‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 129 sur 199 · DE LA VÉN. MÈRE MARIE GUYART DE L'INCARNATION · texte numérisé non relu

DE LA VÉN. MÈRE MARIE GUYART DE L'INCARNATION

Fondatrice et première Supérieure de ce Monastère,

ARIE de l’Incarnation est un nom qui réveille l'idée de tout ce qu'il y a de beau et de magnanime dans le dévouement, de profond et de sublime dans la piété. Si ce nom se répète avec admiration en Europe comme en Amérique, avec j quel saint tressaillement ne doit-il pas se redire dans l'enceinte de ces murs, qu'ellemême a élevés, et autour desquels semble rayonner encore un reflet de son aimable et généreuse sainteté !

Mais à d’autres plus capables et plus dignes que nous, à montrer cette grande âme telle que Dieu l'a faite, cette âme à l'égard de Duels il a voulu déployer toutes les richesses de ses trésors ineffables, D'ailleurs, dans un ouvrage de la nature de celui-ci, nous ne pouvons que glaner quelques épis épars dans ce riche et vaste champ, pour les déposer avec amour sur l'autel de la piété filiale et de la gratitude.

Ayant été choisie pour être la pierre fondamentale d’un édifice qui devait traverser les siècles, Marie de l’Incarnation reçut de Dieu une grâce de chef, c'est-à-dire une grâce éminente qui devait non-seulement servir à sa propre sanctification, mais encore profiter aux personnes qui seraient appelées à perpétuer son œuvre dans la suite des temps.

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On reconnaît en elle cette grâce de chef dans la formation des Ursulines de Québec en un seul corps, sous des constitutions nouvelles ; dans sa persévérance inébranlable au milieu des désastres du Canada ; dans les écrits qu'elle a laissés à ses filles pour les guider dans la voie de la perfection ; et dans les exemples de cette vie sainte et sublime, où elles trouveront toujours à admirer et à imiter.

Les lumières extraordinaires, les communications intimes dont elle fut favorisée de Dieu, furent d’abord pour sa propre sanctification. Elles éclatèrent ensuite au dehors, et avec des marques si évidentes de l’action divine, qu’il était impossible de ne pas reconnaître en elle une âme d'élite, choisie du ciel pour l’accomplissement de quelque grand dessein.

Mais une fois mise à la tête d’une nouvelle communauté, et devenue ainsi la première fondatrice de son ordre en Amérique, les prodiges extérieurs cessent en quelque sorte à son égard ; elle paraît rentrer dans un état ordinaire, et ne se distingue que par la plus fervente régularité aux exercices de la vie commune. Cependant, c’est alors que la grâce divine opère ses plus grandes merveilles dans l’âme de sa servante. Quel sublime degré de perfection va s'établir dans ce modèle accompli de toutes les vertus religieuses ! Son union avec Dieu ne connaît plus d'ombre ni de vicissitude, et dans cet état, elle sera plus admirable que dans les visions, les révélations, les pénitences extraordinaires par lesquelles elle a préludé dans la voie de la sainteté.

Suivons ensemble, chères lectrices, les différentes phases de la vie de notre Mère, voyons comment Dieu la prépara au glorieux apostolat auquel il la destinait, et comment, de son côté, elle mérita par sa fidélité d’être l'âme de cette troupe privilégiée de vierges de Ste. Ursule, qui eurent l'honneur d’être les premières en ce pays “à travailler à l'instruction des jeunes filles françaises et sauvages, et qui, par ce moyen, contribuèrent beaucoup (1) au bon établissement et au progrès des colonies de la Nouvolle- France.”

(1) Relation de 1672.

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Marie Guyart naquit à Tours le 18 octobre 1599, d’une famille que Dieu avait plus enrichie des biens de la grâce que de ceux de la fortune. Son père, Florent Guyart, marchand de soie, se distinguait surtout par sa rare prudence, sa droiture et sa probité (1) ; sa mère descendait par les femmes de la noble famille des Babou de la Bourdaizière. Ces parents vraiment chrétiens s’attachèrent à inculquer de bons principes dans le cœur de leurs enfants, et la Vén. Mère dit elle-même qu’elle ne cessa jamais de bénir Dieu, du “ bon fond ” que cette première éducation avait laissé dans son âme.

Dès son enfance, Marie Guyart fit paraître des dispositions remarquables pour la vertu ; ses récréations ordinaires étaient d’imiter les cérémonies de l'Eglise, et ses occupations favorites, de soulager les pauvres et les malades. Elle eut, à l’âge de sept ans, un songe mystérieux qui influa beaucoup sur sa vie entière. Elle vit le ciel s’ouvrir et Notre-Seigneur en descendre, lui disant avec une douceur et un attrait inexprimable : ‘“ Voulez-vous être à moi ?” “Oui, Seigneur,” répondit-elle, et là-dessus elle s’éveilla avec une impression si forte de ce qu’elle avait vu et entendu qu’elle ne l'oublia jamais, .

Ayant été prévenue d’une manière si douce et si engageante, elle passa sa jeunesse dans la pratique des bonnes œuvres, consa-

(1) La prudence, la droiture et la probité semblent avoir été héréditaires dans la famille Guyart. Ces précieuses qualités méritèrent à l’aïeul de Florent Guyart d’être député à Rome pour obtenir que l’illustre solitaire de la Calabre, St. François de Paule, vînt consoler et sancüfier les derniers moments de l’infortuné Louis XI. Voici ce que la Vén. Mère disait à ce sujet à son fils. ‘Je crois que vous n’ignorez pas que ce fut notre bisaïeul qui fut envoyé par le roi Louis XI pour le demander au Pape (St. François de Paule), et pour l’amener en France. J'en ai bien entendu parler à mon grand-père; et même, ma tante qui est morte lorsque j'avais quinze ans, avait vu sa grand’mère, fille de ce bisaïeul, qui la menait souvent à Plessis-les- Tours pour visiter ce saint homme qui, par une pieuse affection, faisait le signe de la croix sur le visage de cette petite en la bénissant. C'est ce qui a toujours donné une grande dévotion à notre famille envers ce grand saint. Mon grand-père nous racontait cela fort souvent, afin d’en perpétuer après lui la mémoire et la dévotion, comme

il l'avait reçue de son aïeul."’ UU

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