VOTES
IHISTOIRE DU MONASTÈRE, 35
juin et juillet ont un peu relevé nos espérances, le blé repousse en partie ; mais les foins ne poussent point et les bêtes ont bien de la peine à vivre. Le beurre sera très-rare et cher.”
Que nos lectrices veuillent se rappeler qu'une horrible famine avait désolé la France l’année précédente, et que même depuis 1708, il n’était venu à peu près aucun secours de la mère-patrio ; elles auront alors quelqu'idée des souffrances de la colonie, encore naïissante pour les ressources industrielles et alimentaires.
Cette pénurie des premières nécessités de la vie n'était guère propre à fortifier les tempéraments, contre l'atmosphère pestilentielle qui semble avoir envahi le pays à cette époque, et de fait, l’hiver suivant 1711, “le deuil, selon le Récit, se répandit encore dans un grand nombre de familles, par des maladies contagieuses qui enlevèrent bien du monde. Les Religieuses Hospitalières ont perdu en très-peu de temps trois religieuses. Le Séminaire a aussi perdu M. Des Cormiers, excellent et vertueux missionnaire qui desservait les cures de St. Augustin et de l’Ancienne Lorette. Il est mort des fatigues qu'il s'est données en assistant ses paroïssiens, étant toujours à courir de tous côtés pour soulager et assister les malades, leur préparant lui-même et leur portant des remèdes. Enfin, après avoir guéri ses paroissiens, il est mort victime de sa charité et a reçu la récompense de ses travaux le 9 mars. LeR. P. Bigot est aussi décédé, épuisé de forces et attaqué des fièvres. Le pays a fait encore de grosses pertes dans la personne de M. Pocquet, curé de Québec, de M. Boutteville et de M. Guichard, tous excellents missionnaires qui se sont consumés dans les exercices de la charité en assistant les malades.
‘ La Mère Angélique Charon, Hospitalière, est décédée du mal courant le 14 mai. M. Martin, Curé de la Côte de St. Michel, a aussi succombé le 14 Juin, après avoir soutenu plusieurs mois de fatigue et d’assiduité à secourir les nombreux malades de sa paroisse. La contagion l’a enlevé lui-même en quelques jours, Dieu voulant sans doute récompenser son zèle et ses travaux. ”?
Au milieu de tant de maux réunis : famine, maladies pestilentielles, perte de parents et d'amis, ie bruit lugubre de la guerre continuait à se faire entendre, et devenait même de plusen plus imminent. Un silence de consternation régnait dans notre ville éprouvée; mais ce n’était pas l’abattement du désespoir, chacun oubliaitses propres maux pour ne: onger qu’à la sécurité commune. Nous avons déjà vu se rétablir le fort Ste. Ursule, commencé par Frontenac en 1689. Dans ce mémorable été de 1711, ou vit, paraît-il, les femmes rivaliser de zèle et d'énergie avec leurs maris et leurs frères pour assurer la défense de la place. Tous les points était exactement gardés, et l’on était dans l’attente d’une attaque plus formidable encore que celle de 1690, quand un coup douloureux vint frapper au cœur les habitantes du Vieux Monastère, et absorber pour un moment toutes leurs réflexions.