‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 124 sur 199 · TR · texte numérisé non relu

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de conscience, suivant avec la plus scrupuleuse exactitude la volonté de ses vertueux parents. Ceux-ci, justement fiers de leur fille, voulurent qu’elle s’habillât selon son rang, et elle y acquiesça sans résistance, persuadée qu’on ne la contraindrait jamais à transgresser en ce point la modestie chrétienne. Cette jeune fille, éclairée de l’Esprit-Saint sur la frivolité de tous les avantages extérieurs, comptait pour peu de choses le fragile éclat d’une beauté peu commune, et elle ne paraissait jamais aux yeux du monde sans se faire une extrême violence. Son cœur pur ne put s'ouvrir aux folles joies et aux affections de la terre, et à l’âge de dix-sept ans elle prit une résolution dans l’accomplissement de laquelle cette vierge magnanime s’éleva à la hauteur de l’héroïsme chrétien. Ce fut par le vœu de chasteté perpétuelle que l’innocente victime inaugura son grand sacrifice. Elle eût voulu dès lors faire le vœu de réclusion perpétuelle, maïs son directeur, M. Séguenot, n’y donna son consentement que cinq années plus tard.

Pendant ce noviciat sévère, la pieuse vierge eut la douleur de perdre sa mère, qui mourut après une courte maladie. Trois ans après, munie du consentement de son directeur et de la permission de son père, elle fit vœu de réclusion perpétuelle, et quelque douleur que dût éprouver M. Le Ber, il se priva de cette dernière et chère compagnie de ses vieux jours. © Religion de Jésus crucifié! vous seule pouvez inspirer à l’homme assez de générosité pour accomplir de pareils sacrifices !

Voilà donc Jeanne Le Ber séquestrée par son propre choix dans la maison de son père, et y menant pendant dix ans une vie plus angélique qu’humaine. C’était bien alors qu’elle imitait “le saint Enfant Jésus dans la crèche, qui ne dit mot et qui ne remue point,” et qu’elle voulait au pensionnat ‘‘ imiter en toutes choses.” Elle n’avait d'autre vêtement qu’une robe de serge blanche ; une ceinture de laine noire et 11 voile blanc d’un tissu grossier complétaient son habillement.

Son amour pour le Dieu caché dans l'Eucharistie lui inspira le désir de s'approcher de plus près de son divin Maître, et son père, accoutumé à faire à Dieu le sacrifice de ses plus chères affections, prit lui-même toutes les mesures nécessaires pour l'érection d’une

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chapelle de cinquante-quatre pieds de long sur vingt-quatre de large. Cette chapelle se trouvait contiguë à la nouvelle église des Sœurs de la Congrégation, (1) et elle n’en était séparée que par une simple cloison. Du côté de l’évangile se trouvait une petite grille par laquelle la picuse recluse pouvait se confesser et recevoir la sainte communion.

Ga Vierge de Ville-Marie passe Les dix-neuf dernières années de sa bie Dans une cellule près de la Congrégation Notre-Dante.

Tout étant préparé pour la réception de Mlle. Le Ber, il fut jugé expédient par les autorités ecclésiastiques, que l'entrée de la

() La fondatrice des sœurs de la Congrégation vivait encore à cette époque. Ce fut en 1653 que la pieuse sœur Bourgeois passa de France en Canada, pour aider à la fondation de Montréal par l'instruction des enfants. Elle ne trouva pas d’abord occasion d'utiliser son zèle, car ‘on a été environ huit ans, écrivait-elle, sans pouvoir garder d'enfants à Montréal.’ Sa persévérance ne se lassa pas, et en 1658 elle ouvrait une école, qui devait s’augmenter d’un pensionnat pour les petites filles en 1666. L'œuvre de la sœur Bourgeois eut encore à traverser bien des épreuves, puisque ce ne fut qu’en 1671 qu’elle obtint l'approbation royale. Mais à partir de cette époque, l'Institut naissant fit de rapides progrès, et il en est venu à ce beau résultat dont nous nous réjouissons aujourd’hui.

Vers l'an 1690, Mgr. de St. Vallier appela les sœurs de la Congrégation à Québec, pour y former à la Basse-Ville un établissement de la Providence. Elles ouvrirent ensuite une école qui devint de plus en plus nécessaire par l’accroissemeet de la population de Québec, et elles se sont toujours dignement acquittées de leur vocation parmi nous.

Après quarante-sept années de travaux, d'épreuves et de souffrances, la Vên. sœur Marguerite Bourgeois mourut à Montréal en odeur de sainteté, le 12 janvier 1700, dans la quatre-vingtième année de son âge, après avoir fondé plusieurs missions qui témoignent encore de son æ8le et de sa piété.

La mission de Québec fut toujours particulièrement chère aux Ursulines, aussi ce fut avec regret que nous vÎimes nos bonnes sœurs quitter la Basse-Ville, en 1844, pour s'établir à St. Roch, la distance devant désormais les empêcher de venir à notre église pour célébrer avec nous n08 solennités religieuses.

“ Recluse ” dans son étroite cellule, se fît avec une grande solennité. Ainsi, le 5 août 1695, à la suite des vêpres le jour de Notre-Dame des Neiges, le clergé, suivi des fidèles, se rendit à la résidence de M. J. Le Ber. Ce père, que Dieu éprouvait comme un autre Abraham, parut bientôt, conduisant par la main cette fille unique et chérie pour l'offrir à Dieu ; la procession s’avança lentement par la rue Notre-Dame jusqu’à la nouvelle église des sœurs. Là, la sainte fille se prosterna devant l'autel, pour recevoir la bénédiction de l’église et offrir à Dieu son sacrifice. L'émotion dans l'auditoire était à son comble, mais pour un père de soixante-quatre ans, c'en était trop, il ne put assister à l'immolation de la victime ; ne pouvant plus comprimer les sanglots qui oppressait sa forte poitrine, il s’échappa en toute hâte du lieu saint, M. Dollier de Casson, supérieur du séminaire de St. Sulpice, bénit la cellule de Mlle. Le Ber, et après lui avoir fait une exhortation analogue à la circonstance, il l’y conduisit pendant que l’on chantait au chœur les litanies de la Ste. Vierge.

Voici le règlement que suivit Mile. Le Ber pendant les dix-neuf années qu'elle passa dans cette profonde retraite, où elle ne voulut voir son propre père qu'une fois l’année. Elle se levait à quatre heures du matin en été, et à quatre et demie en hiver, faisait trois fois par jour la méditation, et à onze heures l'examen particulier. Elle se confessait une fois, et recevait la communion quatre fois la semaine, entendait toutes les messes qui se disaient à l'église et se levait toutes les nuits pour faire son adoration devant le St, Sacrement, de minuit à une heure, même dans la saison la plus rigoureuse. De plus, elle récitait tous les jours, comme les religieuses de notre ordre, l'office de la très-sainte Vierge. Les médecins l'ayant obligée de continuer l’usage de la viande, elle se restreignit à la soupe et au bouilli pour le reste de ses jours, et ne fit jamais usage des vins de France, alors si communs dans le pays. Elle prenait ses repas lestement et à genoux, dans la posture d’une criminelle qui attend sa sentence. Son lit était une paillasse piquée et sa chaussure, des souliers de paille de blé-d’Inde, qu'elle faisait elle-même. Le temps qui lui restait après avoir satisfait À ses devoirs spirituels, était consacré au travail pour l'ornement des

autels, et elle donnait gratuitement aux églises, ces beaux ornements brodés en or et en argent, dont elle fournissait tous les matériaux.

Au mois de septembre 1714, la sainte recluse fut atteinte d’une forte fièvre accompagnée d'une toux violente qui mit bientôt ses jours en danger. Le 2 octobre, fête des Saints Anges, elle reçut les derniers sacrements, et ces esprits bienheureux, visibles à ses yeux sans doute, remplirent dès lors son âme d’une paix et d’une douceur toute divine. Intimement unie à son Dieu depuis tant d'années, cette âme céleste vit avec bonheur se briser les derniers liens qui la retenaient à la terre : ce fut le 3 octobre 1714.

Il y eut une coïncidence vraiment remarquable entre la mort de Mlle. Le Ber à Montréal, et celle de sa vertueuse tante aux Ursulines de Québec. Vers le milieu de septembre 1714, toutes deux tombent malades, frappées d'accidents à peu près semblables, fièvre, toux, etc. Toutes deux conservent jusqu’au dernier soupir, le libre usage de leurs facultés pour louer et bénir le Seigneur, puis s’élançent avec transport, et presque en même temps (1) dans le sein de Celui qui avait toujours été l'unique centre de leurs af fections.

(1) La Mère Marie Le Ber de l’Annonciation décéda le 2 octobre

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