‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 132 sur 199 · VOIRE A · texte numérisé non relu

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sonne dans la famille n’y fit la moindre attention! Dieu permit qu’on pensât qu'elle ne pouvait être bonne à autre chose, et pendant trois à quatre ans, non-seulement les maîtres, mais encore les serviteurs, n’eurent que du mépris pour elle. Tel fut alors son amour pour les humiliations, qu’elle craignit d'avoir trop d'attache à l’état même d’abjection où elle se trouvait.

Sa sœur et son beau-frère ouvrirent enfin les yeux sur les talents dont Dieu l’avait douée, et ils la prièrent de prendre la conduite de leurs affaires. Le vœu d’obéissance qu’elle avait fait en secret à l'égard de sa sœur, ne lui permit pas de refuser. Venez ici, chères lectrices, venez voir et admirer cette femme forte au milieu du bruit des marchands et des domestiques, des chartiers et de tout l’attirail d’un commissaire-général pour le transport des marchandises. Elle est calme et impassible ; son recueillement, son application intérieure à Dieu n’en souffre aucune atteinte; elle marche continuellement en la présence de la Majesté divine, et cependant dans la presse des affaires, il lui fallait quelquefois rester jusqu’à minuit sur le port à faire charger ou décharger des marchandises !

Au milieu des humiliations et des travaux de cette admirable femme, ses austérités étaient celles des plus sévères anachorètes. Mais ni les humiliations, ni tout ce tracas d’affaires, ni les sécheresses et les obscurités que Dieu lui fit éprouver, ne purent lui faire manquer à un seul de ses exercices accoutumés, soit de pénitence soit de dévotion : aussi quelle surabondance de grâces le Seigneur ne se plut-il pas à verser dans l'âme de sa fidèle servante! Elle reconnut plus tard que ces années de tribulation lui avaient été extrêmement utiles. “ Ç'a été mon noviciat, dit-elle ; je n’en suis pas sortie parfaite, mais, par la miséricorde de Dieu, en état de porter les tracas et les traverses du Canada.”

La pieuse veuve qui à l’extérieur ne semblait occupée que d’affaires temporelles, soupirait cependant avec ardeur après la solitude du cloître. Son fils avait grandi et pouvait désormais se passer de ses soins. D'ailleurs, la corruption du monde où elle voyait Dieu continuellement offensé, lui en faisait trouver le séjour de plus en plus insupportable, Sa résolution fut donc

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irrévocablement prise et le choix de l’ordre où elle se donnerait à Dieu fut fixé, dès qu’elle eut fait connaissance avec les Ursulines qui venaient de s'établir à Tours, son attrait ayant toujours été de travailler au salut des âmes. La supérieure des Ursulines (1), de son côté, n'eut pas besoin de beaucoup de temps pour connaître quel trésor serait pour sa Communauté la pieuse veuve qui, dans son humilité, n’osuit demander l’entrée du Monastère,

Dès que l’on s’aperçut de son dessein, ce ne fut qu'un cri général parmi ses parents et ses amis: reproches, plaintes, sollicitations, tout fut employé pour la retenir dans le monde. Un accident étrange que Dieu permit alors prêta beaucoup de poids à ces discours, mais aussi il donna à cette jeune mère un trait de ressemblance bien marqué avec la très-sainte Mère de Dieu.

‘“ Le grand obstacle à l’accomplissement de mon désir, dit-elle, c'était mon fils qui n'avait pas encore douze ans et qui était dénué de fortune. J'’aimais cet enfant d’un amour bien grand et c'était à le quitter que consistait mon sacrifice ; mais Dieu le voulait ainsi et je remettais tout à sa providence. Enfin le jour étant fixé pour mon entrée aux Ursulines de Tours, mon fils qui ignorait mon dessein (2), eut envie d’aller à Paris pour se faire religieux avec un bon père Feuillant qu’il connaissait, et qui, dans un voyage qu'il fit à Tours, lui avait promis pour l'amuser qu’il l’emmenerait. Mais le père étant parti sans lui en parler, il s’attrista quand il le sut et sans me rien dire, sortit de la pension où il était et se mit en route pour la capitale. Ainsi il fut perdu l’espace de trois jours, sans qu’on pût le recouvrer quelque recherche qu’on pût faire, car j'avais mis des gens en campagne de tous côtés. En cette perte, tous mes amis m'accablèrent de reproches, me condam-

(1) La Mère Françoise de St. Bernard, religieuse d’une haute piété, qui donna une preuve non équivoque de son zèle pour la mission du Canada, en faisant le sacrifice de deux sujets sur lesquels elle fondait les plus belles espérances, pour l’avenir de sa Communauté naissante.

(2) L'enfant soupçonnait quelque malheur, comme il le dit luimême et il cherchait à se distraire. ‘Cette bonne mère, dit:il rapporte le sujet de la fuite de son fils, tel qu’elle l’a cru, mais la véritable cause fut une mélancolie profonde où il tomba.”

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