‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 61 sur 95 · LS · texte numérisé non relu

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officier, avec quelques français et sauvages, pour savoir au juste où elle était, Il apprit le lendemain, 8 juillet, que les Anglais étaient environ à 8 lieues du fort Duquesne. Il fit partir sur le champ un autre détachement, qui apprit le même jour que les ennemis n'étaient plus qu'à 6 lieues et qu’ils marchaient sur trois colonnes. Sans perdre de temps, il forme aussitôt un parti de tout ce qu’il pouvait mettre hors du fort ; ce parti se composait de 250 Français et de 650 Sauvages, en tout 900 (1) hommes.

“ M. de Contrecœur ayant demandé l'hiver précédent son rappel, M. le marquis Duquesne avait envoyé M. de Beaujeu, capitaine, pour le relever, avec ordre toutefois à M. de Contrecœur de ne revenir qu'après l'expédition, supposé qu’on fût attaqué, comme on avait lieu de le craindre. Les deux commandants délibérèrent entre eux qui marcherait à l'ennemi. M. de Beaujeu, à qui le commandement du poste était destiné, prit aussi celui de la petite armée. Il avait sous lui deux capitaines, MM. Dumas et de Ligneris, et quelques officiers subalternes.”

Arrêtons. nous ici quelques instants, chères lectrices, car nous allons assister à un des plus beaux faits d'armes dont l'Histoire fasse mention, un fait d'armes qui rappelle l’héroïsme de Dollard et de ses compagnons, et auprès duquel pâlissent les gloires des Thermopyles. La Religion va ennoblir tous les détails de cette action héroïque ; on combat, non-seulement pour la patrie, mais encore pour les autels de sa Foi,

Le capitaine de Beaujeu, que la Providence va mettre en scène pour la dernière fois, est (2) un héros dans toute (1) Les Historiens disent moins.

(2) Nous abrégeons de l’estimable écrivain, M. J. Gilmary Shea, de N. York.

la force du terme, Il faut le voir, la veilleet le matin de ce mémorable combat, pour apprécier son énergie et sa grandeur d’âme,

Le succès de cette expédition reposait en grande partie sur le concours déterminé des Sauvages. De Beaujeu interpelle donc les chefs et les invite à 4e joindre à lui.—“Quoi! père, lui disent-ils, veux-tu donc nous faire massacrer tous ! Que pouvons-nous contre cette armée formidable ? Ils avaient eu, en effet, la nouvelle de ces imposantes colonnes de troupes anglaises, uniforme rouge et baïonnettes étincelantes, détilant en ordre au reflet d’un beau soleil d'été, le long des rives de Ja Monongahéla, Sur une longueur de quatre milles de chemin!

Voyant cette détermination des chefs sauvages, de Beaujeu leur donne la nuit pour réfléchir... Quelle nuit pour cet enfant du sol, pour ce brave chevalier de Saint-Louis! Il comprenait la portée des circonstances où il se trouvait: les Anglais, victorieux sur ce point, commencaient la ruine de la colonie tout entière......Placé par le Roi à la garde de ce poste avancé, un chevalier de Saint-Louis devait mourir plutôt que de se rendre !...... Avec une foi égale à son courage, il se tourne vers ce Dieu qui préside aux conseils des hommes. Il sonde sa propre conscierice, s’humilie aux pieds du ministre du Dieu des mniséricordes, se munit du Pain des Forts, et après avoir remis sa cause et sa personne entre les mains du Dieu des Armées, il sort du fort avec sa petite troupe Canadienne. En passant devant le camp des alliés sauvages, il leur demande yjuels sont à présent leurs desseins.—‘ Nous ne pouvons pas!” répondentils.—‘ Je suis déterminé à marcher à l'ennemi; laisserezvous votre ère aller seul ?” reprend de Beaujeu, d'un ton

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ans dire mot, les chefs organisent Jeurs bandes, et bientôt ils sont à la suite du vaillant Capitaine.

“ De Beaujeu ayant donné ses ordres, dit le Récit que nous reprenons, adresse à sa petite troupe une exhortation pathétique, qu’il termine en les mettant tous sous la protection de la très-sainte Vivcrge,

“ Ce inême jour, 9 juillet, à huit heures du matin, on se met en marche, et à midi et demi, on se trou ve en présence des Anglais, environ à 3 lienes du fort, On fait feu de part et d'autre, La supériorité de l'ennemi et le feu de son artillerie, font reculer un peu par deux fois notre parti, M. de Beaujeu les rarime, et s'avançant au milieu des foudres et

s feux, il tombe mort à la troisième décharge de l’en-

ai. M. Dumas ayant pris le commandement, déploie la même valeur, Nos Canadiens et nos Sauvages, quoi ue sans artillerie, font à leur tour plier les Anglais, qui se battaient en bonne contenance, en ordre de bataille. Ces derniers, voyant l’ardeur de nos gens qui fondaient sur eux avec une valeur extrême, furent enfin obligés de plier tout à fait, après quatre heures d’un grand feu. Les Sauvages, la hache à la main, tombent comme des furieux sur les Anglais, et y répandent une terreur et un désordre qu’il serait impossible de décrire.

“ La victoire fut des nlus complètes, ajoute en résumé l’annaliste ; jumais la main de Dieu n'a paru plus visible. ment pour abattre l’orgueil d’un nouvel Holopherne, dans la personne du général Braldock, qui comptait déjeuner à la Belle-Riviêre, diner à Niagara, et souper à Montréal!

Il perdit la vie et la plus grande partie de son armée ; le reste abandonna le champ de bataille, poursuivis par les officiers cadets et par les sauvages, qui tirèrent sur eux jusqu’à la nuit. Rien n’était plus affreux que ce spectacle, au rapport même des sauvages ; ils disaient que cela leur avait fait comprendre ce que leurs anciens patriarches leur avaient dit de l'enfer: le bruit des 2ibres, ls ruisseaux de sang, et les cris de ces malheureux les faisaient frémir ! M. le Commandant du Détroit, ayant fêté selon la coutume les sauvages de son poste, voulut les féliciter sur leur victoire et leur bravoure; ils répondirent: “ Notre Père, ce n’est “pas nous, c’est Celui qui a tout fait!” (c'est ainsi qu'ils désignent Dieu.)

“ Mais revenons aux fuyards. S'ils se fussent ralliés aux mille hommes de troupes fraîches qui venaient à leurs secours, nos gens étaient perdus ! Dieu ne le permit pas, et l’on croit que des 2000, il ne s’en est pas rendu 500 chez eux. MM. les Officiers, les cadets et les soldats, se sont distingués dans l’action et ont fait des merveilles, Nous n'avons perdu que 3 officiers : M. de Beaujeu, commandant, M. de Caraueville, lieutenant, M. de la Pérade, enseigne. Un jeune Cadet, M. Hertel de Ste-Thérèse, mourut de ses blessures, ainsi que 3 Canadiens, deux soldats, et 15 sauvages de différentes nations. Il y a eu de blessé M. Le Borgne, lieutenant, un bras cassé ; M. de Bailleul, enseigne, M. de Montmidi et 12 sauvages: c’est bien peu en comparaison des pertes de nos ennemis,

M. de Ligneris, qui est descendu du fort Duquesne, a rapporté que nos gens avaient défait 900 anglais qui s’enfuyaient, outre les 600 restés sur la place dans le combat, de sorte que des 2000 qui étaient venus nous attaquer, et

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dont tous les officiers ont été tués, il n’est resté que 500 soldats dont plusieurs ont été blessés. Outre cela, on a pris sur les Anglais un butin considérable qu'ils avaient caché, et qui nous a été découvert par les prisonniers et douze soldats déserteurs anglais, qui se sont réfugiés dans notre fort. Ainsi l’on présume que ceux qui ont échappé des mains des Canadiens et des Sauvages, courent risque de mourir de faim avant d'arriver à quelque ville anglaise.

“ Outre l'immense butin que nous a valu cette victoire : canons, mortiers ou obusiers, mortiers de grenades, grand nombre de boulets, 17 barils de poudre de 100 livres chacnn, gargousses chargées pour mousquets, artifices pour artillerie, quantité de fusils, de chariots brisés, 4 à 5 cents chevaux, 80 à 100 bêtes à cornes, grand nombre de barils de farine enfoncés, etc., on a aussi rapporté pour les faire traduire quantité de papiers, parmi lesquels on a reconnu le plan du fort Duquesne avec ses exactes proportions.”

Inutile de dire les regrets qui furent donnés au vaillant Capitaine, qui avait su organiser une pareille victoire. “ Le Seigneur nous a enlevé le cher Beaujeu, qui s’est exposé et sacrifié pour le salut de la patrie,” écrivait sa tante, notre Mère de la Nativité, au R. P. Messaiger, notre procureur à Paris. “Je ne vous ferai point, mon R, Père, le détail de cette action ; elle est trop publique et trop intéressante à ce pays, pour qu’on vous la laisse ignorer. Ce que je ne puis oublier, c’est de vous supplier de recommander à Dieu dans vos saints sacrifices, l’Ââme de ce cher neveu (1), qui a donné de grandes preuves de sa foi et de

(1) Le jeune héros de la Monongahéla, Daniel-Hyacinthe- Marie-Liénard de Beaujeu, Cupt. de la Marine, était fils de M. Louis-Liéuard de Beaujeu, Capt. de la Murine et chevalier de

sa dévotion envers la sainte Vierge. Il se confessa et communia, avant d'entreprendre le combat, ce qui adoncit notre douleur, ayant lieu d'espérer que Dieu lui aura fait miséricorde, et qu’il prendra soin de sa petite famille

désolée.”

" Cette victoire si glorieuse pour la patrie, fut célébrée à Québec par des effusions poétiques, que les enfants apprenaient par cœur, et que l’on chantait même dans les églises. Voici la dernière strophe d’un de ces petits poèmes, que nous avons retrouvé dans les vieux porte-feuilles du

Monastère.

Soutenez, grande Reine, Notre pauvre pays ;

Il est votre domaine, Faites fleurir vos lis.

L'Anglais sur nos frontières Porte ses étendards ; Exuucez nos prières, Protégez vos remparts !

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