ARRIVÉE DE QUATRE URSULINES DE FRANCE—VISITE; PÉLERINAGE
Nous avons vu au commencement de ce chapitre l'augmentation de notre Communauté, par l'entrée de plusieurs excellents sujets fournis par le pays. La Vén. Mère écrivant au R. P. Poncet, avec qui elle avait fait le voyage de France en Canada en 1639, et qui avait été depuis rappelé des missions d'Amérique, lui rendait | ainsi compte en 1667 de l’état florissant de la religion dans le pays. ‘“ Tout y est à présent magnifique, et c’est une bénédiction de Dieu de voir l’union qui est entre | Monseigneur notre Evêque et nos Révérends Pères. Il | semble qu'eux et Messieurs du Séminaire ne soient | qu'un. M. de Tracy qui m'a déclaré ses sentiments en est ravi, comme aussi de la majesté de l'Eglise, et des grandes actions de piété de ceux qui la servent.
“ Vous verriez vos petits enfants qui commençaient de votre temps à connaître les lettres, porter aujourd’hui la soutane et étudier en théologie. Votre collége est florissant et notre séminaire, qui n’est qu’un grain de sable en comparaison, fournit d'excellents sujets.
\ Vous avez vu de petites filles à qui nous avons depuis
| | donné l’habit religieux; d’autres à qui nous sommes
sur le point de le donner, toutes destinées pour le chœur. Vous pleureriez de joie de voir de si heureux progrès ; et un moment de réflexion sur l’état où les choses ont été et sur celui où elles sont vous ferait oublier tous vos travaux passés ! Vous nous avez vues trois religieuses qui ont eu l’honneur de faire le
‘ He pointed to the harvest ripe, and showed the laborers rare.’ Oh, Canada! what ow’st thou not to Joseph’s guardian care!
Thy debt the circling years increase ; still let thy faith appear ; — When Joseph prays and Mary pleads, can Heaven refuse to hear ?
RDS PERD ARE
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ÉACTADIRETS DE
voyage en votre compagnie, aujourd’hui nous sommes vingt et nous en demandons encore en France.’
Au mois de mars 1670, la Vér. Mère, après dix-huit années de supériorité, "nait enfin de déposer pour la dernière fois ce * ‘sai! deau, pour prend.e :… conduite des novices. Elle commençait à sentir 1e poids de ses soixante et onze années, et pensait plus que jamais à l'avenir de son Monastère: ‘“ Nous demandons cette année en France quelques religieuses pour nous aider à élever nos filles canadiennes, et aussi pour nous succéder dans les charges, écrivait-elle à la supérieure des Ursulines de St. Denis en France ; car nous sommes trois ou quatre fort âgées, qui pouvons manquer tout d'un coup.”
Nos Mères avaient aussi écrit à la même intention à Paris et à Bourges, suppliant les supérieurs de ces maisons de vouloir bien leur venir en aide.
Le secours si ardemment désiré s’annonça au printemps de 1671 ; tous les arrangements étaient déjà terminés pour le voyage de quatre religieuses Ursulines de France.
Enfin un ami, M. Basire, marchand de Québec, arrivait de France au mois de septembre suivant, porteur des plus joyeuses nouvelles. “ Le 15 septembre, dit le vieux récit, M. Basire étant arrivé de France, nous apporta l’heureuse nouvelle qu’il avait laissé sur son vaisseau à l'Ile aux Coudres, quatre religieuses Ursulines qu’il nous avait amenées de France.
Voyant que les vents contraires retarderaient de beaucoup le navire, l’empressement que nous avions de les voir, nous fit chercher tous les moyens possibles, afin de hâter l’arrivée de ces chères sœurs. A cet effet, nous envoyämes une chaloupe au-devant du vaisseau, pour leur apporter des rafraîchissements, et nous les
invitâmes par lettre À venir dans ce petit bâti. ient que nous avions confié aux soins du von frère Juchereau, Jésuite. M. de Dombourg (1), frère de deux de nos religieuses, voulut bien se mettre à Ja tête de cette ambassade par complaisance pour nous. Outre les matelots engagés, nous avions aussi envoyé un de nos domestiques. C’étaient tous des gens de cœur, mais quelque diligence que pût faire cet équipage, ils ne furent de retour que le 19 du même mois. Elles arrivèrent enfin sur les cinq heures du soir un samedi, et furent accueillies dans notre Communauté avec des sentiments de joie qui se peuvent bien sentir, maïs non s'exprimer. Il y avait deux religieuses du grand couvent de Paris: la Mère Marie Lemaire des Anges (2), et Sr. Marie Dieu de la Résurrection, converse. Les deux autres étaient du couvent de tourges en Berry; l’une se nommait Mère Marie G. ult du Breuil de St. Joseph, l’autre était la Mère Marie Drouet de Jésus.” (3)
Douée. l'une piété digne de leur haute vocation et de toutes les qualités désirables dans des religieuses missionnaires, ces nouvelles sœurs furent reçues comme des anges envoyés du ciel pour soulager nos saintes Fondatrices. Jamais la joie ne fut plus vive au Monastère que dans ces mois de septembre et d'octobre de
(1) Fils de M. Bourdon, et frère des Mères St. Joseph et Ste. Agnès. (2) La famille Le Maire, qui résidait à Paris, était douée comme les de Flécelles des biens de la fortune ; tous ses membres se sont acquis le titre de bienfaiteurs de cette maison par leur générosité, surtout après le second incendie.
(3) La Mère du Breuil de St. Joseph succéda à la Mère St. Athanase, et fut la troisième supérieure de ce Monastère.
La Mère Marie Drouet de Jésus fut six ans supérieure à Québec, et neuf ans aux Ursulines de Trois-Rivières, dont elle fut la principale fondatrice. |
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l’année 1671; on était loin de se douter du grand malheur qui allait bientôt frapper cette heureuse famille.
Mme. de la Peltrie, toujours gracieuse et alors bien portante, voulut accompagner ses nouvelles filles dans leur visite à l’'Hôtel-Dieu. ‘ Quelques jours après leur arrivée, dit le vieux récit, nos sœurs sortirent par ordre de Monseigneur pour rendre visite aux Mères Hospitalières de l'Hôtel-Dieu. Elles y furent reçues avec une bonté charmante, et passèrent une journée trèsagréable au milieu de cette pieuse société.”
Outre les Hospitalières et les nouvelles Ursulines, ce jour avait encore réuni à la même table Mme. de la Peltrie et Mme. d’Ailleboust, femmes chrétiennes qui avaient porté jusqu’à l’héroïsme l'exercice de la vertu, et qui avaient vieilli dans la pratique des bonnes œuvres, heureuses de finir leurs jours dans la solitude en compagnie des épouses de Jésus-Christ.
Nos Mères en visitant l’Hôtel-Dieu acquittaient une dette contractée l’année précédente, où ‘ pour obéir à la bonne coutume,” comme dit le vieux récit, trois nouvelles Hospitalières étaient venues passer la journée aux Ursulines. “La Mère Marie de la Nativité, supérieure de l'Hôtel-Dieu, Sr. J. F. Juchereau (1) de
St. Ignace, et trois sœurs nouvellement arrivées de France, sœurs Marie de St. Charles, Marie de St. Augustin et Marie du Sacré-Cœur, sont venues nous faire visite. Leur conversation aussi pieuse qu’intéressante nous édifia beaucoup. Les heures de la journée s’écoulèrent trop vite et ce ne fut qu'avec regret que nous les vîmes s'éloigner.”
Nos Mères profitèrent de leur sortie du cloître pour
(1) Connue depuis comme annaliste de l'Hôtel-Dieu. Elle était cousjne de Sr, J, Juchereau de St, Denis,
faire le pélerinage de Notre-Dame de Ste. Foye (à une lieue de Québec), où le R. P. Chaumonot avait établi une chapelle célèbre, sur le modèle de la sainte chapelle de Lorette en Italie. Après avoir accompli le vœu qu’elles avaient fait dans un danger émiuent sur mer, la pieuse troupe se rendit à Sillery, où Mme. de la Peltrie, notre digne Fondatrice, visita pour la dernière fois ses chères familles sauvages.