‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 105 sur 199 · PIÉTÉ ENVERS ST. JOSEPH ET LA STE. FAMILLE · texte numérisé non relu

PIÉTÉ ENVERS ST. JOSEPH ET LA STE. FAMILLE

Détachons encore, chères lectrices, quelques passages des Relations, qui nous ont conservé de si charmants souvenirs de l’enfance de la colonie, et disons d’abord un mot du Père et Gardien de notre Canada.

Dès ces premiers temps où les dignes fils de St. François d'Assise (les Pères Récollets), arboraient sur le vieux rocher de Stadacona la croix glorieuse de notre divin Sauveur, on avait, d’après un vœu public, choisi St. Joseph pour premier patron du pays et pour protecteur de cette Eglise naissante. (Cette solennité, qui avait rassemblé tous les habitants français et plusieurs sauvages chrétiens, s'était faite à Québec le 19 mars 1624.

Treize ans plus tard, la Relation donnait d’intéressants détails sur la fête de ce cher patron du Canada, qu’on avait cette année là (1637), gaîment célébrée dès la veille. “La fête du glorieux St. Joseph, père, patron et protecteur de la Nouvelle-France, est l’une des

grandes solennités de ce pays. La veille de ce jour qui nous est si cher, on arbora le drapeau national et fit jouer le canon comme au jour de la fête de l’'Immaculée Conception. M. le Gouverneur (le Chevalier de Montmagny) fit faire des feux de réjouissance aussi pleins ‘ d'artifices,” que j’en ai guères vus en France. D'un côté on avait dressé un pieux sur lequel paraissait le nom de St. Joseph en lumière ; au-dessus de ce nom sacré brillaient quantité de chandelles à feu, d’où partaient dix-huit à vingt petits serpenteaux qui firent merveille. On avait mis derrière cette première invention, quatorze grosses fusées qu'on fit enlever les unes après les autres, au grand étonnement des Français et des Sauvages surtout, car ils n'avaient jamais rien vu de semblable. Ils admiraient la pluie de feu et les étoiles qui retombaient de fort haut. Le feu des fusées se portait tantôt tout droit, tantôt en arcade, et toujours bien haut en l'air. Près de là, on avait construit un petit château fort bien proportionné et enrichi de diverses couleurs ; il était flanqué de quatre diverses tourelles remplies de chandelles à feu, qui faisaient voir par leur clarté toute cette petite batterie à découvert.

‘ Le Sieur Bourdon avait dressé cette machine, et le Sieur de Beaulieu avait composé les feux d'artifice. Sur le soir M. le Gouverneur, M. de l'Isle et tous nos Messieurs, sortirent du fort et vinrent auprès de l’église au lieu destiné pour ces feux de joie. Tous les habitants des côtes voisines de Québec se trouvèrent à cette réjouissance.

‘ Le jour de la fête, notre église fut remplie de monde et de dévotion, quasi comme au jour de Pâques, chacun bénissant Dieu de nous avoir donné pour protecteur, le protecteur et l’ange gardien (pour ainsi dire) de Jésus- Christ son fils.

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‘C'est À mon avis par sa faveur et par ses mérites, que les habitants de la Nouvelle-France ont résolu de recevoir toutes les bonnes coutumes de leur ancienne pstrie et de refuser l’entrée aux mauvaises.........,......…

On trouve encore mention de la fête en 1646 comme suit : ‘ Le 18 mars, dit le R. P. Lalemant, entre sept et'huit heures du soir, se fit le fou de joie en l'honneur de St. Joseph.

‘“ Le 19, jour de la fête, quand on sonna l’Angelus, on tira le canon, et à la messe trois ou quatre coups à l'élévation avec quelques salves de mousqueterie. La grand'messe fut chantée à dix heures et les vêpres ensuite... les complies se dirent entre deux et trois; ensuite on fit le sermon; puis on alla aux Ursulines faire le salut de St. Joseph.”

L'on observa à peu près le même ordre les années suivantes, notre Monastère servant comme de point central de réunion pour fêter St. Joseph. Quelquefois nos Mères contribuaient à la réjouissance commune par leur ‘ feu de joie au Couvent,” comme le dit la Relation de 1661: ‘“ Il y eut trois feux le soir, nos écoliers, M. Couillard et les Ursulines.” La dévotion à St, Joseph s’est perpétuée jusqu’à nos jours, et ‘ feux de joie ”” exceptés, le 19 mars se célèbre encore au Monastère avec le même entrain et le même bonheur.

Le choix fait par la colonie en 1624 de St. Joseph pour “ Gardien du Canada,” nous explique la grande part qu’il voulut prendre à la fondation de ce Monastère. Il était en effet du devoir de St. Joseph de pourvoir à l'avenir de son héritage ; et pour ne parler que de ce qui concerne notre maison, il est à remarquer qu'il s’est intéressé à la vocation des trois principales Fondatrices, d’une manière plus ou moins miraculeuse : aussi est-il resté “ Maître et Sei-

emo

gneur”’ de ce Monastère, de même que Marie en est ‘ Dame et Maîtresse.”

Mais voyons maintenant se confondre en une seule les trois plus touchantes dévotions de notre sainte et consolante Religion, et pour cela remontons encore au berceau de la colonie.

‘“ Le premier jour de mai 1637, dit encore la Relation, M. le Gouverneur fit dresser devant l’église un grand arbre enrichi d'une triple couronne, au bas de laquelle il y avait trois grands cercles l’un sur l’autre, enrichis de festons, qui portaient ces trois beaux noms écrits comme dans un écusson : Jésus, Marie, Joseph. Cet arbre fut salué d’une escouade d’arquebusiers qui le vinrent entourer.”’

Toutes les fêtes du pays se faisaient @ la militaire, comme ou le voit, et nos pères ne ménageaient pas plus leur poudre quand il s'agissait de témoigner leur dévouement à la Religion, que lorsqu'il était question de défendre la patrie.

Mgr. de Laval, à son arrivée dans le pays, fut charmé des dévotions qu’on y pratiquait en honneur de Jésus, Marie, Joseph, et il projeta dès lors d'établir (1) la con-

() “Mgr. de Laval choisit quatre des plus habiles et des plus vertueux théologiens de ce pays (Canada), pour composer un office propre à la fête de la Ste. Famille. Ce fut M. Ls. A. des Maizerets et M. Henri de Bernières, ainsi que les RR.PP.Dablon et Bouvart, de la Compagnie de Jésus. Après que ces quatre ministres du Seigneur eurent accompli leur travail, ils convinrent, avec l'agrément de Mgr. de Laval, de soumettre l'office qu'ils avaient composé à la révision de M. de Santeuil, chanoine de l’abbaye de St. Victor à Paris, qui avait un talent merveilleux pour la composition des hymnes d’Eglise. M. de Santeuil, qui se trouva fort honoré de cette commission, corrigea et mit dans un style plus élégant la prose aussi bien que les hymnes en l'honneur de la Ste. Famille et les renvoya à ces Messieurs, les remerciant des lumières qu’ils lui avaient données, avouant que s’il y avait ajouté quelque chose ce n’était que pour leur obéir. Ensuite l’on

frérie dite de la Ste. Wamille ; ce qu'il fit en 1665 par un mandement exprès.

Cette belle dévotion ne tarda pas à produire les heureux fruits d’un renouvellement de ferveur partout où elle s’introduisit. “Ce n’est pas seulement chez les peuples policés, et parmi les personnes consacrées à Dieu que se trouve la dévotion, disait la Relation de 1664 ; les sauvages en sont capables et les cabanes d’écorce cachent autant de vertu qu’on peut en souhaiter dans les cloîtres. Depuis qu’on a introduit dans l’église des Hurons de Québec, une dévotion qui fait de grands fruits parmi les Français de ce pays, et qu’on leur a inspiré le dessein de régler leurs familles sur celles de Jésus, Marie et Joseph, on ne peut croire jusqu'où va la ferveur de ces pauvres barbares.”

‘ L'on a institué dans ce pays, écrivait la Vén. Mère en 1663, une congrégation de la Ste. Famille pour la réformation des ménages. Les hommes sont conduits par les Révérends Pères, les femmes associées par des dames de piété, et les filles par les Ursulines. Elles se rangent tous les dimanches chez nous, où une de nous a le soin de leur faire l'instruction, dans laquelle on ne fait que conserver en elles les sentiments et les pratiques qu’on leur avait déja enseignées. Voilà, outre nos sauvages, les liens qui m’attachent à ce pays.”

Nos Mères continuèrent ainsi à rassembler leurs anciennes élèves jusqu’à l’année 1676. Vers cette époque, la confrérie ayant été enrichie d’indulgences extraordinaires, les jeunes filles furent invitées à jouir de

adopta un chapelet en l'honneur de la Ste, Famille ; il était composé de trois dizaines. On le commence par un acte d’invocation à la Ste. Trinité ; sur les gros grains, on dit le Pater et sur les petits, c’est-àdire, à la place des Ave, ces mots: Jesus, Maria, Joseph, Joachim et Anna succurite nobis, suivi du Gloria Patri à la fin de chaque dizaine."

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