UN MOT DES SÉMINARISTES DE M. TALON
M. Talon était particulièrement connu et chéri au dedans du Monastère, et notre Mère de l’Incarnation ne trouve pas d'expressions assez fortes pour faire justice à ses belles qualités. Ce célèbre intendant adopta
bon nombre de filles sauvages ,qu’il plaça convenablement dans le monde, après leur avoir procuré le bienfait de l'instruction. Nous extrairons les lignes suivantes de la Relation de 1671, par reconnaissance pour la mémoire de ce généreux bienfaiteur.
‘ Une jeune femme d'environ vingt-cinq ans, dit le R. P. Dablon, d’un pays fort éloigné, captive autrefois, se trouve aujourd’hui chrétienne aussi bien qu’une petite fille de six ans, et nous voyons reluire sur la mère et l'enfant la conduite de la Providence d’une manière
() ‘“Ononthio, disait un vieux chef à M. de Courcelles, ô que tu as une grande famille! Quel est le père qui t’a jamais égalé? Tu nous procures une vie bienheureuse et éternelle, lorsque par la paix que tu établis partout, tu ouvres le chemin aux hommes apostoliques, qui vont instruire tous les peuples et leur apprendre la loi du grand Maître de la vie.....""—Relation, 1670.
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toute particulière. La crainte d’être assommée par les Iroquois l’a obligée, il y a quelques mois, à fuir en ces quartiers. Elle y fut reçue avec beaucoup de charité dans la bourgade des Hurons, par une famille chrétienne qui l’adopta.
“M. Talon, notre Intendant, eut la bonté de prendre soin de la petite fille et de la mettre chez les religieuses Ursulines, parmi d’autres filles sauvages qu’il y entretient pour être instruites en la foi, et élevées en la crainte de Dieu et la civilité française.
‘ La mère se trouvant en état d’être baptisée aussi bien que la fille, il voulut ètre leur parrain et choisit Mme. d’Ailleboust, veuve d’un de nos Gouverneurs, pour en être la marraine au nom de la princesse de Conti, et en considération de l'affection et du zèle que témoigne Son Altesse pour faire élever les jeunes filles sauvages dans la piété chrétienne. La cérémonie de ces baptêmes se fit avec toute la magnificence possible. Mgr. de Laval voulut lui-même les baptiser. Le nom de Louise fut donné à la mère, et celui de Marie-Anne à la petite. Tout se termina par un festin que M. l’Intendant fit préparer aux sauvages.
“ Les religieuses Ursulines n’ont jamais vu un plus beau naturel, ni plus affectueux que celui de cette ps. tite, qu’elles aiment tendrement et de laquelle elles espèrent beaucoup.”
MADAME D’AILLEBOUST ENTRE AU MONASTÈRE POUR LA SECONDE FOIS ; SA MORT À L'HÔTEL-DIEU.
M. Louis d’Ailleboust, ancien Gouverneur de la colonie, mourut en 1660, dans la ville de Montréal dont il était Gouverneur. Sa pieuse veuve qui, dès sa jeunesse, avait désiré se consacrer à Dieu, se livra alors à
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tout son zèle pour la perfection religieuse. Persuadée que le salut s'opère plus facilement dans le cloître qu'au milieu du monde, Mme. d’Ailleboust résolut de faire une nouvelle tentative pour embrasser la vie d'Ursuline. Ayant réglé avec diligence ses affaires, elle vint à Québec et demanda l'entrée de noviciat ; mais ce ne fut qu’en 1668 qu'elle put effectuer son désir, et elle avait alors quarante-huit ans. Sa haute piété, sa. franche et généreuse volonté de se donner à Dieu, l’amitié de nos bonnes Mères, ainsi que la douce société de sa propre sœur, Philippe G. de Boulogne, lui rendaient fort agréable la vie retirée du cloître. Cependant, peu de mois après son entrée, il parut évident que le ciel n’avait pas donné à cette pieuse dame la même vocation qu’à sa sœur, la Mère St. Dominique. Elle avait peine à se passer du secours d’une femme de chambre, et ne pouvait s’habituer aux petits sacrifices de la vie uniforme de communauté, que la grâce rend pourtant si facile aux personnes qui l’embrassent avec une vraie vocation. Après huit ou neuf mois d’épreuve passés au milieu d’une troupe joyeuse de novices, cette aimable dame, aussi humble que pieuse, se jugea elle-même incapable d’embrasser notre état de vie, et elle quitta le Monastère, pour reprendre au milieu du monde sa vie de bonnes œuvres et d’édification. Elle eut avec le R. P. Chaumonot, une large part à l'établissement de la société ou confrérie de la Sainte-Famille, et elle s'associait volontiers à toutes les œuvres de charité.
Plus tard, lorsque des fièvres contagieuses se déclarèrent parmi les troupes qui avaient accompagné le Marquis de Tracy, on vit Mme. d’Ailleboust s'offrir avec d’autres dames pieuses de Québec, pour venir en aide aux religieuses de l'Hôtel-Dieu.
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vel éclat et elle fut admirée au point que M. de Courcelles Gouverneur, et M. Talon Intendant, lui offrirent tous deux leur main, et il ne tint qu’à elle d’être une seconde fois dame du château St. Louis. Mais cette femme généreuse sut rester fidèle à sa résolution, et pour ne plus entendre parler d’alliances humaines, elle rompit tout-à-fait avec le monde et se retira à l’Hôtel- Dieu où elle avait loué des appartements.
C’est là qu’elle mourut, le 7 juin 1685, comblée de mérites et aspirant après la possession de son Dieu. Elle était âgée de soixante-dix ans. Sa pieuse sœur, la Mère P. Gertrude de St. Dominique, l'avait dévancée au ciel de plusieurs années, ainsi qu’une autre de ses sœurs qui était religieuse Bénédictine en France.