‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 59 sur 91 · LE BARON DIESKAU ;—ECHEC DU 8 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

LE BARON DIESKAU ;—ECHEC DU 8 SEPTEMBRE

“ En 1755, le Roi, toujours rempli de bonté pour ce pauvre pays a envoyé 8000 hommes en 4 régiments, pour nous secourir. Ils étaient commandés par M. le baron Dieskau, homme d’une bravoure reconnue, mais dont Dieu n’a pas béni les armes en Canada.

“ Malgré la grande victoire remportée à la Belles” Rivière, l'ennemi ne se décourageait pas ; poursuivant au contraire son entreprise, il s’était campé près du lac St. Sacrement, pour venir plus tard prendre les forts de St. Frédéric, Niagara et Frontenac. M. le Baron Dieskau, maréchal de camp, se mit en devoir de les aller combattre. Tout était rangé selon les règles de

la guerre, et on avait droit d'attendre un heureux succès E2

d’un homme aussi expérimenté. Mais comme on ne se bat pas en ce pays comme en France, les choses changèrent bien de face !

Un espion métis, qui avait passé plusieurs jours dans le camp ennemi, vint dire que s’il avait eu seulement 500 hommes avec lui, il eût défait les Anglais. Cela fit croire à M. Dieskau qu’une partie de son armée lui sufirait. Il laisse 1500 hommes au fort Carillon pour les appeler au premier besoin. Mais lorsqu'il eut monté des montagnes fort escarpées, et que tout son monde fut très-fatigué, il se trouva tout-à-coup en vue de l'ennemi, qui s'était bastionné avec des boiïs de construction et des bateaux, et qui se trouvaient là au nombre de 600 hommes ! Il n’y avait cependant pas moyen de reculer. M. Dieskau voulut se battre, maïs la supériorité de nos adversaires effraya notre petite armée qui n’était que de 1500 hommes. M. Dieskau se jeta en vain dans les rangs pour leur donner l'exemple et les animer ; on se battit quelque temps ; mais le commandant ayant été blessé à trois reprises et mis hors de combat, notre armée prit la fuite, et on pense même qu’en fuyant, ils ont tué ou blessé plusieurs des nôtres croyant tirer sur les ennemis.

“ Nous perdîmes environ 100 personnes, tant blessés que restés sur le champ de bataille. M. de St. Pierre, capitaine, qui commandait les sauvages, est de ce nombre ; M. de Longueil, qui était blessé, est aussi mort, car il ne se trouve point parmi les prisonniers ; M. du Sablé, lieutenant, a aussi succombé à sa blessure, ainsi que plusieurs officiers des régiments. Quant à M. Dieskau, il n’a pas voulu qu’on le sauvât, sans doute par la peine que lui causait cette déroute ; il a été pris avec 80 Français. Nous avons malgré tout, fait plus de tort à nos ennemis qu’ils ne nous en ont fait ; ils ont

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perdu 500 hommes, et nous leur avons fait environ 20 prisonniers, Cela est arrivé le 8 de septembre de l'année 1755. La victoire n’a été d'aucun côté ; nous nous sommes retirés en attendant la protection de Dieu, qui inspirera à M. notre Générai les mesures à prendre, pour faire plier les ennemis de l'Eglise Catholique.”

Il est bon de faire remarquer que cette guerre, déjà si vivement allumée en Amérique, ne fut déclarée en Europe que l’année suivante. Cependant on n'était pas plus en sûreté sur mer que dans la colonie; un vrai système de piraterie s’exerçait à cette époque.

‘ Dans le cours de la même année, les Anglais ayant mis plnsieurs vaisseaux sur mer pour guetter les nôtres, nous ont pris deux vaisseaux du Roi venant en ce pays, et environ six autres, tant marchands que pêcheurs, ce qui nous a fait un grand tort. M. de Rigaud, (1) gouverneur de Trois-Rivières, a été pris dans cette occasion, ainsi que des soldats canonniers, grenadiers et bombardiers des régiments qu’on nous envoyait, et qui nous auraient été très-utiles.”” Un peu plus tard, l’Annaliste enrégistrait la prise de 800 vaisseaux, au nombre desquels se trouvaient le St. Ursin, l’Elisabeth et les Deux-Frères, qui portaient les approvisionnements du Monastère. Ces pertes mettaient le pays dans une gêne extrême, aussi commençait-on à ressentir les souffrances de la disette. Un accident des plus déplorables vint encore ajouter aux maux qui pesaient sur la population

(1) Le Récit dit, en date du 4 mai de l’année suivante: “M. Rigaud de Vaudreuil, gouverneur de Trois-Rivières, est arrivé à Québec, après avoir été pris par les Anglais. Il a reçu d'eux beau. coup d’insultes et a essuyé bien de la misère. Il est parvenu en France par un miracle de la très-puissante main de Dieu, et de la protection de la très-sainte Vierge et du glorieux St. Joseph, qui nous l'ont enfin ramené après bien des prières et des inquiétudes”?

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de cette ville; nous allons en retracer les donloureuses circonstances.

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