‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 42 sur 91 · APPLICATION DES PENSIONS DU ROI ET DE LA FONDATRICE · texte numérisé non relu

APPLICATION DES PENSIONS DU ROI ET DE LA FONDATRICE

Vers l’année 1725, les ‘“ Séminaristes ”” avaient donc entièrement disparu ou à peu près; aussi voit-on omettre à cette époque, la clause de la formule des

vœux qui les concernait directement. Mais à quoi s’appliquera alors la fondation de Mme. de la Peltrie en faveur de six petites filles sauvages, qu'il fallait élever et entretenir dans toute l'étendue du terme ? La question fut facile à résoudre pour nos Mères ; on en grossira les 930 livres accordées tant par le gouvernement que par Mme. de la Peltrie, pour l'instruction de jeunes filles françaises sans ressources, et la destination en sera ou ne peut plus heureuse.

Eu eflet, une foule d'officiers et de nobles du pays, ruinés par les guerres incessantes qui avaient présidé à l'établissement et à la formation de la colonie, se trouvaient hors d'état de pourvoir à l’éducation de leurs filles. Si en France même existait précisément à cette époque un pareil état de choses, que l’on se figure la position de ces cadets de famille arrivant sans fortune en Canada, et mis dans l'impossibilité d’en acquérir, dans un pays où l’on trouvait beaucoup plus à faire valoir son fonds de dévouement et de générosité à la cause publique, qu’à angmenter la caisse de ses finances ;—car heureusement, nous n’en sommes pas encore aux jours néfastes des Bigot.

Ce fut donc très-souvent comme à titre de récompenses pour services militaires, que les bourses du gouvernement ou de la noble Fondatrice, même dans le commencement de la colonie, furent appliquées, à peu près comme on le faisait alors en France, à la célèbre maison de St. Cyr, dont une ancienne élève de notre maison, Mme. la Marquise de Vaudreuil, était à même de nous donner des nouvelles (1). On comprend facilement que les Ursulines du Canada n’y allaient pas

(1) Mme. la Marquise de Vaudreuil était alors sous-gouvernante des enfants de France. Elle avait laissé dans ce but le Canada en

avec la munificence d’une fondation royale, mais qui sait si, proportion gardée, le bien ne fut pas aussi sensible, l’œuvre étant du même genre ? Il est même curieux de trouver parmi nos élèves sur la fondation, des noms qui se voient sur la liste des Dlles. de St. Cyr. Evidemment, c'étaient les mêmes familles nobles de France, qui venaient ici combattre pour les possessions du Roi, et qui étaient aussi secourues parles pensions du Roi.

Passons en revue quelques uns de ces beaux noms du pays que nos Mères eurent le bonheur d’obliger en une chose aussi importante.

Milles. Marie Anne St. Luc de la Corne, Varennes de la Verendrye, Hertel de Beaulac, Boucher de Grosbois, de la Haye, Chorel de St. Romain, Godefroy de St. Paul, Denis de la Ronde, M. Anne de Chapt de la Corne, M. Anne Marin, Charlotte Louvière, M. Anne Girard, Dlles. Boucher de Niverville, Daudonneau du Sablé, Aubert de la Chesnaye, de Boucherville, de Celles, de la Chevrotière, Denis de St. Simon, de Gaspé, de Léry, de Biron, de Beaulieu, de la Durantaye, Hertel de la Fresnière, du Souchet, du Buisson, de Villeray, de la Barre, de St. Romain, de Villiers, de St. Germain, de la Martinière, de Couague, du Mont, de Croisilles, de Richardville, de Boisclair, Douville, Couillard des Prés, Gasnier, Corneille, J'utras, Cabanac de Rigaudville, de Louvigny, etc., etc.

Nous dirons au Livre suivant ce que fut St. Cyr, car il n’exise plus. Mais si le souffle dévastateur de la Révolution l’a consumé, la postérité religieuse a droit de recueillir jusqu'aux cendres d’une aussi belle et grande Institution.

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De petites élèbes qui reposent abec leurs bonnes fMaitreses,

Les enfants aux yeux de la Religion forment une classe privilégiée dans la grande famille humaine. Depuis le jour où notre divin Maître et Sauveur les bénissait en disant : “ Laissez les petits enfants venir à moi !.. Le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent... ” ils sont devenus pour tous des symboles touchants de la candeur qui conserve à l’âme sa droiture, et de cette innocence qui lui ouvre le ciel. Quels ne doivent donc pas être les sentiments d’une Ursuline à l'égard de ces naissants tabernacles de l'Esprit-Saint, elle qui, par vœu, s’est dévouée à leurs intérêts les plus chers ? avec quelle incessante sollicitude elle voit passer du premier âge à l'adolescence, puis à l’état de jeune fille, ces tendres plantes qu’elle cultive pour l'avenir 1 Il est rare en effet que l’Ange de la mort moissonne dans les rangs du pensionnat, il semble en respecter les joies douces et innocentes. Cependant, dans les années qu’embrasse ce chapitre, de 1700 à 1759, on eut à consigner la mort de quatre de ces charmantes petites filles, qui furent disposées à jouir des divins embrassements de l’Agneau, sous le toit même où elles étaient venues apprendre à l'aimer et à le servir. Leurs tendres parents comprirent si bien leur bonheur, qu'ils voulurent que la mort ne les séparât pas des secondes mères, auxquelles ils avaient confié en toute assurance leur innocence et leur amabilité.

‘4 L'avant-veille du jour de l’an de cette année 1756, disent les Annales, notre chère petite Marie-Louise-Angélique, fille de M. Joseph Perthuis, Conseiller au Conseil Souverain de Québec, fut atteinte d’une pleurésie qui l’emporta en vingt-cinq jours. Cette petite n’était âgée que de neuf ans et mourut comme un ange. Avec la permission de Mgr. nous l’avons enterrée au milieu de nous dans notre chœur. ”

‘ Ce même privilége a été accordé dans les années précédentes à trois autres : Mile des Meloises, fille de M. des Meloises, Capitaine et Chevalier de St. Louis, et nièce de notre chère sœur St. François de Borgia ; elle décéda en 1739, âgée de 12 ans;

une petite Dlle Bégon, fille de M. Bégon, Capitaine et Chevalier de St. Louis qui s’envola au ciel en 1732, à peine agée de six ans, et précédemment Mile Louise Perthuis, fille de M. Charles Perthuis, marchand à Québec et frère aîné de M. le Conseiller. ”

Angéliques petites âmes ! en mêlant ainsi vos cendres aux cendres de nos Mères, en confondant les lis de votre innocence à ceux de la virginité, vous nous êtes devenues doublement chères, et nous espérons vous reconnaître un jour, au milieu de la brillante et virginale phalange d’Ursule. Vous y devez briller d’uu nouvel éclat, auprès de celles qui versaient des larmes de tendresse sur vos précieuses dépouilles, tout en bénissant l’Agneau de vous avoir appelées sitôt à le suivre partout où il va. Voilà pourquoi sans doute, notre cœur s’est attendri en recontrant vos noms sur ces pages: nous sentions que vous étiez plus que les autres nos filles et nos sœurs |

flle, de Brouague et ses Compagnes De classe.

Vers le commencement des guerres qui finirent par la conquête du pays, on vit passer au pensionnat une foule d'élèves, dont la pluplart furent mariées à des officiers supérieurs, tant anglais que français. Une famille surtout avait fourni de ces élèves pieuses, intéressantes et studieuses, dont la mémoire se perpétue aux lieux aimés de leur enfance, et dont les vertus ainsi que les qualités du cœur et de l'esprit, restent à leurs enfants comme un précieux héritage. Nous voulons parler de la famille de Brouague, dont la descendance se retrouve aujourd’hui dans les familles de Léry, de Beaujeu ete. Le 3 octobre 1747, M. de Brouague, Intendant sur les côtes du Labrador, amenait au pensionnat sa fille Louise âgée de 10 ans. Ses Sœurs Madeleine et Catherine étaient ici en 1751, Angélique en 1754; nous donnerons les noms des compagnes de classe de cette dernière: Miles. de Léry, de Boisclair, de Gannes, de Lusignan, G. des Meloises, V. La Force, Louise de Muy, Françoise de Boucherville, Miles. Boucher de Grosbois et Raymond, Ursule Baby, Gabrielle de la Jonquière, Miles. Douville, du Plessis, (1), Le Duc, Le Mieux, Couillard, Durocher, Rhodes,

(1) La Mère du Plesis de Ste, Héléne, Supérieure de l'Hotel-Dieu

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Berthelot, Le Mire, Girard, Baudoin, Le Vasseur, ( de Louisbourg), deux Dlles de Blainville, (1), M. A. Varin, de Vincelot, de Chavigny, du Four, St. Hubert, Charlotte Aubert, Hertel de Rouville. Mlle, Voyer, Marie Jos et M. Lse. Poulin, Le Blanc, Taschereau, Berment de la Martinière, Bedard, Rabby, Roussel, de l'Isle, Philibert, de Lantagnac, Chaunazard, St. Germain, deux Dlles, Fleury d‘Eschambault, trois Diles. de Nicolet, deux Dlles. de Verchères, Mlle. de Grey, Marie-Louise Chauveau, Miles, Langlois, Taschereau.

Nous aurons à revenir plus tard sur bon nombre de ces Dlles. Nous ferons aussi connaître les vingt-huit courageuses élèves qui se trouvaient encore au Monastère à la veille du grand siége de

Si quelques unes de nos lectrices ont l'avantage de pouvoir jeter les yeux sur les cartes de feu le Colonel Jos. Bouchette, dans sa Topographie du Canada, ouvrage (1) devenu malheureusement très-rare, nous leur assurons qu’elles seront tout à fait en pays de connaissance depuis Rimouski jusqu'à Vaudreuil. Si elles n'y découvrent pas précisément le site des maisons qu'ont habitées les anciennes élèves, elles y verront en toutes lettres les possessions et les propriétés de leurs familles.

de Québec, écrivant en France en 1740, parlait ainsi de sa nièce : 4 Mon jeune frère a une petite fille qu'on dit qui nous resemble, dont le père et la mère sont fous; c’est uu petit bijou, tant elle est déliée et gentille. Dieu veuille en faire une prédéstinée.”” En septembre 1750, elle ajoutait; ‘Ma petite nièce âgée de dix ans, a fait sa première communion le jour de Pâques chez les dames Ursulines.” Le jeune frère dont elle parle était alors Grand Prévot à Québec ; celui à qui elle s'adresse était le R. P. François-Xavier du Plessis, né à Québec en 1693. Il eutra chez les Jésuites et devint célèbre en France par ses prédications, surtout à Arras.

(1) Les Annales de l'Hotel-Dieu de Montréal font un grand éloge de l’une de ces Diles. qui s'y est faite religieuse,

(1) Publié en 1815.

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