant plus cher, que les traditions en sont plus pures et plus saintes ; c’est un parfum dont on s’embaume et se pénètre d'autant mieux qu'il est plus concentré à l’intérieur.

Toutes nos lectrices comprennent les jouissances attachées au coin du feu, ce sanctuaire des traditions domestiques ; mais ont-elles jamais bien réfléchi à son influence sur la société ? Remontons à la première famille humaine, interrogeons ce coin du feu primitif, dont les récits devaient durer autant que le monde. O souvenirs du paradis terrestre et des ineffables communications du Créateur à sa créature !..... Amertumes et responsabilités de l’homme déchu ! ..... Promesses de réhabilitation et d'avenir... Traditions inhérentes à l'existence humaine, avec quelle fidélité n’avez-vous pas été transmises de génénation en génération |...

Oui, ce n’est qu'après de longs siècles que s’est écrite toute histoire. Le coin du feu est donc cette loi non écrite, cette tradition qui dans les affaires de ce monde, complète (1) la loi écrite, et préside à toutes les transac-

(1) Nous trouvons sur la force de la tradition, (religieuse, il est vrai), des pensées d’une grande profondeur, dans un ouvrage du Rév. John Milner. Nous les citerons simplement, n'ayant pas la prétention de traiter ici le sujet.

“ All written laws necessarily suppose the existence of unwritten

tions de la vie, Un peuple sans traditions, s'il en existe, est un peuple sur le penchant de sa ruine, un peuple sans vigueur ni énergie, qui succombe sous le poids de son apathie,

Notre Canada naguère encore n'avait pas d’histoire écrite, comment se trouve-t-il aujourd'hüi ei possession des mœurs et des instincts dé ses pères! Même ardeur belliqueuse si quelque circonstancé la réveille ; même amour pour les courses et les aventures. Nous avons vu l'enthousiasme de nos jeunes miliciens en 1868, quittant le Canada pour Rome; ils révaient déjà la gloire d'un nouveau Carillon ! Et ces coureurs de nos jouts, en Cali. fornie,, en Australie, sous les quatre vents du ciel! Où ont-ils appris à copier si fidèlement leurs ancêtres ? Au coin du feu, dans ces récits du père où de l’aïeul, initiant la jeune génération aux exploits des ancêtres et aux aventures de leur jeunesse.

Enfants du Canada, enfants du Vieux Monastère, em:

pressons-nous de recueillir les traditions de notre coûn du |

Jeu. Pas de communauté fervente, a dit le R. P, Faber, qui n'ait de nombreuses traditions.

laws, and indeed depend upon them for their force and authority. Not to run into depths of ethies and métaphysics on this subject, we have common or untwrittéen law, and statute or written law, both of then binding ; but the former necessarily precedes the latter. The legislature, for example, makes a written statute; but we must learn, beforehand, from the common law, what cons titutes the legisluture, and we must also have learnt from the natural and the divine laws, chat the legislature is to be obeyed in all things which these do not render unlawful. ‘“ The municipal law of England, ” says judge Blackstone, ‘ may be divided into Le Nou Scripta, the unwritten or common law, and the Lex Seripla, or statute law.” He afterwards calls the common law, ‘‘ the first ground and chief corner-stone of the laws of England. ”

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C'est donc avec une nouvelle ardeur que nous allons encore évoquer les vertus de nos devancières. Nous avons eu sous les yeux le nom des religieuses dont se composait ‘, Communauté, à la grande fête du centième anniveraire; les notices biographiques qui ont précédé, nous ont fait connaître celles qui déjà étaient entrées en possession du ciel. En interrogeant notre coin du feu, de 1718 à 1739, nous entrerons dans l'intimité de celles qui moururent à cette époque, heureuses de se joindre à la brillante compagnie d’Ursule et de célébrer la fête centenaire au sein de l’Eglise triomphante.

La fière Le Ber de l'Annonciation.

La Mère Marie Le Ber de l’Annonciation fut la dernière novice que notre Vén. Mère Marie de l’Incarnation prépara à la profession religieuse, Nous avons déjà vu qu'elle passa

e France en Canada, en 1666, par esprit de dévouement et

1 de trouver, loin de sa famille, plus de facilité de se con-

sacrer à Dieu,

Le Récit consigne comme suit la générosité et la ferveur de la Mère de l’Annonciation : ‘ Elle avait peine à quitter sa mère, qui était fort âgée et qui avait besoin de soulagement dans sa vieillesse. Le Seigneur lui ayant fait trouver moyen de satisfaire à ses obligations à l'égard de sa mère, elle suivit M. son frère en Canada. Comme elle était entendue au ménage, Mme sa belle-sœur se trouva extrêmement soulagée de l'avoir avec elle dans l'embarras où elle se trouvait, au milieu d’une nombreuse famille encore en bas âge; aussi ne pouvait-elle plus consentir au départ de cette sœur chérie, Mile Le Ber, qui n'avait quitté sa mère que pour se faire religieuse, pressait incessamment son frère d’accomplir la promesse qu'il lui avait faite en laissant la France,

Il se rendit enfin. Elle écrivit aussitôt à notre Rév. Mère Saint-Athanase, alors supérieure, la suppliant de vouloir bien l’admettre à notre noviciat, Nous la reçûmes très-volontiers, la connaissant de réputation, car elle était tenue en grande estime par les prêtres et les religieux et tous ceux qui avaient eu quelque rapport avec elle,

M. son frère l’amena lui-même de Montréal, dans l'au. tomne de 1668, et après nous être catenduus avec lui touchant le temporel, (1), elle entrx au noviciat le 14 octobre,

“ Dès lors, elle embrassa avec une ferveur merveilleuse la pratique des règles et toutes les observances religieuses ; sa maîtresse des novices, qui était feu notre vénérable Mère Marie de l’Incarnation, n'avait presque autre chose à faire son égard qu'à mettre des bornes à sa mortification. Elle avait un don d’oraison très-particulier; Dieu se communiquait à elle par des grâces, que sa modestie et son humilité nous ont tenues cachées autant que possible, que nous avons découvertes cependant par des paroles qui lui échappaient sans qu’elle yÿ fit attention, Sa dévotion à la très-sainte Vierge était extraordinaire; la confiance avec laquelle elle s'adressait à elle dans ses divers besoins était récompensée par des faveurs toutes spéciales,

(1) M. Le Ber se chargeait d’acquitter la dot de sa sœur, qui lui céduit son fief seigneurial daus l’île Saint-Paul, près de Montréal. Ce fief formait originairement une partie de l'héritage des demoiselles de Lauson, M. Jean de Lauson, ancien gouverneur, l'avait cédé au nom des héritières, pour une rente perpétuelle, à trois membres de la société. Ainsi, de toute cette ile on avait fait trois parts en faveur de M. J. Le Ber, M. Robutel de Saint-André, et M. Jean de la Vigne. Ce dernier voulant se retirer du moide, donna sa part à Mile Marie Le Ber. Le 11 octobre 1668, Mlle Le Ber céda sa seigneurie à sou frère, pur uu acte pussé à lu grille du cloître.

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“La sainte communion était pour son âme un banquet délicieux, la ferveur et les saintes dispositions qu’elle apportait à ce grand sacrement, lui attiraient des grâces qui la mettaient comme en participation de la félicité des bienheureux.

“Quoique infirme, cette chère Mère a rendu de grands services à notre Communauté, exerçant avec un dévouement admirable les offices les plus laborieux. Sa douceur était inaltérable; jamais il ne sortit de sa bouche une parole qui ne fût remplie de charité. Elle a sonné pendant plus de 25 ans le réveil, se levant pour cela dès trois heures et demie du matin.

‘Une fièvre assez faible conduisit au tombeau cette chère Mère dans l’espace de quelques semaines. Elle s'éteignit doucement, chargée de mérites et emportant les plus vifs regrets de notre Communauté, le 2 octobre 1714, âgée d’environ 72 ans, dont elle avait passé 46 en religion.”

Nous avons déjà dit que la Mère de l’Annonciation ne précéda que d’un jour dans la béatitude sa nièce Jeanne, la célèbre recluse de Ville-Marie.

Ba Mere du Br'uil de Saint-Joseph, veruière professe De Ia maison de Bourges

Le Monastère de l'antique cité de Bourges ne s'était pas contenté d'aider notre Communauté de ses aumônes, il avait voulu contribuer aussi à l'édifice spirituel, si solidement fondé sur les vertus et les travaux de la Vén. Mère de l’Incarnation. En 1671, arrivaient ici deux de leurs jeunes religieuses, qui travaillèrent près d’un d' mi-siècle en Canada, La Mère du Breuil de Saint-Joseph et la Mère Drouet de Jésus, se succédèrent dans la charge de supérieure, de 1679 à 1694, la Mère Saint-Joseph ayant occupé pendant douze

ans cette charge.

La Mère du Breuil n'avait pas été prise at hasard pour cette mission lointaine et difficile ; à sa mort l’auteur de sa notice, après avoir exprimé en termes touchants les regrets de la Communauté, ajoute : “ J'aime mieux ne pas essuyer de faire l'éloge des rares qualités de cette chère et vénérable Mère, de crainte de ternir l'éclat d’une si belle vertu; les éxpressions ne pourraient jamais rendre l’idée que nous en avons conçue.’

“ Sur la fin de sa vie, la Mère du Breuil de Saint-Joseph était devenue aveugle, et extrêmement pesante, ne pouvant presque plûs agir sans un secours étranger. Elle continua cependant de se traîner à nos saintes observances, surtout à la sainte messe, jusqu’à la fête de la sainte Famille, au prin temps de 1715. Elie succomba peu après à un accablement de maux divers, auxquels se joignit une fièvre ardente qui acheva de la consumer, laissant son âme s'envoler enfin dans le sein du Dieu qui couronne la vertu.”

Elle était âgée de 68 ans, et comptait 48 ansde profession religieuse.

Ba Mère Marie De Maire des Anges derniere professe du Grand-Coubent de Paris.

Nous avons vu avec quelle ferveur la Mère Marie le Mhire des Anges débuta, en 1671, dans sa carrière de missionnaire, Professe du Grand-Couvent de Paris, elle en apporta ici le bon esprit et la piété, et contribua grandement au maintien de la régularité, tant dans notre maison que dans celle des Trois-Rivières, ayant été six ans supérieure dans cette dernière communauté, et onze ans dans la nôtre. En 1712, elle fit commencer les constructions dont nous avons parlé au chapitre Ile, et les fit poursuivre avec tn zèle admirable, ‘“ sa confiance et son abandon en la Providence lui rendant possibles les choses les plus difficiles,

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quand il s'agissait de la gloire de Dieu et du bon ordre de la Communauté. Elle n’a pu voir le couronnement de ses travaux, mais sa bonne volonté aura été récompensée de Celui qui connaît les intentions et sonde les cœurs.”

Sur la fin de la seconde année de son quatrième triennat dans notre maison, au mois de novembre 1717, la forvente Supérieure voulut faire sa retraite annuelle, Une fièvre violente et un point de côté dont elle fut saisie, l’obligèrent bientôt à suspendre ces saints exercices. Le médecin désespéra tout d’abord de son état, et l’on se ferait difficilement une idée du triste retentissement de cette nouvelle dans la Communauté. Mgr de Saint-Valier ne fut pas plutôt informé de ce triste accident qu'il vint faire visite à la malade ; il permit aussi aux principaux ecclésiastiques de la ville de venir ià voir, tant pour témoigner de sa considération pour la mourante, que pour consoler la Communauté qu'elle allait laisser orpheline.

Les élèves pensionnaires, qui avaient toujours été les objets privilégiés de ses soins, étaient inconsolables. Un attrait tout particulier avait toujours attaché aux classes cette vraie Ursuline ; elle aimait l’enseignement, surtout celui de la doctrine chrétienne, ou instruction en forme de catéchisme, et pendant les longues années qu’elle fut supérieure, assistante ou zélatrice, on la voyait s'empresser aux classes comme une jeune religieuse, dès qu’il y avait quelque maîtresse à remplacer. Les élèves, de leur côté, se montraient avides de ses instructions, “ sa piété aussi tendre qu'éclairée lui donnant une grande facilité à parler des choses de Dieu. Cela paraissait particulièrement encore dans les discours qu’elle adressait à la Communauté réunie, la veille des grandes fêtes.”

Dès sa plus tendreenfanee, la Mère des Anges avait choisi la sainte Vierge pour sa mère et sa patronne. Cet acte n'avait pas été pour Mlle Le Maire l'effet d’un sentiment

passager ; la plus entière confiance en l’Immaculée Mère de Dieu anima toute sa vie et perçga dans toute sa conduite, ainsi que le témoignent les registres des Ursulines de Paris.

“ En jetant les yeux sur l’image de Marie, disait-elle aux élèves, reconnaissons notre indignité et disons-lui avec l'Eglise : Dignare me laudare te, Virgo sacrata ; Permettez que je vous loue, ô Vierge sainte ! De ce grand respect qu'elie avait pour la Mère de Dieu, provenait un désir ardent d’imiter ses vertus :—Marie, disait-elle, conservait dans son cœur toutes les paroles de Jésus ; faisons de même, mes enfants, allons souvent nous prosterner à ses pieds et la conjurer de nous apprendre cet airaable secret.” C'était là en effet l'occupation favorite de la pieuse Mère ; aux jours plus spécialement destinés à la prière ; dans les intervalles des offices et des observances, il ne fallait pas la chercher ailleurs qu'à la chapelle des Saints, au pied de l’image de la Reine du Ciel.

La plus douce récréation de la Mère des Anges était de travailler au profit des saints autels. Le temps semble avoir respecté la plupart des beaux ornements qu’elle a faits pour notre sacristie, et les annales disent ‘“ qu’il n’y a guère d'église dans la Nouvelle-France qui n'ait eu de ses ouvrages en ce genre.”

La charité de cette vraie Mère était admirable: elle ne se donnait point de repos qu'elle n’eût consolé ou soulagé celles qu’elle voyait dans la peine.

Tant de rares et de belles qualités la firent grandement regretter de tous ceux qui l'avaient connue, soit à Québec, soit aux Trois-Rivières, où elle a beaucoup travaillé pour l’avancement de la Religion et la gloire de Dieu. Douée d’un fond remarquable de sagesse et de prudence, elle eut un grand succès dans la conduite des affaires temporelles do notre Monastère, où elle aurait voulu voir, comme elle le dit

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dans ses lettres ‘“ moins de domestiques et par conséquent moins de dépense.”

La Mère Marie Le Maire des Anges mourut le 13 décembre 1717; elle était âgée de 77 ans, et comptait 58 années de profession religieuse, dont elle avait passé 47 en Canada. Elle était la dernière survivante des religieuses professes venues de France.

La reconnaissance que nous devons à la Mère des Anges doit s'étendre à sa famille, qui a si largement contribué au bien de nos pauvres et lointaines missions, Ce fut surtout après le second incendie que notre Monastère se ressentit de leur libéralité. Nous leur devons en particulier les portraits à l'huile de notre Vén. Mère de l’Incarnation et de Mme de la Peltrie, qui se voient aujourd’hui dans la salle de Commu- | nauté, et dont les originaux avaient été brûlés en 1686.

La fève Godetron Du Saint-Sacrement recueille D'heureuxr fvuiis Du mastere qu'elle honore.

Le 13 janvier 1720, s’éteignait dans la paix du Seigneur la Mère Charlotte Godefroy du Saint-Sacrement, ‘fille de noble homme M. Jean-Paul Godefroy et de Mme Madeleine Le Gardeur de Repentigny, qui fit profession en 1669, entre les mains de la Rév. Mère Marie de l’Incarnation, supérieure.” Elle était la dixième professe de cette Communauté.

Toutes ces premières Ursulines canadiennes semblent avoir fait convention d'être aïimables, laborieuses, intérieures, pleines de zèle pour le bien commun, donnant souvent plus d’un demi-siècle de dévouement au service du bon Maître, La jeune génération qui écrit leurs notices de décès ne le fait qu'avec attendrissement, et avec une affection toute filiale; elles ont peine à acquiescer au départ de ces Mères bien-aimées, dont elles craignent de ne pas recueillir assez dignement les admirables exemples. {La Mère Gode-

froy du Saint-Sacrement est du nombre de ces ‘ chères et regrettées défuntes dont on ne peut dire assez de bien,” Pour nous en tenir à un trait de sa belle et longue vie, disons qu'elle avait une dévotion de Séraphin au sublime mystère dont ‘elle portait le nom. ‘“ Elle n'en pouvait jamais assez faire pour l'autel du Dieu qui y disparait par amour pour sa créature, et nous lui sommes redevables en grande partie des ornements qui embelliront notre église quand elle sera achevée.

“ Cette chère Mère, dont la vie était si pure et si édifiante, avait cepondant une frayeur extrême des jugements de Dieu, Quand elle était en santé, elle nous disait souvent qu’elle ne savait ce qu'elle ferait à l’annonce d’une mort prochaine. Chose admirable! la paix la plus complète se répandit alors dans son âme ; dès les premières atteintes de sa maladie, elle se trouva dans un abandon partait à la volonté de Dieu, soit pour la vie, soit pour la mort, On ne pouvait lui parler assez des choses du ciel. ‘Fous ses moments étaient précieux, disait-elle, il ne fallait songer qu’à disposer son fime à la rencontre de l’'Epoux. Lui-même enfin s’est fait son rassasiement et sa récompense, et nous ne doutons pas que les admirables sentiments de notre aimable défunte, à cette

heure suprême, ne soient un fruit de son avdeur à honorer,

dans le sacrement d'amour, le Dieu qui allait se manifester à elle. Sa mort nous a paru prompte, mais non imprévu ; nous remarquions ces années dernières que loin de ralentir le pas, elle redoublait de ferveur, courant à 70 ans à nos saintes observances comme une jeune novice, Cette chère Mère, qui avait célébré le cinquantième anniversaire de sa profession religieuse, sentait sans doute qu’elle se rapprochait de l'aimant divin des âmes pures et fidèles,”

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le bonheur de faire leur profession sous la supériorité de “notre feue Mère Marie de l’'Incarnation.”

Heureuse d'avoir été l'élève de nos bien-aimées Fondatrices, plus heureuse encore d’avoir si fidèlement marché eur leurs traces, la Mère Marie Pinguet de l’Assomption est un des plus beaux modèles que le vieux Récit propose à notre imitation. Quelle charmante simplicité dans les détails suivants!

«Le 1 octobre 1721, il a plu au Seigneur de faire passer

de cette vallée de larmes au séjour des bienheureux, l’âme de notre chère sœur Marie-M. Pinguet de l’Assomption,

âgée de 68 ans. C'était une des premières professes canadiennes de notre Monastère et un excellent modèle de toutes les vertus religienses, Elle avait eu dès sa plus tendre jeunesse uh zèle peu commun pour l'état d’Ursuline, et ce beau feu avaït trop d'activité pour rester longtemps caché: elle fit donc part de son généreux dessein à notre vénérable Mère Marie de l’Incarnation. Mais comme la Communauté, alors naissante, était pour ainsi dire destituée de toutes les douceurs de la vié, dans un rude climat et entourée de peuples barbares, on lui donna à entendre qu'elle était trop petite et délicate pour notre maison. Loin de se décourager à cette réponse, la jeune Marie-Madeleine redoubla de ferveur en recommandant sa cause à Dieu. Pour vaincre l’indécision des religieuses à son égard, elle eut recours à un petit stratagème qui effectivement la faisait paraître plus grande qu'à l'ordinaire. Elle fit hsusser ses talons, déjà passablement hauts, et parut partout au-dessus de sa taille naturelle.

“La Mère de l’Incarnation, touchée de son innocence et vaincue d’ailleurs par sa ferveur, l’admit au novociat au commencement de sa quinzième année. Ses premières ardeurs pour Dieu ne se sont jamais ralenties, Affectionnée à l'oraison mentale, -elle y consacrait tous ses loisirs, surtout

les dimanches et les fêtes où elle ne sortait presque pas de l'église, même dans les plus grands froids de l'hiver, De cette intime union avec Dieu procédait un zèle infatigable au service du prochain ; jamais elle ne se plaignait des fati. gues qu’elle y pouvait expérimenter, surtout dans les classes externes et parmi nos chères enfants sauvages. Elle leur a fait l'instruction environ vingt ans, et elle la leur faisait encore en qualité de maîtresse générale, lorsqu'elle fut atteinte de sa derniere maladie, qui fut une fluxion de poitrine, Munie de tous les secours de notre sainte Religion, elle ter. mina son utile et belle carrière, s'abandonnant comme un enfant entre les bras de la Providence, dans une intime conviction des bontés maternelles de la très-sainte Vierge À son égard. Cette douce ot sainte mort nous ‘laissa toutes dans un grand désir de faire ce redoutable passage dans les mêmes dispositions, nous y préparant dès maintenant par une plus parfaite pratique des vertus qui ont brillé dans cette chère Mère.”

Ba faère Jacqueline Fnchereau de Saint-Penis dite Marie des Séraphins.

Nos lectrices se rappellent que lors de l'incendie de 1686, Mlle Juchereau de Saint-Denis, encore novice, ne voulut jamais quitter nos Mères. Avec elles, elle partagea la généreuse hospitalité des chères Mères de l'Hôtel-Dieu, revint dans la maison de Mme de la Peltrie, y vivant d’aumônes et du travail de ses mains comme les autres religieuses, et fit profession le 5 février 1687, dans cette pauvre chapelle improvisée, si bien appelée un nouveau Bethléem. . Nos Mémoires nous disent comment la Mère des Séraphins poursuivit et couronna un si fervent début.

“ C'était une de ces intelligences rares et précoces dont la force morale dépasse de beaucoup les années. Douée d'une exquise sensibilité et d'une vivacité d'esprit extraor-

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dinaire, elle comprit de bonne heure qu'il lui fallait s'armer d'un grand courage pour assujettir à la grâce une nature ardente comme la sienne ; aussi lui a-t-on vu pratiquer des actes héroïques, pour maintenir son âme dans la douceur et le calme que le Seigneur demandait d’elle dans les occasions.”

“Cette chère Mère a été dépositaire et maîtresse générale, emplois dont elle s’est parfaitement acquittée. Son zèle pour l'Institut fut infutigable; toute son ambition était de faire régner Jésus-Christ dans le cœur des jeunes filles, leur donnant une grande horreur du péché. Elle avait une tendre dévotion à la sainte famille, Jésus, Marie et Joseph, ainsi qu’à nos glorieux protecteurs saint Augustin et sainto Ursule,

“ Depuis assez longtemps, notre chère Mère avait comme un pressentiment de sa mort, et quoique sa vie eût toujours été très-régulière et édifiante, on lui vit déployer une nouvelle énergie dans la pratique de la vertu, Elle fut soudainement prise d’une flèvre ardente, accompagnée d’un mal de côté si violent qu'elle se trouva réduite à l'extrémité dans le court espace de cinq jours. Elle mourut le 21 avril 1722, dans les dispositions les plus saintes, faisant jusqu’au dernier soupir des actes d'amour et d'espérance, dans un parfait abandon d'elle-même entre les bras de la miséricorde divine. Cette chère Mère était dans la 54ème année de son âge et la 38ème de sa vie religieuse.”.

ne Blégante prise d'assaut par la grace; —-Ba fière Cath.= Madeleine des fcloises de Saint-Frs de Borgia.

Nos lectrices se souviennent qu’à l’occasion de la profession de Mlle de Ramezay, nous leur avons annoncé la conversion d’une jeune mondaine présente à la cérémonie. Cette auie intime de la nouvelle novice était Mile Catherine-

Madeleine des Meloises, dont le front alors poudré et par-

fumé n'annonçait guère l’auréole de piété dont il devait s'entourer dans la suite.

Catherine-Madeleine, la plus jeune de sa famille, était encore au berceau lorsqu'elle perdit ses parents, ‘ personnes d’une distinction remarquable, dit sa notice, surtout pour leur vertu, La Providence du Seigneur la fit heureusement tomber sous les soins de son aïeule maternelle, Mme Du Pont, qui l’éleva avec toute la tendresse imaginable, s'appliquant surtout à lui faire goûter la vertu. Elle lui disait souvent que le caractère distinctif d’une demoiselle, était la sagesse et la crainte d’offenser Dieu. Les leçons de cette vertueuse dame, corroborées par ses bons exemples, furent une précieuse semence qui produisit du fruit en son temps. Les bénédictions que Dieu répandit sur cette première éducation sauvegardèrent la jeune fille, au milieu des piéges que le monde et le démon lui tendirent pour l'empêcher d'être toute à Dieu, ainsi qu'elle-même s’en cst souvent expliquée.”

Dès qu’elle eut atteint l’âge roquis, Cutherine-Mudeleine fut mise à nos classes. C’est à cette époque qu'elle eut la douleur de perdre sa vénéruble aïeulo.

A sa sortie du couvent, «lle se trouva sous la tutelle de M. de Chamballon, dont la piété faisait l'édification de la ville, mais qui, à peu près comme toutes les personnes avancées en âge, avait trop d’indulgence pour la jeune demoiselle confiée à ses soins,

Charmée du tableau riant que lui offrait l'avenir, la jeune Madeleine ne se vit pas plus tôt maîtresse de sa liberté et lancée dans le monde, qu’elle voulut faire expérience des plaisirs qu'il offre, et elle livra sôr cœur à toutes les jouissances que la Religion ne défendait pas absolument. Accueillie dès son début comme une élégante et belle personne, objet des hommages les plus flatteurs, entourée de mille diatractions et bercée des illusions les. plus vaines, Mile des

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Meloises, qui ne se défait aucunement d'elle-même, succomba au prestigo ; quelque bonne volonté qu'elle eût, la vanité se rendit biontôt complètement maîtresse de son cœur, Tous ses désirs se concentraient à plaire et à jouir; aussi passait-elle d'ordinaire la première moitié du jour au lit ou à la toilotto, et le reite aux promenades publiques et autres parties de plaisir, où les gilets bleus aux épaulettes d'or et les flottants panaches dos officiers français, jouaient le rôle que jouèrent plus tard les gilets rouge-feu des officiers britanniques, Toujours la bienvenue au château Saint-Louis, il ne fallait pas la chercher ailleurs lorsqu'il y avait bal ou soirée, ‘ Sa conscience n'était pas tranquille à la vérité: les instructions qu’elle avait reçues à nos classes, jointes aux sages leçons de sa première enfance, lui revenant à l'esprit, elle réfléchissait sérieusement à la brièveté de la vie et prenait la résolution de se faire religieuse; mais hélas! ces sentiments duruient peu ! ”

Notre Récit, que nous ne faisons qu'abréger, dit qu’elle s'était attachée au monde par un lien si fort que Dieu seul pouvait le rompre. Ce fut Dieu en offet qui, dans sa miséricorde, vint délier cette infortunée captive du monde. Ce lien si fort était un ‘sien cousin ” enrôlé au service du Roi, et qui combattait vaillamment sur les champs du Piémont, Dans le temps même où la jeune fiancée attendait son retour, il avait été blessé à mort et expirait dans un hôpital militaire; le prêtre qui l’avait assisté à ses derniers moments transmettait lui-même ces détails à la famille. Cette nouvelle imprévue fut apportée à la jeune demoiselle au milieu d’une fête... Quel coup de poignard à son cœur!..... Que de sanglots et de larmes!..,. Mais Dieu dont la bonté est infinie eut pitié de cette enfant prodigue, jouet de l'inexpérience et de la vanité; il révéla à son cœur trop sensible un sujet infiniment plus digne de ses pleurs et de

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son amour inconcevable de la toilette, et tant de jours perdus pour le ciel !

Elle assistait donc au milieu d'une réunion d'élite à la profession de sa compagne de classe, C'était là que Diou l'attendait, qu'il alluit parler énergiquement à son cœur pur la voix d'un des plus saints missionnaires du temps, qui fit un tableau saisissant, du faux brillant des plaisirs du monde et du solide bonheur de l'étatreligioux, L'assant de la grâce fut si subit et si violent, que la jeune demoiselle eut bien de la peine à contenir son émotion jusqu’à la fin du discours, Impuissante à se maîtriser davantage, elle se glissa hors de la chapelle et se dirigea en toute hâte vers sa demeure, pendant que l’on chantait encore au sanctuaire le sort mille fois heureux de la nouvelle fiancée du Seigneur, Chemin faisant, ses larmes coulaient en abondance et la suffoquaient presque. La crainte de rencontrer quelque connaissance la porta à entrer dans l'église des Jésuites, qui se trouvait sur son passage. ‘ Là, prosternée seule devant Dieu et cédant aux mouvements du divin Esprit qui la poursuivait depuis si longtemps pour l’attirer à lui, elle commence à détester ses vanités passées, elle demande pardon de ses coupables résistances, elle conjure le Seigneur de lui donner le courage de rompre tout ce qui l’attachait aux créatures, lui avouant avec douleur qu’elle ne le pourrait jamais sans un secours très-efficace de sa grâce ; elle appelle à son aide l’intercession do la sainte Vierge et des Saints, particulièrement de saint François de Borgia auquel elle avait une dévotion spéciale.

‘ Enfin Mlle des Meloises essuie ses larmes et se relève, se sentant pleinement fortifiée et résolue de se donner entièrement à Dieu. Jamais plus on ne la vit dans les rénnions du grand monde. Elle régla au plus tôtavec son fr0re ses sœurs Ce qui concernait leur succession, pui: avec instance et humilité l’entrée de notre novici:

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Nos Mères connaissaient les belles qualités de cette ancienne élève, et l’ardeur qu'elle saurait apporter à la pratique de la perfection religieuse, quand elle se serait une bonne fois donnée tout à Dieu ; elles reçurent avec joie leur chère Cath.-Madeleine, heureuses de penser que leur maison serait embaumée d'un si beau sacrifice.

“ Le noviciat lui parut la porte du paradis, continue sa notice ; elle soupirait après le jour de sa vêture afin d'être entièrement dépouillée des vêtements de l’homme terrestre. Etunt entrée le jour de la Nativité de la très-sainte Vierge, elle reçut l’habit au mois de décembre suivant, sous le nom de son protecteur spécial Saint-François de Borgia, continuant à avancer dans la perfection d'une manière étonnante, Elle ne parlait jamais d'elle ni de sa famille, qu’elle aimait tendrement et dont elle était également chérie; si la conversation tombait sur la noblesso de ses parents, elle en paraissait peinée et mettait une adresse merveilleuse à détourner ce sujet d'entretien. Elle était fort affectionnée à notre saint Institut; les élèves de leur côté lui témoignaient la plus profonde estime ; toutes ses conversations tendaient à les porter à la piété, et à les éloigner de la vanité, qui est l'écueil ordinaire des jeunes personnes.”

Mile des Meloises marcha sans s'arrêter un instant dans cette vie céleste de piété et d’abnégation : les vêtements les plus usés étaient les habits de son choix, le jeûne et l'abstinence lui semblaient un banquet délicieux, l’obéissance devint le plus doux emploi de sa liberté, la prière continuelle, l'unique charme de ses loisirs. La profession religie use, en mettant le sceau à ses engagements et en multi-

L : grâces, donna une nouvelle impulsion à sa ferveur. mé ainsi transformée, immolait de préférence tout avait le plus flatté sa vanité ou contribué à ses

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sans réserve à son Dieu, dans la récitation du suint office et la pratique des chants de l'Eglise. La petite légende de l'Echelle, conservéo au Monastère, prouve quelle était la beauté de cette voix, si ardente à chanter les louanges du Seigneur. Ce trait se rapporte à certain personnage ‘“ plus curieux que dévot,”” qui assistait aux vêpres dans notre église, un jour que la Mère Cath.-Madeleine de Saint-Borgia faisait officiante. Désirant connaître quelle était cette belle chanteuse, et voyant que tout conspirait à exclure ses yeux profanes de l’intérieur de la chapelle des religieuses, il se décide à franchir les obstacles. Saisissant une petite échelle cachée aux environs pour le service de l’église, il la dresse, y monte rapidement et parvient jusqu'à l'ouie, au grand scandale de toute l'assistance ! Inutile de dire de quelle frayeur furent saisies nos chanteuses, voyant perché là cet oiseau de nouvelle espèce. (Il était au-dessus de l'endroit où se trouve aujourd'hui le monument de Montcalm). Obligées d'attendre la fin des vêpres pour lui donner la chasse, nos religieuses, lui laissèrent ainsi le temps do s'évader; mais elles s'emparèrent bien vite de l'échelle qui, dès lors, fut condamnée à ne plus sortir de la clôture.

Mlle des Meloises, en se dépouillant de ses manières vaines et mondaines, avait conservé, comme le veulent nos règles, cette exquise politesse qui donne tant de charmes à la vertu. Quel touchant spectacle que celui de cette gracieuse novice, mettant toute son adresse et sa prévenance à obliger ses sœurs, cherchant même à se faire leur servante, aimant de préférence les emplois les plus bas et les plus pénibles! Comme elle comprenait bien qu'il lui était plus utile et plus glorieux aux yeux du Sauveur des hommes, de balayer et de travailler des mains dans la maison du Seigneur, que de briller et de plairo dans les demeures splendides des mondains |

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de Saint-Borgia, était de chercher une expiation particulière pour chacune des jouissances dangereuses qu'elle s'était autrefois accordées ; ainsi pour expier le plaisir qu’elle avait pris à entendre de beaux compliments, elle voulait qu'on ze parlât plus au Monastère que de ses défauts, et elle disait souvent avec ingénuité aux anciennes: ‘“ Ma Mère, parlez-moi, je vous en prie, de mes défauts et de mes fautes.”

Cette âme d'élite, qui avait volé plutôt que couru das le chemin de la nerfection, fut bientôt trouvée digne de lu récompense. La mort n'eut rien d’affigeant pour la fervente épouse de J, C.; À travers les ombres du tombeau celle apercevait de loin le premisr rayon de son bonheur éternel, et elle s'élança avec transport au-devant de l’Epoux des âmes.

La Mère des Meloises de Saint-Frs de Borgia, entrée au noviciat le 8 septembre 1719, avait fait ses vœux le 22 décembre 1721. Elle mourut le 8 février 1725, dans la 28ème année de son âge et la 4ème de sa profession religieuse.

Cette famille des Meloises, dont le nom s’est souvent inscrit sur nos registres d'élèves, et qui a donné à notre maison un sujet si précieux, mérite de notre part une attention spéciale, et nous en donnerons ailleurs la descendance (1). Ajoutonsseulement ici, comme trait de mœurs, quelques détails sur la manière dont fut acquittée la dot de la Mère Cath.-Madeleine de Saint-Borgia.

Le capitaine Nicolas-Marie des Meloises, son frère, s'était chargé de satisfaire aux droits de la jeune religieuse. La famille, qui était propriétaire de la seigneurie de Neuville, au comté actuel de Portneuf, fit l'offre du sixième de cette terre; mais nos Mères qui avaient à cette époque plus de terres que de revenus, stipulèrent de préférence une rente

(1) Voir à lu fin du tome.

payable en blé. Restait encore au capitaine des Meloises 2000 livres à compter, embarras assez considérable dans un temps où l'espèce sonnante était si rare aux pays. Sur le Cap au Diamant, au bas du bastion, se trouvait un petit moulin à vent ‘ à lui appartenant,” et comme le Capitaine s'entendait beaucoup mieux aux évolutions du camp qu’à la manœuvre d’un moulin, il vient accompagné de son beaufrère M. de Lotbinière, offrir à nos Mères cette propriété, La Communauté avertie s’assemble au son de la cloche ; le résultat de la délibération fut comme suit : ‘ Il a été conclu qu'on n’accepterait pas le petit moulin, car il ne nous convient pas, étant trop près du château et du jardin du Fort, et ne pouvant aller que très-rarement faute de vent,” Cepeudant, comme on le voit par le contrat suivant, tout fut arrangé à l'amiable. “Nous soussignés, Sr Marie-Anne Migeon de la Nativité, Supre, et Sr de la Grange de Saint- Louis, dépositaire du Monastère des Ursulives de Québec, et le Capt. Nicolas-Marie Renaud des Meloises, sommes convenus des choses suivantes : savoir, que nous recevrons des mains du meunier des moulins de Neuville la quantité de 180 minots de blé, et que nous enverrons chercher le dit blé en deux saisons savoir : 90 minots l'automne aux nremières traînes, et les 90 autres minots au printemps à la première navigation... De même aussi, nous promettons de prendre pendant le temps que le dit sieur des Meloises sera absent de cette ville, toutes les planches et les madriers qui nous seront rendus au bord de l’eau à Québec.” Voilà un nouvel exemple du mode de transactions au temps passé.

Mlle Jeanne des Meloises entra à notre noviciat quelque temps après sa sœur Madeleine. Son grand-père M. du Pont, seigneur de Neuville près de Québec, lui avait assuré 1000 écus de dot; mais Dieu ne lui avait pas donné la vocation religieuse, elle s’ennuya dans la clôture et sortit bientôt,

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Mille Marie-Thérèse des Meloises, seconde fille de la famille, fut religieuse à l’Hôtel-Dieu sous le nom de Saint-Gabriel. Elle morrut en 1711 à peine âgée de 19 ans.

Mile M-Françoise épousa M. Eustache Chartier de Lotbinière, qui se fit prêtre en 1726, trois ans après la mort de sa femme. Mile Louise Chartier, leur fille, se consacra à Dieu à l'Hôpital-Général de cette ville en 1736. Cette nièce de notre Mère Saint Borgia mourut à 33 ans. La seconde fille de ce M. de Lotbinière épousa M. Antoine Juchereau- Duchesnay ; de là l'union des familles des Meloises, de Lotbinière et Juchereau-Duchesnay.

Quel contraste entre le sort des frères et des sœurs, des tantes et des neveux, dans cette famille des Meloises! Les unes remplissent une carrière aussi fervente que paisible dans la solitude du cloître ; les autres passent des jours pénibles au milieu des hasards, et après une vie agiiee au sein des camps, arrosent de leur sang nos champs de bataille. La Providence divine, qui règle à chacun ses destinées ici-bas, sait aussi départir à chacun sa mesure de grâces ; espérons que tous, ayant fait valoir le talent du bon Maître, se sont enfin retrouvés dans le séjour de la récompense.

4 lle à fourni une longue carrière en peu de fours : ”

Tel pouvait être le sentiment unanime au Monastère, à la mort de notre bien-aimée Mère Marie-Catherine de Ramezay de Ste-Radegonde. Son exemple avait en grande partie déterminé la résolution définitive de la Mère des Meloises de Saint-François de Borgia, et voilà maintenant que celle-ci, à peine rendue au ciel, y appelle son aimable compagne : trois mois seulement retardèrent l’éternelle réunion de ces deux saintes amies, qui s'étaient donné la main pour marcher au service de Dieu comme les Louis de Gonzague et les Stanislas de Kostka,

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Mlle de Ramezay avait fit un immense sacrifice en quittant sa famille ; mais Dieu, qui lui avait donné l'intelligence de cette parole : ‘ Qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi,” lui donna aussi la force de rompre avec une extrême générosité des liens si doux et si chers. ‘“ Nous savons, dit le Récit, que le sacrifice fut réciproque, car M. et Mme de Ramezay nous avouèrent, à son entrée au noviciat, que les premières larmes que leur arrachait cette fille chérie étaient ce tribut payé à la séparation.”

Au reste, le sacrifice de la famille avait été le seul pour Mlle de Ramezay ; quant aux espérances attachées À une haute position dans le monde etaux jouissances que peuvent procurer la fortune et la beauté, elle comprenait depuis longtemps que ce n’était là qu’une vaine fumée, une poussière, qu’un léger souffle emporte un jour ou l’autre, et dont il ne reste pas même la trace.

“ Elle prit l'habit et fit profession avec une joie indicible, Ses vertus allèrent toujours croissant, se détachant de tout pour ne s'attacher qu’à Dieu, ayant fait un divorce général avec tout ce qui pouvait tant soit peu l’éloigner des intérêts de son fime. Sa notice ajoute qu'elle fit bien valoir ses talents naturels et les riches qualités du cœur qu’elle avait reçus du ciel !”

Il semble, en effet, que le Seigneur ne l’eut faite si bonne, si gracieuse et si belle, que pour la rendre plus éloquente ct plus persuasive à faire aimer la vertu. Comme elle dépeignait vivement aux élèves les dangers de la vanité, surtout dans les parures ! Avec quelle entraînante émotion elle leur parlait des charmes de la modestie chrétienne, le plus bel ornement et la gloire de leur sexe ! Son ascendant sur les élèves était tel qu’elle les décidait à ne jamais reprendre, à leur sortie du pensionnat, des modes qui faisaient alors fureur, quelque déraisonnables qu'elles fussent. Nos lectrices savent sans dou , par les traditions de leurs grand’

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