NOUVELLES MALADIES POPULAIRES ;—FAMINE ;—MENACES DE GUERRE
L'hiver qui suivit la mort de Mgr. de Laval fut en-
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HISTOTRE DU MONASTÈRE. 83
core une époque de misère et de souffrance. ‘ Notre chère Sr. Marie Dieu de la Résurrection, dit le Récit, religieuse converse pleine de bonne volonté et de zèle pour le service de notre Communauté, nous a été enlevée sur la fin de décembre par les maladies courantes. Ce sont des fièvres tellement violentes que l'on ne passe pas trois ou quatre jours. Elles sont accompagnées de vomissements et de délire chez la plupart de ceux qui en sont atteints. Ces maladies ont désolé bien des familles et emporté grand nombre de personnes de tous âges et conditions: mais, continue l’Annaliste, la guerre dont nous sommes menacés par les Anglais est bien plus désolante encore.”
“ M. le Gouverneur a été averti de plusieurs côtés, écrivait-elle un peu plus tard, que les Anglais devaient venir et par en bas et par en haut, et qu'ils sollicitent actuellement les Iroquois de se joindre à eux, ce qu’ils font non seulement de paroles, mais encore par présents, disant que c’est à ce coup qu'ils se vont rendre maîtres du pays. Cependant les Iroquois ont toujours constamment répondu qu’ils étaient contents des Français; qu’ils vidassent leurs querelles, que pour eux ils se tiendraient en repos sur leurs nattes. Il nous est souvent venu des prisonniers, que nos sauvages et aussi de petits partis de Français ont faits sur eux, et on les a toujours trouvés garnis de papiers, marquant leur dessein de prendre le pays et de faire main basse sur tous les canadiens et canadiennes.
‘ Depuis le mois de Juin (1709) en conséquence de ces bruits de guerre, notre clôture a été ouverte à tous allants et venants; cela nous était d’une très-grande gène, ne pouvant vaquer à notre basse-cour sans être
parmi les séculiers, Il nous a fallu fermer toutes les E
portes de la maison à clef; ils venaient frapper à la porte de la cuisine. On nous a ruiné huit arpents dans notre clos, prenant toute la terre pour les fortifications, pour les gabions. Tout l'été s’est passé dans les travaux et dans l'attente et crainte des Anglais. L'on a eu force alarmes ; cependant N.S. par sa miséricorde nous a préservés, l’armée qui devait venir de Londres pour joindre les Bastonnais, ayant été rappelée par la Reine pour aller (1) ailleurs. Ceux d'Orange ont de leur côté fait plusieurs forts bien munis de canons, de fusils grenades ; ils ont fait des chemins de chevaux pour apporter des bombes pour Montréal, de grands bateaux pour descendre les sauts et passer les rivières : enfin nous ne sommes pas au bout de nos craintes et de nos frayeurs. Zls se confient en leur mullitude en leur force, pour nous, Seigneur, notre confiance est en volre sainte protection ! ”
L’hiver de 1709 et 10 se passa donc dans les alarmes, et quand vint l'été, de nouvelles afllictions fondirent sur ce pauvre peuple. ‘ Les chenilles, dit l’Annaliste, ont mangé les lins et les blés, outre les gelées de mai qui ont aussi fait grand tort. Toutes les prairies ont gelé, et le foin est d’une cherté! et encore on n’en peut pas trouver. Les sécheresses ont été extrêmes au printemps, la terre labourable semblait cuite au soleil. On a fait quantité de prières publiques : quarante-heures, processions de $Stes. Reliques etc., afin d’apaiser la colère de Dieu. Les pluies de la fin de
(1) Ces troupes destinées contre Québec, avaient été envoyées par la cour de Londres au secours des Alliés dans la Péninsule, où les généraux Stanhope et Stahremberg venaient d’être défaits par le duc de Vendôme, le premier à Brihuega, le second à Villa-Viciosa, en Portugal. Cette victoire eut le double aväntage de consolider le trône de Philippe V et de sauver le Canada.
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