AVANT-COUREURS DES GRANDS MOUVEMENTS DE L'ENNEMI
‘ On‘rapporte, écrivait avec serrement de cœur l’Annaliste, que les Anglais font de grands efforts pour venir par en haut et par en bas, prendre le pays; que les sauvages des cinq nations sont pour eux, et se promettent d'aller brûler le fort appelé La Galette, avec les barques qu’ou y construit, et de là, venir à Montréal tuer Onontio avec tout son monde ; (c’est ainsi qu'ils nomment M. le Général). Il y a quantité de berges sur le lac Chouagan. On craint beaucoup pour Niagara. La disette des vivres empêche de s'opposer aux
efforts de l’ennemi. Ainsi, ce n’est que de Dieu seul que nous attendons du secours, quoique nous n’ayons pas lieu de l’espérer, l’offensant continuellement.
“ Nous apprenons aussi que le vieux Robert Roger (1) cat arrivé au commencement de mars au Camp Brûlé, que dès le même jour il fit un détachement d'Anglais et de Sauvages pour aller faire coup sur Carillon ; qu'ils ont surpris quarante de nos travailleurs qui étaient sans armes, dont quelques uns ont été tués et d’autres faits prisonniers. Cette nouvelle étant apportée à Carillon, on fit partir 40 Sauvages Iroquois avec plusieurs volontaires, qui leur furent disputer le terrein et les obligèrent à s'enfuir dans les bois. On leur a tué du monde et fait quelques prisonniers.
‘ Pendant le coup des Anglais et des Sauvages sur nos travailleurs à Oarillon, un ingénieur anglais alla avec 100 hommes prendre connaissance de notre retranchement ; ce qu’il a fait avec toute l'exactitude possible, sans opposition de notre part, quoiqu'on l'aperçût du fort. ”
Ce n’était là que des annonces des immenses préparatifs que faisaient les Anglais, pour cette dernière et désastreuse campagne. Tous les Sauvages non Catholiques avaient déserté l'alliance française, pour se jeter du côté du plus fort. Mais avant d'entrer dans les événements de ce mémorable été de 1759, écoutons un peu le langage du patriotisme du cloître, qui ne voyait encore, dans la conquête prochaine, qu’un châtiment qui allait anéantir la Foi en ce pays.
(1) Ce vieux Robert Roger ne paraît pas avoir été en odeur de saintelé parmi nos Canadiens. (C’était un célèbre partisan, chef d’une troupe de Sauvagcs et de ‘ Coureurs ”” anglais. Il reparaît à la prise de Québee sous le titre de Major Rogers,