‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 43 sur 91 · LE COIN DU FEU DU MONASTÈRE · texte numérisé non relu

LE COIN DU FEU DU MONASTÈRE

La Mère du Breuil de St. Joseph, dernière professe de la maison de Bourges.—La Mère Marie Le Maire des Anges, dernière professe du Grand Couvent de Paris.—La Mère Godefroy du St. Sacrement recueille d'heureux fruits du grand mystère qu’elle honore.— Petite postulante qui vit de longues années.—Une Elégante prise d’assaut par la grâce. —tf Elle a fourni une longue carrière en peu de jours !”’ — Zèle infatigable et saints désirs d’une petite-fille du Grand-Père Boucher.—Le ‘petit oiseau de Gentilly, ?’ qui s’est dilaté les aîles aux leçons de la Vén. Mère.—Une haute naissance qui engage à une plus profonde humilité. —Fruit durable d’une Retraite.— Le Ciel s'ouvre pour quatre uouvelles vierges.—Les deux lampes de N. D. de Grand-Pouvoir, ou ‘‘ La petite servante de Marie. ?— La seconde Mère de l’Incarnation achève au ciel la fête cente naire.—Pas de joie parfaite en ce monde, ou Mort de la Mère d’Ailleboust de la Croix.

u est celle de nos lectrices dont

7\e cœur ne vibre pas à ce mot

de ‘ Coin du feu, ” qui renferme tout un monde de sentiments et de souvenirs ? Ce mot parle plus au cœur qu'à l'esprit,

S ne s'explique. Intimité de famille, tra-

ditions du passé, instincts du présent,

LE ÿ projets de l’avenir, tout cela se rattache à ces heures si douces où, groupée autour d’un aïeul vénéré, la jeune génération écoute avec avidité, les délicieuses histoires de temps qui ne sont

plus.

Dirons-nous maintenant que le Monastère aussi a son ‘ Coin du feu, ‘ avec ses mille nuances de conso-

lation et de bonheur, pour l'âme qui recueille ces pieux souvenirs du passé ? Oui, sans doute ; et que de charmes dans ces récits, surtout dans une ancienne communauté où plusieurs membres comptent cinquante ans et plus de science monastique ! Ce “ Coin du feu ”’ du Monastère est d'autant plus cher, que les traditions qu'il conserve sont plus pures et plus saintes ; c’est un parfum dont on s’embaume et se pénètre d'autant mieux qu'il se répand moins au dehors, et se conserve plus frais et plus suave.

Mais si toutes nous sentons, chères lectrices, le charme attaché à ce ‘ Coin du feu,” à ce sanctuaire des traditions domestiques, avons-nous jamais réfléchi à son influence sur la société ? Oh ! le ‘ Coin du feu, ” il date d’aussi loin que la première famille humaine ! C'était là que se conservait le souvenir du paradis terrestre, avec les connaïssances que le premier homme y avait reçues de Dieu ; c’était là que l’homme déchu trouvait sa consolation, en transmettant, à ses enfants les promesses qui concernaient l’avenir. Mais ‘‘ arrivons au déluge,” mentionnons simplement que ce n’est qu'après ces récits du ‘ Coin du feu,” que s’est écrite toute histoire. Le ‘ Coin du feu ” est donc cette loi non écrite, eette tradition qui, dans les affaires de ce monde, complète (1)

(1) Nous trouvons sur la force de la tradition, (religieuse, il est vrai), des pensées d’une grande profondeur, dans un ouvrage du Rév. John Milner. Nous les citerons simplement, n’ayant pas la prétention de traiter ici le sujet.

‘ AI written laws necessarily suppose the existence of unwritten laws, and indeed depend upon them for their force and authority. Not to run into depths of ethics and metaphysics on this subject, we have common or unwritten law, and statute or written law, both of them binding ; but the former necessarily precedes the latter. The legislature, for example, makes a written statute ; but we must learn, beforehand, from the common law, what constitutes the islature,

la loi écrite et préside à toutes les transactions de la vie. Un peuple sans traditions, s’il en existe, est un peuple sur le penchant de sa ruine, un peuple sans vigueur ni énergie, qui succombe sous le poids de son apathie.

Notre Canada, chères lectrices, que ne doit-il pas à son ‘ Coin du feu ” ? Il n’y a encore que quelques années, le Canadu n'avait pas d'Histoire écrite : comment se trouve-t-il aujourd’hui en possession des mœurs et des instincts de ses pères ? Même ardeur belliqueuse dès qu’une circonstance la réveille ; même goût pour les courses et les aventures si l’occasion s’en présente. Voyez aujourd'hui l'enthousiasme de nos jeunes miliciens ; ils rêvent déjà la gloire d’un nouveau Carillon ! Voyez nos aventuriers, ces ‘ coureurs ‘’ de nos jours, à la Californie et à l'Australie ! Où ont-ils appris à copier si fidèlement leurs ancêtres ? C’est au ‘ Coin du feu, ” dans ces entretiens intimes où un père, un aïeul, racontait les prouesses de sa jeunesse, ou la témérité de ses courses aventureuses ; ces histoires recueillies par les enfants, sont transmises à la génération suivante ; elles se gravent dans les cœurs, y germent ; reste aux circonstauces à les développer et à en faire goûter les fruits.

Nous aussi, chéres lectrices, nous enfants, non-seulement du Canada, nous aussi du Vieux Monastère, empressons-nous de recueillir les traditions de notre “ Coin du feu ” ; plus elles seront nombreuses, plus elles seront consolantes, car un auteur très-estimé, le and we must also have learnt from the natural and the devine laws, that the legislature is to be obeyed in all things which these do not render unlawful. ‘ The municipal law of Tingland, ” says judge Blackstone, 4 may be devided into Lez Non Scripta, the unwritten or common law, and the Lex Scripta, or statute law. ” He afterwards calls the common law, ‘‘ the first ground and chief corner-stone of the laws of England. ”

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R.P. Faber, a dit avec une vérité qui nous frappe, qu'il n'y a pas de Communauté fervente qui n'ait de nombreuses traditions. Et quand sont-elles plus aimables et plus profitables ces traditions, que lorsqu'elles font revivre à nos yeux les vertus de nos dévancières ! Continuons donc de retremper notre âme à cette source si pure.

Nous avons eu sous les yeux les noms des membres dont se composait la Communauté, à la grande fête du centième Anniversaire ; les Notices Biographiques qui ont précédé, nous ont fait connaître celles qui déjà étaient entrées en possession du ciel. En interrogeant notre ‘ Coin du feu ” de 1713 à 1739, nous allons entrer dans l'intimité de celles qui moururent à cette époque, heureuses de se joindre à la brillante compagnie d'Ureule et de célébrer la fête centenaire au sein de l'Eglise triomphante.

Ba fière du Breuil De St, Joseph, dvernière professe de la maison de Bourges,

Le Monastère de l’antique cité de Bourges ne s'était pas contenté d'aider par ses aumônes, au temporel de notre Communauté, il avait aussi voulu contribuerà ‘“ l'édifice spirituel,” qu’il voyait si solidement fondé par les vertus et les travaux de la Vén. Mère de l’Incarnation. En 1671, nous arrivaient deux de leurs jeunes religieuses, qui travaillèrent près d’un demi-siècle en Canada, et qui toutes deux furent appelées à gouverner la maison. La Mère du Breuil de St. Joseph et la Mère Drouet de Jésus se succédèrent dans la charge de Supérieure, de 1679 à 1694, la première ayant été douze ans dans cette charge.

La Mère du Breuil ne paraît pas avoir été prise au hasard pour cette mission lointaine et difficile; l’auteur de sa notice après avoir exprimé en termes touchants les regrets de la Communauté à sa mort, ajoute : ‘“ J'aime mieux ne pas essayer de faire ’éloge des rares qualités de cette chère et vénérable Mère, de B2

crainte de ternir l'éclat d’une si belle vertu; les expressions ne pourraient jamais rendre l’idée que nous en avons conçue.”

“ Sur la fin de sa vie, la Mère du Breuil de St. Joseph était devenue aveugle, et extrêmement pesante, ne pouvant presque plus agir sans un secours étranger. Elle continua cependant de se traîner à nos saintes observances, surtout à la sainte messe, jusqu’à la fête de la Ste. Famille, au printemps de 1715. Elle succomba peu après à un accablement de divers maux, auxquels se joignit une fièvre ardente qui acheva de consumer cette nature défaillante, laissant son âme libre de s'envoler enfin dans le sein du Dieu qui couronne la vertu.”

Elle était âgée de 68 ans, et en comptait 48 de profession religieuse,

La fière Marie Le Maire des Anges dernière professe Du Grand Œoubent de Paris.

Nous avons été témoins de la ferveur avec laquelle la Mère Marie Le Maire des Anges débuta en 1671, dans sa carrière de missionnaire. Professe du Grand Couvent de Paris, elle en apporta ici le bon esprit et la piété, et contribua grandement à la régularité, tant dans notre maison que dans celle de Trois-Rivières, ayant été onze ans supérieure dans la première communauté, et six ans dans la seconde. En 1712, elle fitcommencer les constructions au Monastère de Québec, et dans les années suivantes, elle les fit poursuivre avec un zèle admirable, ‘“ sa confiance ct son abandon Ë en la Providence lui rendant possibles les choses les plus difficiles, 3 quand il s'agissait de la gloire de Dieu et du bon ordre de la 3 Communauté, et sans doute, ajoute le Récit, le Seigneur aurait donné sa bénédiction à ses travaux si elle eut vécu. Sa bonne volonté aura été récompensée de Celui qui connaît et sonde les cœurs. ”?

Sur la fin de la seconde année de son quatrième triennat dans notre maison, au mois de novembre 1717, la pieuse Supérieure voulut faire sa retraite annuelle ; mais une fièvre violente et un point de côté dont elle fut saisie, l’obligèrent bientôt à suspendre ces saints exercices. Le médecin désespéra tout d'abord de son état, et l'on se ferait difficilement une idée du triste retentissement 1

de cette nouvelle dans la Communauté. Mgr. de St. Vallier ne à

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fut pas plustôt informé de son état qu'il vint lui faire visite, et il permit aussi aux principaux ecclésiastiques de la ville de venir la voir, tant pour témoigner de sa considératien pour la mourante, que pour consoler la Communauté qu’elle allait laisser orpheline. C'était la plus triste circonstance où l’on se fût trouvé au Monastère depuis la mort des Fondatrices.

Les élèves pensionnaires, qui avaient toujours été les objets privilégiés de ses soins, étaient également inconsolables. Un attrait tout particulier avait toujours attaché aux classes cette vraie Ursuline; elle aimait l’enseignement, surtout celui de la Doctrine Chrétienne, ou instruction en forme de catéchisme, et pendant les longues années qu’elle fut Supérieure, Assistante ou Zélatrice, on la voyait accourir aux classes comme une jeune religieuse, dès qu’il y avait une maîtresse à remplacer. Les élèves, de leur côté, se montrèrent toujours avides de ses instructions, ‘ sa piété aussi tendre qu'éclairée, lui rendant très-facile l’art de parler des choses de Dieu. Ce qui paraissait encore, dans les discours qu’elle adressait à la Communauté réunie, la veille des grandes fêtes. ”

Dès sa plus tendre enfance, la Mère des Anges avait choisi la Ste. Vierge pour sa mère et sa patronne. Cet acte n’avait pas été pour Mile. Le Maire l'effet d’un sentiment passager, relégué dans la suite au fond de son âme: la dévotion à l’immaculée Mère de Dieu anima toute sa vie et perça dans toute sa comduite, comme le témoignent les Régistres des Ursulines de Paris.

“ En jetant les yeux sur l’image de Marie, disait-elle aux élèves, reconnaissons notre indignité et disons-lui avec l'Eglise: Dignare me laudare te, virgo sacrata ; Permettez que je vous loue, 6 Vierge sainte ! De ce grand respect qu’elle avait pour la Mère de Dieu, provenait un désir ardent d’imiter ses vertus:—Marie, disait-elle, conservait dans son cœur toutes les paroles de Jésus ; faisons de même, mes enfants, allons souvent nous prosterner à ses pieds et la conjurer de nous apprendre cet aimable secret.” C'était là en effet l'occupation principale de la pieuse Mère, surtout aux jours plus spécialement destinés à la prière; il ne fallait pas alors la chercher ailleurs qu’à la Chapelle des Saints, au pied de l’image de la Reine du Ciel.

La plus douce récréation de la Mère des Anges était d'utiliser tous ses moments au profit des saints autels ; le temps semble avoir respecté la plupart des beaux ornements qu’elle a faits pour notre sacristie, et les Annales disent ‘ qu’il n’y a guère d'église dans la Nouvelle-France qui n'ait de ses ouvrages en ce genre, ”

Cette vraie Mère était d’une charité admirable ; voyait-elle quelqu’une dans la peine, il n’y avait plus pour elle de repos qu'elle ne lui eût procuré du soulagement ou de la consolation. Tant de rares et de belles qualités la firent grandement regretter de tous ceux qui l'avaient connue, soit à Québec, soit à Trois-Rivières, où elle a beaucoup travaillé pour l'avancement de la Religion et la gloire de Dieu. Douée d’un fond remarquable de sagesse et de prudence, elle eut un grand succès dans la conduite des affaires temporelles de notre Monastère, où elle aurait voulu voir, comme elle le dit si naïvement dans ses lettres “ moins de domestiques et par conséquent moins de dépense.” Après beaucoup d’autres détails, notre Récit termine ainsi son éloge : “ Il n’y a que Dieu qui puisse nous consoler en de semblables pertes.”

La Mère Marie Le Maire des Anges mourut le 13 décembre 1717 ; elle était âgée de 77 ans, et comptait 58 années de profession religieuse, dont elle avait passé 47 en Canada. Elle était la dernière survivante des religieuses professes venues de France.

La reconnaissance que nous devons à sa mémoire doit aussi s'étendre à sa famille, dont tous les membres se sont associés à cette généreuse missionnaire pour le bien de nos pauvres et lointaines missions, Ce fut surtout après le second incendie que notre Monastère se ressentit de leur libéralité : aussi, nos traditions nous ont-elles fidèlement transmis leurs noms vénérés. Comme nous l'avons déjà dit, les portraits à l'huile de notre Vén. Mère de l’Incarnation et de M. de la Peltrie, perdus à tout jamais sans eux, sufiraient seuls pour perpétuer parmi nous leurs bienfaits et notre gratitude.

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Nous avons parlé au premier tôme de la Mère Godefroy de St:

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François-Xavier, native de Trois-Rivières ; (1), disons maintenant quelques mots de sa cousine, la Mère Charlotte Godefroy du $. Sacrement, fille de “ noble homme” M. Jean Paul Godefroy et de Mme. Madeleine Le Gardeur de Repentigny. Elle fit profession en 1669, entre les mains de la Mère Marie de l’Incarnation supérieure. ”

Toutes ces premières Ursulines Canadiennes semblent avoir fait convention d’être aimables, laborieuses, intérieures, pleines de zèle pour le bien commun, donnant souvent plus d’un demi-siècle de dévouement au service du bon Maître. La jeune génération qui écrit leurs notices ne le fait qu'avec attendrissement, et avec une affection toute filiale ; elles ont peine à consentir au départ de ces Mères bien-aimées, dont elles craignent de ne pas recueillir assez dignement les admirables exemples. La Mère Godefroy du S. Sacrement est du nombre de ces ‘“ chères et regrettées défuntes dont on ne peut dire assez de bien.” Pour ne mentionner qu’un trait de sa belle et longue vie, il faut parler de sa dévotion au sublime mystère dont elle portait le nom ; elle n’en pouvait jamais assez faire pour l'autel du Dieu qui y disparaît par amour pour sa créature, et nous lui sommes redevables en grande partie des ornements qui embelliront notre église quand elle sera achevée. ”

“ Cette chère Mère dont la vie était si pure cet si édifiante avait cependant une frayeur extrême des jugements de Dieu. Quand elle était en pleine santé, elle nous disait souvent qu’elle ne savait ce qu'elle ferait, à l'annonce d’une mort prochaine, (Chose admirable! la paix la plus complète se répandit dans son âme tout entière, dès les premièrees atteintes de sa maladie, et elle se trouva dans un abandon parfait à la volonté de Dieu, soit pour la vie, soit pour la mort. On ne pouvait lui parler assez des choses du ciel; tous ses moments étaient précieux, disait-elle, il ne fallait

(1) Cette ville de Trois-Rivières, fondée en 1634 sous les auspices de Champlain par l'intermédiaire du sieur de la Violette, ‘ renferma après quelques années d'existence une aristocratie complète : les Hertel, les Le Neuf, les Boucher, les Godefroy, les Poulin de Courval, occupaient un rang distingué dans le pays, et s'allièrent avec les principales familles, ?’ Note de M. l'Abbé Ferland,

songer qu’à disposer son âme à la rencontre de l'Epoux divin ! Il s’est enfin fait lui-même son rassasiement et sa récompense, et nous ne doutons pas que les admirables sentiments de notre aimable défunte à cette heure suprême, ne soient un fruit de son ardeur à honorer, dans le sacrement d'amour, le Dieu qui allait se manifester à elle. Sa mort nous a paru prompte, mais non imprévue ; nous remarquions ces années dernières que loin de ralentir le pas, elle redoublait de ferveur, courant à nos saintes observances à 70 ans comme une jeune novice. Cette chère Mère, qui avait célébré le cinquantième anniversaire de sa profession religieuse, sentait sans doute qu’elle se rapprochait sensiblement de l’aimant divin des âmes pures et fidèles.”

Ba Mere Marie Pinguet de l'Assomption ou Petite Vostulante qui bit de longues années,

Voici encore une de ces dévancières vénérées qui eurent le bonheur de faire leur profession “ entre les mains de notre feue Mère Marie de l’Incarnation. ”

Heureuse d’avoir été l'élève de nos bien-aimées Fondatrices, plus heureuse encore d’avuir si fidèlement raarché sur leurs traces, la Mère Marie Pinguet de l’Assomption est un des plus beaux modèles que le vieux Récit propose à notre imitation, Quelle charmante simplicité dans les détails suivants |

“ Le 1 octobre 1721, il a plu au Seigneur de faire passer de cette vallée de larmes au séjour des bienheureux, l’âme de notre chère sœur Marie M. Pinguet de l’Assomption, âgée de 68 ans, C'était une des premières professes canadiennes de notre Monastère et un excellent modèle de toutes les vertus religieuses. Elle avait eu dès sa plus tendre jeunesse un zèle peu commun pour l'état d'Ursuline, et ce beau feu avait trop d'activité pour rester longtemps caché : elle fit donc part de son générenx dessein à notre Vén. Mère Marie de l’Incarnation. Mais comme la Communauté, alors naissante, était pour ainsi dire destituée de toutes les douceurs de la vie, dans un rude climat et ontourée de peuples barbares, onlui donna à entendre qu’elle était trop petite et délicate pour notre maison, Loin de se décourager à cette réponse, la jeune Marie

Madeleine redoubla de fervenr en recommandant sa cause à Dieu. Pour vaincre l’indécision des religieuses à son égard, elle eut recours à un petit stratagème qui effectivement, la faisait paraître plus grande qu’à l'ordinaire. Elle fit hausser ses talons, déjà passablement hauts, et parut partout au-dessus de sa taille naturelle. La Mère de l’'Incarnation, touchée de son innocence et vaincue d’ailleurs par sa ferveur, l’admit au novociat au commencement de sa quinzième année. Ses premières ardeurs pour Dieu n'ont jamais souffert de détriment. Toujours assidue à l’oraison mentale, elle y consacrait tous ses loisirs, surtout les dimanches et les fêtes où elle ne sortait presque pas de l'Eglise, même dans les plus grands froids de l'hiver. De cette intime union avec Dieu procédait un zèle infatigable pour rendre service au prochain ; jamais elle ne se plaignait des fatigues qu’elle y pouvait expérimenter, surtout dans les classes externes et parmi nos chères petites filles sauvages. Elle leur a fait l'instruction environ vingt ans, et elle la faisait en qualité de maîtresse-générale, lorsqu'elle fut atteinte de sa dernière maiadie, qui se déclara par une fluxion de poitrine dont elle subit les suites pendant près de deux ans. Munie de tous les secours de notre sainte Religion, elle termina son utile et belle carrière en s’abandonnant comme un enfant entre les bras de la Providence, dans un intime conviction des bontés maternelles de la très-sainte Vierge à son égard. Cette douce et sainte mort nous laissa toutes dans un grand désir de faire ce redoutable passage dans les mêmes dispositions, et de nous y disposer dès maintenant par une plus parfaite pratique des vertus qui ont brillé dans cette chère Mère. ”

ane Blégante prise d'assaut par la grace; —Da Mere M, AD, des fMeloises De St, PF, de Borgia.

Nos lectrices se souviennent qu’à l’occasion de la prise d’habit de Mile. de Ramesay, nous leur avons annoncé la conversion d’une jeune mondaine présente à la cérémonie. Cette amie intime de la nouvelle novice était Mile. Marie-Madeleine des Meloises, dont le front alors poudré et parfumé n’annonçait guère l’auréole de piété dont il devait s’entourer dans la suite.

Ancienne élève de notre pensionnat, Mile, des Meloises en était

sortie bien déterminée à ne plus jamais se captiver entre les murs d'un cloître. De bonne heure elle avait perdu ses parents, et peu après eux, Mme. du Pont sa respectable aïeule. Elle se trouvait ainsi sous la tutelle de M. de Chamballon, dont la piété faisait l'édification de toute la ville de Québec, maïs qui, à peu près comme toutes les personnes avancées en âge, avait trop d'indulgence pour la jeune demoiselle confiée à ses soins.

Charmée du tableau riant que lui offrait l'avenir, la jeune Marie-Madeleine ne se vit pas plus tôt lancée dans le monde et maîtresse de sa liberté, qu’elle voulut faire expérience des plaisirs qu’il offre, et elle livra sun cœur à toutes les jouissances que la Religion ne lui défendait pas absolument. Accueillie dès son début comme une élégante et belle personne, objet des hommages les plus flatteurs, entourée de mille distractions et bercée des illusions les plus vaines, Mile. des Meloises, qui ne se défait aucunement d'elle-même, succomba au prestige ; quelque bonne volonté qu’elle eût, la vanité se rendit bientôt complètement maîtresse de son cœur. Tous ses désirs se concentraient à plaire et à jouir ; aussi passait-elle d'ordinaire la première moitié du jour au lit ou à la toilette, et le reste aux promenades publiques et aux parties de plaisir, où les gilets bleus aux épaulettes d'or, où les flottants panaches des officiers français, jouaient alors le rôle éclatant réservé aujourd’hui aux gilets rouge-feu des officiers britanniques. Toujours la bienvenue au Château St. Louis, il ne fallait pas la chercher ailleurs lorsqu'il y avait bal ou soirée. “ Sa conscience n'était pas tranquille à la vérité, les instructions qu'elle avait reçues à nos classes lui revenant à l'esprit, elle réfléchissait ”” sérieusement à la brièveté de la vie et prenait la résolution de se faire religieuse ; mais hélas ! ces sentiments duraient peu !”

Notre Récit, que nous ne faisons qu’abréger, dit qu’elle s'était attachée au monde par un lien si fort que Dieu seul pcuvait :e rompre. Ce fut Dieu en effet qui, dans sa miséricorde, vint délier cette infortunée captive du monde... Ce lien si fort était un “ sien cousin ” enrôlé au service du Roi et qui combattait vaillamment sur les champs du Piémont. Dans le temps même où la jeune

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fiancée attendait son retour, il avait été blessé à mort et expirait dans un hôpital militaire ; le prêtre qui l'avait assisté à ses derniers moments transmettait ces détails à la famille. Cette nouvelle imprévue fut apportée à la jeune demoiselle au milieu d’une fête.…...Quelle douleur pour elle ! que de larmes amères ne versatelle pas !......Mais Dieu dont la bonté est infinie eut pitié de cette enfant prodigue, de cette autre Madeleine ; il va révéler à son cœur trop sensible un sujet infiniment plus digne de ses pleurs et de ses regrets: ses propres péchés, ses vanités, son amour inconcevable de la toilette, et tant de jours perdus pour le ciel !

Elle assistait donc au milieu d’une réunion d'élite à la vêture de sa compagne de classe. C'était là que Dieu l’attendait, que la grâce allait parler énergiquement à son cœur par la voix d’un des plus saints missionnaires du temps, qui fit un tableau saisissant de vérité du faux brillant des plaisirs du monde, et du solide bonheur de la vie religieuse. L'assaut de la grâce fut si subit et si violent, que la jeune Dlle. eut bien de la peine à contenir son émotion jusqu'à la fin du discours; incapable de se maîtriser davantage, elle se glisse hors de la chapelle et se dirige en toute hâte vers sa demeure, pendant que l’on chantait encore au sanctuaire le sort mille fois heureux de la nouvelle fiancée du Seigneur, Chemin faisant, ses larmes coulaient en abondance et la suffoquaient presque. La crainte d’être aperçue par quelqu’une de ses amies la porte à entrer dans l’église des Jésuites, qui se trouvait sur son passage. ‘‘ Là, prosternée seule devant Dieu et cédant à la grâce, elle commence à détester ses vanités passées, elle demande pardon de ses coupables résistances, elle conjure le Seigneur de lui donner la force et le courage de rompre tout ce qui l'attachait aux créatures, lui avouant avec douleur qu'elle ne le pourrait jamais faire, sans un secours très-efficace ; elle appelle à son aide l'intercession de la Ste. Vierge et des saints, s'adressant en particulier à St. François de Borgia auquel elle avait une dévotion toute spéciale.

‘# Cette prière terminée, Mile des Meloises essuie ses larmes et se relève, se sentant pleinement fortifiée et résolue de se donner entière. ment à Dieu. Jamais plus on ne la vit dans les réunions du

grand monde. Elle régla au plus tôt avec son frère et ses sœurs tout ce qui concernait leur succession, puis demanda avec instance et humilité l'entrée de notre noviciat. ”

Nos Mères qui connaissaient les belles qualités de cette ancienne élève, et l’ardeur qu’elle saurait apporter à la pratique de la perfection religieuse quand elle se serait une bonne fois donnée tout à Dieu, reçurent avec joie cette enfant prodigue, heureuse de penser que lenr maison serait embaumée d'un si beau sacrifice.

“ Le noviciat lui parut la porte du paradis, continue sa Notice, et il lui tardait déjà que le jour de sa vêture ne fût venu, afin d’être entièrement dépouillée du reste des vêtements de l’homme terrestre. Etant entrée le jour de la Nativité de la très-sainte Vierge, elle reçut l’habit au mois de décembre suivant, sous le nom de son protecteur spécial St. François de Borgia, et dès lors elle avança dans la perfection d’une manière suprenante. Elle ne parlait jamais d'elle ni de sa famille, qu’elle aimait pourtant tendrement et dont elle était également chérie, et si la conversation tombait snr la noblesse de ses parents, elle en paraissait peinée et mettait une adresse merveilleuse à détourner ce sujet d'entretien. Elle était fort affectionnée à notre saint Institut, et les jeunes élèves avaient pour elle une estime toute particulière. Toutes ces conversations tendaient à les porter à la piéte, et à les éloigner de la vanité, qui est l’écueil ordinaire des jeuues personnes. ”

Mlle des Meloises marcha sans s'arrêter un instant dans cette vie toute céleste de piété et d’abnégation : les vêtements les plus usés étaient les habits de son choix, le jeûne et l’abstinence lui semblaient un banquet délicieux, l’obéissance devint le plus doux emploi de sa liberté, la prière continuelle, l'unique charme de ses loisirs. La profession religieuse, en mettant le sceau à ses engagements et en multipliant les grâces, ne fit que donner une nouvelle impulsion à sa ferveur. Cette âme ainsi transformée, immolait de préférence tout ce qui avait le plus flatté sa vanité ou contribué à ses plaisirs passés. Ainsi, sa voix douce et mélodieuse fut désormais consacrée sans réserve à Dieu seul, par l'exercice continuel des chants de l'Eglise et de la récitation du saint office ; et la petite ‘‘ légende de l'échelle, ” conservée au Monastère, prouve

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quelle était la beauté de cette voix, si digne de chanter les louanges du Seigneur. (Ce trait se rapporte à * certain personnage plus curieux que dévot, ”” qui assistait à vêpres dans notre Eglise, un jour que la Mère Marie-Madeleine de St. Borgia officiat. Désirant conuaître cette belle chanteuse, et voyant que tout conspirait à exclure ses yeux profanes de l’intéricur de la chapelle des religieuses, il se décida à franchir les obstacles. Saisissant une petite échelle ‘cachée aux environs pour le service de l’eglise, il la dresse, y monte rapidement et se penche auprès de ‘‘ l’ouiïe, ” au grand scandale de toute l'assistance ! Inutile de dire de quelle frayeur furent saisies nos chanteuses en voyant perché là cet oiseau de nouvelle espèce, (Ilétait au-dessus de l'endroit où se trouve aujourd’hui le monument de Montcalm). Obligées d'attendre la fin des vêpres

pour de lui donner {a chasse, nos religieuses lui laissèrent ainsi le

temps de s'évader ; mais elles s’emparèrent bien vite de l'échelle,

qui fut condamnée à ne plus sortir de la clôture.

Mlle. des Meloises, en se dépouillant de ses manières vaines et mondaines, avait conservé, comme le veulent nos règles, cette exquise politesse qui dunne tant de charmes à la vertu, surtout dans une Cummunauté religieuse où l’on est incessamment en rapport les unes avec les autres, ainsi qu'avec les personnes du dehors. Quel beau spectacle que celui de cette gracicuse jeune novice, appliquant toute son adresse et sa prévenance à obliger ses sœurs, cherchant même à se faire leur servante, aimant de préférence les emplois les plus bas et les plus pénibles ! Comme elle comprenait bien qu’il lui était plus utile et plus glorieux aux yeux du Sauveur des hommes, de balayer et de travailler des mains dans la maison du Seigneur, que de briller et de plaire dans les demeures splendides des mondains !

Une des pratiques de pefection de la Mère M. Madeleine de St. Borgia était de chercher une expiation particulière pour chacune des jouissances dangereuses qu’elle s'était autrefois accordées ; ainsi pour expier le plaisir qu’elle avait pris à entendre de beaux compliments, elle voulait qu'on ne parlât plus au Monastère que de ses défauts, et elle disait souvent avec ingénuité aux

anciennes : ‘* Ma Mère, parlez-moi, je vous en prie, de mes défauts et de mes fautes. ”

Cette âme d'élite qui avait volé plutôt que couru dans le chemin de la perfection, fut bientôt trouvée digne de la récompense. La mort n'eut rien d’affligeant pour cette fervente épouse de J. C.; à travers les ombres du tombeau elle apercevait de loin le premier rayon de son bonheur éternel, et elle s’élança avec transport au-devant de l'Epoux des âmes,

Cette famille des Meloises dont le nom s’est si souvent inscrit sur nos Régistres d'élèves, et qui a donné à notre maison un sujet si précieux, mérite bien de notre part une attention spéciule, et nous en donnerons ailleurs la descendance (1). Ajoutons seulement ici quelques détails qui nous concernent, et disons coiament fut acquittée la dot de la Mère Marie-Madeleine de St. Borgiu.

Le capitaine Nicolas-Marie des Meloises, son frère, s'était chargé de satisfaire aux droits de la jeune religieuse. La famille qui était propriétaire de la seigneurie de Neuville, au comté actuel de Portneuf, fit l'offre du sixième de cette terre; mais nos Mères qui avaient à cette époque plus de terres que d': rsvenus, stipulèrent de préférence pour une rente payable en blé, et aïnsi fut acquittée une partie de la redevance. Restait encore au Capitaine des Meloises 2000 livres à compter, embarras assez considérable dans un temps où l'espèce sonnante ètait si rare au pays. Que fait alors l'officier français esclave de son honneur ? Sur le Cap au Diamant, au bas du bastion, se trouvait un petit moulin à vent ‘ à jui appartenant,” et comme le Capitaine s’entendait beaucoup mieux aux évolutions du camp qu’à la manœuvre d’un moulin, il vient, accompagné de son beau-frère M. de Lotbinière, offrir à nos Mères cette propriété. La Communauté avertie s’assemble au son de la cloche; le résultat de la délibération fut comme suit.

“Il a été couvenu qu’on n’accepterait pas le petit moulin, car il ne nous convient pas étant trop près du Château et du jardin du Fort, et ne pouvant aller que très-rarement faute de vent.” Nos Mères cependant n’exigèrent pas en espèce la somme qui leur était due, comme on le voit par le contrat suivant où tout fut arrangé à l'amiable, ‘ Nous sousignées, Sr. Marie Anne Migeon de la Nativité, Supre. et Sr. de la Grange de St. Louis, Dépositaire du Monastère des Ursulines de Québec, et le Capt. Nicolas- Marie

(1) Voir à la fin du tôme.

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Renaud des Meloises, sommes convenus des choses suivantes: savoir, que nous recevrons des mains du meunier des moulins de Neuville la quantitié de 180 minots de blé, et que nous euverrons chercher le dit blé en deux saisons savoir: 90 minots l'automne aux premières traînes, et les 90 autres minots au printemps à la première navigation... De même aussi, nous promettons de prendre pendant le temps que le dit sieur des Meloises sera absent de cette ville, toutes les planches et les madriers qui nous seront rendus au bord de l’eau à Québec.” Voilà un nouvel exemple du mode des transactions au temps passé.

Mlle. Jeanne des Meloises entra aussi au noviciat quelque temps après sa sœur aînée. Son grand-père M. du Pont, seigneur de Neuville près de Québec, lui avait assuré 1000 écus de dot ; mais Dieu ne lui ayant pas donné la vocation religieuse, elle s’ennuya dans la clôture et sortit bientôt,

Mlle. Louise Chartier de Lotbinière, fille de M. Eustache de Lotbinière et de Mme. Marie Françoise des Meloises, se consacra à Dieu à l’Hôpital-Général de cette ville en 1736. Cette nièce de notre Mère St. Borgia mourut à 33 ans. Une sœur de ce M. de Lotbinière épousa M. Thomas Juchereau Duchesnay ; de là l'union des trois familles des Meloises, de Lotbinière et Juchereau Duchesnay.

Quel contraste entre le sort des frères et des sœurs, des tantes et des neveux de cette famille des Meloises ! Les uns remplissent une carrière aussi fervente que paisible au dedans d’un cloître solitaire ; les autres passent des jours pénibles au milieu de mille hasards, et après une vie agitée au sein des camps, arrosent de leur sang nos champs de bataille, Espérons qu'ayant tous rempli les vues de la Providence sur eux, ils sont maintenant réunis dans la même récompense.

“ Œlle à fourni une lougue carriere en peu de fours!"

Tel pouvait bien être le sentiment unanime au Monastère, à la mort de notre bien-aimée Mère Marie-Catherine de Ramesay de Ste. Radegonde. Son exemple avait en grande partie déterminé la résolution décisive de la Mère des Meloises de St. François de

Borgia, et voilà maintenant que celle-ci, à peine rendue au ciel, y appelle son aimable compagne : trois mois seulement retardèrent l'éternelle réunion de ces deux saintes amies, qui s'étaient donné la main pour marcher au service de Dieu comme les Louis de Gonzagne et les Stanislas de Kostka.

Mile. de Ramesay avait fait un immense sacrifice en quittant sa famille ; mais lieu qui lui avait donné l'intelligence de cette parole : ‘ Qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi, ” lui donna aussi la force de rompre avec une extrême générosité des liens si doux et si chers. ‘ Nous savons, dit le Récit, que le sacrifice fut réciproque, car M. et Mme. de Ramesay nous avouèrent à sa réception, que les premières larmes que leur arrachait cette fille chérie, étaient ce tribut payé à la séparation. ”

Au reste, le sacrifice de la famille avait été le seul pour Mlle. de Ramesay ; quant aux espérances attachées à une haute position dans le monde, et aux jouissances que peuvent procurer la fortune et la beauté, elle comprenait depuis longtemps que ce n’était là qu’une vaine fumée, une poussière, qu'un léger souffle emporte un jour ou l’autre et dont il ne reste pas même la trace.

“ Elle prit l’habit et fit profession avec une joie indicible, et ses vertus allèrent toujours croissant, se détachant de tout ponr ne s'attacher qu’à Dieu, ayant fait un divorce général avec tout ce qui pouvait tant soit peu l’éloigner des intérêts de son âme. Sa Notice ajoute qu’elle fit bien valoir ses talents naturels et les riches qualités du cœur qu'elle avait reçus du ciel ! ”?

Il semble, en effet, que le Seigneur ne l'ait faite si bonne, si gracieuse et si belle, que pour la rendre plus éloquente et plus persuasive à faire aimer la vertu. Comme elle dépeignait vivement aux élèves les dangers de la vanité, surtout dans les parures ! Avec quelle entraînante émotion elle leur parlait des charmes de la modestie chrétienne, le plus bel ornement et la gloire de leur sexe ! Son ascendant sur les élèves était tel qu’elle leur persuadait de ne jamais reprendre, à leur sortie du pensionnat des modes qui faisaient alors “ furenr, ” quelque déraisonnables qu’elles fussent. Nos lectrices savent sans doute par les traditions de leurs grand'mères, que les ‘ paniers, ” à une certaine époque, tenaient

Mlle.

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lieu des crinolines de nos jours, et n'étaient pas regardées comme moins indispensables. C'était À qui l'emporterait par l'ampleur, et il s'en suivait une vanité dispendieuse autant que ridicule, Les prédicateurs avaient beau crier, comme aujourd’hui l’éloquent Père Félix à Paris, ou les plus zélés curés de nos paroisses, les panicrs marchaient toujours, même jusqu'au pied des autels ! Eh bien ! qui le croirait ? Notre Mère de Ste. Radegonde réussit à dissuader de cette mode pernicieuse et extravagante un grand nombre d'anciennes élèves, qui furent assez courageuses pour paraître en public sans les admirables paniers ambulants ! ‘ Nous comptions beaucoup sur elle, dit le Récit, quand au printemps de 1725, il plut à Dieu de couronner sa jeune servarte, qui n'avait jamais cessé de travailler à sa perfection avec une ardeur in. croyable, ”

La Mère Marie-Catherine de Ramesay de Ste. Radegonde fut la première moissonnée de sa famille, La Providence semble avoir voulu épargner à son cœur sensible les amères douleurs (1) qui devaient bientôt jeter un deuil si profond parmi les siens.

(1) L’ainée de ses frères a été tué à la bataille de Rio-Janéiro, nous ignorons en quelle année.

Le second a été massacré par les Chérakis, non loin de la rivière Wabash, ‘Il n’y a pas longtemps, dit Charlevoix, que les Chérakis y tuèrent trente français ayant à leur tête un fils de M. de Ramesay Gouverneur de Montréal ; et un au Baron de Longueil, Lieutenant du Roi de la mème ville. ”?

Le troisième fils de Claude de Ramesay a pèri dans ls naufrage du ‘ Chameau‘ ” le 28 août 1725. Voici les détails que notre Récit nous a conservés sur ce triste événement. ‘‘ Le naufrage d'un vaisseau du Roi, le Chameau, a jeté le deuil et la consternation dans un grand nombre de familles, et a aussi causé des pertes considérables au Monastère. Dans cet affreux désastre, pas uu seul homme n’a été sauvé pour venir en porter ici les tristes détails. Il y avait à bord un Intendant, M. de Chazel, destiné à rempiacer M. Bégon ; en outre un grand nombre d'officiers et d’autres personnes de mérite appartenant aux premières familles de ce pays, entr'autres, M. de Ramesay le jeune qui était Capitaine. Comme le Chameau était richement chargé de provisions et d’argent pour les troupes ainsi que pour les particuliers, cette perte a été vivement sentie, ??

Lèle intatigable et saints Désirs de la ère de Varennes De la Présentation, petite-fille vu Grand-Pere Boucher,

Le Monastère perdit en 1726, une religieuse qui fut universellement regrettée et dont les vertus méritent une mention spéciale : il s’agit de la Mère Anne-Marguerite de Varennes, fille de M. René Gauthier de Varennes, qui fut gouverneur de Trois-Rivières pendant 22 ans

Née dans cette dernière ville en 1684, Anne-Marguerite fut envoyée dans sa treizième année à notre pensionnat peu après la profession de sa tante la Mère Boucher de St. Pierre. Jamais élève ne poursuivit ses études dans de plus belles dispositions. Les grâces naturelles étaient rélevées du charme de la plus douce modestie, etloin d'étudier dans l'intention de briller dans le monde, elle n’aspirait qu’à se rendre plus digne d'entrer dans milice de Ste. Ursule, et ‘ elle poursuivit son entrée avec tant d’importunité, dit le Récit, que sa mère fut obligée d'accéder à sa demande, quatre mois avant qu’elle eût accompli sa quinzième année.

“ Elle ne se donna pas à Dieu à demi, et sa ferveur fut loin d’être passagère, car toute sa vie fut remplie par l’exacte pratique des plus solides vertus. Nous la regretons infiniment, non.seulement pour ses vertus angéliques, mais encore pour tant de rares et estimables qualités dont le Seigneur l'avait prévenue. Elle avait un goût exquis pour les arts d'agrément, ainsi que pour les autres branches d'éducation convenables à une demoiselle. Elle ne perdait pas un moment, ne quittant le travail ou l'étude que pour se livrer à la prière, sans perdre en rien son attention à la présence de Dieu.

‘& Comme religieuse institutrice, Sr. Anne-Marguerite de la Présentation était infatigable : son délice était d’instruire les élèves, surtout les jeunes filles sauvages et les externes. Ce fut dans les classes de ces dernières qu’elle contracta sa maladie mortelle. Un désir ardent de leur inspirer la dévotion envers la Ste. Vierge l'ayant portée à exercer ses élèves pour une petite action en l'honneur de la Présentation de Marie au temple, elle ne mé-

nagea pas assez sa poitrine, et un crachement de sang qui s’ensuivit la conduisit bientôt aux portes du tombeau.

“ Nous comytions beaucoup sur cette chère sœur, car ses vertus et ses talents étaient au-dessus de l'ordinaire, et elle eut pu rendre des services importants à notre Communauté ; mais ses désirs n'étaient pas de ce monde et elle souhaitait ardemment d’en sortir, Ayant gagné le cœur de notre Sauveur par sa piété toute céleste, il l’appela à lui dans le temps où neus nous y attendions le moins.”

Pendant sa dernière maladie, la Mère Anne-Marguerite de la Présentation eut la douleur de perdre son frère, M. J. B. de Varennes, chanoine et grand pénitencier de la Cathédrale de Québec. C'était un des plus dévoués amis de notre communauté, “ s’associant, dit le Récit, à nos joies et à nos peines. Sa présence dans notre sanctuaire embellissait toutes nos fêtes, et il nous rendait de continuels services par l'exercice de son saint ministère, aussi bien que par ses rares talents. ” Ce saint prêtre dont la piété n'avait rien d’austère, rehaussait par la plus exquise politesse le prix des vertus sacerdotales qu'il possédait à un haut dégré. Il mourut au printemps de 1726, emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu.

“ Sa pieuse sœur le pleura avec la résignation d’un ange, cherchant sa consolation dans une plus intime union avec Dieu. Dans les derniers temps de sa vie, sa mémoire semblait se refuser à tout souvenir ou image qui ne tendît pas au ciel; dans les dernières semaines surtout, son désir de s’unir à son céleste Epoux était si véhément que les moments lui semblaient des années ; elle demandait souvent si son exil n’allait pas bientôt finir. Elle semblait toute remplie de Dieu et absorbée en lui. Cette heureuse transformation parut encore d’une manière plus évidente après sa mort. Sa douce figure présenta alors une empreinte frappante de béatitude, et au moment de l'enterrement, elle parut comme dans une profonde contemplation. C'était la veille de la Pentecôte, et l'on a tout lieu de croire que son âme s'était déjà réunie aux bienheureux pour solenniser avec eux cette fête dans la ciel. ”

En voyant le frère et la sœur se donner la main pour ravir le

ciel, et y arriver presque en même temps, nous jetons naturelle- D2

ment les yeux sur les autres membres de cette famille privilégiée. Quel contraste encore ici dans la destinée des enfants d’un même père ! Dans la famille de Varennes, comme en beaucoup d’autres, ceux qui se vouèrent au service du Roi du ciel, eurent un sort bien différent de ceux qui s’engagèrent au serviee des rois de la terre. Témoin la vie de M. de Varennes, l’aîné de cette famille et l’aïeul d’une de nos religieuses, ainsi que celle de Pierre de Varennes, seigneur de la Vérendrye. Brûlant du désir de servir son pays, ce dernier embrassa de bonne heure comme son aîné la carrière des armes, et peu après il passa en France dans la Compagnie des grenadiers de Bretagne commandée par son frère. Placé sous les ordres du maréchal de Villars, il prit part à la sanglante journée de Malplaquet, y reçut neuf blessures et fut laissé pour mort sur le champ de carnage. Promu au grade de lieutenant en récompense de ses services, il eut cependant la douleur et l’humiliation de se voir exposé aux rigueurs d’une affreuse pauvreté, l’état des finances ne permettant pas au roi de payer honorablement les braves qui avaient combattu pour sa gloire.

La mort de son frère aîné dans la campagne d'Italie, le déter. mina à revenir en Canada, où il reprit du service dans les troupes de la colonie. Chargé en 1731, d’aller explorer les vastes régions de l'Ouest, il y endura, en compagnie du R. P. Messaiger, S. J., toutes les privations imaginables, et brava cent fois la mort, en vue de l'utilité publique. (Cette expédition, dont le résultat fut la découverte des montagnes Rocheuses et de l'immense territoire au nord et à l’ouest des grands lacs, et qui a été décrite d’une manière fort intéressante par M. Garneau dans son Histoire du Canada, devait ce semble assurer à M. de Varennes un titre incontestable à la reconnaissance de la patrie ; mais il manquait encore quelque chose à sa gloire, il fallait qu'il triomphât aussi de l'injustice des hommes, Poursuivi par les calomnies les plus atroces, il fut contraint de venir se justifier à Québec auprès du gouvernement. Le marquis de Beauharnais, alors gouverneur, lui donna raison contre les détracteurs de son mérite ; M. de la Véreudrye fut créé par Louis XV, Chevalier de St. Louis et promu au grade de Capitaine, Epuisé de travaux, il mourut peu

après avoir reçu cette faible indemnité de ses services passés, montrant une fois de plus qu'il en coûte beaucoup moins pour s’attirer les bonnes grâces de son Dieu, que pour s'assurer la faveur des hommes.

Ze « Detit Oiseau de entillp.”"—La ère Angélique Poisson de St, Dean l'Ebangéliste.

Voici la dernière survivante de ces heureuses novices formées à l'école de la Vén. Mère Marie de l’Incarnation. La Mére Angélique de St. Jean était bien digne de propager pendant soixantequatre années de Religion, l'esprit et les vertus de cette mère par excellence.

Nos lectrices se rapellent sans doute facilement ce ‘‘ petit oiseau ” de Gentilly qui faisait en 1666 de si charmants adieux à ses bocages. Placée au premier rang parmi ses compagnes d’études par son esprit et ses connaissances, Mile. Poisson occupait encore plus honorablement la première place par sa piété et les qualités de son cœur, Dès sa première communion, il parut évident que le Seigneur avait sur elle des vues spéciales de sanctification. Dans sa quatorzième année, elle était dèjà tout absorbée dans la pensée de son avenir, ne voulant se laisser préoccuper d'aucune autre chose, que du projet qu'elle avait formé de consacrer entièrement à Dieu tout ce qu’elle en avait reçu. La Mère de l’Incarnation eut bien de la peine à modérer son ardeur, jusqu’au jour où elle obtint enfin de ses parents le consentement tant désiré. Elle n'avait pourtant encore que quatorze ans et demi; mais dès cet âge, elle nous est représentée dans notre vieux Récit, comme une jeune pergonne ‘ d’une intelligence aussi rare que précoce. Elle était d'un esprit vif et enjoué en même temps que solide, possédait une hèureuse mémoire qu'elle continua de cultiver par l'étude et la lecture, avait beaucoup de facilité à parler et encore plus à écrire.”

La Mère Angélique Poisson de St. Jean fut employée pendant de longues années à l'instruction des élèves, poste important et difficile, où le Seigneur récompensa presque toujours sa sollicitude et ses soins pa: des succès marqués ; on a même vu des élèves qui semblaient absolument dépourvues de moyens, devenir entre ses

mains des sujets recommandables. Douée d’un talent merveilleux pour faire aimer aux jeunes personnes les vertus douces et solides, convenables à leur sexe et à leur position dans le monde, elle eut la consolation de voir le plus grand nombre de ses élèves, faire dans la suite d'excellentes mères de famille ou de saintes religieuses. |

Dans un âge plus avancé, on lui confia la direction des affaires de la Communauté d’abord en qualité de dépositaire, puis comme Supérieure en 1703.

On se souvient de l’ardeur qu’elle apporta en 1717, à l’achèvement des bâtisses commencées par la Mère des Anges.

Toujours une des premières sur pied le matin, hiver comme été, la Mère Angélique de St. Jean donna jusque dans sa soixante et dix-septième année, l'exemple de la plus parfaite régularité à nos saintes observances ; les jeunes mêmes ne pouvaient la surpasser en ferveur. Choisie de nouveau pour supérieure en 1726, elle ne laissa le gouvernement de la Communauté que pour aller régner au ciel. Elle ne parut atteinte d'aucune maladie particulière, elle succomba à une espèce de défaillance générale qui paralysait ses membres et la retenait à l’infirmerie depuis quelques jours. Le désir de faire une petite revue du passé lui fit demander son confesseur. Ce dernier ayant accompli sa mission s’en retournait, quand on courut le rappeler en toute hâte. Il revient pour lui admistrer le sacrement des mourants, mais à peine eut-il fait une onction que déjà cette âme angélique était passée de ce monde à son Dieu, qu’elle avait si fidèlement servi. Elle expira le 17 avril 1732, ayant soixante-deux ans accomplis de profession religieuse.

La Communauté plongée dans l’afliction par une perte aussi inattendue, devait cependant songer à élire une nouvelle supérieure, ‘ Ces élections toutefois ne se firent que plus tard, Mgr. Dosquet nous donnant pour supérieure, par commission, la Mère Marie Anne Anceau de Ste. Térèse, descendue quelques mois auparavant de Trois-Rivières, où elle avait gouverné les Ursulines depuis 1712.

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FISTOIRE DU MONASTÈRE.

ne haute naissance engage à ve plus profonde bumilité.— La Mère Angélique Ve Lauson du Saint-Esprit,

A mesure que le Monastère se consolidait sur ses bases, le Seigneur semblait prendre plaisir à retirer, un à un, les vieux piliers qui en avaient si longtemps fait la force et la gloire, laissant à la jeune génération leur part du travail pour soutenir l'œuvre de leurs dévancières. La Mère Angélique de St. Jean avait été la dernière novice formée à l’école des Fondatrices ; la Mère Augélique de Lauson, qui la suit sur la liste des entrées, la suvit aussi au séjour du repos et de la récompense.

Elle était la troisième et dernière fille (1) de M. le Sénéchal

de Lauson, fils aîné du quatrième gouverneur de cc pays, et dont la mort avait été si glorieuse. Rien n’est plus touchant que le tableau que nous présente la vie de cette vertueuse et vénérée Mère. ‘“ Toujours attentive à s’abaisser, dit notre Récit, cet instinct de grandeur qui est l’apanage ordinaire d’une haute naissance, ne la portait comme sa sœur aînée qu'à une pratique plus parfaite de l’abnégation religieuse ; son humilité allait jusqu’à conjurer la supérieure après chaque élection, de ne lui donner aucun emploi où elle eût autorité sur les autres, . Cependant ses talents la rendaient capable de tous les emplois de notre Monastère, et soit à la tête du noviciat, soit comme maîtresse-générale des classes, elle s’acquitta toujours parfaitement de ses fonctions. S’oubliant elle-même pendant qu’elle se sacrifiait pour les autres, sa mémoire ne lui venait jamais en aide pour son propre soulagement ; en maladie comme en santé, elle redoutait l'ombre même de la moindre distinction ou de la plus petite marque d'estime.

(1) Le nom de Lauson s’éteignit en Canada avec cette vénérée Mère; son frère Charles mourut jeune, et son héritage passa aux Juchereau de St. Deuis, qui étaient alliés aux de Lauson.

Nous possédons encore à la bibliothèque de notre Communauté quelques livres qui furent à l’usage des dames de Lauson, entr'autres un Catéchisme de Fleury dont elle se servaient pour l'instruction des élèves.

‘ Dans son ardeur à se dévouer tout entière au service de Dieu, la Mère Angélique de Lauson eût voulu oublier en un seul jour tout ce qui ne tenait pas à l'exercice de sa vocation d’Ursuline, et surtout les personnes dont elle s'était séparée par la profession religieuse. Ainsi, quand M. de Champigny Intendant, qui ctait son parent, venait avec sa famille faire visite à la Communauté, elie se laissait inviter plus d’une fois avant de se décider à paraître. Elle en agissait de même pour les norrespondances, se reposant de ce soin sur sa sœur Marie, lui disant seulement : ‘ Saluez pour moi nos amis de France et dites-leur que je prie pour eux.”

‘“ La piété de cette bonne Mère l’attachait, pour ainsi dire, au pied des autels ; c'était là qu’elle passait tous ses loisirs, surtout les dimanches et les fêtes. D'un tempérament délicat, elle eut à souffrir des indispositions continuelles, qu’elle supporta jusqu’à la fin de sa vie avec un courage admirable ; ce ne fut que trois jours avant sa mort qu’elle consentit à se laisser soigner. Sa dernière maladie s’annonça par un vomissement opiniâtre dont elle sentit elle-même le danger ; sa seule peine était de se voir privée du St. Viatique. Ne pouvant se consoler de cette privation, elle résolut de faire violence au ciel, et s’adressa avec ardeur à la Ste. Vierge. Elle en obtint à l’heure même un prodige. Le vomissement s'arrêta soudain, et sa disposition changea tellement, qu’on courut aussitôt avertir le R. P. de la Chasse, qui lui apporta cette nuit même la Ste. Communion. Peu d’heures après s'être munie de ce divin passe-port, la Mère Angélique de Lauson passa de ce monde à la bienheureuse éternité, le 22 décembre 1732, âgée de 72 ans, ayant 55 ans de profession religieuse. Sa sœur, la Mère Marie-Madeleine de Lauson de St. Charles, l'avait précédée d’un an et demi dans la béatitude.

fruit durable D'une Retraite —La ère Jucherean (Duchewrtay,) de St, Antoine.

C'était en 1717; l'élite de la société de Montréal confondue avec le bon peuple se pressait dans l’église principale, où un prédicateur en chaire faisait retentir ces divines et profondes paroles : ‘ Que

sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme ? ” Cette sentence qui convertit autrefois St. François-Xavier, impressionnait diversement cette réunion de fidèles, Pour quelques uns, c'était comme un trait de lumière qui traverse l'esprit sans y laisser de trace ; pour d’autres, c'était un coup de foudre, dont le terrible effort bri:e et renverse tous les obstacles, et de pauvres pécheurs, heureusement réveillés de leur léthargie mortelle, sortaient du lieu saint en se frappant la poitrine : pour d’autres encore, la lumineuse sentence était une manifestation sensible de la volonté de Dieu, qui les appelait à une vie plus parfaite par un dégagement complet du monde et de ses vanités. Du nombre de ces derniers fut Mlle. Térèse Juchereau de St. Denis. Fidèle à la grâce, elle demanda l'entrée de notre noviciat, et reçut l’habit de l’ordre au mois d'octobre de la même année, 1717.

La vocation de Mile. Juchereau de St. Denis fut évidemment l'ouvrage de Dieu, qui donne à qui il lui plaît, ces inspirations fortes et entraînantes qui attachent inviolablement à la pratique des conseils évangéliques. Placée par sa naissance au milieu d’une aristocratie qui s’entourait de gloire par ses frits d'armes, et qui jouissait du présent sans trop se préoccuper de l'avenir, Mlle. Juchereau partagea cette insouciance, et dès ses jeunes années elle aima beaucoup le monde. Durant son séjour au pensionnat, elle avait montré de la piété ; son cœur naturellement bon et sensible, se laissait impressionner des profondes vérités de notre sainte Religion. Mais à peine son éducation fut-elle terminée, qu’on lui fit franchir le pas glissant qui sépare la jeune élève de ces réunions du soir, à la fois si attrayaates aux jeunes imaginations et si dangereuses à leur cœur.

On doit avoir déjà vu que Mme. veuve Juchereau Duchesnay avait épousé en secondes noces M. de Beaujeu, et comme les beaux-pères affectueux sont moins rares en ce monde que les tendres belles-mères, ce gentilhomme fut pour les enfants de sa femme un véritable second père, et il ne contribua pas peu à faire aimer sa maison au cercle brillant qui la fréquentait. La jeune Louise-Térèse ne fut que trop sensible aux hommages qu’elle reçut

alors. Tout en elle semblait être fait pour plaire: une figure intéressante et douce, des grâces naïves et fraîches, un cœur généreux et expansif, un esprit vif et enjoué. “ Ce fut, dit notre Récit, une conquête de la grâce, et elle ne se fit religieuse que pour aseurer son salut.”

Vers la fin du noviciat de la Sr. St. Antoine, Mme. de Beaujeu vint elle-même terminer ies arrangements (1) avec la Communauté, avant de ‘ livrer à Dieu sa fille chérie.” Cette femme vraiment chrétienne ne se consolait de cet immense sacrifice, que dans la pensée du bonheur qu’aliait goûter se chère Térèse au service du meilleur des maîtres.

Après sa profession, Sr. Térèse de St. Antoine avança d’un pas rapide dans la voie de la perfection religieuse, et elle trouvait dans son exactitude même à toutes les observances communes la première récompense de sa ferveur, par les célestes consolations dont Dieu inondait son âme. Dévouée autant par goût que par devoir à l'instruction de la jeunesse, elle y fit preuve d’une capacité remarquable et se montra en tout une véritable et parfaite religieuse.

Il semblait qu’une voix scerète l'eut avertie que sa vie au Monastère s'écoulerait trop vite au gré de ses sœurs, car elle était avare de ses moindres moments, et telle fut son application au saints exercices de la prière et du recueillement, qu’en peu d'années elle amassa des trésors immenses pour l'éternité. En contemplant - cette vie exemplaire de la vertueuse fille de sa sœur Térèse, quel bonheur ne devait pas éprouver la Mère Migeon de la Nati-

(1) On trouve de curieux détails dans ces documents d' passé, détails qui constatent jusqu’à l'évidence, l’état de gêne où se trouvaient alors les premières familles, à raison de la monnaie de carte sur laquelle il fallait perdre la moitié. Ce système déplorable ruinait le pays. Voyons comment Mme. de Berujeu s'accorda avec notre Communauté, afin de faire valoir le plus avantageusement possible la part de l'héritage de sa fille, au montant de 3000 livres qu’elle donnait avant sa profession religieuse. “ On résolut d’affecter une somme de 2000 livres en espèces à rente rachetable: de plus, 500 livres argent comptant, et le reste en monnaie de carte. La perte sera ainsi moins grande pour notre Communauté.”

vité ! Selon l’ordre de la nature, la nièce chérie devait survivre à sa bonne tante ‘“ maïs Dieu, dit le Récit, avait d’autres vues sur cette âme privilégiée; il voulut sbréger son exil sur la terre et hâter le moment de la récompense” Sr. St. Antoine fut emportée en quelques jours d’une fluxion de poitrine, dont elle fut atteinte dans sa 33e année. Elle mourut le 7 octobre 1732, dans la quinzième année de sa vie religieuse.

Be ciel s,oubre pour quatre noubelles Dierges.

Au printemps de 1733, la petite-vérole enleva à notre Communauté la jeune Sr. Le Page de St. Louis de Gonzague, Quelque temps auparavant, Sr. Normandin de St. Stanislas s'était aussi empressée de ravir le ciel. Ces deux jeunes sœurs, qui avaient à peine laissé le noviciat, semblent avoir obtenu de leurs saints patrons, une ferveur qui hâta le commencement de leur éternel bonheur.

La Mère Gauthier de Comporté de St. Gabriel eut une carrière un peu plus longue, maïs toujours trop courte au gré de sa Communauné. Elle nous est présentée comme une des plus matinales à saluer le tabernacle au lever, et une des premières à se rendre aux travaux communs, ne voulant jamais souffrir qu’on l’exemptât d'aucune fatigue. Elle était même industrieuse à échapper aux adoucissements que semblait exiger l'extrême délicatesse de sa complexion, et que nos Mères s'étaient engagées à lui procurer, lors de son entrée en Religion. Connaissant la pauvreté du Monastère, le tuteur de la jeune Dlle avait même ajouté 1000 livres à la dot ordinaire, afin que son aimable protégée n'eut aucune inquiétude au sujet des travaux auxquels elle ne pourrait prendre part ; mais cette vraie fille d'Angèle sut toujours éluder les occa. sions de se rappeler ce privilége, disant qu'elle n'était entrée en Communauté que pour y vivre de la viecommune. La mort de sa sœur aînée, dans l'épidémie de 1703, lui fut une croix bien sensible ; mais entrant dans les desseins de la Providence, elle n’y vit qu’un nouveau motif de redoubler d’ardeur au service de la Religion, Elle mourut dans toute sa ferveur, âgée de 56 ans, en comptant 37 de profession religieuse.

Parlons un peu maintenant de notre douce et persévérante Dlle du Bos, qui attendit pendant sept ans le bonheur de se consacrer à Dieu. Mlle Du Bos reçut le saint habit sous le nom de Ste. Marie- Madeleine. Selon notre Récit : ‘“ La gaicté française coulait de source chez elle, et sous un extérieur aussi agréable que modeste et composé, elle avait trouvé le secret de s'élever à une haute perfection religieuse, et de rendre la vertu aimable à toutes ies personnes qui se trouvaient en rapport avecelle. Elleétait studicuse ct mettait à profit l'esprit et les talents qu’elle avait reçus du ciel. Dans ses dernières années, elle employait les récréations à enseigner aux jeunes à broder sur soie, or, écorce, et égayait toujours l'heure qui passe par mille traits d’innocente allégresse que la Religion autorise et sanctifie.

“ Une fièvre maligne, qui redoubla jusqu’au douzième jour, nous a enlevé cette chère sœur le 4 janvier 1734, et nous l’avons toutes grandement regrettéc. Les infirmières ne pouvaient se lasser d'admirer la sérénité de son visage au milieu des plus grandes souffrances, étant non-seulement édifiées de sa patience, mais encore cuarmées de son amabilité, car elle sut jusqu’à la fin faire de ces petites saillies qui diminuent la fatigue en égayant l'esprit. Ayant eu son plein jugement jusqu’au dernier soupir, elle dit adieu à M. Lyon, Supérieur du Séminaire, qui l'assistait, le remercia, et expira si doucement qu'on s’en aperçut à peine. Son bon esprit et son excellent cœur percèrent en tout ; elle alla jusqu’à dicter le billet qui devait annoncer sa mort aux Communautés de la ville, afin d’exempter à celle qui lui succèderait dans l'office de secrétaire, la peine de faire des recherches à son sujet. ”

La Mère Anne du Bos de Ste. Maris-Madeleine était âgée de 56 ans, et comptait 29 ans de profession religieuse,

Les deux Lampes de N, 1. du Evand-Pouboir —La Mère . A, fav, de Mepentignp de Ste, Agathe.

Nos lectrices ont vu s’allumer à l’autel de Marie, en 1724, une lampe qui ne devait plus s’éteindre. (Cette lampe sans doute jetait un bien doux reflet sur la bienveillante image de la Vierge Immaculée ; mais un second luminaire resplendissait bien autrement à la gloire de la Reine du Ciel, à l’intérieur du Monastère !

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Ce flambeau lumineux, c'était la vertu même de Mile, de Repentigny, que l’on voyait chaque jour briller d’un nouvel éclat, sous les mystérieuses influences de la grâce divine.

Le Seigneur voulut sanctifier cette chère épouse en lui faisant part des souffrances de sa Passion. La maladie dont elle avait apporté le germe au Monastère, se développa de la manière la plus douloureuse, et lui fit endurer une espèce de martyre. Mais rien ne put arrêter le généreux élan de cette âme fervente ; elle pouvait bien dire avec le Roi-Prophète : ‘ Seigneur, j'ai couru dans la voie de vos préceptes, parce que vous avez dilaté mon cœur ! ” Une violente palpitation de cœur jointe à un asthme des plus oppressifs, lui rendait la nuit plus pénible encore que le jour, ne pouvant trouver de posture pour reposer. De plus, une quantité de uvelles glandes s’attachèrent à sa gorge. Comme elle était souvent menacée de suffocation, il lui fallut à plusieurs reprises passer par les opérations les plus douloureuses, et même subir l'application du feu. Malgré tant de maux réunis, la Mère de Repentigny de Ste. Agathe ne manquait aucune occasion de suivre la Communauté ; elle suppliait les Supérieures de lui permettre cctte consolation, assurant que le meilleur adoucissement à ses douleurs, c'était de lui laisser jouir du bonheur de la prière commune, et des bénédictions attachées aux saintes observances de la Religion.

Le souvenir de la grâce de lumière et de force qui s'était répandue dans son âme, au pied de l'autel de Marie, ne pouvait s’effacer ni de son esprit ni de son cœur. Elle se répandait sans cesse en actions de grâces, à la pensée du bonheur qu’elle goûtait en Religion, après tant de résistances et d’infidélités. Jusqu'à sa mort, elle eut soin de cette lampe allumée par sa gratitude, et elle ne manqua pas un seul jour de sa vie d'aller saluer Marie dans son sanctuaire, et de s’agenouiller avec reconnaïissanee à l'endroit même où elle en avait reçu une faveur si signalée.

“ La petite servante de Marie,” (c'est ainsi qu'elle se qualifait), parvint enfin au terme des épreuves. Ce fut le 25 février 1739, que son âme tout éclatante de vertus fut couronnée de gloire. Transportée au foyer des clartés célestes et de l'éternel

amour, qui nous dira le: splendeurs dont rayonne cette lampe spirituelle, sous l'éclat de la Majesté divine ? qui nous dira ses cantiques d'actions de grâces envers sa divine Mère, cette Vierge au Grand-Pouvoir, dont la douce image sourit encore ici-bas à la perpétuelle reconnaissance de sa ‘ petite servante ”” et bien-aimée fille !

La seconde Mere De l'Xncarnation achébe au cfel la fete centenaire.

Tous les préparatifs étaient faits pour le grand Triduum du centième anniversaire, on en avait même célébré le premier jour dans toute la joie du cœur, quand il plut à Dieu d'appeler à lui la doyenne de la Communauté, celle qui avait été pendant près de trois quarts de siècle, témoin des faveurs que le ciel avait répandues sur cette maison de Ste. Ursule. Cette vénérable et chère doyenne était la Mère Catherine Pinguet de l’Incarnation.

On se rappelle que cette fervente novice avait retardé de deux mois sa vêture, afin de recueillir le nom de la sainte Fondatrice, au jour même, (30 avril), où le ciel avait recueilli sa belle âme. Que de touchants souvenirs de ferveur et de générosité rappelait sans cesse ce nom béni ! quel puissant stimulant pour notre jeune novice, de marcher à grands pas dans la carrière de la perfection religieuse |

Mlle. Pinguet, fille de M. Noël Pinguet, un des premiers concessionnaires de l’Ile d'Orléans, et de Mme. Marie M. du Pont, était venue au pensionnat vers le temps où elle devait se préparer à sa première communion, et elle se plut tellement dans la maison de Dieu qu’elle se décida à n’en jamais sortir. Ses parents qui n'étaient pas du même avis, s'empressèrent de rappeler Catherine à la maison paternelle, croyant avoir assez fait en donnant leur fille aînée à la milice d'Ursule. Mais la jeune Catherine, ‘ qui avait conçu dès sa tendre jeunesse un grand éloignement du monde et de ses piéges,” tint ferme dans sa résolution première. Voyant les obstacles que le démon suscitait à sa vocation, elle résolut d'abord de se taire et de prier.

Sur la fin de sa quatorzième année, elle prétexte un petit voyage à la ville et s’en vient trouver M. de Bernières, ami imtime de sa

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famille et supérieur de notre Monastère, et le supplie de s’intéresser auprès de ses parents pour lui obtenir la permission désirée. Le pieux abbé, n'embrassant pas d'abord sa cause avec toute l’ardeur qu'elle avait espéré, lui objecte son âge et la faiblesse de son tempérament. Notre jeune postulante ne se déconcerte pas ; elle se jette à ses pieds en disant : ‘M. le Grand Vicaire, donnez-moi, je vous en prie, votre bénédiction et promettez-moi votre appui; c'est tout ce que je demande; ne me le refusez pas, Dieu saura bien faire le reste!” Il était difficile de résister à de si touchantes instances. M. et Mme. Pinguet, apprenant ce qui s'était passé, craignirent de s'opposer plus longtemps à une vocation aussi marquée, et la nouvelle postulante fut bientôt en mesure d’être initiée aux pieux secrets de la perfection religieuse.

M. de Bernières avait prédit que la vivacité de sa ferveur suppléerait à la faiblesse de son tempérament. Ilne se trompa pas; la santé de la Mère Pinguet de l’Incarnation se soutint dans les offices les plus pénibles, même dans celui de Supérieure, qu’elle remplit de 1706 à 1712. Elle passa par toutes les charges de la maison, et exergait celle de maîtresse des novices quand elle mourut; et encore à cette dernière époque de sa vie, depuit quatre heures du matin jusqu’à neuf heures du soir, hiver comme été, les jeunes n'avaient qu’à jeter les yeux sur cette vénérable mère de 77 ans, pour connaître l'ordre du jour et ce que doit être en toute occasion le maintien d’une religieuse. L’esprit de prière et de régularité était devenu comme une seconde nature à cette chère Mère, que le ciel avait douée de beaucoup d'esprit et d'une rare prudence.”

C'était le 1 août 1739. La Mère Pinguet de l’Incarnation se leva à 4 heures à l'ordinaire, pour faire la rénovation des vœux avec la Communauté. (Ce jour-là se passa dans une sainte allé gresse, elle n’éprouva pas même le plus léger malaise, Dans la nuit suivante, elle se trouva mal, et le lendemain (dimanche), jour fixé pour la grande solennité, elle parut d’une extrême faiblesse et fut conduite à l’infirmerie. Elle n’avait ni fièvre, ni douleur, ni frissson, de sorte que le médecin même ne vit dans son état rien d’alarmant, Vers 5 heures du matin, une des infirmières s'étant

approchée de la bergère où elle s'était d'elle-même assise, fut frappée de la pâleur et de l’altération de ses traits. Elle crie au secours ! On vole à son assistance. Hélas ! il était trop tard pour cc monde ; la malade n'était plus !.. ‘Sisa mort fut précipitée, ajoute sa notice, elle n'avait pas été imprévue, car toute sa vie avait été une fervente préparation à ce redoutable passage. Durant les derniers jours surtout, elle avait paru encore plus touchée qu’à l'ordinaire, et avait renouvelé ses vœux avec un accent de ferveur qui avait frappé tout le monde, ” |

La Mère Pinguct de l’Incarnation comptait 61 années de profession religieuse. Sa mort fit retarder de huit jours la joyeuse et intéressante fête du centième anniversaire.

C'est ici surtout, chères lectrices, que nous aimons à rattacher le fil de nos traditions monastiques. Cette seconde Mère de l’Incarnation, morte maîtresse des novices comme la première, avait été compagne de noviciat de celles que la Vén. Mère n'avait laissées que pour entrer dans le repos de son éternité. Quel “ Coin du feu ”” que ce noviciat de 1739 ! Comme cette seconde Mère de l’Incarnation devait y rappeler vivement les merveilles de géné. rosité, de dévouement et de ferveur, des Fondatrices qu’elle avait connues |! On devait être encore tout embaumée de ces précieux souvenirs.

Les deux Mères de l’Incarnation ont donc rempli le premier siècle de cette Histoire. Maintenant, une novice de 1739, va étendre le troisième anneau de cette chaîne jusqu’en 1802 : c’est la Mère Davanne de St. Louis de Gonzague, que nos anciennes d'aujourd'hui ont pu connaître. On sent quelle doit être la vivacité de traditions qui se rattachent de si près aux sources premières,

Das de joie parfaite en ce nronde. —Mort de Ia Mère d'Ailleboust de la Ste, Croir.

On lit dans le Récit en date du 4 septembre 1739 : “ Le Seigneur qui ne veut pas que nous goûtions en cette vie de joie parfaite, a permis que celle du centième anniversaire fût suivie d’une ufliction très-sensible, par la mort précipitée d’une de nos chères Mères, ancienne professe de cette Communauté, L'église et les

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autels, ornés hier encore avec tant de magnificence, ont dû revêtir leurs ornements de deuil ; les chants lugubres ont remplacé les cantiques de joie ; toutes, nous adressions nos supplications au ciel, en faveur de la vénérée Mère Marie Elisabeth d’Ailleboust, dite en Religion de la Ste. Croix. ”

Le nom de famille de cette chère Mère nous reporte aux premiers jours de la colonie, puisque son père, M. Chs. d’Aiïlleboust des Musseaux, appelé aussi de Coulonge, était fils de Louis d’Ailleboust, troisième Gouverneur du Canada. Mlle. M. Elisabeth naquit à Montréal en 1670 ; sa mère Mme. Catherine Le Gardeur de Repentigny, était une des premières élèves françaises de nos Fondatrices. Mlle. d’Aïlleboust étant venue terminer ses études à Québec, prit goût à la vie du cloître ; ce ne fut cependant que dane sa 18e année, qu’elle obtint de ses parents la permission de laisser le monde. Une dévotion toute spéciale à la Passion de N,. S. J. C. lui fit demander de porter en religion le nom de la Ste. Croix. ‘Il suffisait, dit le Récit, de lui voir prendre de l’eau bénite et faire le signe de la Croix, pour juger qu’elle était pénétrée d’un esprit de foi peu ordinaire. Elle avait une magnifique voix, qu’elle consacrait sans réserve aux louanges de Dieu. Son assiduité aux devoirs de maîtresse de chœnr et de première chantre ne se lassa jamais ; lorsqu'on lui alléguait quelqu’indisposition pour l’en dispenser, elle répondait aussitôt : “ Mais, ma chère sœur, ce n’est qu’une bagatelle ! ”” Les Annales la comptent au nombre de ces piliers ‘ de stricte observance, ” qui soutinrent pendant un demi-siècle l'esprit primitif de régularité et de ferveur, pour le léguer à la génération suivante.

La Mère de la Ste. Croix était fortement constituée, Six mois avant sa mort, on remarquait qu’elle dépérissait à vue d'œil ; cependant, il n’y avait pas à lui faire relâcher de son ardeur. Pendant l’année qui précéda le centième anniversaire, elle fut une des plus ferventes aux travaux communs et aux pratiques de mortification que la Communauté s'était imposées, La semaine même de sa mort, elle avait servi tous les jours au réfectoire, et la veille, elle avait assisté à la récréation du soir et récité l'Office au chœur avec la Communauté. Le matin du 4 septembre, la Sr, chargée du réveil étant entrée dans sa cellule pour lui donner de la

lumière, la trouva sur son lit sans parole et sans connaissance, A cette nouvelle, la consternation se répand dans le Monastère, On envoie vite chercher le prêtre et le médecin. Celui-ci arrivé le premier, déclare q'elle est à la veille d’expirer, mais sans pouvoir découvrir aucun indice d’apoplexie ou autre maladie connue. Le prêtre achevait les onctions saintes quand cette chère malade expira. Elle était dans la 70e année de son âge. La Communauté la pleura comme on pleure une règle vivante et un des plus beaux modèles des vertus religieuses et sociales.

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