‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 15 sur 91 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Vingt-cinq années de paix préludant au centième

anniversaire.

Retour de Mgr. de St. Vallier ;—-Le Pays à cette époque—Une fille d’Albion devient fille de Ste. Ursule—Compagnes de noviciat de Mlle. Wheelwright—Si l’on aime ses parents au Monastère ! Le Grand-Père Boucher et la Grand’ Mère St. Pierre.— Mlle. de Ramesay et ses émules.—-Le Monastère triple ses dimensions en vingtcinq ans; Eglise; murs de clôture.—Coup-d’œil autour du Monastère ; traits caractéristiques des mœurs de l’époque ; Donnés et Donateurs. — Régime féodal en Canada ; — Seigneurie de Ste. Croix et Messe de Requiem ;—Baronnie de Portneuf et Eglise des Trois-Sœurs.—Mme. Rivet entre au Monastère et y meurt ;postulante.—La lampe qui ne s'éteint pas.—Mort du Marquis de Vaudreuil.—Mort de Mgr. de St. Vallier-—Supérieurs et Chapelains du Monastère.—Une novice demande la mort plutôt que de sortir du cloître.—Un Prodige vivant.—Mlle. Dorothée Jeryan et les der-

nières professes avant le centième anniversaire.— Les cloches du

Monastère.—Centième Anniversaire.

$l.—RETOUR DE MGR. DE ST. VALLIER ;—LE PAYS À CETTE ÉPOQUE.

UEL jour pour la colonie que celui du retour de son premier Pasteur après neufannées d’un << pénible exil! Le traité signé à Utrecht, le 11 avril 1718, avait enfin libéré l’illustre captif, et après D un court séjour en France, Mgr.

de St. Vallier s'était embarqué sur le Manon, vaisseau! marchand, et vers le millieu de l'été il arrivait heureusement à Québec. Bien des sentiments durent se presser dans le cœur du zélé Prélat, en revoyant son troupeau et sa patrie adoptive. ‘ Nous fûmes agréablement surprises, dit le Récit, quand dans la matinée

du 18 août, de joyeux coups de canon nous annoncèrent l’arrivée de Monseigneur. ‘l'oute la population se porta en foule vers le fleuve, et l’on conduisit comme en triomphe au son des cloches et du canon le vénéré Prélat. Dans le cours de l’après-midi nous eûmes le plaisir de le voir ; il ne pouvait se lasser d'exprimer sa joie; quant à nous, notre reconnaissance est grande envers le Dieu de bonté qui nous a ménagé tant de consolation après de si longues épreuves.”

Mgr. de St. Vallier retrouvait un diocèse qu'allaient enfin faire prospérer les bénédictions de la paix. Nous voilà en eftet, chères lectrices, au début d’une époque unique dans les annales de la Nouvelle-France : trente années de calme et de repos, quel bienfait pour ce pays si longtemps éprouvé ! Mais entrons un peu dans le détail.

Vers 1670, nous entendions notre Vén. Mère Marie de l’Incarnation nous tracer en grand le tableau de la prospérité future du Canada ; elle parlait de projets de manufactures et de relations commerciales ; des ressources immenses qu'offrirait l'exploitation des terres, des pêcheries, des mines et des bois forestiers : ‘ Voilà, ajoutait-elle, de quoi faire un grand pays avec le temps.” Rien n’était plus vrai, et rien ne se fût mieux réalisé, s’il n’eut dépendu que des efforts et du bon vouloir des colons. Malheureusement, cette magnifique perspective s’évanouit bientôt presque en entier ; une politique aussi préjudiciable à la métropole qu'aux intérêts coloniaux, mit des obstacles insurmontables au développement des ressources du Canada. Obligé de tout recevoir de la France et, par conséquent, de lui tout donner en échange, il en résulta que le principal et presque’seul article important de commerce fut toujours les pelleteries : en 1754, on exportait encore pour 8,000,000

de francs de peaux de castors. L'absence de numéraire donna lieu à l'introduction de la monnaie de carte par le gouvernement de France, système qui devint si funeste au pays, et dont notre Monastère eut à souffrir sa bonne part, surtout vers la fin du règne de Louis XV. Mais n’anticipons pas sur les malheurs à venir, jouissons plutôt de la prospérité présente.

L'entrée du Canada avait été forcément livrée aux Anglais à Utrecht, par la cession de l’Acadie et de Terreneuve ; le Roi et ses ministres n'avaient pas manqué de s’en apercevoir, aussi songèrent-ils à réparer la brèche en fortifiant l'Ile Royale. Ce fut en 1720, qu’on s’occupa de fonder Louisbourg. Ce Dunkerque de l’ Amérique était d'autant plus indispensable, qu’à la première difficulté entre les deux puissances, les Anglais eussent pu intercepter toute communication de la France avec sa colonie, malheur sans remède, puisque l'absence des seules ressources manufacturières eût réduit les colons aux dernières nécessités.

Cette précaution prise on vécut en assurance, nos pères selon leur bonne coutume, tirant le meilleur parti des événements. La population s’augmenta et le défrichement des terres à proportion. En 1721, le pays comptait 25,000 habitants; ce nombre avait doublé en 1744, et disons de suite qu’en 1755, la population du Canada s'élevait à 80,000. Il faut avouer cependant que ce nombre était mimine, à côté du chiffre de 1,200,000 qu'atteignait la population des colonies anglaises.

Dans les années qui s’écoulèrent de 1713 à 1744, le Canada fut en grande partie redevable de son bonheur à la sage administration du Cardinal de Fleury, qui sut

maintenir la paix avec l'Angleterre, et qui assura par K

là le fruit des soins intelligents et du zèle infatigable du Marquis de Vaudreuil et du Marquis de Beauharnais, pour le bien du pays.

Si nos lectrices désirent maintenant se former une idée de l’état religieux de la colonie, qu’elles se figu-

rent l'organisation d’un clergé national, devenant à chaque année plus nombreux par le dévouement des î MM. du Séminaire ; qu’elles voient s'élever les vastes ‘ constructions du grand collége des Jésuites, si propres 4

à montrer dans tout son jour l'esprit d'entreprise de nos ancêtres; qu'eiles se représentent surtout ces quatre-vingts paroisses (1) qui, de Kamouraska à “ Châteauguay, parsemaient les deux rives de notre

fleuve de riantes et pieuses chapelles, autour desquelles

viennent se grouper des villages plus ou moins nom- À breux de fervents Catholiques. L'activité de Mgr. de à St. Vallier ne se borna pas à ces œuvres; son zèle 1 s'étendant jusqu'aux dernières limites de son vaste \ diocèse, ne négligeait pas même les lointaines missions de la Louisiane où, dès le commencement du siècle, le Séminaire avait envoyé des missionnaires, ;

Montréal n’était pas en arrière dans ce mouvement généreux : les M.M. de St. Sulpice y faisaient éclater leur amour de la patrie adoptive comme curés et missionnaires ; ils étendaient aussi leur protection aux ferventes Communautés religieuses de Ville-Marie, tandis que les Frères Charon, donnaient le bienfait de l'instruction chrétienne aux jeunes gens de la ville et des environs.

Mais trève à ces pérégrinations extérieures et reve-

(1) Si nos lectrices aiment à savoir ce qu'étaient, trente années auparavant (1683), les paroisses qui les intéressent, elles n’ont qu’à BE | jeter les yeux sur le Tableau que nous insérons à la fin de ce volume.

able nais,

une figunant \r des rastes opres se de t ces ska à notre nelles nomgr. de n zèle vaste issions ‘cle, le

vement éclater et mison aux Marie, Die nfait la ville

et reve-

nte années n’ont qu'à ce volume.

LR D LU SRE

nons à notre aimable solitude. Nous annonçons une époque de paix, il ne faut donc pas s'attendre dans ce chapitre, à des récits saillants qui montrent en péril les intérêts les plus chers de la patrie; non, tout sera calme, paisible, et nous n’aurons guère à sortir du Monastère, où les incidents seront en harmonie avec la sérénité de la vie du cloître. Nous verrons voguer au souffle de la grâce, l’heureuse barque d’Ursule, tantôt accueillant de nouveaux passagers, tantôt en conduisant d’autres au port, s’élargissant et déployant de nouvelles voiles, à l’appel de la jeunesse toujours plus nombreuse et empressée qui afflue vers son bord.

Page 1