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nouvelle qu'un petit bâtiment, envoyé en France au printemps, était de retour, mais retenu au Bic (1) ; ilest chargé de vin, eau-de-vie, farine et lard; mais comme la saison est avancée, on doute qu'il puisse arriver, On avait pris le parti de le décharger pour le renvoyer en France ; mais
on à su depuis qu'il était retourné à Gaspé pour trouver un hivernement commode,
“ Nous apprenons encore qu'un autre petit bâtiment, envoyé aussi en France ce printemps, a été pris par les Anglais.
“ On avait équipé une gabure pour aller au secours du petit bâtiment qui étaitau Bic; les Anglais s’en sont emparés saus qu'on pât les rejoindre.
“ Le 3 décembre, la saison étant assez belle, on avait fait partir un petit bâtiment, dans l'espérance qu'il se
rendrait en France, ce qui nous eut fait un grand plaisir, Les glaces sout survenues et il hiverne aux environs de Gaspé. Dieu veuille le préserver des Anglais au prin-
temps !?
$ 27.—UN DERNIER CRI DE DÊTRESSE !— L'HIVER DE 1758-59, VERSAILLES ABDIQUE SES ANCIENNES TRADITIONS.
Arrêtons-nous ici un instant, chères lcctrices, et voyons au juste l’état de ce pays dont nous suivons avec tant d'intérêt, depuis bientôt sept ans, les mouvements et les efforts pour se conserver à ses premiers possesseurs, En décembre 1758, l'ennemi dominait done dans le Golfe, dans la vallée de l'Ohio, et dans l'Ouest, Montcalin avait bien arrêté, à Carillon, la grande attaque qui devait con-
(1) Euviron 70 licues en aval de Québec,
duire les Anglais au centre même de la colonie ; mais ce grand homme ne sentait que trop les dangers imminents d'une nouvelle campagne, et l’année 1759 lui apparaissait sinistre comme Ja lueur qui menace d’une conflagration générale.
Si jusqu'ici le peuple Canadien nous a paru grand dans son dévouement, si les soldats français nous ont semblé des héros ; les derniers actes de cette lutte suprême vont compléter un tableau si glorieux à nos pères.
On sait en Canada que le gouvernement de Louis XV déshonote l'antique monarchie des Charlemagne et des saint Louis, on sait qu’il a perdu sa force morale, et le vrestige de sa gloire militaire en Europe ; on ne voit que trop jusqu’à quel point Bigot et ses subalternes, savent reproduire ici les hontes de la cour ; on sent amèrement les fléaux toujours croissants d’une guerre désastreuse ; mais on est Catholique et Français ! Le colon et le militaire ont conservé, avec une foi vive, les instincts d’un grand peuple ! Ils lutteront jusqu'au bout pour sauvegarder le précieux dépot de leurs Institutions, de leur Langue et de leurs Lois !
Ce peuple généreux ne peut croire à la dégénération complète des traditions de la mère patrie :—* En France ! à Paris ! ” s’écrie-t-on de toutes parts. Dans l’automne de 1758, on organisa en effet une députation; MM. Doreil et de Bougainville, munis de longs exposés de la situation du pays, partirent de Québec sur deux vaisseaux différents, afin que l’un des deux au moins parvint en France. Ah! si jamais anxiété suivit de chers et importants messages, si jamais on pria pour l’heureuse issue d’un voyage long et périlleux, ce fut bien en cette circonstance, où les
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croiseurs ennemis, plus à redouter encore que les vents et les glaces, pouvaient cent fois anéantir l'espérance de salut attachée à cette députation ! Et jourtunt, il fallait attendre des semaines et des mois avant d'uvoir des nouvelles | Cette anxiété était une épine ajoutée aux navrantes douleurs de l'hiver de 1758-59; la Mère Davanne de Saint-Louis de Gonzague va nous en donner quelque idée,
“Je ne vous parlerai point, mon KR. Père, de l’état pitoyable où nous sommes réduites par cette cruelle guerre, par la famine, et par tant d’autres calamités qui nous accablent, Si nous savons en profiter, nous pourrons espérer miséricorde de Notre-Seigneur, pour tant de péchés qui se comimettent dans ce pays, perdu à tant d'égards, depuis quelques années ! Je vous prie, mon KR, Père, de nous envoyer, si la paix se fait, vingt à vingt-cinq barils de farine par les vaisseaux du Roi; je prendrai ici ce qu'il nous faudra de surplus. Nos petites provisions nous ont duré jusqu’au 7 octobre dernier ; alors, il nous a fallu faire battre de suite le peu de mauvais blé que nous avions, et manger un pain aussi noir que nos robes... Le cœur se brisait en voyant nos pauvres malades obligées d’en manger; car en vertu d’une défense de l’intendant Bigot, on ne pouvait, sans payer l'amende, s'adresser aux boulangers pour acheter du pain |
“ Si après que la farine sera payée il vous restait encore un peu d'argent, vous aurez la bonté, mon R, Père, de donner ordre à M. Ranjard de l’employer à acheter de la toile et des remèdes. Il doit avoir le mémoire de l’an passé, comme aussi celui de Paris. Nos mères et sœurs du Grand-Couvent peuvent, ce semble, facilement deviner nos besoins, et se faire une assez juste idée de l’état dépourvu
où se trouvent tous nos offices, par suite de tant de naufrages et de pertes. Sur toutes choses, nous aurions besoin d’un peu d’étoffe pour faire des voiles. Si la guerre continue, il est de prudence de rester pauvre. Depuis Ceux ans, nous n'avons eu, grâce à Dieu, que très-peu de malades : il paraîtrait, d’après cela, que la diète est le remède le plus efficace dans le siècle où nous sommes...”
Tandis que l'en s’effurçait ainsi de sourire, afin de ne se pas décourager sous le poids de tant de maux, de tristes nouvelles vinrent encore assombrir lhorizon : “ Des prisonniers ont dit que les Anglais avaient pris, près de Brest, deux gros vaisseaux richement chargés. Ils dépeignent les personnes qui les montaient de manière à ne nous pas laisser de doute que ce ne soit l’Outarde et la Victoire, dans l’un desquels était le commissaire de la guerre, et dans l’autre, l’aid:-de-camp de M. le marquis de Montcalm, qui allaient dans deux vaisseaux séparés, rendre compte à la Cour de la situation du pays. Si la nouvelle est vraie, comme il y a tout lieu de le craindre, le pays est à bas!”
Que d’amertume et de douleur dans cette dernière parole ! M. de Bougainville, à la vérité, n'avait pas échoué en chemin, il avait touché les rivages aimés de la France, il avait eu audience à Versailles, il avait présenté et appuyé énergiquement ses mémoires; mais, Ô accablante déception! A quoi servaient les grades et les honneurs dont on l'avait chargé pour nos braves, quand on se voyait à la veille de périr? La gloire mauquait-elle à ceux qui depuis si longtemps s’en entouraient sur les rives canadiennes ?.. Ce qu'on voulait, ce qu’on désirait, c'étaient des renforts, c'étaient des ressources ; et de ces secours si ardemment
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attendus, le député revenait les mains vides ! A la honte éternelle d’un ministre d'état, l'Histoire rapporte qu'un (1) mot d’insulte avait même été jeté à la face de l’aidede-camp du marquis de Montcalm, généreux officier qui souffrait encore des blessures qu’il avait reçues, pour aider au triomphe de la seule armée qui soutint alors la gloire des armes francaises !
Il est plus facile de concevoir que de décrire les sentiments des Canadiens à cette nouvelle. Ils avaient bien senti l'indifférence toujours croissante du gouvernement dans les dernières années ; mais savoir que la France les abandonnait ! Que va faire ce peuple épuisé, et cependant délaissé dans son épuisement? va-t-il enfin fléchir sous le coup d’un malheur sans remède ?…. Non, “il a encore du sang à verser et des sacrifices à faire.”
Ne tournons plus nos regards vers la mère patrie pour en espérer du secours ; malheureuse elle-même, elle nous abandoune à notre propre malheur. Mais, chères lectrices, un beau spectacle va s'offrir encore à nos cœurs, dans la constance des enfants du sol, dans l’ardeur de nos pères à défendre leurs foyers contre l'invasion étrangère. Le pays tout entier va s’armer, dans cette crise suprême, Tous les colons de 16 à 60 ans, des veillards, des enfants même quittent leurs foyers et deviennent soldats ; aux prêtres aux femmes, aux enfants, est laissé le soin d'assurer la moisson prochaine, car on s'apprête à lutter contre une
(1) Berryer, ministre de la marine, avait très-mal reçu l'aidede-camp du marquis de Montealm ; il lui avait même dit: Eh! monsieur, quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas des éeuries, Ou ne dira pas du moins, monsieur, que vous parlez conne un chevai,”? réphiqua M, de Bouguiuviile.
armée ennemie aussi nombreuse que la population tout entière de la Nouvelle-France, 80,000 soldats anglais sur nos rives et nos frontières !