‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 77 sur 91 · LES URSULINES DE OTÉBEC · texte numérisé non relu

LES URSULINES DE OTÉBEC

Comme son désir de se 4. er à Dieu ne variait pas, ce digne père vint lui-même la présenter à la Communauté et faire les arrangements pour son admission. Voici quelques extraits de ce document.

4 Par devant le notaire royal en la prévôté de Québec etc. furent présents en personne Messire Etienne Ecr., Sieur de Villedonné et Capitaine d’une compagnie des troupes au détachement de la marine en ce pays, lequel de son bon gré et volonté, a donné, cédé, quitté ct délaissé et transporté par ces présentes aux Dames Religieuses Ursulines de cette ville ete., 8,400 livres de principal, en un contrat de constitution sur l’Hôtel de Ville de Paris, pour en jouir et disposer en toute propriété, tant du fond que de la rente : en outre la somme de 500 livres qu'il leur a présentement payée en monnaie ayant cours, laquelle elles ont reçue et s’en tiennent contentes et satisfaites ; et ce pour la dot de Dlle. Elisabeth-Joseph de Villedonné, à présent novice au dit Monastère.”

(Sigr Jean Evêque de Québec Vaudreuil, Gouverneur-Général Begon, Int. de justice et financier Etienne de Villedonné, Capt.

La Notice dit que “ notre chère sœur de Villedonné de Ste. Geneviève, qui avait plus de courage que de force, a bier servi la sainte Religion, s'employant de préférence dans les emplois obscurs, où il n’y avait rien à craindre des tentations de la dissipation et de la vanité. Elle mourut figée de 42 ans, en ayant 22 de profession religieuse. ”

Heureuse destinée De Deux Soeurs,

Lorsque les Diles. Chorel de St. Romain venaient de Champlain au Pensionnat, peu après le second incendie, on ne pensait pas voir en elles deux futures Ursulines qui serviraient pendant longtemps la Communauté: telle était pourtant l’heureuse destinée des deux sœurs Jeanne et Françoise.

La première, la Mère Jeanne Chorel de Ste. Ursule, qui avait reçu le voile à 15 ans en 1690, vivait encore en 1745, ayant passé 55 ans ‘ dans la pratique constante de toutes les vertus. Elle fut longtemps employée en qualité de maîtresse de classe; mais dans

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les dernières années, les infirmités la réduisirent à ne pouvoir plus suivie les exercices communs. Comme elle avait une belle mémoire, elle l'employait à se rappeler de saintes pensées et à se tenir dans une intime union avec Dieu. Sa dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, à la Ste. Vierge et à St. Joseph, lui a mérité bien des grâces, surtout celle d’un si parfait détachement, qu’elle désirait ardemment la dissolution de son corps, pour se perdre en son souverain Bien.”

Sa sœur, la Mère Françoise du Sacré-Cœur de Jésus, l'avait dévancée de dix ans au séjour du repos et de la gloire. Elle mourut âgée de 59 ans, dont elle avait passé 42, dans une ferveur qui n'avait fait que s’accroître avec les années, C'était un cœur délicat et généreux, qui se reprochuit les plus légères imperfections comme de grandes infidélités, et qui n’en pouvait jamais faire assez pour honorer la très-digne Mère Ce Dieu.

Des liens de la grace sont plus forts que ceux De la nature.

Nos lectrices se rappellent cette estimable Dlle. Perthuis, qui servait à notre réfectoire, aux jours de ses fêtes, la très-sainte Vierge, ‘ nctre première et principale supérieure.” Quelle bénédiction ect acte de piété attira-t-il sur sa famille, nous ne le savons ; mais nous avons été touchée, en rencontrant le nom de deux de ses nièces sur la liste de nos religieuses.

La première, la Mère Angélique-Victoire Perthuis des Anges, vécut 45 ans, dont elle employa 25 au service de la Communauté. Le Récit dit ‘ qu’elle avait une très-belle main, et qu’elle enseigna pendant vingt ans l'écriture aux élèves, ayant un grand talent pour les faire avancer. Elle chérissait de préférence le soin des plus jeunes élèves, goûtant un bonheur extrême à graver de bons sentiments dans ces jeunes cœurs, et à leur enseigner, comme disent nos Constitutions, ces prières qui ont été prononcées par la bouche même du Fils de Dieu ou dictées par l’Esprit-Saint. Elle observait un silence exact, se rappelant ce que dit l'Apôtre : “ Celui qui ne péche pas par la langue est un homme parfait.”

“ Une inflammation des plus douloureuses l'emporta en quelques jours. Dans la plus grande violence de son mal, sa sœur qu’elle

affectionnait bien tendrement, s’approcha d’elle pour tâcher de la soulager en quelque chose ; mais elle n’en voulut recevoir aucun service que l'infirmière, à laquelle la règle nous soumet dans la maladie, ne lui en eût donné la permission, tant elle craignait d'accorder quelque chose à la nature, et d’affaiblir en elle la grâce. L'ouverture du Jubilé n’était pas encore faite, elle eut cependant le bonheur de le gagner avant de mourir, par une bonté de Mgr. notre digne évêque.”

Quinze ans plus tard, 1761, le Récit notait la mort de la Mère Geneviève Perthuis de St. Charles, fille comme la précédente de M. Charles Perthuis, marchand de Québec, et de Mme, M, Madeleine Roberge. Ne séparons pas deux sœurs qui ont été si unies dans la pratique du bien, et qui ont ajouté un beau reflet de vertu à la bannière de Ste. Ursule.

La Mère Perthuis de St. Charles nous est donnée comme ‘“ une personne d'esprit, adroite à tout, silencieuse, charitable, d’une conscience délicate et même scrupuleuse sur l’observance de nos saintes règles, capable d'actes héroïques dans la pratique de toutes les vertus. Cette vertueuse religieuse, quoique attachée à la croix de Notre-Scigneur par les infirmités, a trouvé moyen de remplir à la satisfaction de tout le monde, les offices de dépositaire, maîtresse des novices, et maîtressc-générale, Elle a reçu sa récompense après 60 ans de travaux et de mérites, dont elle avait passé 38 en Religion.”

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Voici encore le spectacle consolant de deux sœurs, filles de M. Gervais Baudoin, Chirurgien de Québec, et de Mme. £nne Aubé, enrôlées sous la bannière de Ste. Ursule.

La Mère Elisabeth Baudoin, dite Térèse de Jésus, mourut en 1747, âgée de 50 ans, dont elle avait passé 31 au service de la Religion. Le Récit nous la représente comme un de ces bons sujets sur lesquels une Communauté compte pour les emplois difficiles. “ La vocation d’Ursuline semble lui avoir été indiquée par Dieu dès son bas âge, car tout son attrait et son plaisir était alors d’assembler des petites filles et de les composer en classes, comme il est d'usage

de la aucun ans la ignait grâce.

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au pensionnat. Ce zèle pour l'instruction de la jeunessse ne fit que s’accroître avec les années, et cette chère sœur nous en a donné des preuves bien précieuses. Elle était depuis cinq ans et demi dépositaire, quand elle fut atteinte de sa maladie mortelle. Naturellement faible et délicate, sa santé avait paru se fortifier avec les années, et nous la croyions tirée d'affaire, quand elle nous a soudainement échappé, au grand regret de toutes. Quant à elle, nonseulement elle s'est soumise à la volonté de Dieu, mais encore elle le remerciait avec effusion de cœur, de ce qu'il daignait l'appeler à régner avec lui dans son éternel royaume.”

Sa sœur aînée, Geneviève de St. Augustin, l'avait précédée de hüit ans au séjour de la récompense. D'une santé encore plus délicate, mais d'une humeur non moins charmante, ‘ elle sut se faire chérir de toutes, étant ndroite et commode dans tous les offices. Elle avait une très-belle voix, qui fut employée sans réserve à la gloire de Dicu, estimant beaucoup l'office de première chantre, qu'elle a rempli pendant bien des années. Elle était Maîtresse-Générale des classes, emploi qu’elle remplissait au parfait, sachant se faire aimer ct craindre des enfants, quand Dieu permit qu’une forte fièvre nous l'enlevât après quinze jours de maladie, dans la 49e, année de son âge, et la 31e. de sa profession religieuse.”

Une nièce des deux précédentes, Mile, Anne-Térèse-Marguerite, fille de M. Baudoin, aussi chirurgien résidant à Québec, et de Mme. Marie Térèse Guyon, ravit le ciel encore plus vite que ses vertueuses tantes, étant morte en 1754, âgée seulement de 38 ans, et n’en ayant que 20 de profession religieuse.

“ Ses parents, dit le Récit, lui avaient fait donner une éducation à briller dans le monde, et quoique bons chrétiens, ils s’opposèrent longtemps à son entrée dans notre Monastère. Mais la grâce triompha, et cette généreuse Dlle. sut laisser le monde à un âge où tout conspirait à lui faire aimer ses plaisirs et ses vanités, et cela pour se faire l'épouse de Jésus crucifié, qu’elle a imité autant que peut sur terre une faible créature.

“Son adresse répondant à sa ferveur, la Mère Baudoin de St. François de Borgia seconda admirablement le zèle de MM. les Curés de ce pays, pour l’ornement des églises, sacrifiant même sa

santé pour honorer le Dieu caché du tabernacle. Elle aussi chantait extrêmement bien et ne se ménageuit pas ; elle se fut faite la suppléante de toutes ses sœurs, tant pour chanter À vêpres qu'à la grand'messe, si on l'eût voulu croire, Sa dévotion envers la trèssainte Vierge était toute filiale, jamais elle ne manqua à la pieuse pratique qu'elle tenait de ses tantes, de visiter journellement la Chapelle de Maric ; ce fut en prononçant ce nom béni qu’elle expira.”

le cousine prise au piémge.

Voyez maintenant, chères lectrices, comment la grâce fait tomber dans ses piéges les âmes qui méritent ses faveurs.

Mile. Louise Lefebvre, fille de M. Thomas Lefebvre, et de Mme. Marie-Hélène Gontier, avait perdu jeune encore ses parents, et avait été adoptée par un oncle, qui la traitait en fille chérie plutôt qu'en nièce. Une de ses cousines, qui se disposait à entrer au pensionnat, la sollicite de l'y accompagner ; Mile. Lefebvre ne fit d'abord que rire de la proposition, la vie du eloître ne lui ayant jamais souri. D'ailleurs, son oncle était absent, ce qui rendait une semblable démarche tout-à-fait hors de question. La cousine insiste néanmoins, et parvient à l'entraîner malgré ses répugnances, lui persuadant que son oncle, qui ne lui refusait rien, serait loin d'être mécontent d'une chose qui serait si avantageuse à sa chère protéaée.

Voilà donc nos deux cousines qui entrent au pensionnat, l’une toute fière de sa conquête, l’autre regrettant presque de s'être laissée gagner. Admirables voies de la Providence de Dicu sur une âme ! A peine Mile. Lefcbvre a-t-elle mis le pied sur le seuil du cloître, qu'une atmosphère inconnue pénètre son être et embaume son âme ! une voix intérieure lui dit que Dieu la veut religieuse. La jeune fille cherche à s'explique cette révolution soudaine de ses idées ; elle se débat, elle se défend, inutile ! il faut céder à la puissance de la grâce ! Ses répugnances se changent alors en désirs si ardents de répondre à l'appel de Dieu, qu’elle demande instaminent à la Communauté de la recevoir. L’'oncle arrive, il objecte ; mais rien ne l’arrête dans ses poursuites, et cinq

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mois seulement après sa première entrée aux Ursulines, elle avait gagné sa cause, “ M. son oncle, dit le Récit, étant un bon chré- À tien, ne put refuser ce sacrifice à la volonté de Dieu, qui s'était manifestée en cette vocation, par des voies si singulières.

“ Nous n'avons pas eu à nous repentir d'avoir admise cette chère sœur parmi nous, Elle était douée d’un excellent car:ctère, et avait ce qu'on peut appeler un vrai esprit de Communauté, étant accomumodante avec ses compagnes d'office, d'une hnmeur égale, gaie et agréable sans dissipation, capable en un mot de servir la Religion dans tous les emplois, ayant beaucoup de conduite, d'ordre et d'économie. Elle était employée avec succès à l’Institut en qualité de seconde maîtresse, quand les maladies populaires nous ont privées d’un sujet sur lequel nous comptions beaucoup pour l'avenir. ”

La Mère Louise Lefebvre des Séraphins mourut à 39 ans, dont elle avait passé près de quinze ans à bénir Dieu, de l’heureux piége qu'il lui avait tendu pour l’attirer toute à lui.

ne tille qui n'a pas démenti l'hévoisne de son père.

De toutes nos élèves Montréalaises qui se consacrèrent à Dieu dans cette maison, aucune ne le fit dans des vues plus pures ni avec plus de ferveur que Mile Marie-Joseph d’Ailleboust, fille de l'intrépide d’Ailleboust de Mantet qui, en 1690, avait commandé avec M. Lemoyne de Ste. Hélène, (1) une des trois expéditions organisées par le Comte de Frontenac pour la défense 1x pays.

Dès son noviciat, Mile de Mantet, dont l'éducation 241 été fort soignée pour le temps, fit preuve d’une rare capacité pour l’instruction de la jeunesse, et elle y réussit à tel point, que nous qui écrivons ceci cent vingt-cinq ans après sa mort, pouvons affirmer avoir entendu d'anciennes religieuses, répéter les éloges que leurs mères avaient bien des fois donnés, aux rares talents de leur ancien ne maîtresse, la mère d’Ailleboust de St. Nicolas.

Cette vertueuse Ursuline, ‘ qui ne s'était faite religieuse que pour assurer son salut et travailler au bien des âmes, se soutint invariablement dans la pratique de la plus aimable et solide piété.

(1) Voir notes à la fin du volume.

Elle supportait depuis longtemps, comme première maîtresse des pensionnaires, la responsabilité et les fatigues attachées à cette fonction, et elle y était encore employée lors de l’épidémie de 1749. La maladie courante, en frappant et emportant en quelques jours sa compagne d'office, lui donna à elle-mème un bien rude coup. Elle sentit bientôt les premières atteintes du mal, mais en bon soldat qui doit tenir à son poste jusqu’au bout, elle ne voulut pas “ rendr‘ les armes, ” comme elle le disait agréablement. Sentant cependant que c'en était fait de sa vie, elle s’occupa de mettre dans un ordre parfait tout ce qui concernait les classes et les élèves, afin d’exempter toute la peine possible à celle qui la devrait remplacer : ce qu’elle fit avec une aussi grande tranquillité et sérénité d'esprit que s’il se fut agi d’un simple changement d'office.

4 Rendue à l’infirmerie, elle s’abandonna entièrement entre les mains du médecin et des infirmières, ne s’inquiétant nullement de l'issue de la maladie, mais très-attentive à la pratique de sa sainte règle, et de toutes les vertus qui pouvaient la rapprocher de Dieu. On ne pouvait voir cette innocente victime expirant sur son lit de douleur, sans se sentir porté à louer Celui qui en la frappant, lui donnait un courage si admirable. Elle n'avait de parole que pour bénir la main qui l’affigeait. Quoiqu'elle fût persuadée qu'elle ne reviendrait pas de cette maladie, elle prenait en silence tous les remèdes qu’on lui présentait, même les plus répugnants, non pas pour conserver ou prolonger sa vie, qu’elle avait déjà de grand cœur sacrifiée à Dieu, mais pour faire sa sainte volonté et obéir jusqu’au dernier soupir” Les médecins, qui voulaient à tout prix la sauver, la soumirent aux traitements les plus durs. Ce fut alors qu’on vit l» grâce seconder et perfectionner, ce grand courage héréditaire daus sa famille. ‘ Cette chère sœur est morte en héroïne, ajoute sa Notice, se laissant tirer jusqu’à la dernière goutte de son sang.” Elle était âgéo de 48 ans, dont elle avait passé 27 en Religion. Une de ses sœurs qui s'était faite Hospitalière à l'Hôpital-Général de cette ville, l'avait précédée de quatorze ans dans la tombe. (1)

(1) Mile, Marie d’Ailleboust de Mantet, entrée à l’Hôpital-Général de Québec le 15 sept 1717, reçut peu après le saint habit sous le nom

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